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CHAPITRE VI

Remarques préliminaires. — Les relations entre l'esprit et la matit're témoignent contre le matérialisme. — Armstrong, Bnovvn, Abercrombie, Stewart, Platon. — Coneliision générale . l'esprit on la vie e4 la cause de l'organisme. — Puissance de la conscience. — Les passions ; comment elles sont excitées. — Opinion du doctenr Elliotson quant ?i l'efficacité ou rinefficacito de la volition et de la sympathie entre les cervcau.ï de l'opéré et de l'opérateur. — Gomment on divise le cerveau. — Les causes de l'imperfection de la plirénologie. — Objections faites au phréno-hypnotisme — Mode de connexion entre le cerveau et le corps. — Les premiers essais de phrénologie pendant l'iiypnotisme ne réussirent point. — On y réussit en opérant différemment. — Exemples. — Un enfant opère avec succès. — Détails de l'observalion. — Autres observations heureuses. — Le meilleur moment pour opérer. — Observation relative àun officier en iljS. — Inductions relativement à sa puissance curative. — Opinion de La Roy Sunderland, de M. Hall. — Cause supposée des pliénomènes nommés magnétisme croisé. - Restitution d'objets dérobés à leurs propriétaires, et leur replacement à l'endroit liabitnel, à l'aide de l'odorat et du toucher. — Puissance de l'ouïe pour les sons très faibles. — Autres observations. — Des facultés opposées peuvent être provoquées en même temps par l'action sur les hémisphères opposés. — Manière d'opérer. — Conclusion sur la valeur du témoignage.

Assurément, quelques-unes des opinions que j'ai énoncées, ainsi que les faits sur lesquels elles reposent, ont dû paraître surprenantes à bon nombre de lecteurs ; je suis certain que le sujet que je me propose de discuter dans les pages stiivantes les surprendra plus encore ; c'e.'^t-à-

Braid. 5

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dire, pendant l'hypnotisme nous acquérons le pouvoir, par l'intermédiaire des nerfs sensoriels, de provoquer un sentiment, une sensation, une passion ou une émotion quelconque, ainsi que la manifestation mentale de notre choix, et d'après notre mode de manifestation. C'est ce qui a été désigné sous le nom de phréno-magnétisme par les premiers expérimentateurs de ces curieux phénomènes, mais que, d'accord avec ma nomenclature, j'appellerai du nom de phréno-hypnotisme. Il paraît, comme pour bien d'autres découvertes, que des recherches semblables avaient lieu simultanément en Angleterre et en Amérique, à l'insu des différents expérimentateurs que les expériences conduisirent à des conclusions analogues.

Tout homme sérieux et sans parti pris reconnaîtra que si nous pouvons réellement acquérir ainsi la puissance de mettre en action une faculté ou une tendance quelconque, tout en diminuant la faculté antagoniste, nous aurons là un agent important pour améliorer les conditions physiques, intellectuelles et morales de l'homme. Il ne me sera pas difficile de prouver que l'esprit humain peut être développé et influencé par les organes du corps ; mais avant d'entrer dans les détails du modiis opprandi. je vais essayer d'écarter le préjugé qui règne contre la discussion môme de ce sujet, préjugé qui s'était élevé par suite des croyances-matérialistes protessées par ceux qui promulguaient cette doctrine. Une telle déclaration, de la part de ces derniers, devait, en effet, non seulement soulever les préjugés, mais encore choquer violemment les principes de toute la société chrétienne, et l'empêcher d'admettre ou seulement de discuter sans passions les faits conformes à ces théories. Quant à moi, je ne vois rien dans le sujet qui permette les conclusions qu'en tirent les matérialistes ; et il ne faut pas repousser la vérité parce que des hommes égarés essaient d'édifier sur elle une doctrine vide et absurde.

Voici quelles sont mes vues au sujet des rapports de l'esprit et la matière. Je considère le cerveau simple-

