AVANT-PROPOS
J'ai été très heureux d'apprendre le brillant résultat des expériences d'hypnotisme, tentées par M. Azam d'après les principes établis dans mon travail de 18i3. C'est à l'occasion de ce succès que M. Veipeau, membre illustre de votre académie, a cru devoir porter le sujet à la connaissance de votre savante compagnie. J'ai été également heureux de vous voir juger la question digne d'une enquête ; vous avez désigné une commission prise au sein de quatre sections de votre glorieux Institut. Pour la seconder, dans la mesure de mes forces, j'olïre à l'académie, à titre d'hommage, un exemplaire de mon livre publié en 1843, comprenant l'historique de toutes mes recherches jusqu'à l'époque de sa publication ; j'y joins plusieurs articles contenant mes travaux ultérieur.'^, enfin le présent manuscrit où se trouvent des extraits de tous mes ouvrages depuis 1843 jusqu'à 1800. Ces documents seront d'un grand secours pour les recherches de la commission.
Cette savante commission décidera, je le dis avec conliance, entre ma Ihéru'ie su/ijecline et la théorie objeclii'e des magnétiseurs. SuivanI la première, c'est la puissance d'une idée maîtresse chez l'individu qid produit les ri'>-ullal- : un ne peni provoquer qu'un petit
1. Cet avant-ijropos s'adcesse directement ^ IWcadémie des sciences qui venait de nommei' une commission poiii' étudier la question de l'hypnotisme (Traducteur).
•Î-2H riK [. iiYi'.vnris.Miî
iKiMilirc lie pliéïKiinriics an nmyen di' riiy|iii(ilisme. |ji.'.s' magnétiseurs, an conlraire, alfribnent les résultais à un /luide magnétique ou à une force mystérieuse, qui, émanant de la personne de l'opérateur, pénètre dans celle de l'opéré et produit alors non seulement tons les phénomènes de l'iiypnotisme, mais lieauconp d'aidi'cs encore de nature hautement transcendante : les prétendus phénomènes supérieurs.
Rylaw House, Oxford street, Manchester, 7 janvier 186Ô.
James Tîraid.
C'est en novembre 1841 qno j'eus pour la première fois l'occasion d'assister à des expériences mesmérii[ues. L'opérateur était un Français, M. bafonlaine. D'après tous ce que j'avais lu et entendu à ce sujet, j'étais franchement sceptique etje considérais les expériences pratiques et tous les phénomènes que l'on provoquait comme le résultat d'une connivence secrète ou comme une illusion ; j'étais déterminé, s'il était possitjle, à découvrir, à mettre à nu la supercherie par laquelle l'opérateur en imposait au public. Mais je m'aperçus bientôt, sans difliculté, que certains phénomènes anormaux qui se produisaient pendant les expériences étaient des choses réelles; je ne vis cependant pas de raison pour admettre avec M. Lafonlaine une influence de sa personne agissant sur l'opéré, ou celle d'un fluide magnétique ou mesmérique. Je commençai donc une série d'expériences qui m'apprirent bientôt que les patients pouvaient eux-mêmes se plonger dans un état semblable, par leur seule manière d'êlre personnelle, élat, par conséquent, de nature subjective et indépendant d'une influence extérieure quelconque, provenant de la personne de l'opérateur. En faisant regarder fixement
nftiiouni.rMiiNr df, la coivsciE.N'CE 229
par les pnlii'iils un itclil olijel hrillant, ii'i'l.anl pas par lui-même de nature excitante, objet maintenu un peu audessus de la direction orrlinaire do la vision, en les priant de concentrer leur attention pendant que le reste du corps était en repos, je remarquai qu'un grand nombre d'entre eux tombait plus ou moins promptement dans un sommeil profond, et présentait tiius les phénomènes habituels du magnétisine animal ou du mesmérisme tels qu'on les décrit dans les livres classiques du genre. Chez quelques individus, le sommeil plus ou moins profond était accompagné d'une perte de connaissance et de volonté, à un point tel, que l'oreille n'était pas affectée par le son le plus bruyant, que le patient ne s'apercevait point de la présence d'ammoniaque très forte, tenue sous les narines, ([ue les piqûres et les pincements de la peau n'attiraient pas son attention. On |)ouvait faire passer de forts courants galvaniques par les bras sans qu'il accusât de douleurs; des optérations chirin'gicales fort pénibles avaiiMit même été faites tout à l'ait à son insu ; il n'en conservaitle moindre souvenir, une fois sorti de son sommeil anormal. Chose étoimante, jilongé dans un second sommeil, mais à un degré un peu moins piduoucé, le patient se rappelait parfaitement ce qui s'était passé pendant le premier. Ces faits furent reproduits à maintes reprises : oubli au réveil, souvenir au second sommeil, c'est ce que l'on a appelé le dédoublement de la conscience.
