‹ NeurypnologieChapitre 40 sur 63 · AMÉLIORATION DE LA SURDI-MUTITÉ · texte numérisé non relu

AMÉLIORATION DE LA SURDI-MUTITÉ

rellement que de la sensation. Ceiiifié exact par le père du patient. »

Signé : John Wrigrt.

Mancli ester, le 8 avril I8i2.

« Après la rédaction du certificat ci-dessus, la portée de l'ouïe du patient fut mesurée de nouveau, et on trouva qu'il entendait la boîte du côté droit, à la distance d'im demi-pouce de l'oreille. »

Signé : Joun Wrigut.

Ce dernier fait, de mieux entendre après avoir été réveillé qu'au moment même du réveil, se présente généralement. Ce patient vint régulièrement tous les jours pendant quelque temps et fit des progrès considérables dans l'amélioration de son ouïe ; mais, comme tant d'autres, il n'eut pas la patience de persévérer, malgré l'avis de son père, homme très respectable et très intelligent. Malheureusement, les sourds-muets ne connaissent pas toutes les conséquences de leur infirmité, ni l'avantage qui résulterait pour eux de leur persévérance ; ils semblent, pour la plupart, ainsi que leurs amis, s'attendre à ce que, aussitôt que l'ouïe leur est rendue à un certain degré, il puissent, comme par miracle, se trouver doués immédia tement du don des langues, à ce qu'ils puissent parler et comprendre le langage sans étude, sans travail et sans effort. Cette vérité est bien exprimée par M. John Harrison Curtis ; je vais citer de lui le paragraphe suivant :

«Kramerrépudie les cas queItard,Deleau et d'autrespré sentent comme des succès, parce que, au moment de leur publication, dit-il, lespatientsn'avaientpasencore acquis la facilité de parole que possèdent les autres personnes du même âge; il oubliait que quand la surdité est guérie, l'individu se trouve précisément dans la position de l'enfant qui doit acquérir la faculté de la parole, et assez souvent aussi la faculté de penser ; au contraire, s'il approche de

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radolesceiice, ila, en même temps, use débattre contre les fausses impressions, suite de perceptions erronées, qui l'assaillaient, ijendant que son infirmité le rendait incapable d'échanger ses pensées avec ses semblables ; il est, de fait, dans la même position, par rapport à l'ouïe, que le malade de Cheselden relativement à la vision. L'organe, quand la cophose est détruite, a besoin d'être soigneusement dressé à percevoir, à comprendre et à distinguer les variétés du son qui vient frapper le nerf auditif; c'est là une tâche qui demande beaucoup de temps pour son accomplissement. La guérison de la surdité congénitale peut être effectuée, et cependant devenir inutile, faute de cette éducation ultérieure si nécessaire. »

Après avoir remarqué que de nombreux cas de surdimudité proviennent de maladies, et qu'alors la surdité n'est que partielle, il ajoute: « Bon nombre de ces cas peuvent être améliorés, d'autres guéris ; je suis d'avis que quand il reste une chance d'amélioration, elle ne devrait pas être négligée ; cela peut certainement donner des espérances qui peuvent ne pas se réaliser plus tard ; non, toutefois, chez le malade, qui ne peut jjas comprendre les motifs du procédé ; les amis n'en seraient peut-être pas non plus tant ennuyés si le chirurgien avait fait tout son devoir, en les prévenant que, quoiqu'il y eût une chance de succès, ce n'était après tout qu'une chance. » — « Cela n'occasionne pas une perte de temps, dont on puisse comparer la valeur au fait d'avoir rendu un seul individu aux jouissances de la société et au commerce de ses semblables. » — <( Beaucoup de ces malades deviendraient (par le traitement convenable) des membres utiles à la société, au lieu de demeurer de malheureux objets de commisération pendant toute leur vie, avec le système en vigueur présentement. » M. Curtis dit encore: « Je suis entièrement de l'avis du docteur Williams, qui dit que l'on devrait toujours essayer la guérison, et cela au moment le plus proche de la découverte de la surdité : les enfants ainsi affligés devraient être mêlés aux autres enfants dont l'ouïe est

JAMES SUELMERDINE

normale, et aucune éducation symbolique ne devrait avoir lieu, avant que toute chance de guérison n'ait disparu. » {Médical Gazelle, le 23 septembre 1812).

