‹ NeurypnologieChapitre 24 sur 63 · SA PUISSANCE CURATIVE · texte numérisé non relu

SA PUISSANCE CURATIVE

notisation, elle ne pouvait distinguer les lettres capitales dans la colonne des annonces du journal. Cependant quelques minutes après avoir été lij-pnotisée, elle put lire deux deslitres du journal, et, le jour suivant, sefaisantun bonnet de tulle, elle put, sans l'aide de ses lunettes, enfiler son aiguille. La fille de cette dame qui se servait de lunettes depuis deux ans, put s'en dispenser après une séance d'hypnotisation. Nous devons encore noter que ces troismalades, de même que beaucoup d'autres, furent agréablement surprises de l'amélioration de leur mémoire après l'opération. La mémoire de l'une d'elles était très mauvaise ; elle était souvent obligée de remonter les escaliers plusieurs fois avant de se rappeler ce qu'elle était venue chercher ; elle pouvait à peine tenir une conversation ; mais tout cela, vestige d'une légère affection paralytique, a disparu, par suite de la même opération qui surexcita les nerfs optiques et qui ramena la vue. Qui peut, après de tels exemples, mettre en doute la différence réelle dans l'état du cerveau et du système nerveux en général pendant le sommeil hypnotique et le sommeil ordinaire? Je pourrais encore citer de nombreuses affections guéries ou soulagées par ce procédé, mais je me bornerai à une courte mention de quelques-unes.

Dans la seconde partie de ce traité, où les observations sont détaillées, on trouvera de nombreux exemples de la puissance curative de l'hypnotisme, dans des cas de tic douloureux; de céphalalgie d'origine nerveuse ; d'irritation spinale ; de névralgie du cœur ; de palpitations et d'intermittences cardiaques ; d'épilepsie ; de rhumatisme ; de paralysie ; de convulsions et de spasmes toniques, etc.

Je donnerai ici quelques détails d'un exemple qui montre à un degré remarquable la différence entre le sommeil artificiel et le sommeil ordinaire, ou celui qu'amène l'opium et tous les médicaments du même genre. Miss CoUins, de Newark, Nottinghamshire, eut pendant la nuit un spasme à la suite duquel sa tête demeura fortement inclinée surs l'épaule gauche. Les moyens les plus énergiques et les plus

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intelligents, conseillés par un praticien de talent, aidé luimême des conseils de sir Benjamin Brodie, avaient été misa l'essai ; notamment l'emploi des narcotiques avait été poussé aussi loin que la prudence le permettait; malgré tout il n'y avait pas eu le moindre soulagement dans son état qui persistait depuis près de six mois. La première fois que je vis la malade, j'essayai de relever sa tète, mais, en dépit de tous mes efTorts et malgré la force ((ue je déployai, je ne pus venir à bout de lui faire faire le plus léger mouvemeut. J'espérais cependant, en me fondant sur mon expérience, que je réussirais avec l'hypnotisation. Ayant prié toutes les personnes présentes, à l'exception de la malade, de son père, et de son médecin de se retirer, j'hypnotisai celle-ci, et trois minutes après le commencement de l'opération, avec la plus grande facilité et sans lui causer la moindre douleur, je lui fis incliner la tête du côté opposé ; deux minutes plus tard elle était réveillée et tenait sa tôto droite. Je ne fis à cette malade que trois visites, après lesquelles elle retourna dans sa famille. Quelque temps après, elle eut une contraction nerveuse de la tête, et un jour la tête s'appliquait de nouveau contre l'épaule. Le docteur Chawner répéta l'opération, comme il mejl'avait vu faire et la guérison fut immédiate ; sa santé est aujourd'hui parfaite (douze mois après l'hypnotisation) ; « sa tête est droite et la personne exerce un contrôle parfait sur les muscles du cou ». (Voir les cas.)

Miss E. Atkinson ne pouvait, depuis quatre ans et demi, faire usage de la parole ; sa voix se réduisait en chuchotement, malgré l'emploi de tous les remèdes connus et sous la direction de praticiens renommés. Après la neuvième opération hypnotique, elle parlait à haute voix, sans efforts ; sa santé est restée excellente depuis — il y a maintenant neuf mois. (Voir les détails de cette observation, 2° partie.)

Les meilleurs résultats de quelques minutes d'iiypnotisation (si différents de ceux qu'on réalise par les moyens

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ordinaires) peuvent sembler étonnants à ceux qui ne connaissent point toute la puissance remarquable de ce procédé. Aussi m'a-t-on engagé à dissimuler la rapidité et l'étendue des effets produits ; beaucoup de gens pouvaient être portés à considérer la chose comme impossible, et être tentés de rejeter en même temps les effets moins étonnants quoique non moins exacts, de l'action bienfaisante de l'hypnotisme dans d'autres cas. Cependant, dans l'exposé des observations, j'ai eu à cœur de m'en tenir aux faits tels que je les ai constatés et non de faire des concessions pour complaire aux opinions préétablies, aux préjugés d'autrui.