Dans certains cas, les muscles restaient à l'état de relâchement, la respiration et la circulation étaient paisibles ; dans d'autres, il y avait catalepsie avec respiration laborieuse et accélération considérable delà circulation. Mais, circonstance remarquable, un courant d'air dirigé sur la face ou sur les oreilles faisait disparaître la catalepsie et l'anesthésie, et rendait au patient conscience et volonté ; un état de sensibilité excessive de tous les organes des sens s'établissait, et si l'on renouvelait le courant d'air, avec la main, au moyen d'un soufflet ou autrement, le patient s'éveillait rapidement.
:230 DE L'nYl'NOTlSME
I.a sriuide majorité des jmtients n'arrive toiitel'oi'î jamais à ce degré ; il est plus commun de li.'s vnir l'e^lcr dan^ une période de rêverie avec l'activité sensorielle plus ou moins abaissée ou élevée, selon leurs parlicularili's intellectuelles ou physiques ; ils conservent aussi, api'ès le réveil, le souvenir complet de tout ce qui s'est dit ou fait en leur présence, pendant ce sommeil artificiel.
Une particularité curieuse du sommeil ainsi provoqué, c'est le pliiMiomène qui se passe du coté des paupières. Tandis que, dans le sommeil ordinaire, les paupières sont à l'état de repos absolu, ici elles vacillent continuellement, de façon à laisser eutrevoir la sclérotique ; ou bien elles sont fermées par un spa^me des muscles orbiculaires.
Je me servais déjà depuis trois ans, pour déterminer l'hypnotisme, du procédé qui consiste à fixer les yeux sur un point et à concentrer l'atlenlion et j avais démontré que c'était bien une influence de nature subjective qui provoquait le sommeil, lorsque, en I8i4, en faisant des recherches en vue d une histoire de la magie et de la sorcellerie, ainsi que du mesmerisme et de l'hypnotisme, je découvris dans Lldsloire des Jndaiis par ^^'ard et dans le Dubistan [Hhtoire de>: sectes religiriises dans l Inde) des développements qui, par les pratiques des Fakirs et des Yogins, confirmaient toute ma théorie subjective.
LesFaldrs et les Yogins, provoquent en eux-mêmes leurs transes extatiques depuis 2'i()0 ans, dans un but religieux, par un procédé tout à fait analogue à celui que j'ai enseigné à mes patients pour s'hypnotiser eux-mêmes, c'est-àdire la fixation continue vers le bout du nez ou une autre partie du corps ou un objet imaginaire, et cela avec force attention et en retenant ou en ralentissant la respiration. J'ai indiqué quelques-uns des résultais obtenus par ces enthousiastes, dans mon petit ouvrage sur les transes et la léthargie (Innnan In/hcrnalinn) ainsi qu'aux pages 108- m de mon ouvrage " Marj/r, WHchcrafl. etc. » dont j'enviiie ci-joint un exemplaire à l'Institut.
Je ne connaissais pas le procédé des Fakirs et des Yogins,
NATURE SUBJECTIVE DE^ l'IlÉNOMÈNES 231 .
■ lorsque je publiai une méthode d'hypimlisation ; ils confirment, de la manière la plus satisfaisante, ma théorie su/jjeclive, aux dépens de la théorie objective des magnétiseurs.
