CHAPITRE V
Pourquoi l'on devrait faire des conférences publiques sur l'hypnotisme. — Manière de provoquer un sommeil réparateur, avec lenteur du pouls et (laccidilé générale des muscles. — Succès de cette méthode.
L'hypnotisme est un agent important au point de vue curatif ; les préjugés que nourrit le public à cet égard sous le rapport de la moralité sont au fond inertes. Le voir accuser sans raison et d'une façon absurde de tendre à la destruction des croyances chrétiennes, entendre dire que les miracles de l'évangile ont là leur source véritable, cela fut pour moi un motif suffisant, au nom de l'humanité et de ma dignité professionnelle, pour placer la doctrine à l'abri de ces erreurs et pour mettre les savants en mesure de l'étudier et de rappli(]uer dans le sens réellement pratique sans risquer leurs intérêts personnels dans une lutte contre le préjugé populaire.
Rien n'était à mes yeux plus favorable à la réalisation de ce projet que des conférences faites devant des auditoires mixtes. Le public pouvait ainsi recueillir des preuves concluantes de son utilité pratique ; et quand on aurait prouvé que l'hypnotisme avait sa source dans une loi de l'économie animale, et que le patient ne pouvait être affecté que selon sapropre volonté et avec son consentement, et non, comme le prétendent les adeptes du magnétisme animal, par le pouvoir irrésistible de la volonté et les passes des magnétiseurs, en secret et à distance, l'accusation de tendances immorales que l'on portait contre cet agent devait tomber immédiatement. J'ai raison de croire que
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mes travaux n'ont pas entièrement échoin', dans la disparition des préjugés populaires; et j'espère maintenant que mes confrères éclairés, connaissant les raisons qui m'ont porté à faire des conférences à des auditoires mixtes, au lieu de m'adresser exclusivement aux confrères, et sachant surtout qui' je ne faisais pas secret de mes modes d'opération, seront plutôt enclins à approuver qu'à blâmer la ligne de conduite que j'ai cru devoir suivre. Voulant éclaircir certains doutes, j'instituai des expériences par lesquelles j'espérais obtenir un sommeil naturel ou réparateur et les résultats furent très satisfaisants. J'ai pu réussir sur un patient qui, opéré de la façon habituelle, était très susceptible et porté ù devenir fortement cataleptique, avec pouls rapide et respiration oppressée, j'ai pu réussir, dis-je, à produire un sommeil profond pendant plus de trois heures, accompagné de flaccidité de tous les muscles, et de pouls et de respiration plus lents qu'à l'état normal. Toute la différence provient d'une circonstance bien simple : la position des yeux pendant l'opération, c'est-à-dire, tenir les paupières fermées et tourner les yeux vaguement en haut, comme si l'on regardait un objet à une grande distance, élevant les globes oculaires lentement, de façon à causer la dilatation de la pupille, comme je l'ai déjà expliqué; il faut aussi placer les membres dans la position la plus favorable au repos des muscles, attitude qui empêche ainsi l'accélération du pouls.
Voici le raisonnement que m'a inspiré celte méthode. Si, comme je le supposais, la tendance au spasme se trouvait réfléchie à tout le système musculaire, par l'intermédiaire des branches demi-paralysées de la troisième paire de nerfs crâniens pendant la fatigue qu'impose auv yeu.x la fixation prolongée, je pensai que si je pouvais mettre en jeu tous les éléments nécessaires pour produire l'hypnotisme, 7no'ms la fatigue des yeux et de leurs branches nerveuses, je pourrais provoquer un sommeil réparateur, sans rigidité des muscles ni accélération de la circulation. En fermant les paupières, on obtenait le premier point, et
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en tournant les yeux en haut vaguement, ce qui amenait la dilatation des pupilles, on obtenait le second ; j'en fis l'expérience, etcommeje l'ai déjà dit, je réussis complètement.
Je crois que le plan que je viens d'indiquer est aussi simple, et je suis certain qu'il sera aussi efficace pourprocurer le « sommeil à volonté » que celui de Gardener, publié dernièrement par le docteur Binns. Je dirai encore que j'ai publiquement indiqué ma méthode dans mes conférences à Londres, le 1" et le 2 mars 18 i2, c'est-à-dire six mois au moins avant la publication du travail du docteur Binns. J'en avais fait de môme dans mes conférences à Liverpool, six semaines avant la dernière date citée.
M. Barrallier, chirurgien de mérite exerçant à Milford, qui s'était occupé d'iiypnotisme avec zèle et succès, publia dans le Médical 'rimes quelques expériences intéressantes, et mentionna entre autres le cas d'un habitant de sa ville cjui avait l'habitude de s'endormir en tenant ses yeux dirigés fixement pendant quelques minutes dans la même direction ; cette personne dormait à peine avant d'avoir adopté cette méthode. (Voir pour les difl'érents modes de s'endormir les pages 50-.58 de ce traité).
Parlant de mes premières théories, le docteur Binns, à la page 372, malgré les modifications dans la circulation et dans la respiration, révoque en doute que, pendant l'hypnotisme, naturel ou artificiel, il y ait imperfection dans la formation du sang artériel. Il n'avance cependant aucun argument qui puisse me convaincre du contraire et, selon ma conviction personnelle, l'état du sang est biencelui que j'indique; cet état est une des causes du sommeil ordinaire; la condition de torpeur plus intense qui accompagne une certaine période du neuro-hypnotisme est de même le résultat d'une purification moins parfaite encore du sang. D'un autre côté, l'exaltation et la rêverie dépendent des propriétés plus ou moins stimulantes du sang, mieux oxygéné à certaines périodes, ainsi que du cours rapide de la circulation, et de la pression ou tension exercée sur le cerveau pendant l'état cataleptiforme.