‹ NeurasthénieChapitre 7 sur 27 · Uouveret, loc, cil., p · texte numérisé non relu

Uouveret, loc, cil., p

NEURASTUÉ.NIE

Ici tout se réunit contre cette malheureuse femme et il n'en faut pas toujours autant, loin de là.

A la suite de revers de fortune, de deuils cruels, on peut voir se produire la neurasthénie avec ses différentes prédominances, ses différentes formes cliniques. Il n'est pas rare de constater dans les premiers temps un affaissement général très grand, de l'incapacité au travail intellectuel, de l'insomnie, de la dyspepsie. Chez des gens d'une certaine énergie cérébrale, ce qui persiste le plus longtemps, c'est souvent la dyspepsie. Elle peut même s'installer à demeure, et durer presque indéfiniment.

Dans cette catégorie, il faut ranger certains neurasthéniques atteints d'une maladie réelle, d'une affection organique, lésion cardiaque, tuberculose pulmonaire, diabète, etc., dont ils connaissent la gravité. Ils ruminent incessamment leurs misères physiques, l'incertitude de leur condition, leurs maux futurs et leur fin prochaine. La neurasthénie, pas très rare dans ces conditions, est une sorte de neurasthénie secondaire si l'on veut, mais surtout et avant tout, une neurasthénie par surmenage moral.

La peur est une cause possible de neurasthénie ; elle agit à la façon d'une sorte de traumatisme, qui comme le traumatisme physique peut donner naissance à la neurasthénie pure ou à la combinaison hystéroneuraslhénique. C'est un élément dont il faut tenir compte évidemment dans l'influence de certain traumatisme, de certaines commotions. A la suite de l'accident de Saint-Mandé, il m'a été donné de voir un

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certain nombre de malades, neurasthéniques simples ou hystéro-neurasthéniques. Quelques-uns avaient subi non seulement le choc violent produit par le tamponnement des trains, mais ils avaient éprouvé une peur très vive ; ils avaient été violemment émus par le spectacle terrible dont ils avaient été témoins : l'affolement des voyageurs échappés à la collision, les cris des blessés et de ceux qui leur portaient secours, l'incendie allumé dans les débris des wagons. 11 est naturellement impossible en semblable circonstance de faire la part de ces divers élémentsjuxtaposés ou surajoutés.

Empruntons à M. Bouveret un passage curieux : (( Dans certaines circonstances, fort rares il est vrai, la frayeur sévit simultanément sur un grand nombre d'individus et provoque ainsi une sorte d'épidémie d'états neurasthéniques aigus, à côté d'une épidémie de maladie infectieuse. En 1884, le choléra ayant atteint le département de l'Ardèche, plusieurs jeunes médecins lyonnais, dont j'étais, y allèrent soigner des cholériques. Un jour, je suis informé que le choléra vient d'éclater dans un petit village, à Saint-Remize, et je suisprié dem'y rendre. J'y arrive aumilieudelanuit.il y avait eu neuf décès depuis deux jours, dans une agglomération dont la mortalité annuelle est en moyenne de 10 à 12 décès. Je passai la fin de cette première nuit à visiter tous les malades. A côté de véritables cholériques, je trouvai d'autres victimes qui présentaient un singulier tableau clinique. C'était surtout des femmes. Elles étaient enfoncées dans leurs lits, sou&

. Ni5URASTin':xîii: d'épaisses couvertures, souffrant du froid pendant une nuit d'été. Elles n'avaient aucun des symptômes cholériques, ni le vomissement, ni la diarrhée. Elles me répondaient à peine, dune voix faible et entrecoupée. Elles se plaignaient de sensation de brisement dans les jointures, de mal tête, d'oppression, dangoisse cà la région précordiale. Elles étaient sans appétit, avaient une langue saburrale et n'avaient presque pas mangé ■depuis le commencement de l'épidémie. Plusieurs tremblaient des mains, et ce tremblement à oscillations •brèves et rapides rappelait tout à fait celui de la maladie de Basedow. Pendant un séjour de plus d'un mois da^s ce village, j'ai revu ces femmes à diverses reprises. La plupart échappèrent au choléra, mais restèrent des semaines entières dans cet état de dépression profonde où je les avais trouvées. Aujourd'hui, six ans après ces événements tragiques, peut-être présentent-elles encore quelques symptômes d'épuisement nerveux. »

Pour que ces causes puissent agir, il est absolument besoin d'une prédisposition particulière. En effet, on voit certaines personnes subir sans neurasthénie les malheurs les plus grands. Une femme que j'ai récemment rencontrée à l'hôpital a eu autrefois une situation prospère et brillante. Femme d'un notaire demeurant dans une grande ville de province, elle a perdu successivement son mari, ses enfants, sa fortune. Actuellement, elle en est réduite pour vivre à faire le métier •de marchande des quatre saisons auquel ne la destinaient ni son éducation ni le rang social dans lequel

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elle a vécu. Elle n'a cependant jamais perdu ni le courage, ni la gaieté.

Le maréchal Macdonald conte dans ses mémoires que la veille de l'abdication de Fontainebleau, il revint Qu milieu de la nuit de Paris où il s'était rendu avec d'autres maréchaux pour négocier avec les souverains alliés, les conditions de la paix et du renoncement de Napoléon. A son arrivée, celui-ci dormait profondément ; on fut obligé de le secouer vigoureusement pour •réveiller. Un tel sommeil en un semblable moment ne semble- t-il pas prouver que l'empereur n'était pas neurasthénique ?