Ces remarques sont si judicieuses et si importantes qu'elles n'ont pas besoin de commentaires auprès du lecteur intelligent. L'observation suivante a3'ant donné lieu à une ciintroverse active, je la présenterai dans tous ses détails. Avant d'opérer le jeune garçon, je lui demandai par écrit, en présence de la personne qui me l'avait amené, s'il avait jamais entendu, à quoi il répondit (aussi par écrit) « non ». Je procédai à l'opération, et, ce qui suit, est son cas extrait de mes notes.

H°CAS. — «James Shelmerdine,amenéparM.Barker,83, High Street, Manchester, âgé de quatorze ans et demi, est né sourd-muet ; il a été élevé à l'asile des sourds- muets de Manchester, et en est sorti en juin dernier, à cause de son âge. Le 4 janvier 1842, je le soumis à l'influence mesmérique. en lui faisant regarder ma baguette de verre, et le réveillai treize minutes plus tard en frappant dans mes mains ; il pouvait alors entendre le tic-tac de ma montre appliquée à l'oreille droite, mais très légèrement seulement, quand je l'appliquais à gauche. Il m'entendait parler àhaute voix, mais ne saisissait pas ce que j'avais dit. Cette expérience eut lieu en présence de son maître qui me l'avait amené, et qui certifie l'exactitude des faits précédents. Le jeune garçon a deux frères sourds-muets.»

Signé : Matïhew Barker.

« Le 3 janvier. Nouvelle opération. En douze minutes, il entendait ma montre à la distance de neuf pouces de l'oreille droite, et de six pouces de l'oreille gauche.

» Le 7 janvier. Il vint me voir et entendait de l'oreille droite à quatre pouces et demi, de l'oreille gauche à un pouce. Après dix minutes d'hypnotisation, il entendait la montre à sept pouces à droite, et à quatre pouces à gauche.

» Le 17 janvier. Après l'opération, il entendait à six

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pouces et demi à gauche et à sept pouces et demi à droite.

Le 20. Il entendit, au réveil, à sept pouces et demi de l'oreille gauche et à neuf pouces de la droite. »

Le jeune garçon fut alors mis à l'épreuve par des juges compétents; ils le déclarèrent capable d'imiter les sons articulés sans voir le mouvement des lèvres. On voulut s'assurer du fait, on lui fit répéter un mot qui n'exigeait pas de mouvements des lèvres, et qu'on avait prononcé près de son oreille ; il imita le mot distinctement.

Je commençai, à partir de ce moment, à lui faire répéter quelques mcits assez simples, il réussit très bien ; et j'eus constamment des preuves de ses progrès dans ce qu'il accomplissait à mes conférences. Il y avait des personnes qui ne pouvaient admettre qu'il fût né absolument sourdmuet, en l'entendant répéter si distinctement les sons articulés, malgré le soin que l'on prenait de lui cacher le mouvement des lèvres. Ce fait fut particulièrement et chaudement discuté à une conférence que je fis à Liverpool, le l"' avril 1842. M. Rhind, principal de l'institution des sourds-muets à Liverpool, demanda au jeune garçon, en ma présence, s'il avait jamais entendu parler avant d'être opéré par moi, le jeune garçon répondit «non ». Le lendemain, en présence de plusieurs amis, je lui fis de nouvelles questions par écrit, relativement à son état original ; il fit les réponses suivantes qu'il reconnut par sa signature. Heureusement, et par le plus pur des accidents, ce document (écrit sur le verso d'une lettre appartenant à une personne présente) fut conservé, et je le transcris ici Verbatim. » Aviez- vous jamais entendu, avant votre première opération? — Non. — Comment le maître de l'école vous apprit-il à dire papa, maman? — Quelques jours j>.

— Comment le fit-il? — Ba, be, bi, bo, bu. Le maître vous avait-il recommandé de suivre les mouvements de ses lèvres ? — Oui. — Avait-il essayé de vous apprendre à parler en approchant sa bouche de votre oreille ? — Non. — Avez-vous jamais dit auparavant

JAMES SHELMERDINE lfi3

ce que vous venez de me dire? — Non — L'avez-vous jamais lu, autant que vous puissiez vous en souvenir? — Non ».

Signé : James Suelmerdine.