Certains patients, à esprit mobile, (|ui ne peuvent arriver à concentrer leur attention, ne sont pas afl'cetés d'une façon sensible par les procédés hypnotiques; c'est nn fait que je pus constater aussi chez les idiots quand j'essayai de les hypnotiser. Il leur est impossible de iixer leur attention assez longtemps pour amener, comme chez les êtres sensés et impressionnables, la modification nécessaire dans les fonctions physiologiques. Après mûre réflexion, j'adoptai la conclusion suivante : les phénomènes en cause sont de nature aussi bien psychologique que physiologique, et l'expression qui comprendrait tous les phénomènes que nous avons la puissance deprovoqner par nos procédés et nos suggestions serait celle de psyc/w-p/ii/siologie.
Les symptômes les plus variables peuvent se développer dans difTérenles périodes de l'état hypnotique, depuis l'insensibilité extrême et la catalepsie jusqu'à la sensibilité la plus vive, et la plus grande excitabilité. Quelipies-uns de ces changements peuvent être provoqués immédiatement dans la phase voulue de l'hypnotisme par des suggestions auditives ou tactiles; car les patients montrent une sensibilité exagérée ou de l'insensibilité, une puissance musculaire incroyable ou la perle complète de volonté, selon les impressions quel'on crée chez eux sur le moment. Ces impressions se produisent à la suite de suggestions auditives, c'esl-!i-dim pi'oi'ruant d'une /jc?'sonne en laquelle le patient à confiance, ou à la suite de quelque impression physique, à laquelle ils avaient précédemment associé la même idée, ou bien encore par suite de la position, de l'activité ou du repos que l'on a comuniqué à leur personne et à certains groupes de muscles. En etTet, on peut jouer avec de semblables patients, dans la phase appropriée du sommeil, comme sur un instrument musical ei\eiu faire prendre les rêves de leur imagination pour la réalité
232 T)v r.'iiYrNoTisMi;
acliifllc. Lfnr jiigomcnl l't Jeiir Vdlnnlé soni, lollemeni, obsCLiriis, ils sont tellement soumis à leur enchanteur momentané et leur imagination est excitée à un tel point, qu'ils voient, sentent et agissent comme si toutes les impressions qui leur passent par la tête étaient la réalité; ils sont pleins de ces idées, ils en sont possédés, et agissent en conséquence, quelque folles (ju'clles soient.
Il y a plus; il est des individus si impressionnables aux suggestions, que l'on peut les dominer et les contrôler même à l'état de veille apparente (par une affirmation énergique), comme on le fait pour d'autres en hypnotisme et à la pi'riode du dédoublement de la conscience. Ce sont ces individus qui donnent lieu aux prétendus <• pluhiomènes de veille », auxquels on a appliqué la dénomination absurde d' « électro-biologie », comme je l'explique en détail dans la suite de ce travail.
Le premier fait physique qui attira mon attention, en tant que phénomène réel, fut l'incapacité d'un patient de M. Lafontaine, d'ouvrir les yeux après avoir été mesmérisé par lui. L'opérateur attribuait celte incapacité à l'influence toute-puissante du lluide mesmérique, qui, émanant de sa personne, passait dans celle du patient pendant les manœuvres mesmériques, c'est-à-dire au contact des pouces et la fixation réciproque des yeux. J'en vins à celte conclusion : ce fait provenait de r(''pui3ement de l'inlluence de la volonté sur les muscles releveurs des paupières (car ces derniers étaient cimstamment en activité pendant la fixation des yeux de roj)éraleur) et du trouble du champ visuel, ainsi que de l'augmentation de sensibilité des conjonctives et de leur état de sécheresse (en raison de la fixation prolongée), enfin de l'accroissement dans le degré d'excitabilité et de puissance des muscles orbiculaires (provenant du re|J05 prolongéj. Je fus convaincu que l'on pourrait obtenir les mômes résultats en regardant de la même façon, fixement et d'une manière continuelle, un objet quelconque inanimé, et en concentrant de la même manière son attention pendant la fixation.
rUEMIT.HS FAITS l'ROBANTS 233
Mes expériences, failesdaiis lobiil, dV'lLiciiier celte question, furent absolument concluantes, lîlles prouvèrent l'exactitude de mes vues théoriques, et sont, de plus, confirmées par tout ce que j'ai constaté dans mes recherches depuis dix-huit ans. Ma méthode d'hj'pnotisalion ordinaire et la faconde produire la plupart des phénomènes sont décrites dans la première partie de mon travail de 18'(3; j'y renvoie le lecteur.