Le surmenage musculaire peut-il amener la neurasthénie? La chose ne me paraît pas absolument démontrée. Il peut, en tout cas, amener un paroxysme, cedont une observation de M. Levillain fournit un bon exemple. Il s'agit d'un neurasthénique qui s'était occupé à ubattre un gros arbre dans sa propriété : à la suite de cet exercice inaccoutumé il eut une véritable crise de neurasthénie semblable à celle dont il était coutumier à la suite des travaux intellectuels de la ville.

Terminons cette revue des principaux modes du surmenage par le surmenage génital. On connaît la fameuse formule : posl coïtum animal triste... Cette tristesse nest-ellepas comme uneébauchedeneurasthénie. On sait combien on a abusé des excès sexuels, et de l'onanisme dans ses diverses modalités, lorsqu'il s'est agi de l'étiologie des divers états névropathiques, avec ou sans lésion. On devait en user et en abuser encore à propos de la neurasthénie. Il semble qu'il y ait dans

les exagérations commises par les auteurs, quelque chose de la réprobation que provoquent des faits contraires à la morale.

Certainement cette variété de surmenage peut amener ou contribuer à amener l'épuisement nerveux, mais il ne faut pas oublier que ceux qui font des excès de ce genre sont déjà, de par ces excès mêmes, des irréguliers, des prédisposés, des névropathes. De même qu'il ne faut pas attribuer à l'alcool ce qui est le fait de la dipsomanie ou de la dégénérescence dont la dipsomanie est l'expression, de même il ne faut pas attribuer àl'onanisme ou aux excès sexuels, ce qui appartientàla névropàthie antérieure. C'est une idée que nous avons souvent entendue soutenir par Lasègue, et qui paraît désormais admise parla majorité des auteurs.

L'mfluence du traumatisme ne peut plus maintenant -être mise en doute. II peut produire l'apparition de la neurasthénie isolée, de phénomènes purement hystériques ou d'une combinaison assez fréquemment réalisée dans ces conditions de Thystérie et de la neurasthénie

Nous discuterons ultérieurement la théorie de la névrose traumatique ; pour le présent, contentons-nous de faire remarquer que la possibilité de l'existence de manifestations purement hystériques ou purement neurasthéniques à la suite d'un traumatisme, est un argument d'un grand poids en faveur de la doctrine de là Salpêtrière qui veut que la prétendue névrose trau-

1. Gharcot, Leçons du niardi. — G. Guinon, Les agents provocateurs de l'hystérie. Th. de Taris, 18-9.

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matique emprunte ses éléments symptomatiques isolément ou simultanément aux deux névroses...

Nous avons observé un cas très net de neurasthénie traumatique. Un jeune homme à cette époque marin de la division à Cherbourg, s'amusait à lutter a-vec des amis; il fût brusquement et violemment renversé sur le plancher. 11 éprouva une secousse générale intense, mais pût se relever sans mal apparent. Jusque-là il était fort, vigoureux, agile, gai et dispos. Dès le lendemain, ce n'était plus le même homme : il devenait sombre, triste, préoccupé de sa santé, incapable de tout travail, de toute application : il était employé aux écritures. Libéré quelque temps après, il mena depuis cette époque, une existence pénible, avec des alternatives de mieux et de pis. La neurasthénie était aussi bien caractérisée que possible : lourdeur de tête ou sensation de vide dans la tête, tristesse, préoccupations hypocondriaques habituelles, faiblesse générale, difficulté à fixer son attention, à fournir un travail intellectuel autrefois facile, insomnie, phénomènes accentués de dyspepsie nervo-motrice. Par crainte du malaise éprouvé après les repas, le malade diminuait de plus en plus l'ingestion des aliments; de là un état de demi-inanition, et une véritable tendance à la cachexie. Le teint était devenu jaunâtre, la peau sèche, l'amaigrissement était accentué. Le malade se confinait à la chambre, se déclarant incapable de sortir parfois même il passait ses journées au lit. Si l'on ajoute que l'on n'a jamais pu constater chez lui aucun stigmate hystérique, on aura tracé le tableau aussi

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complet que possible de la neurasthénie à un degré avancé. Nous reviendrons à propos de la dyspepsie sur cette observation typique, survenue dans des conditions véritablement expérimentales; contentons-nous d'ajouter que maintenant la guérison est à peu près complète.

Ici il n'a y pas eu intervention de l'élément si souvent surajouté de frayeur que l'on observe communément chez les personnes qui sont les victimes d'un accident et, en particulier d'un accident de chemin de fer. Le choc ne pouvait pas être prévu, il aétéfort, évidemment, mais sans cependant impressionner immédiatement beaucoup la victime, enfin il n'y a pas eu là les moments de terreur, d'angoisse qui suivent une collision ou un déraillement. Tout paraît s'être borné au choc physique lui-même. L'absence des stigmates hystériques dans ces conditions est bien remarquable. L'hystérie ne serait-elle pas d'origine plus psychique encore que la neurasthénie?

Quelle peut-être l'influence des diverses intoxications sur la genèse de la neurasthénie?

« Je n'ai observé que rarement les excès alcooliques ; mais par contre il faut plus souvent faire entrer en ligne de compte l'abus du tabac, du café et du thé. » (Krishaber

Chez les malades en question il était difficile peutêtre d'incriminer exclusivement ces boissons ; en effet, il paraissait s'agir surtout de personnes adonnées à un travail intellectuel fatigant, exigeant une grande ten-

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