LA PnRÉJJOLOGIE n'eST PAS LE MATÉRIALISME 75

ment comme l'organe de l'esprit, et les organes du corps comme les instnimenls maintenant l'intégrité de la structure corporelle, et lui servant à acquérir et à étendre ses relations avec la nature extérieure; je crois que l'esprit agit sur la matière et subit l'influence de celte dernière, selon la qualité, la quantité, et les dispositions relatives du développement céréhral. Mais ceci ne veut pas dire que l'esprit n'est qu'un simple al tribut de la matière ', Ma pensée, ma volonté, mon activité qui influenceraient l'état

d. (1 Quelques sons frappant le tympan, ou quelques petits tialis noirs, tracés sur un morceau de papier blanc (voir la brochure do M. Rennel), ont pu terrasser un lionime aussi effectivement qu'un marteau, et le priver, non seulement de la vue, mais encore de la v'(e. Nous avons donc ici nn exemple de l'esprit agissant sur la matière, et je n'affirmerai en aucune sorte que la matière, de son cùté, n'agit pas sur l'esprit ; car, pour ceux qui professent la relation intime entre le corps et l'esprit, celte réciprocité d'action est facilement admissible; mais elle formera v.ne difficullé insu"monlablo pour ceux qui affirment l'identité de l'espiit et du corps. » Et plus loin, « cette union intime enU'e le corps et l'esprit est, en effet, analogue i tout ce que nous voyons, sentons et comprenons. C'est ainsi que nous remarquons que l'excilalion matérielle de l'alcool, ou de l'opium, agit sur l'esprit par l'intermédiaire du corps, et que le slimulant moral de l'amour ou de la colère agit sur le corps par l'inlermédiaire de l'esprit : ce sont des réciprocités d'action qui établissent comme unprincipel'unionenlre l'esprit et le corps; elles repoussent la croyance à l'idendité. » — « Toute p isslon de l'esprit n'agit-ello pas directement, et, pour ainsi dire, per se sur le corps, avec une influence plus ou moins grande, proportionnelle à son idenlité ? L'activité, dans eo cas, n'appartient-ello pas îi l'esprit, et la simple passibilité au corps? La colère n'est-elle pas accompagnée d'un cours plus rapide du sang ? La surprise, do ce mouvement connu de tous? La douleur, de l'évanonisscmpnt? Tous ces exemples, et mille antres semblables, ne nous démonlrent-ils pas d'une manière péremptoires qu'^'e/la priorité d'action appartient à l'esprit et non au corps ? Et ceux qui nient ces faits en sont réduits à l'essai ridicule et absurde de prouver qu'un homme a peur parce qu'il se sauve, et non qu'il se sauve par'îe qu'il a peur ; que le mouvement produit la terreur et non la terreur le mouvement.» — (Lacon, de Collon.') t^e môme auteur se sert aussi de cet argument d'une manière décisive, en rappelant que l'aliénaliun mentale est fréqucmmentproduite par des causes morales, cl que l'on obtient souvent du succès sur des aliénés par le traitement moral.

mental et corporel d'un autre, ne di''lruiraienl corlninement pas notre individualité personnelle. Aussi bien, pourrions-nous dire que les belles compositions d'un Mozart ou d'un Beethoven, qui parviennent, par l'intermédiaire de difTérents instruments, aux oreilles des auditeurs charmés, sont le produit de la pensée et de la volonté des instruments.

11 me paraît absolument clair que le musicien peut concevoir, composer et déposer sur le papier chaque idée, sans que d'autres puissent en comprendre la nature ou les mérites, à moins de communication par l intermédimn d instruments appropr'u's. Le musicien et l'instrument sont donc aussi essentiellement distincts dans leur nature, que le sont l'àme et les organes du corps.

J'essaierai encore de démontrer mes vues par l'exemple suivant : Supposons que l'instrument soit bon et bien adapté à l'expression musicale, il est évident qu'il fera mieux ressortir les beautés de la composition qu'un instrument mauvais ou médiocre; il donnera aussi plus de plaisir, de satisfaction et d'encouragement au compositeur que le mauvais instrument. Il en est de même de l'esprit servi par un cerveau bien développé. Supposons que l'instrument soit parfait dans certaines de ses parties, très imparfait, au contraire, dans certaines autres, il est évident que le musicien procurera plus de plaisir aux autres, ainsi que plus de satisfaction à lui-même, en jouant sur les parties parfaites de son instrument. Puis supposons que les parties sur lesquelles il joue soient susceptibles d'amélioration par l'exercice (c'est le cas avec plusieurs instruments, le violon, par exemple), il est clair qu'il se trouvera de plus en plus encouragé à limiter sonjeu à ces meilleures partie de son instrument, et qu'en y concentrant toute son énergie, il se complaira de plus en plus à son œuvre et charmera de même ses auditeurs par la perfection de son jeu.

