‹ NeurypnologieChapitre 11 sur 63 · E\E.\U>LES FRAPPANTS · texte numérisé non relu

E\E.\U>LES FRAPPANTS

jamais vu chez autrui d'expérience semblaiile ; ils ne s'attendaient pas, non plus, aux épreuves auxquelles ils furent soumis, et ne se rappelèrent rien de ce qui leur arriva. J'opérai aussi, le même jour, sur trois autres personnes, une dame âgée de quarante-cinq ans, et deux jeunes flUes dont l'une avait dix-neuf ans : chez toutes, les manifestations se montrèrent très distinctement. Un autre jour, me conformant au désir de quelques amis curieux d'approfondir ces phénomènes, je pratiquai l'hypnolisation sur trois de leurs amies intimes dont deux m'étaient entièrement inconnues. Ces deux dernières se montraient absolument sceptiques à l'égard du pouvoir que je pouvais exercer sur elles.

Les manifestations se montrèrent distinctement chez toutes^ mais à un degré remarquable chez deux d'entre elles, qui présentèrent des phénomènes au nombre de vina;t dès la première épreuve. Sous l'excitation de la « coiiscienciosité, » l'une d'elles restitua une petite gibecière qu'elle avait dérobée, et se mit à fondre en larmes à la pensée de sa faute. Ses amies s'inquiétaient de l'intensité de son émotion, mais en changeant le point de contact, je la fis rapidement passer des pensées sombres à des idées plus gaies. Quelques jours après, j'observai deux autres cas, et je suis certain que, dans la plupart des douze cas cités ici, les intéressés ne connaissaient rien de la phrénologie ; aucun d'eux n'aurait pu avec assurance indiquer deux de ses propres organes. Au surplus, les expériences furent faites devant des témoins compétents et minutieux, ils peuvent déclarer qu'il n'y eut aucune connivence.

Ce qui paraît évident, c'est que les images, les émotions, ou les pensées, quelles qu'elles soient, qui ont pris naissance X dans l'esprit pendant le sommeil nerveux, sont sujettes à reparaître, à se reproduire quand le patient est replacé dans des conditions identiques. Malgré les conclusions, décisives en apparence, que l'on peut tirer des cas mentionnés, conclusions qui indiquent l'existence de connexions naturelles entre certains points touchés et les ma-

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nifeslations particulières qui ont lieu en conséquence, j'ai l'intention, pour résoudre complètement cette question, d'instituer une série d'expériences sur de nouveaux patients, d'établir jusqu'oïl l'on peut, par association arbitraire, exciter, aux mêmes points, les tendances opposées; et de m'assurer également si ces tendances peuvent prendre naissance d'une manière aussi frappante et aussi naturelle par les deux méthodes, ou de déterminer comment ils peuvent se produire avec le plus de facilité et le plus de fidélité quant à l'expression naturelle. Nous aurons donc ainsi des preuves, et positives et négatives, pour nous ai-^ der à établir s'il existe des rapports naturels et nécessaires entre les points manipulés et les manifestations engendrées ; ou bien si le tout dépend entièrement d'associations fondées sur des connaissances phrénologiques partielles, sur des combinaisons arbitraires, sur des circonstances accidentelles, ou d'aulres causes complètement négligées ou oubliées, et qui plus tard produiraient des résultats en vertu de « cette loi dernière de l'esprit, d'après laquelle la répétition d'une sensation définie serait accompagnée du retour des sentiments passés avec lesquels elle s'associait tout d'abord « (Hibbert, page 316). Je suis porté à adopter ce procédé, car je tiens à écarter toute chance d'erreur en ce qui concerne la cause de la manifestation première ; d'autre part, il me souvient d'un fait remarquable: une femme, durant le somnambulisme naturel, récitait correctement de longs chapitres de la bible hébraïque, et d'autres livres; cette femme n'avait jamais étudié les langues dans lesquelles elle récitait, et elle n'en pouvait dire un mot à l'état de veille, mais on découvrit à la longue qu'elle avait retenu ce qu'elle répétait pour l'avoir entendu lire à hautes voix par un ecclésiastique chez lequel elle avait résidé étant jeune fille. Je me rappelle aussi quelques malades qui, sousl'inlluence de certaines affections, se souvenaient de langues longtemps oubliées. Je désire m'assurer si de telles conditions accidentelles ont pu devenir la cause des manifestations remarquables dans l'esprit des patients

NÉGATION DU FLUIDE MAGiNl'-TIOUlî 7

aux premières manipulations. Quels que soient les résultalsdemes recherches, ils seront notes avec soin et publiés, car mon intention n'est ni de prouver, ni de combattre la phrénologie, mais plutôt d'établir la valeur de l'hypnotisme, et de déterminer lameilleure manière de l'appliquer comme moyen d'amélioration des conditions mentales, morales et physiques de l'homme.