Jusque-là, le jeune garçon n'avait appris que des mots isolés. Les deux dernières questions sont relatives à une partie de l'oraison dominicale en anglais, que je lui avais appris à répéter au moyen de l'ouïe ; et quoiqu'il répétât de suite cette partie assez bien, l'etTet était si difTérent de celui que produisait la méthode adoptée à l'école, ou de l'impression produite sur l'esprit par l'organe de la vue, quand il le lisait comme il devait en avoir l'habitude, qu'il ne savait pas ce que je venais de lui apprendre à répéter. Pourrait-on produire une preuve plus frappante, que ce garçon n'avait pas appris à parler au moyen de l'ouïe avant qu'il fût soumis à mon traitement ?

Le même jour, je lui appris à répéter une partie de l'oraison dominicale en latin, afin d'éloigner toute question quant à ce qu'il pouvait avoir appris à l'institalion. A ma conférence delà semaine suivante, àLiverpool, on la lui fit répéter, en la lui récitant d'un ton de voix modéré et en lui cachant le mouvement des lèvres ; on eut soin aussi de varier l'ordre des mots, afin qu'il fût bien établi qu'il répétait ce qu'il entendait.

On soutenait que James Shelmerdine pouvait, ou devait avoir possédé le sens de l'ouïe à l'origine, et qu'il n'était pas possible que son étal actuel fut le résultat de l'hypnotisme. J'écrivis conséquemment à M. Bingham, principal de l'asile pendant les cinq années qu'y pas-îa l'enfant, le priant de m'informer de l'état réel de James Shelmerdinejusqu'au moment où il avait quitté l'école. Voici sa réponse, et je puis ajouter que je ne connais pas M. Bingham personnellement. Après avoir décrit l'ouïe partielle de l'enfant, qui variait beaucoup, M. Bingham dit: — « Je n'ai jamais considéré son aptitude à entendre suffisante pour distinguer un son d'un autre dans la conversation, et parconséqaentje n'ai jamais essayé de lui apprendre à parler autrement

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qu'à tous les autres enfants nés sourds. Si l'hypnotisme ou le mesmérisme lui a permis d'imiter les sons que vous lui communiquez, sans l'observation du mouvement des lèvres, je n'hésite pas à dire que vous avez accompli un fait que je n'aurais jamais attendu; et, vu les circonstances, il y a lieu d'encourager votre méthode de toute manière. Vous m'obligerez beaucoup de me dire si c'est cela qui a été accompli, car V enfant était absolument incapable de distingue)^ unmot de l'autre, s' il était prononcé derrière lut, au moment aîi il me quitta. <>

Je n'eus heureusement aucune difficulté 'a confirmer ces faits, car, à part les preuves qui en avaient été données à tant de reprises dans la salle de conférences publiques, notre jeune garçon avait été examiné devant plusieurs membres de l'Association britannique, et plus récemment encore, devant une douzaine de témoins, y compris le principal actuel de l'institution des sourds-muets de cette ville. J'avais provoqué cette recherche à cause des attaques dirigées contre moi, et qui représentaient d'une façon entièrement fausse ma conduite à ce sujet. Voici un passage du rapport sur son état, le 23 juillet dernier (1843), certifié par M. A. Patterson, principal de l'école des sourds-muets, et par douze autres témoins : — « James Shelmerdine a été examiné chez M. Braid, par les soussignés, au sujet de son ouïe, et il a répété facilement une partie de l'oraison dominicale, en anglais et en latin, dans l'ordre régulier et au reJjours, après M. Braid, qui lui parlait d'un ton modéré et sans qu'il pût voir les mouvements de ses lèvres. »

Je n'avais pas vu le jeune patient depuis un mois environ avant cet examen. Eh bien ! n'y a-t-il pas là une amélioration bien nette dans son état, lorsqu'on se rapporte au moment où il quitta l'école alors que M. Bingham écrivait de lui « qu'il était tout à fait incapable de distinguer un mot de l'autre, » s'il est prononcé de façon à ce qu'il ne puisse voir le mouvement des lèvres ! Je suis certain que l'état mentionné ici était celui où il se trouvait

TÉMOIGNAGE DE M. BINGIIAM 165

immédiatement api'ès ma première opération. Comme il a déjà été dit, il ne pouvait alors distinguer un mot de l'autre, quelque fortement et quelque près de l'oreille que ce mot fût prononcé.