C'est précisément ce que je conçois relativement au cerveau, en en supposant les différentes parties appropriées

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comme des instruments à la manil'estalion de différentes fonctions mentales. Chaque partie du corps humain subit constamment des alternatives de perte et de réparalion, — c'est-à-dire, les particules moléculaires des divers organes changent continuellement, et l'exercice modéré tend à auçpnenter le développement et l'énergie tandis que l'inaction a la tendance contraire. Personne ne niera ce fait. L'analogie est donc complète. L'âme ou l'esiirit, exercé judicieusement dans une direction particulière, donne une plu s grande force à certain organe particulier et acquiert plus de précision par l'habitude qui amène la tendance à persévérer dans la même voie. Si l'on évite certains autres actes, les organes correspondants s'affaiblissent, et exercent une influence moins puissante sur l'esprit. C'est ainsi que nous pouvons nous rendre compte de la puissance des habitudes, tant phj'siques que morales, qui se renforcent l'une l'autre par l'exercice ; c'est en vertu de ce principe que nous pouvons espéreraméliorer la condition des membres vicieux de la société, en les écartant de la mauvaise compagnie et des mauvaises habitudes, en les encourageant dans la pratique des bonnes mœurs.

De plus l'esprit du musicien peut concevoir et mettre en activité les organes correspondants du cerveau ; ceux-ci réagissent sur les organes du corps et mettent en vibration la Ij're silencieuse ; tous ces anneaux de communication peuvent se perfectionner sans transmettre de sensations ou d'émotions correspondantes dans l'esprit d'autnii, à moins que ces derniers ne soient pourvus d'organes récepteurs appropriés (l'oreille musicale) pour la transmission au cerveau de certaines vibrations ; transmission qui produirait, dans les parties excitées, une condition susceptible de déterminer dans leur esprit certaines associations d'idées, suivies de la manifestation ries émotions particulières ainsi provoquées. Il ne suffit pas que cet enchaînement soit complet en partie, il doit l'être en totalité, ouïes résultats ne pourront être parfaits '.

\. Quelque temps après avoir écrit ce qu'on vient délire, .j'eus

DE L IIYI'NOTISME

On poiiri'ait sinitenir les mûmes arguments par rapport au peintre, au sculpteur, à l'orateur ; mais cela me paraît si évident par tout ce qui précède, que je hornerni ici les exemples ; d'autres seraient inutiles. Je conclus donc que l'âme et le cerveau sont essentiellement distincts, et sont relativement dans les mêmes rapports que le musicien et l'instrument musical.

In satisfaction de trouver unexemplc analogue écrit par feu le célèbre Dr John Armstrong ; j'e.virais ces mots de son travail On Fever, page U.S : — « On a vu que je considère l'aliénation mentale comme l'effet de quelque désordre dans la circulation, soit de nature corporelle, soit de nature mentale. On pourrait démontrer par des exemples familiers que lu cerveau est l'organe principal par l'intermédiaire duquel s'ell'ectuent les opérations de l'esprit ; ce n'est pas, comme beaucoup l'ont supposé, proclamer la doctrine du matérialisme que d'affirmer que certains désordres de cet organe sont capables de déranger les opérations intellectuelles. Que le musicien le plus habile se placj devant un instrument non accordé ou brisé, il ne produira pas l'harmonie à laquelle il était accoutumé avec l'instrument en parfait état ; les sons, au contraire, seront discordants ; il serait manifestement très illogique de conclure que les facultés du musicien sont lésées parce que l'instrument imparfait ne peut plus les interpréter. Ce que l'instrument est au musicien, le cerveau l'est à l'esprit, et nous ne savons jusqu'ici rien qui prouve le contraire ; et pour poursuivre notre figure, de même que le musicien a une existence distincte de celle do l'instrument, l'esprit peut avoir une existence distincte de celle du cerveau ; car, en vérité, nou^ n'avons aucune preuve que l'esprit soit une propriété dépendant d'un arrangement quelconque de la matière. Nous percevons, il est vrai, les propriétés de la matière, modifiées merveilleusement dans les divers objets de l'univers ; ces propriétés frappent nos sens de tou;e laforce de leursublimité ou de leur beauté; mais nous reconnaissons dans toutes certaines propriétés communes et radicales, qui n'ont aucune relation possible avec ces facultés mystérieuses de la pensée et du sentiment, et se rapportent seulement ii ce quelque chose, que nous distinguons de la matière sous le nom d'esprit. Ainsi je m'explique que le bon sens de l'humanité ait faitla distinction, admise partout, entre l'o.^prit et la matière ; car il est naturel de conclure que l'essence de l'esprit peut être dislinctc de l'essence de la matière, puisque les opéralions de l'un sont si différentes des propriétés de .'autre. Alais, quand nous disons que l'esprit est immatériel, nous entendons seulement qu'il n'a pas les propriétés de la matière ; car la conscience qui nous fait connaître les opérations intellectuelles ne nous révèle pas la nature abstraite de

