‹ NeurasthénieChapitre 23 sur 27 · Etudes cliniques et Traité des dégénérescences · texte numérisé non relu

Etudes cliniques et Traité des dégénérescences

LES FRONTIÈRES DÉ LA NEURASTHÉNIE, ETC. i~à

Pour lui, les dégénérescences dues à des conditions sociales diverses, en particulier aux intoxications, et surtout à l'alcoolisme, peuvent se transmettre, s'accumuler et s'aggraver par la transmission héréditaire.

Voici comment il s'exprime à propos des maladies mentales :

« Il y a, dit-il, deux grandes classes bien distinctes à établir entre les aliénés confiésàmessoins; chez les uns, la dégénérescence est congénitale, chez les autres, elle est consécutive. » (Morel.) Ceux-ci pouvant h leur tour engendrer des dégénérés, on voit comment se constituent des familles de dégénérés cérébraux.

La tare mentale irait du reste en s'aggravant de génération en génération, d'après Morel.

a Ainsi, des ascendants se faisant remarquer par l'exagération du tempérament nerveux, donnent le jour à des hystériques, à des épileptiques, des hypochondriaques(àdessujetsatteintsde grandes névroses). Ceux-ci, les hystériques, les épileptiques, les hypochondriaques procréeront des aliénés; ces derniers auront pour descendants des imbéciles, des idiots, lesquels, en dernière analyse (natura medicatri.x), seront frappés de stérilité. » (Magnan).

On voit qu'ici il ne s'agit plus seulement de la folie, mais aussi des grandes névroses, et même du simple nervosisme, de la simple irritabilité nerveuse : ainsi s'étend le cercle de la famille nerveuse qui ne comprend plus seulement des cérébropathes, mais des névropathes.

Dans le système de Morel, la stérilité est le dernier terme, l'aboutissant ultime de la dégénérescence; c'est Icà une circonstance heureuse, puisque l'extension de la dégénérescence se trouve ainsi limitée; mais elle ne disparaît pas, parce que de nouveaux candidats se présentent, destinés à suivre, eux et leur descendance, la triste filière. « L'élimination des branches desséchées d'un arbre ne suffît pas pour le régénérer lorsque ses racines puisent incessamment dans un sol de mauvaise formation un suc impropre à entretenir la vie dans les extrémités. » (Morel.)

L'alcoolisme, les maladies diverses, les conditions défectueuses de la vie sociale représentent, pour l'espèce humaine, ce terrain de mauvaise qualité.

Morel eut le mérite très grand d'indiquer un certain nombre de stigmates physiques de la dégénérescence. Pour lui, ces malformations étaient comme un reflet de l'âme. Il est sans doute plus simple d'y voir un indice de la malformation générale de l'être. La malformation extérieure devient en quelque sorte un témoin de la malformation intérieure. Parmi ces stigmates, nous pouvons citer : l'asymétrie crânienne, les vices de construction de l'oreille externe, le défaut d'ourlet de son pavillon, l'adhérence de son lobule, l'irrégularité dans l'implantation des dents, les anomalies dans le nombre ou la structure des doigts et des orteils, le bec de lièvre, etc. Ce sont là des indices physiques d'hérédité viciée que ne doivent jamais manquer de rechercher ceux qui s'occupent de l'étude des dégénérescences névropathiques.

Les idées de Moral furent reprises par M. Magnan'- Il fit de l'état mental des héréditaires une remarquable étude clinique, sur laquelle nous aurons à revenir avec quelques détails, bien que nous ne devions pas perdre de vue que notre but est ici exclusivement l'étude de la neurasthénie.

En 1886, à la suite d'une communication de M. Falret, qui venait défendre les idées de Morel, eut lieu, àla Société médico-psychologique, une importante

discussion, dans laquelle se fit jour l'opinion des principaux médecins aliénisles. Plusieurs objections à la doctrine de la dégénérescence furent présentées.

M. Gotard déclara que l'on devait attribuer une certaine influence aux maladies du jeune âge, qui peuvent, cela se comprend aisément, imprimer au système nerveux une tare indélébile. M. Christian fit ressortir l'influence de l'état biopathologique des parents au moment de la conception : ne sait-on pas que des parents ivres peuvent engendrer un épileptique?

Pour M. Bouchereau, il faut encore accorder une certaine influence aux maladies de la mère survenues pendant la grossesse, et susceptibles de retentir sur le fœtus.

M. Magnan ne niait nullement l'influence de toutes ces causes ; mais, pour lui, la part la plus large appartenait encore à l'hérédité : elle restait la cause des causes. Il a affirmé ses idées dans des leçons auxquelles nous avons fait allusion déjà ; ses élèves

Page 1