M. Bingham m'écrivit plus tard une seconde lettre dont je transcris le passage suivant : — « Le fait que James Shelmerdine répète l'oraison dominicale en latin et en anglais, sans voir les mouvements des lèvres, est une preuve convaincante qu'il a été grandement amélioré par l'h^'pnotisme, car il ne pouvait distinguer un son de l'autre par transmission orale. »

Le fait suivant est encore une preuve de la grande amélioration dans l'ouïe du jeune garçon. Il se trouvait, un après-midi, chez moi dans le vestibule ; au même moment, une dame au premier étage chantait en s'accompagnanl du piano. Il parut- tellement charmé de la musique, que je lui permis de monter pour mieux l'entendre. Il monta immédiatement et, entrant dans le salon, s'assit tranquillement et sembla goûter les sons qu'il entendait, comme peuvent l'affirmer plusieurs personnes qui le virent. Pendant les premiers temps de son traitement, j'en suis certain, il n'aurait pu faire pareille chose.

En définitive je suis certain que, si ce patient avait persévéré avecles opérations, et si les parents avaient pris la peine de lui apprendre à parler et à comprendre la signification de ce qu'il disait, il pourrait depuis longtemps se mettre en communication orale avec les autres, avec moins de difficulté et d'un ton de voix plus modéré que celui dont nous sommes obligés de nous servir dans le commerce journalier avec des personnes qui sont devenues dures d'oreilles par suite de l'âge ou de maladie. Mais comme il est beaucoup plus fatigant, au commencement, pour les amis, de leur apprendre le langage, que de leur parler par signes, ils négligent cette instruction, et les principaux intéressés, ne connaissant pas toute l'étendue de leur dénoûment intellectuel, font peu d'efforts pour acquérir un bien qu'ils n'apprécient pas ; j'ose dire qu'il ne sera

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jamais fait grand'chose à ce sujet pour les pauvres, h moins que ce ne soit dans quelque établissement public; cependant, je ne doute pas qu'il n'y ait un grand nombre de pauvres dans cette situation que l'on pourrait améliorer. Dans le travail de M. Curtis, travail que j'ai cité, on trouve ce qui suit, relativement à l'état pathologique de l'organe chez les sourds-muets de naissance : — « Je suis, à ce sujet, de l'opinion d'Itard, qui dit que les lésions de structure ne sont pas la cause de plus d'un cas de surdité sur cinq ; il est donc de nombreux cas dans lesquels le traitement médical peut rendre service ; et je n'admets pas que « la faiblesse du nerf, faiblesse approchant de la paralysie, ou la paralysie elle-même, » que le docteur Kramer reconnaît dans la cophose congénitale, sans dérangement de structure, soit fatalement aussi incurable que le défaut organique. Nous ne devons pas abandonner une paralysie commençante, qu'elle soit d'un nerf sensitif, ou d'un nerf moteur, dans n'importe quelle région de l'organisme, sans essayer de la soulager ; et je ne vois pas pourquoi le malheureux atteint de surdimutité serait abandonné à son sort, sans qu'un effort bien dirigé fût tenlé pour l'en arracher. »

Ces considérations jointes aux résultats obtenus par lui précédemment devraient encourager de nouveaux essais, maintenant surtout que nous possédons un agent plus puissant que tous les autres employés jusqu'ici dans le traitement de ces affections. Le résultat des cas suivants a plus que réalisé mes plus grandes espérances. Il prouve clairement que des individus, doués d'une organisation parfaite, peuvent être sourds-muets de naissance, et re-;ter dans cet état faute d'une stimulationsufflsante pour mettre le mécanisme de l'ouïe en mouvement.

Par suite de l'amélioration produite chez Mme C. (observation citée plus haut), on vint me consulter pour une enfant sourde-muette de naissance, sœur d'une domestique de la famille que je visitais; on voulait savoir si l'hypnotisme pourrait aussi lui être utile. Je leur fis part

SARAU TAYLOR 167

de mon expérience et il fut convenu que l'on me montrerait l'enfant le lendemain et que j'essaierais alors de voir ce que l'on pouvait faire pour elle.