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Un aulre argument vient encore puissamment confirmer la croyance à l'indépendance de l'être spirituel. Malgré les modifications continuelles qui ont leur siège dans la structure physique, nous constatons toujours l'identité personnelle ; nous nous souvenons volontiers des premières années de notre jeunesse, alors que chaque particule de notre organisme a changé à plusieurs reprises : l'esprit original n'aurait donc fait qu'échanger et renouveler sa demande.

l'esprit, pas plus que les propriâtés ne révèlent l'essence de la matière. Qaand, parconséquent, on alTimie la matérialité de l'esprit, on semble admettre que les phénomènes de la matière démontrent clairement la cause réelle de l'esprit ; or, comme il n'en est l'ien, on fait reposer l'argumentation, d'une façon peu philosophique, sur une supposition. Le fond du raisonnement est également incorrect, quand on maintient que l'esprit est un attribut de la matière, parce qu'on ne le connaît dans ses opérations qu'en rapport avec la matière. Quoique cette relation soit constante, nous n'avons cependant aucune prouve directe qu'elle soit indispensable.

M. Her'bert Mayo, dans l'introduction de son livre sur le système nerveux et ses fonctions, s'exprime ainsi : — « La vie est une force dont la nature et le but sont de préparer les matér'iaux du monde iner-le, pour une union temporaire avec la conscience, — c'est un moyen par lequel l'esprit peut se mettre en relation avec la matièr'e, de telle sorte qu'il puisse pi'endre corps et faire partie de la nature physique, développer ses facultés, mettre ^ jour ses capacités et ses tendances qui sont toujours (quel qu'en soit le but ultérieur) en harmonie avec ses lois.

.. Nous imaginons l'Esprit suprême présent partout,infini, contrôlant la matière, mais non contrôlé par elle, et par opposition à ces attributs, nous concevons l'espi-it humain attaché sur place, immobile et dépendant d'un certain arrangement do la matière pour pouvoir se manifester, chaque puissance témoignant des propriétés d'un tissu, chaque agent, de la fonction d'un organe.

Il Ces vues ne conduisent pas au matérialisme, car on ne peut pas séparer la physiolog-ie du système ner-veux de lapsycliologie, ni étudier le jeu de ses organes sans s'attacher à l'étude de l'esprit lui-môme. Et si l'on s'occupe également des deux classes de phénomènes, il est impossible (cerne semble du moins) d'échapper îi la conviction qu'ils sont essentiellement indépendants l'im de l'autre,et qu'ils appartiennent il des essences distinctes ; et que la conscience du moi n'est pas un mode de l'existence matérielle, ni l'impénétrabilité physique un attribut de ce qui sent et pense. »

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Mai-i comment pouvons-nous supposer que chaque particule, eu se retirant, ait pu léguer sa somme de connaissance à la parcelle de matière qui lui succède?

La remarque de Colton semble très juste ; il dit : — «De nombreuses causes conspirent aujourd'hui à augmenter, pourainsi dire, l'arbre de l'infidélité, maislemalérialismeen est la plus forte racine. » J'ai donc essayé de démontrer, et, d'après ce qui a déjà été dit, avec succès je l'espère, que le fait de voir dans le cerveau l'organe de l'esprit ne conduit à admettre que certaines conditions de la matière, propresà la manifestation des différents états de l'esprit, pour nous et pour ceux qui nous entourent dans le cours actuel de notre existence. On accuse à tort et absolument sans raison la phrénologie de conduire au matérialisme ; elle ne prétend que diviser le cerveau en compartiments répondant à autant de fondions ou à des manifeslalions spéciales reconnues généralement et sans hésitation comme le résultat d'un organe unique. Je pourrais donc laisser de côté ce sujet, une fois pour toutes, et abandonner la défense de la doctrine de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme aux nombreux et habiles auteurs qui se sont fait connaître dans ce domaine de la philosophie. Cependant, comme un argument considérable peut se tirer, en faveur de ces croyances, des données de la phrénologie, c'est-à-dire de l'exécution de fonctions spéciales par des portions particulières du cerveau, je ne crois pas m'écarler de mon sujet en insistant sur ces points davantage.