Personne, en face de beaucoup d'expériences de ce genre, ne mettra en doute que, pendant le sommeil nerveux, on ne puisse provoquer chez les patients le pouvoir de manifester les passions, les émotions, et certaines fonctions mentales, à un degré plus intense qu'à l'état de veille. Que, d'une façon particulière, par simple association d'impressions, nous agissions sur le cerveau, en tant qu'organe simple, ou combinaison d'organes séparés ; ou bien que les associations primitives tirent leur origine d'une connexion spéciale organique, ou de quelque cause accidentelle et inconnue, ou encore d'un arrangement préétabli et d'associations arbitraires, tout cela ne modifiera aucunement l'importance de l'hypnotisme comme puissance curalive et comme moyen extraordinaire de contrôler et de diriger les fonctions cérébrales.

Dans les opérations qui .exigent en particulier l'usage des yeux, je n'ai jamais vu les sujets hypnotisés accomplir ce qu'ils essayaient de faire avec la même rapidité, la même netteté que quand ils étaient éveillés. Bref, les phénomènes que j'ai vus semblaient provenir de l'exaltation ou de la dépression normale des sensations et des idées, ou de leurs modifications insolites par les procédés mis en usage.

J'avais oui dire qu'en établissant une relation entre deux sujets, à l'aide d'une chaîne ou d'un cordon, les manipulations imposées à l'un provoqueraient des phénomènes réciproques. J'en fis l'expérience, en prenant la précaution de mettre les sujets dans des pièces différentes, de façon que l'un ne pût entendre, ni sentir, aux mouvements de l'atmosphère, ce que l'autre faisait. J'établis la relation, dans quelques cas, par un cordon, dans d'au-

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très, par un fil de cuivre, et j'apostai des témoins où les mouvements de mes deux sujets pouvaient être vus en même temps. Nous ne pûmes découvrir l'influence sympathique que certains expérimentateurs auraient, dit-on, efTectuée.

Des expériences (voy. fin du chap. VI, où des sujets purent s'hypnotiser, se manipuler et se réveiller eux-mêmes, à ma simple demande de se frotter les yeux), expériences qui produisirent des résultats absolument semblables à ce qui aurait eu lieu si l'hypnotisation avait été faite par un autre, me semblent la preuve la plus décisive possible, que l'origine de tous les phénomènes est dans l'action et la réaction mutuelle de l'esprit et du corps, et que ces phénomènes ne dépendent en aucune façon d'une influence spéciale quelconque émanant d'autrui. Mes premières expériences en cette matière furent instituées de- \.int quelques amis, le l" mai 1843, et les jours suivants. Ce furent, je crois, les premières expériences de ce genre, et elles réussirent dans tous les cas où je me servis du même procédé opératoire.

Je ne doute pas que si l'on accorde auxfaits sus-mentionnés l'attention nécessaire, si l'on possède l'habileté de'manipulations requise dans les arts ou les sciences, jointe à un désir sincère d'apprécier les faits à leur juste valeur, je ne doute pas, dis-je, que l'on n'arrive bientôt à la confirmation de tous les points établis dans le cours de ce traité.