Qu'il me soit permis d'ajouter que j'ai donné lieu à bon nombre de mes confrères de voir les patients et de se rendre compte par eux-mêmes de l'état réel dans chaque cas; je peux faire appel à leur témoignage quanta l'exactitude et à la fidélité des observations de la plupart des cas mentionnés dans ce traité.

Après de tels faits, personne ne peut raisonnablement révoquer en doute la différence remarquable qui existe entre l'hypnotisme et le sommeil naturel, non plus que nier la valeur thérapeutique de ce procédé.

Il est peut-être impossible d'établir d'une façon absolue comment ces effets extraordinaires sont produits. Ce qui est certain, c'est que, dans cet état, à part l'impression directe sur les centres nerveux, impression qui, pour ainsi dire, « bouleverse l'esprit » et nous permet, fait si notable, de localiser ou de concentrer l'énergie nerveuse ou puissance sensorielle sur un point quelconque ou sur une fonction particulière en lieu et place de cette répartition égale qui constitue l'état normal, nous avons encore une puissance d'action extraordinaire sur les capillaires ; nous pouvons augmenter et diminuer la force et la fréquence de la circulation aussi bien générale que locale '. Ceci peut se

i. Je veux dire que, si l'on examine le pouls radial, pendant que le patient a les hras îi l'état catalopliforme et à angles droits avec le

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produire à un degré des plus remarquables, au point de vue de la rapidité et de l'étendue de ces modifications!. De plus, l'insensibilité absolue peut, à une certaine période, et presque avec la rapidité de la pensée, faire place à la sensibilité la plus exaltée ; nous en avons donné un exemple, page 61. En définitive, je considère comme très avantageux d'avoir acquis la connaissance de la production et de l'application de ces effets, et de pouvoir les mettre à procorps (et quand, par conséquent, la circiilalion ne pentêtro induencée que par la rigidité ou la flaccidité des muscles), on le trouvera faible ou CiJiitracté ; mais aussitôt que la rigidité des muscles a disparu, îi l'aide du souflle ou d'un éventail, le pouls devient beaucoup plus ample. Naturellement, celte expérience que l'on peut faire à l'insu du sujet est entièrement différente de celle que l'on peut faire, Ti titre de simple curiosité, et que la personne accomplit volontairement en comprimant les artères axiUaires et brachiales, par l'applicalion ferme du bras sur la paroi thoracique. La première expérience est lovit à fait indépendante de la volonté, la seconde est volontaire et n'est qu'un jeu.

1. Quand j'eus l'occasion pour la premiers fois d'observer un patient attentivement, et de m'attacher à examiner son pouls pendant l'influence mesmérique, ce fut à la date du 19 novembre 1841. Je fus frappé de l'état du pouls au poignet ; il était très petit et très rapide ; ce fait, joint au tremblement ou au léger soubresaut des parties musculaires du bras, en rendait le compte exact impossible. Cette circonstance m'obligea à prendre le pouls h la carotide, détail que l'on peut lire dans le Manchester Guardian du 24 de ce mois. C'est à cela que j'attribuai la différence dans les pulsations artérielles comptées par moi et comptées par d'autres ; je les avais prises à rnc/éce co)'0//'/e, considérant comme chose impossible de pouvoir les prendre correctement à la radiale. L'injection des conjonctives oculaires et de tout le système capillaire du cou, de la tète et de la face, était très apparente, et le docteur Radford fit observeravec justesse quele phénomène ne pouvait échapper à aucune des personnes de l'assistance : ce fait, et d'aulre part, les" mains froides et la contraction du pouls au poignet, me firent penser que li rigidité des muscles catalcptisés s'opposait i la transmission libre du sang aux extrémités, et causait ainsi l'augmentation de l'action cardiaque et l'hypéremie du cerveau et de la moelle épinière. Le docteur Kellie a mis en lumière les mêmes fditsdans une expérience ingénieuse ; il appliquait un tourniquet autour de l'une des extrémités et coupait court ainsi ù la période de froid d'une attaque de fièvre intermittente .

CE n'est pas un remède universel Gît

lit dans la thérapeutique, quand même nous devrions toujours ignorer leur cause réelle ou les principes dont ils émanent. Qui pourrait dire pourquoi ou comment la quinine et l'arsenic guérissent la fièvre intermittente ? On sait cependant que telle est leur action, et on les prescrit en conséquence.

Certain, par mon cxpérioiice personnelle et par le témoignage de quelques confrères, dont le jugement et la sincérité m'inspirent la plus grande confiance, de la conquête d'un agent curatif important dans une certaine classe d'affections, je ne viens point, je le répète, préconiser ici une panacée universelle. Appliqué avec discernement, ce procédé peut devenir un immense bienfait.

Les maladies présentent des différences essentielles dans leurs symptômes pathologiques ; le traitement doit varier en conséquence. Ne comptons pas trouver dans ce mode de traitement, non plus que dans tout autre, un remède universel.

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