Les idées et les habitudes de tous les peuples, sauvages et civilisés, marquent clairement la croyance intime à un pouvoir tutélaire qui règle les destinées des hommes et des nations ; les diverses formes d'adoration en font foi.

La phrénologie, comme le démontre l'hypnotisme, fait plus ; elle prouve qu'il y a une certaine partie du cerveau dont l'esprit peut se servir comme d'urgane particulièrement destiné à l'adoration; partant du point île vue que rien n'a été créé en vain, ou sans but final, nous pouvons en conclure en toute sécurité qu'un tel organe n'aurait ja-

LA PURÉNOLOGIE COiNKIRME LA DOCTRINE CllRÉTlEiN'NE 81

mais été formé s'il n'avait pas dû servira un usage ; et à quoi aurait-il servi dignement s'il n'existait d'objet digne d'adoration? Le fait lui-même de l'existence d'un semblable organe spécial caractérise la folie de l'athée ; et, ayant prouvé que l'esprit n'est pas, de nécessité, seulement l'attribut de la matière organisée, mais qu'il en est une essence distincte, nous ne pouvons pas le supposer plus destructible que la matière. Or, il est admis que la matière, autant que nous puissions le comprendre, est indestructible ; l'analogie devrait nous porter à conclure que l'esprit, partie la plus importante de l'homme, ne sera pas moins indestructible ; et par conséquent, la conclusion la plus rationnelle à laquelle nous puissions arriver, c'est que l'àme est immortelle.

« L'esprit existe donc au même titre que la matière, ou plutôt, s'il est une différence dans le degré d'évidence, l'esprit existe plus sûrement que la matière elle-même ; si aucun des atomes qui composent le corps ne périt à la mort, si ce que nous appelons dissolution, décomposition, putréfaction, n'est qu'un changement dans les positions relatives de ces atomes qui eux-mêmes continuent de vivre avec toutes leur.s qualités, on ne peut vraiment pas admettre poui- l'esprit indépendant, et à la suite de cette simple modification de place des atomes, d'autre changement que sa séparation d'avec ces atomes ainsi isolés les uns des autres. La prolongation de l'existence de fout ce qui est corporel ne peut être considérée comme une preuve de l'annihilation de l'autre substance ; au contraire, et par analogie, il y a là une présomption en faveur de la survivance de l'esprit, puisque rien de ce qui l'entoure n'a péri, puisque rien même n'a péri de ce qui existe dans tout l'univers matériel depuis que l'univers lui-nuJme fut créé. » — Docteur Thomas Brown.

« L'esprit se souvient ; il conçoit des idées, forme des jugements et des raisonnements ; il aime, craint et espère, et cela, en l'absence totale de toute impression venue du dehors, qui pourrait, au plus faible degré, influencer ces

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émulions ; nous avons la plus ferme conviction qu'il continuerait à exercer les mêmes fonctions avec la même activité quand bien môme toutes choses matérielles seraient subitement annihilées. » — Ahercrombie.

M. Stcwart dit aussi : — « De toutes les vérités que nous possédons, l'existence de l'esprit est la plus certaine. On conçoit moins facilement le matérialisme que la doctrine même de Berkeley, établissant la non-existence de la matière. »

Platon disait: — (■ Le corps, étant composé, se trouve dissous à la mort ; l'àme, simple, passe dans une autre vie, incapable de corruption. »

Le D' Abercrombie, cet excellent médecin et métaphysicien, après avoir relaté les efîets sur la mémoire d'affections et de désordres du cerveau, accompagnés si souvent de lésions organiques sérieuses, concluait ainsi : — « Une chose, toutefois, est certaine, c'est qu'ils ne confirment pas la doctrine du matérialisme, que quelques-uns ont, avec présomption, inférée d'une étude incomplète de l'influence des affections cérébrales sur les manifestations intellectuelles. Ils nous montrent, plutôt, et d'une façon frappante, l'esprit en relation avec le monde extérieur, par l'intermédiaire du cerveau et du système nerveux; et par certaines affections de ces organes, ils nous montrent ces reiations lésées ou interrompues ; ils ne nous montrent pas autre chose. Ils n'autorisent, surtout, en aucune ma^ nière, rien d'analogue à ces inductions partielles qui forment la base du matérialisme ; nous voyons, au contraire, le cerveau lésé dans une étendue considérable, sans que les fonctions mentales en soient affectées à un degré sen^ sible. » (Ceci provient, sans doute, du fait que les deux hémisphères ont des organes correspondants, et par conséquent, quand l'un d'eux est lésé, l'autre peut suffire à la manifestation du phénomène mental.) « Ils nous montrent encore les manifestations de l'esprit, obscurcies un instant, revenant cependant à la lumière, et avec toute leur vigueur primitive, presque au moment même de la disse-