.\u sujet des cas de guérison remarquables par l'hypnotisme, j'invite le lecteur h consulter les diflerentes brochures ainsi que mon livre de 1813 où ils sont relatés. J'ai considéré comme suffisant un certain nombre d'exemples notables; j'aurais pu les multiplier en puisant dans ma pratique journalière. On trouvera à la page ^8 de mon travail sur les transes, ainsi qu'au.x pages 94-97 de mon ouvrage sur la magie, la sorcellerie, etc., un exemple saillant de la nature subjeclïve de l'influence et de la force des idées dominantes à l'état do veille.
Depuis la publication de mon premier livre, j'ai poursui\i mes études sur l'hypnotisme; je suis donc en mesure d'éclairer certains points demeurés obscurs jusqu'à présent. Je les ai déjà mentionnés dans plusieurs de mes écrits, mais je me propose ici de réunir les plus importants d'entre eux, afin qu'avec cet appendice la traduction de mon travail de 1843, que va publier M.Masson, présente unrésumi'' complet et exact de mes recherches sur un sujet si remarquable et si intéressant ',
On a vu, dans ce qui précède, comment quelques individus pouvaient, par leur propre tension d'esprit, se plon-
1. M. Mtisson m'a renvoya' mon livre et a abandonné l'idée d'une Iradiiclion complète du volume : j'ai donc écrit les pages suivantes comme appendice e; je les ai envoyées à M. Velpean, en vue d'une enmmanicalion à l'institnt ; j'adresse maintenant cet exemplaire au Df. Azam. (.James Braid.)
234 DE I,']IYI'\(lTISMlC
ger seul-! clans un état somhinble à celui que l'on peut provoquer par des mano'uvres mesmériques. Le moyen le plus rapide et le plus sûr consiste à faire fixer au patient un objet quelconque, de nature non excitante; l'objet doit être maintenu au-dessus du front de façon à être [lerçu distinctement par les deux yeux, et en même temps l'individu doit concentrer toute son atlention sur l'acte qu'il accomplit.
Ce procédé prouvait la nature sidijective de 1 iniluence mise en jeu. Ce qui confirmait ma conclusion, c'est que la variété des objets que l'on faisait regarder fixement ne semblait, en aucune sorte, modifier les symptômes déterminés. Cliez certains sujets très impressionnables, les résultats déiiendaient manifestement de l'attente de quelque événement ; aussi une comliinaison matérielle quelconque suffisait pour amener le sommeil; cela avait lieu quand leuL' alli'iilion iMait mise en éveil par raflinn.itinn positi\e qu'ils s'endormiraient; d'un autre côté, un instant plus tard, on pouvait les soumettre aux mêmes conditions sans amener le sommeil, si, par suggestion ou d'une façon quelconque, on leur persuadait que la combinaison matérielle était actuellement ineflit. ace. .Vinsiqueje l'ai montré également, che/- des individu^ très sensibles, la simple supposition qu'il se passait au loin quelque ebose capable de les endormir, suffisait pour produire le sommeil, bien qu'il ne se passât absolument i-ien. Quant à la )irétention qu'ont certains opérateurs d'influencer les sujets de près ou de loin par la seule volonté, je peux affirmer, après une étude consciencieuse de la question, sur la foi de mon expérience, que je n'ai jamais pu exercer la moindre influence sur les |iatients par ma seule volonté. Mais les patients semblaient ciuiijirendre rapidement et sulitilemenl les manières, le regard, la voix, les gestes mêmes de l'opérateur, et devenaient affectés dans le sens qu'ils leur prêtaient. L'opérateur, cependant, pouvait avoir vnulu absolument le contraire.