Les observations citées dans la seconde partie du volume démontreront aussi, je l'espère, l'importance de la question et stimuleront les recherches ; le lecteur partagera le plaisir de l'auteur relativement à ce fait. La prédiction que je formule en terminant ce traité concernant la probabilité de la guérison du tétanos et de l'hydrophobie par l'hypnotisme est déjà heureusement réalisée par rapport à la première de ces afTcctions si rebelles à la thérapeutique et généralement si fatales. Lors de l'impression de ce hvre, le cas suivant se présenta; son importance excusera les détails succincts que je vais en donner ici :

SON IMPORTANCE TQÉRAPEUTIOUE 9

Lejeune J. B., âgé de treize ans, fut tout à coup pris de frissons et de douleur par tout le corps, dans la soirée du 30 mars dernier. Je fus appelé le jour suivant, et je crus avoir affaire à une légère attaque fébrile provenant d'un refroidissement. Le lendemain, cependant, l'affection avail pris une allure différente. Je trouvai mon jeune malade dans un état d'opislhotonos marqué. La tête et le bassin, rigides, étaient rétractés en arrière, le corps était courbé en forme d'arc, et on ne pouvait, par aucun moyen, le ramener à la position normale, ni mettre la tète dans l'axe du corps. Le spasme ne cédait jamais entièrement ; à certains moments, au contraire, il s'aggravait, la tète était alors tellement tirée en arrière que la respiration en était sérieusement gênée. Lesjambes fléchissaient aussi de temps en temps de façon spasmodique. Les effets du spasme, gênant la respiration et accélérant la circulation, semblaient mettre le malade en danger. A aucun moment, le pouls ne fut moins de 130, mais, pendant les paroxysmes, sa fréquence augmentait beaucoup. Il était évident que j'avais une affection formidable à combattre, et qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Je me décidai donc à essayer l'hypnotisme, connaissant bien l'issue fatale ordinaire de cas semblables par les traitements habituels. Lejeune malade avait toute sa sensibilité, et la seule difficulté que j'éprouvais à lui faire exécuter mes instructions provenait de la fréquence de ses attaques spasmodiques.En quelques minutes, cependant, j'avais réussi à réduire les spasmes, et sa tête pouvait se porter en avant, la respiration se calmait, le pouls avait beaucoup diminué et je le quittai dans un état de bien-être relatif. Deux heures et demie plus tard je le vis de nouveau ; j'étais accompagné de mon ami, le docteur Cochrane. Les spasmes étaient revenus, mais ils n'avaient plus la même violence. Le docteur Cochrane reconnut tout de suite l'affection, mais aucun moyen, selon lui, ne pouvait guérir un cas pareil. Il n'avait jamais vu de malade hypnotisé jusqu'à ce moment ; il suivit mon expérience avec intérêt et avec attention, et sembla agréable-

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ment surpris par l'infliience extraordinaire qu'un agent si simple en apparence exerçait sur une telle affection. La pupille se dilata rapidement comme sous l'influence de labelladone ; le spasme musculaire cessa et, en quelques minutes, le malade dormait d'un sommeil paisible. Nous le quittons dans cet état, après avoir ordonné trois doses de calomel à prendre par intervalles. Le jour suivant, il y eut encore des spasmes musculaires, mais bien moins violents. Tout en continuant par l'hypnotisme un traitement, qui, jusque-là, avait donné de si bons résultats, je crus qu'il serait très imprudent, dans un cas si grave, de s'en teniren^ièrement à ce procédé thérapeutique. Je crois que ces affections sont généralement compliquées d'inflammation du bulbe et de la partie supérieure de la moelle épinière ; je pratiquai une saignée et fis continuer le calomel. Je persévérai dans le même traitement, hypnotisant de temps à autre le malade, et cela pendant plusieurs jours, lui administrant le calomel jusqu'à ce que les gencives fussent légèrement affectées, pratiquant des lotions froides sur la tête, en un mot appliquant un régime antiphlogistique jusqu'à ce que tout risque d'inflammation fût passé ; le traitement devint alors tonique, et je suis heureux dédire que mon jeune malade se rétablit.

Je suis convaincu que, sans l'hypnotisme, ce malade aurait succombé; et je souhaite que ce moyen réussisse également bien dans d'autres cas semblables, ainsi que dans l'hydrophobie, affection jusqu'ici mortelle. Mon désir de voirl'hypnotisme mis à l'essai dans cette dernière affection me porte à ofl'rir mes services à titre gracieux dans le cas oïl elle se déclarerait dans un périmètre de quelques lieues de Manchester.

Si j'ai intercalé quelques cas attestés par les patients et par d'autres, c'est en raison des manœuvres inqualifiables par lesquelles des confrères ont dénaturé ces observations. Une fois, afin d'obtenir Vatteslal'wn d'un document erroné, OTitm l'observation au 2:)atient et à iV autres personnes présentes, DANS UN SENS ABSOLUMENT CONTRAIRE A CE QUI ÉTArr ÉCRIT.