l'esprit, cause de l'organisme 83

lutiuii corporelle. Enfin, ils nous montrent l'esprit, dépouillé lie toute communication avecle monde extérieur, rappelant ses vieilles impressions, oubliées souvent depuis longtemps, et exerçant, sur ce qui avait depuis longtemps cessé d'exister, son pouvoir, d'une manière totalement incompatible avec tout ce que nous pouvons penser d'une fonction matérielle. «.Ort The intelleclual powers, pp. lo-iloo.

Alix arguments déjà énoncés contre le matérialisme, qu'il me soit permis d'en ajouter un autre. Loin d'admettre que les manifestations mentales soient le résultat du seul organisme, j'inclinerais à dire que l'organisme est le résultat de l'esprit, considéré comme le principe de la vie influençant et dirigeant l'organisme selon les besoins et les désirs particuliers. Nous savons que toute graine reçoit un principe de vie de la grande cause première, qui lui permet, une fois semée dans un sol convenable, d'exercer tout son pouvoir et de s'approprier les matériaux nécessaires à la fiirmation de son organisme, et à la réalisation de ses besoins particuliers : ayant passé par certaines conditions, ayant formé d'autres graines ou germes semblables pour propager son espèce, la plante meurt et se résout en ses premiers éléments. L'homme et les animaux possèdent aussi des facultés semblables pour la propagation et la multiplication de leur espèce; les organismes particuliers de chaque variété résultent du principe vivifiant et intelligent que nous nommons la vie ou l'esprit (il n'est personne qui nie l'existence de la première, quoique nous ne sachions rien de son essence ou de snn mode d'opération), principe qui dirige et détermine les formations diverses et appropriées ; il est moins probable que la seule union accidentelle de particules de matière en forme et en quanlités définies soit la cause des phénomènes de la pensée '. Il est vrai que nous ne pouvons par-

1. L'identité première de la strucliiro du frci'me des êtres orfctinlsés lea plus différents consistant toujours dans une cellule avec un

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1er ici que par analogie, mais l'analogie en faveur de celle proposition nous semble toute naturel et très plausible. N'est-il pas beaucoup plus nalui-e), par exemple, en voyant une manufacture bien organisée et pourvue de machines puissantes, de supposer à yrior'i qu'elle a élé bâtie et que ses machines ont été construites sur les plans intelligents d'un artiste habile, que de penser que la matière brute dont elle est composée a pris sa forme particulière et s'est arrang(;e de s« propre milialive, ou par accident ?

Plus la force, la vie, ou l'esprit primitif, transmis à chaque espèce à l'origine, est élevé et i)arfait, plus il faut nous attendre à trouver de complications et d'étendue à l'organisme correspondant, afin que celui-ci soit adapté à des fonctions plus nombreuses et plus variées; il était, par conséquent, nécessaire que l'homme eût cette supériorité, jusque dans la forme et dans les fonctions de ses mains, par lesquelles il s'élève de si haut au-dessus de tous les autres animaux ; de la sorte, il était apte à l'exécution des opérations compliijuées que sa nature supérieure et son organisme cérébral lui préparaient comme tâche.

En considérant le sujet à ce point de vue (et il me parait, après avoir consulté les difl'i'i'eutrs opiiiions de nos meilleures autorités sur la vie et >ui' l'oi'ganisation, que c'est la conclusion la plus satisfaisanie à laqiielleji'puisse arriver), toute plante, tout animal, si petit qu'il soit, peut avoir reçu, dès l'origine, un principe directeur ou principe vital particulier, qui lui a ù[i; attribué par le grand créateur, sans que nous soyons dans la nécessité d'accorder à chacun la responsubilil(' et une existence immortelle. Il n'y a, non plus, rien d'absurde dans la supposition que l'homme doué d'une puissance origini'lle plus élevée et d'un orga-

noyau, semble prouver que la cause de la variété des cla<iscs, des familles, des g-crires et des espèces animales et végélalis développées du germe, réside non pas dans la slruclurc ni dans les propriélés cliimiques de ce genre, mais dans l'idée ou dans l'esprit qui y a été implanté au niomenl de sa création {Millier, p. 1,339)."

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