Les procédés mesmériques habituel-; sont très nom-
NATUIŒ SUn.lECTlVE DES l'IlÉXOMÈ^ES 235
breux, mais, d'après ce que j'ai vu à ce sujet et d'après ma manière ordinaire d'h\ pnotisatinn, la vraie cause des phénomènes esl simplement la suivante : les diflerentes méthodes dont on use favorisent la production de cet état d'abstraction ou de fixité il'atlpntiun, dans lequel l'esprit est absorbé par une idée unique. Alors, le patient trunbc dans l'inditlérence, il est fermé, pour ainsi dire, à toute pensée, à toute inlliience étrangère à l'image que lui retrace son esprit. Dans cet état, son imagination devient si vive, que toute idée agréable, développL'c spontanément ou suggérée par une personne à laquelle il accorde, d'uni' façon particulière, attention et confiance, prend chez lui toute la force de l'actualité, de la réalité. Plus on pi'ovoqne ces phénomènes fréquemment, plus il devient facile et commode de les provoquer ; telle est la loi de l'association et de l'habitude. En effet, l'esprit se trouve dans un état voisin du rêve ; la différence est que les patients non seulement pensent, mais encore sont à même de mettre leurs pensées et leurs désirs à exécidion.
A l'appui de ce qui précède, je rappellerai la difficulté de fixer l'attention chez les idiots; tous mes eff'orts pour hypnotiser ces derniers sont restés sans résultats, malgré une longue persévérance. J'ai renconiré une patiente très sensible dans l'état de santé, entièrement réfractaire à l'influence hypnotique pendant le délire de la fièvre.
Après une série* d'expériences délicates, j'ai pu, dans mon travail intitulé The poiver of tlie niind mur /h'- l/odij, publié en ISiO, (-tablir le point suivant : le fait de diriger l'attention d'une façon continuelle sur une partie du corps amène en quelques minutes un changement dans la fonction de l'organe longuement considéré; cette nu) lification est, en général, un accroissement dans l'intensité delà fonction. Mais, chose remarquable, chez bon nombre d'individus, le contraire avait lieu, en raison de la préexistence d'une impression difl'érenle ou de l'interprélalion capricieuse d'une suggestion auditive. L'imaginatimi esl excitée, l'attention est, pour ainsi dire, rivée, la foi du patient
-2'i6 ]|R I.'llYI'.NdïlS.MlC
c.sl roliiiste ; alors 8urf;ij;^r'iiL iiif;iillililiMneiit les plii-'iiomè- ]ies; on les eoiislate même chez iiiielijiies iiuliviiliis ;ï l'état ordinaire de veille. Grâce à ma n)élhode d'hypnotisation, les phénomènes physiques ])euvent se proiluirc d'une manière plus sûre, plus rapide et ]ilu.s intense, parla concenlration de l'espril, même si l'on tii'nt les yeux ouverts, qu'à l'élatde veille ordinaire. Mais quand de tels individus sont plongés dans un état hypnotique aussi |)nd'(jnd que l'est celui qui diiiuie lieu à l'apparilion du dédouhlemenl de la Conscience, les suggestions de toutes sortes deviennent alors toutes-puissantes. En effet, l'hypnotisme ne comprend pas qu'im état, c'est plutôt une série de différents points susceptihliis chacunde varier indéfiniment, depuis la rêverie la jjIus légère avec élévation dans les ('onctions, jusqu'au coma profond avec absence complète de connaissance et de volonté ; on peut cependant, par des moyens très simples, i-appdi'r rapidement, en partie ou cinnplètement, le patient à lui-m(}me.
Je soutiens donc que l'opérateur agit comme un mécanicien qui metti-ait en action les forces dans l'organisme même du patient, les contrôlant et les dirigeant d'après les lois qui gouvernent le commerce del'esprit et delà matière pendant notre existence actuelle.
Les extraits suivants, de mon travail The fiower of the mind over Ike bodij, me feront mieux comprendre du lecteiu'. J'admets volontiers que les expériences du baron Reichenbach ont été faites avec soin, et qu'elles étaient bien appi'opriées à la démonstration de faits physiques, mais il me semble qu'elles péchaient à l'égard du rôle très important que joue l'esprit du patient dans de telles expériences : il se représente les résultats (ju les modifie indépendamment de toute influence extérieure. On a seulement comme pi-euvc de la prétendue nouvelle force, certains phi'n<imèncs produits sur le système nerveux de quelques personnes très sensibles. Ainsi que mes expé- )-iencesledémonti'ent clairement, des phénomènes du genre précili', chez des individus aus-ci vivement impressionna-
FORCE OniijUE LIE IIEICIIEMUCU 237
bles que ceux chez lesi|iiels le baron réussit, peuveiiL être produits par la seule concentration de l'esprit du patient, surtout lorsqu'il s'attend à ce qu'il se passe quelque chose. L'efl'et pouvait être accru notablement, quand le patient voyait ou sentait qu'on lui passait quelque objet sur une partie quelconque du corps ; l'objet cpi'il voit ou qu'il sent aide encore à la concentration plus intense de son esprit sur la partie où l'un opère, et il n'est pas besoin d'une émanation secrète ou d'une influence extérieure provenant de l'objet ou de l'opérateur et agissant sur le patient. A ce sujet, nul doute possible. Je tij-e les faits suivants de l'écrit susmentionné.