12° CAS. Le 9 juillet l8A',i. La patiente, Sarah Taylor, est une enfant de neuf ans et demi, petite pour son âge, et stupide d'apparence. Voici son histoire, racontée par son père, sa mère et sa sœur aînée. C'était une enfant de sept mois, très petite, la tête très forte comparée aux proportions exiguës du corps, molle (« comme une vessie pleine d'eau »), et ils doutèrent longtemps de pouvoir l'élever. Ils s'inquiélèrent beaucoup, à mesure qu'elle grandit, de ne pas l'entendre parler, et de voir que ce qu'on lui disait n'attirait pas son attention ; mais ils durent conclure à la fln, que ce n'était pas de l'obstination comme ils avaient cru d'abord, et qu'il fallait se rendre à la douloureuse évidence : l'enfant était sourde-muette. Le père m'a assuré, ainsi qu'à d'autres personnes, que dans son désir de voir si elle pouvait entendre tant soit peu, il s'était souvent placé derrière elle et avait crié à tue-tête, sans qu'elle donnât le moindre signe d'entente. Quand l'enfant était éloignée, ils étaient en transes continuelles de peur qu'elle ne se fit écraser par quelque voiture, dont elle n'entendait jamais l'approche. La mère et la sœur dirent aussi qu'il leur était impossible de la faire entendre ou d'attirer son attention, le dos tourné ; dans cette position, pour communiquer avec elle, il fallait la toucher. Ils furent tous d'accord, qu'à l'exception de deux ou trois mots, père, mère, sœur, qu'elle avait appris en observant le mouvement de leurs lèvres, elle n'avait jamais pu parler de façon à être comprise avant l'opération. Je regrette de n'avoir pu mesurer l'acuité auditive avant d'opérer ; mais je suis certain qv'après la première opération, elle ne pouvait encore distinguer un mot de l'autre. J'ai eu plus tard une preuve concluante qu'elle n'avait jamais entendu d'une façon suffisante, car elle ignorait le nom d'une partie queclonque de sa propre personne, ou dune autre personne, d'une place, ou enfin d'une chose quelconque ; ce fait

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fat remarqua par un grand nombre de personnes qui la virent après l'opération. Après la troisième et la quatrième épreuve, je pus lui faire répéter quelques simples mots; elle put aussi, en me suivant, chanter la gamme.

Dix jours après la quatrième épreuve, elle fut l'objet d'une expérience devant cinquante ou soixante personnes, y compris plusieurs médecins devant lesquels elle répéta la gamme et un grand nombre de mois. Elle va à l'école écossaise depuis plusieurs mois et fait des progrès. Elle entend bien maintenant et imite aussi bien le chant que la parole. M. E. Taylor, professeur de musique, donna récemment à plusieurs de mes amis, savants médecins, une preuve intéressante de ce fait, en composant ex t<;mpore un air que notre jeune patiente, en compagnie de deux autres, chanta parfaitement pendant le sommeil neurohypnotique. Elle aurait pu en faire de môme à l'état de veille, et des centaines de personnes l'ont entendue parler et chanter, pendantl'hypnotisme et pendant la veille.

Ce qui est curieux, c'est que certaines personnes (]ui manquent de goût pour la musique, qui n'ont pas l'oreille musicale et ne pourraient apprendre correctement l'air le plus simple à l'état de veille, puissent néanmoins chanter juste pendantl'hypnotisme. J'en ai vu un exemple remarquable chez une jeune dame, à laquelle je voulais faire apprendre un air simple qu'elle devait répéter à une de mes conférences ; elle n'y put parvenir, n'arrivant jamais à suivre plus d'une ou deux iiotes dans le ton ; sous l'influence de l'hypnotisme, elle répétait sans erreur un chant entier. On trouve des exemples du même fait dans le somnambulisme naturel, aux pages 296-298 et 309 du livre du docteur Abercrombie, On the intelleclual Powers. Dans l'une des observations, il est dit: « Elle chantait souvent la musique ordinaire et la musique sacrée, dit le docteur Dyce, incomparablement mieux qu'elle ne le faisait éveillée ». Dans une autre observation, « éveillée, elle était lourde, maladroite, apprenant avec grands efl'orts, malgré les soins qu'on lui prodiguait; au point de

l'hypnotisme ajoute aux dispositions musicales 169

vue de l'intelligence, elle était de beaucoup inférieure aux autres servantes de la famille ; elle ne montrait aucun goût pour la musique et ne paraissait pas se rappeler ce qui lui était arrivé pendant le sommeil. « Pendant la durée de son somnambulisme, elle chantait admirablement et montrait une grande intelligence.

