CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE
Considérations générales. — Les deux grands facteurs pathogéniques de la neurasthénie, c'est le surmenage du système )ieroeux et la prédisposition créée par l'hérédité. Nous examinerons dans un chapitre spécial en même temps que les rapports de la neurasthénie et des autres névroses, la place qu'elle tient dans la succession héréditaire des maladies du système nerveux, en la considérant successivement comme cause et comme effet. A ce moment nous aurons à nous demander si la prédisposition n'est pas toujours indispensable pour créer la neurasthénie.
La cause élémentaire pour ainsi dire de la neurasthénie, c'est le surmenage du système nerveux, le surmenage avec ses deux éléments fondamentaux, l'excès de travail ou d'excitation, l'insuffisance du repos et de la réparation.
Il n'est personne, parmi ceux qui fournissent un travail intellectuel, qui n'ait à certains moments éprouvé des phénomènes passagers de neurasthénie. Une séance-
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de lecLure, de rédaction, de calcul, de traduction... un peu trop prolongée vous donne une sensation de fatigue qui se traduit par de la lourdeur de tète, de la difficulté plus grande à fixer l'attention, à retenir les ■termes d'une question. Avec cela, quelquefois, de la fatigue de la vue, du brouillard devant les yeux, du malaise général, et chez quelques-uns un peu d'irritabilité. Tout cela se dissipe avec le repos ; le lendemain il n'y paraît plus.
Quelquefois encore, le travail s'est prolongé pendan la nuit : c'est une lecture trop attachante, une œuvre de rédaction, de combinaison, des recherches urgentes On se couche tard, poursuivi encore par l'objet de sa veille. Le sommeil tarde à venir; on se retourne dans son lit, on s'agite sans pouvoir trouver le repos. Le lendemain matin en se levant on se sent fatigué, plus fatigué même qu'ense couchant. Qu'est-ce encore sinon une atteinte légère et passagère de neurasthénie ? (Gharcot
Il en est de même chez ceux qui ont passé leur soirée, sinon une partie de la nuit à boire et à fumer. Le lendemain matin, il y a de la courbature générale, de la céphalalgie, de l'inappétence; le travail est impossible ou tout au moins très difficile. Il y a parois de la tendance au vertige. A noter la sensibilité du cuir chevelu, également relevée dans la neurasthénie, et qui a sans doute valu à cet état bien connu des gens de vie irrégulière le terme significatif de « mal aux che. veux ». N'est-ce pas là encore de la neurasthénie passagère: neurasthénie a crapulâ pourrait-on dire.
Sous l'influence d'une émotion vive, la neurasthé-
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nie se révèle encore par une sensation particulière que traduit admirablement la phrase consacrée : « On a les bras et les jambes coupés. » C'est là non une image, mais l'expression d'une sensation réellement éprouvée.
De ces atteintes superficielles de neurasthénie, les forts, les purs de toute tare héréditaire, se débarrassent aisément et rapidement. Elle disparaît comme disparaît la sensation de lu fatigue après un exercice inaccoutumé ou plus prolongé que d'habitude.
Mais que ces causes de surmenage ne soient plus séparées par un intervalle suffisant, qu'elles se reproduisent à bref délai, elles s'ajouteront en quelque sorte les unes aux autres, et la neurasthénie vraie, la neurasthénie permanente, surviendra, plus ou moins accentuée, plus ou moins tenace, en raison de l'effet composé de ces deux facteurs, l'intensité des causes et le peu de résistance du sujet.
La vie sociale, surtout la vie dans les grandes villes, telle que l'a faite la civilisation, accumule les causes de surmenage nerveux.
Les compétitions sont très vives, la concurrence très âpre dans toutes les carrières, libérales, commerciales, industrielles. On veut aller plus haut, toujours plus haut. ^Ziemssen). Après avoir beaucoup travaillé pour parvenir à une situation élevée, on se trouve en présence d'une tâche fatigante et d'une lourde responsabilité. Sous prétexte de se reposer, de se distraire, on s'impose de nouvelles fatigues, des dîners, des soirées, des représentations théâtrales. Comme vacances, des voyages devant la fatigue desquels on reculerait
s'ils avaient un but utile. Dans certains milieux on vit plus la nuit que le jour. A Saint-Pétersbourg dit M. Melchior de Vogué', les nuits se passent à courir en traîneaux avec une vitesse vertigineuse, en soupers, en parties fines dans les cabarets à la mode. On fait venir des tziganes et l'on se grise de leur musique et de leur chant passionné. Il est, dit-il, certaines dames qu'on ne voit jamais le jour ; il est vrai que celles-là n'auraient peut-être rien à y gagner. Or la neurasthénie serait d'une fréquence extrême dans les hautes classes russes.
Cela n'a rien d'étonnant d'après le tableau qu'on nous fait, de la vie que mènent à Saint-Pétersbour"ceux. qui sont « dans le train ».
Faut-il accuser avec M. Levillain les tendances de l'art moderne ? « La musique moderne surtout, le plus souvent savante et recherchée, outre qu'elle exi^^e pour son étude et son interprétation une réelle et quelquefois excessive tension intellectuelle, possède en outre, grâce à ses multiples et parfois très bruyantes combinaisons harmoniques, la malheureuse propriété d'être enivrante et trop fatigante pour- les nerveux et les névropathes; dans ces conditions, elle constitue une nouvelle cause de fatigue et d'épuisement. »
M. Levillain évidemment n'aime pas Wagner. Les neurasthéniques sont-ils donc plus nombreux parmi les amateurs de Wagner, que parmi ceux de Mozart?
Ne pourrait-on combattre les fâcheux effets du Tannhaiiser, des Niebelungen, de Lohengrin, par des audi-