PREMIÈRES liECQERCIlKS DE l'aUTEI'I! Il

Quelque invraisemblable que soit une telle conduilo, elle fui prouvée publiquement, et le patient ainsi que les autres personnes qui assistaient à la rédaction du document portèrent témoignage de la fraude.

Mon intention était de publier mon Essai pratique sur Faction curalive de Vliypnolisme tel que ce sujet fut traité dans une conférence faite aux membres de l'Association britannique à Manchester, le 2!) juin 18i2. Ce travail, accompagné de notes qui relataient les faits sur lesquels je m'appuyais, eût donné une'idée suffisamment nette du sujet dans son aspect sjénéral. On m'a conseillé, depuis, de le fondre avec mon petit Traité élémentaire de neuro-kypnologie , que j'avais tout d'abord l'intention de publier. Une foule de membres du public médical m'écrivent à ce sujet et m'invitent à mettre ce conseil en pratique. Je soumets donc, aujourd'hui, mes vues au lecteur sous cette forme succincte. Je tâcherai d'être bref et clair ; et mon objet principal sera d'apprendre aux autres ce que je sais sur les moyens de provoquer les phénomènes de l'hypnotisme, sur l'application de ce procédé à la guérisoi des maladies, et de convier mes confrères à un labeur con' mun dans ce champ de recherches, certain que cette collaboration favorisera la cause de la science et de l'humanité.

C'est dans cette conviction que j'avais ofi'ert à la section médicale de l'Association britannique mon Essai pratique sur l'action curalive du neuro-hypnotisme.

En novembre 18il, complètement sceptique quant aux prétentions du magnétisme animal ou mesmérisme, je me mis cependant à faire des recherches à ce sujet ; je désirais découvrir la source d'erreurs dans certains phénomènes qui s'étaient, dit-on, produits à des séances de M. Lafonlaine ; comme résultats, je fis quelques découvertes qui me parurent jeter un nouveau jour sur certains des phénomènes et qui les rendaient extrêmement intéressants, tant au point de vue spéculatif que pratique. Je crus l'occasion bonne pour obtenir de nouvelle lumière à cet endroit et j'offris, dans ce but, un manuscrit à la sec-

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lion médicale de l'Association britannique, qui devait se réunir à Manchester. Les savants auraient pu ainsi approfondir le sujet et rechercher la vérité à l'abri, pour ainsi dire, des préventions locales ou des préjugés personnels. J'espérais aussi profiter de l'expérience d'autrui sur certains points relatifs aux causes de quelques phénomènes, points qui me semblaient des plus mystérieux. Je fis donc connaître mon intention par lettre aux secrétaires, le 18 mai, et le matin du mercredi 22 juin j'envoj'ais au comité les papiers que je me proposais de lire, indiquant aussi par lettre mon intention de présenter autant de patients que possible; l'histoire de ces malades était la preuve de l'action CLirative du neurn-hypnolisme, et les membres de l'Association devaient avoir l'occasion de juger par eux^ mêmes de la réalité des faits dans chacun des cas. Mais le comité de la section médicale ne crut pas devoir accepter ma communication.

Cependant, bon nombre de membres des plus éminents de l'Association avaient déjà vu et étudié mes expériences en particulier, et s'y étaient déclarés très intéressés. Cédant aux vœux réitérés de ces messieurs et de nombreux autres membres de l'Association auxquels il ne m'était pas possible d'exhiber mes expériences en particulier et qui, cependant, recherchaient une occasion de pouvoir entendre, voir et juger les phénomènes, je fis une conférence gratuite, oijje lus « l'essai repoussé, » et dans le cours de laquelle mes expériences eurent lieu. Tous les membres de l'Association avaient été conviés. Le nombre et la position sociale des personnes présentes étaient une preuve suffisante de l'intérêt que le sujet inspirait aux membres de l'Association en général. Faisant allusion à la composition de l'auditoire, le président pria les « reporters » de bien vouloir indiquer sur les minutes, o qu'il fréquentait, depuis de longues années, des réunions publiques, mais qu'il n'avait jamais vu de sa vie, ù Manchester, une assemblée plus choisie ni plus respectable ". Ces sentiments furent encore appuyés par un vote que l'on émit à la fin de la séance ;

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