J'en finirai avec cette partie par l'observation suivante, extraite de mes notes. L'inaptitude de ce patient à chanter juste peut avoir eu sa cause, en partie dans un défaut de l'organe de l'ouïe, et en partie dans un état nerveux affectant les organes vocaux. J'entrepris l'expérience simplement pour satisfaire au désir particulier du patient; je n'avais pas encore rencontré de cas semblable, et ne pouvais donc exprimer aucune opinion sur un succès ou un échec probable. J'étais cependant certain que cela ne lui ferait pas de mal ; je tentai l'épreuve et assurément le succès fut des plus heureux et des plus flatteurs.

13° CAS. — Je fus consulté le 7 juillet 1842 par .\lexandre M' Roberts, âgé de 29 ans, et demeurant chez M. Hannay, 42, Thomas Street, Manchester. Il me dit qu'il n'avait jamais pu chanter juUe dans un chœur, malgré de nombreux essais. Après une hypnotisatioii d'environ dix minutes, je l'éveillai et le fis entrer dans la salle à manger, oii,. après une seconde hypnotisation, un de mes amis se mit à l'orgue, et je fis chanter la gamme à mon patient. Nous débutons pas le ré, sa voix ne lui permettant pas de prendre le do. Il est rapidement mis à même de parcourir la gamme très correctement, en montant et en descendant. Je le réveillai de nouveau et le fis recommencer ; il chanta alors aussi bien éveillé qu'il l'avait fait pendant le sommeil nerveux. Je lui fis ensuite chanter la première partie de « Robin Adair, " qu'il exécuta plusieurs fois avec beaucoup de justesse. Cette expérience eut lieu en présence de messieurs Jame Reynolds, Daniels, el James Braid, mon neveu. Dans la soirée du même jour, pendant l'hypnotisme, il chanta de nouveau plusieurs fois et très correctement, la première partie de « Robin Adair»,

Braid. 'o

170 DE l'hypnotisme

ainsi que l'hymne de Pleyel, el Je chant des « Old Hundred ». Il entendait l'hymne de Pleyel pour la première fois. Celle séance eut lieu en présence de quatre témoins.

Plusieurs de ses amis connaissaient cette inaptitude à chanter juste, avant les opérations ; l'un d'eux, en particulier, qui était musicien, désespérait de jamais entendre chanter M' Roberts, et fut extrêmement surpris des résultats. Ce patient fut opéré plusieurs fois encore et, quand je cessai de le voir, il avait appris de nombreuses chansons et suivait à première audition et avec aise el facilité un air simple quelconque.

Le seus dont je vais parler maintenant est celui de l'odorat. Ayant mis le patient en hypnotisme, il faut l'y maintenir plus ou moins longtemps, selon l'objet qu'on a en vue. Si l'on veut exciter ou accélérer le sens, il faut étendre les membres, et faire passer de temps en temps un léger courant d'air contre les narines. Ce n'est pas ce qu'il faut faire si l'on veut amoindrir le sens de l'odorat.

li" CAS. — Ce cas est un exemple du reloui- de l'odorat par l'hypnotisalion. La jeune personne en question fut opérée pour une affection toute difiérente. Quand elle fut réveillée et après que j'eus quille la chambre, elle voulut savoir la cause de tout le bruit qu'elle entendait dans la maison, et se montra très étonnée du tapage que l'on faisait en vaquant aux soins du ménage. On lui adirma qu'il ne se passait rien d'extraordinaire, qu'on ne faisait pas plus de bruit que d'habitude, et l'on tint la cause de ses plaintes pour imaginaire. Elle, de son coté, maintint qu'elle était réelle. Le fait était que, depuis un certain temps, elle était devenue dure d'oreille, et que l'amélioralion du sens de l'ouïe par suite de l'hypnotisalion était la cause de cette modilicalion dans cette faculté. De plus, elle avait, depuis plus longtemps encore, perdu le sens de l'odoral, et l'on s'aperçut que ce sens aussi était rétabli par la même opération.

Un autre patient, qui avait perdu l'odoral depuis neuf ans, le vit revenir après deux séances d'hypnotisme. La noie

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