Dans ses expériences, le baron Reichenbach commençait par faire passer l'aimant lentement depuis le pnisnet jusqu'au bout des doigts, sans contact immédiat avec la peau ; c'est ainsi qu'il apprit de certains sujets, qu'il nomme sujets sensibles, qu'ils sentaient, sous le p(Me magnétique, une impression de fraîcheur, une aura ; quand l'aimant était dirigé dans le sens contraire, l'aura semblait chaude. Prenait-il, au lieu de l'aimant, un cristal, il produisait chez les individus les mêmes phénomènes ; il les produisait encore si, au lieu de l'aimant ou du cristal, il se servait d'une substance inerte quelconque. L'extrémité de ses doigts suflisait pour produire le même effet chez les indivirlus sensibles.
Il priaquelques-uns de ces derniers de regarderies pôles d'un fort aimant dans l'obscurité ; ils déclarèrent voir des flammes de difl'érentes grandeurs et de couleurs variées qui s'en échappaient ; ils virent aussi des flammes plus petites sortir d'autres parties de l'aimant. Ensuite, ils virent des lueurs et des llammes sortir de cristaux et d'autres objets inertes ainsi que de l'extrémité des doigts.
Ces faits semblèrent au baron Reichenbach entièrement distincts des phénomènes ordinaires du magnétisme. Il crut avoir découvert une nouvelle force, qui se distinguait de toutes les autres forces connues; il lui donna le nom de « Od 1) ou force odique. Il faisait fausse route; il ne tenait
•2'M DE l'uYI'NUTISME
pas cumplc de riiitlLieute cousidérablu de l'esprit chez des sujets nerveux, indueace quel on ne saurait négliger comme le feront bien comprendre les expériences dont je vais parler.
« Chez presque tous les patients que j'ai examinés, el dont Ijeaucoup n'avaient jamais élé hypnotisés ou mesmérisés, le passage lent de l'aimant, ou d'un autre objet, du poignet jusqu'à l'extrémité des doigts, produisit des etfets variés : changement de tempérai in-e, tressaillements, fourmillements, picotements, crampes musculaires, catalepsie des doigts ou du bras, ou des deux ensemble. Quand on modifiait la direction du mouvement, un aulre symptôme se développait à causes des rliangemenls provoqués dans l'imagination. La plupart du temps, quand l'individu se représenlait à l'avance ce qui allait se passer, ou quand son imagination était excitée par la parole pendant l'expérience, les phénomènes ])renaient pour lui toute la puissance de l'aclualilé. Sil'on priait lepatient de regarder de côté, ou si on interceptait sa vue par un écran et si, affectant de recommencer l'expérience, on lui demandait ce qu'il voyait, il affirmait voir les mêmes phénomènes, bien que tout se bornât, en fait de phénomènes réels, à ses réponses el à leur annotation . J^e patient croyait que l'expérience était renouvelée et, dirigeant son attention sur les organes intéressés, excitait sa propre activité physique. C'est ainsi qu'il s'imaginait vraiment que ses sensations étaient provoquées par une cause extérieure. ')
Dès l'apparition de mou opuscule sur J'/ie power of l/tc mind < ver tlie Ijody, je reçus une lettre de sir Heni-y HoUand, autorité très compétente en ces matières ; il me témoignait la satisfaction que lui causaient mes expériences et leur interprétation ; les spéculations de Reichenbach, ajoutait-il, sur la force odiqui.', lui semblaient désormais ne pas exiger d'autre réfutation. Le Briiish and foreign inedico-chirurgical /levieic, le Quarlrrlij Itevew, le Norl/i Briiish Reciew, s'exprimèrent de la même façon, ainsi que bon nombre d'auteurs bien connus