‹ NeurypnologieChapitre 54 sur 63 · I.NFLUE.NCE DES SUUGESTIONS · texte numérisé non relu

I.NFLUE.NCE DES SUUGESTIONS

dans le dduiaine de la physiologie el de la médecine pratique. J'avais montré, sans aucun doute, que les/irit du piilienl seul était capable de produire les etîets attribués à la force nommée « odique » par Reichenbach, et que chez de tels individus les suggestions auditives peuvent aussi amener les mêmes phénomènes. Voilà plus de treize ans que mon petit travail a paru et les objections que j'ai soulevées contre la valeur de la découverte de Reichenbach n'onlpas provoqué de sérieuses réclamations.

J'emprunte encore au même opuscule les faits suivants : « Une dame âgée de 06 ans, qui avait été somnambule dans sa jeunesse, mais qui, depuis longtemps, n'avait plus eu d'accident et dont la santé était parl'aite, fut conduite dans une chambre sombre ; on la pria de regarder un aimant puissant composé de neuf éléments, et de décrire ce qu elle voyait. Après un temps assez long, elle déclara qu'elle ne voyait rien. Je lui dis de regarder de nouveau avec attention et lui annonçai qu'elle verrait du feu sortir des branches de l'aimant, elle vit aussitôt des étincelles, puis il lui sembla qu'elles sortaient comme celles d'une éruption artificielle du Vésuve qu'elle avait vue dans un jardin public. Je laissai tomber le couvercle de la boite qui contenait l'aimant, sans la prévenir, mais elle continua de voir les mêmes apparitions et de les décrire. On lui demanda, toujours de façiin insinuante, de dire ce qu'elle voyait dans une autre partie de l'appartement, où il n'y avait absolument que le mur nu ; elle se mit à décrire des étincelles et des flammes, suivant dans sa descri|)tion les questions que je posais en vue de modifier ses premières impressions. Ces expériences furent renouvelées à plusieurs reprises avec la même personne et donnèrent toujours des résultats identiques.

Chose plus remaripiable encore, on amena cette patiente dans la même chambre dont on avait enlevé l'aimant à son insu, et elle déclara voir encore les mêmes apparitions de lumière et de flammes ; il n'y avait cependant rien dans la chambre, pom- provoquer ces pliénomènes

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que des murs nus ; quinze jours iilus l.iid, euinme elle ;ivait pénétré seule dans la chambre, la simple association d'idées suffît pcuir lui faire revoir les pliénomènes de lumière et de llammes, et il en était ainsi chaque l'ois qu'elle entrait dans cette pièce.

De même, si on lui faisait touclier les pôles de l'aimant, tandis qu'elle était à l'état de veille, elle n'éprouvait aucun phénomène d'attraction de la main à l'aimant; mais dès que je lui faisais croire que la force d'attraction de l'aimant allait la retenir, et qu'elle n'en pourrait pas détacher la main, le l'ait se produisait ; une nouvelle suggestion suflisait pour la délivrer. Si, alors, lui ayant aflirmé que l'aimant n'exercerait plus d'attraction, elle le touchait de nouveau, le phénomène négatif avait lieu. Je suis convaincu que celle dame étail incapable de simulation ; il est plutôt probable qu'elle se faisait illusion à ellc-nic^Mne et qu'elle étail surprise par l'apparition de phénomènes préconçus ; elle n'était pas moins étonnée de la puissance de l'instriunent que les ti'moins qui assistaient à la scène.

H en fut de ni(''me avec d'autres |iatients que je conduisis dans la chambre noire et i[ui n'y purent rien voir jusqu'au moment où on leur lit regarder fi.xemeut un certain point d'où devait s'élever des lumières et des flammes. Les phénomènes annoncés eurent lieu rapidement ; toutefois, les patients, bien éveillés, ne regardaient que les murs dégarnis. J'ai encore pu me convaincre qu'une forte impression, même en plein joui', chez certaines personnes dont l'imagination est vive et qui sont caiiables d'une puissante contention d'esprit, suffit pour produire de telles illusions. Le cas suivant en est une preuve marquante.

Il s'agit d'un jeune homme de 24 ans, atteint d'épilepsie depuis onze ans. Ce malade avait été soigné pendant toute cette période par les remèdes ordinaires sans voir son état s'améliorer, mais l'Iiypaotisme avait enfin réussi à diminuer la force et la fréquence de ses crises. Conduit dans la chambre, il n'y vit d'abord rien, mais quand j'eus

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;itlir('' Sun (lUeiition sur les Iinnirs et sur les Ikimmcs, il (Irclara les voir parfaitement, non seulement où était l'aimant, mais encore en d'autres points de la chambre. Ce patient, comme les deux précédents dont il a été question, voyait des flammes et des couleurs dans la ihamlire chaque fois qu'il y entrait, qinjique depuis longtemps l'aimant en eût été emporté.

Dès que l'on faisait regarder à cette UK^me personne re.\trémité d'un fil di; cuivre, on pouvait lui faire croire qu'il voyait une espèce de flamme ou de coideur; il la voyait s'échapper du 111, inéine en plein jour; si on lui faisait toucher le lit du doigt en lui di^int qu'il lui serait impossible de le retirer, l'imagination suffisait pour paralyser sa volition ; les muscles se raidissaient et c'est avec étonnement qu'il remarquait son état ; mais dès que j'avais déclaré l'aliraction passée et le relra'U de la main possible, il la retirait aussitôt. .\ peine avait-il un peu écarté le doigt que j'affirmai hardiment qu'il ne pourrait plus le rapprocher du fil, car celui-ci le repousserait ; cette nouvelle impression paralysait sa volonté et malgré des essais pénibles et répétés, il ne pouvait renouveler le contact. Je suggérai alors que celte dernière influence venait de prendre fin, la raideur du bras et de la main cessa aussitôt ; me tournant ensuite vers une des personnes c[ui assistaient à l'e.xpérience, je lui dis, assez haut pour être entendu, que le patient allait sentir sa main attirée vers le fil de laiton d'une manière irrésistible ; à peine avais-je parlé que le phénomène se réalisa. l'ersonne n'avait touché au fil en question depuis longtemps, et ce n'était, somme toute, (ju'un fil de laiton recourbé, détaché de la garniture do la cheminée. C'est à une force semblable que Virgile aurait fait allusion dans ces mots:

Possimt, qiiiu pobse vMenlur.

J'avais fait part à un de mes amis delà vivacité reniar- ' quable de l'imagination de ce patient, de sa foi aveugle et de sa crédulité, qui le poussaienl à admettre comme des

BllAlD. **

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faits loLites les iin|)iiissions que lui SLigf^êrail autrui. Je priai donc mou ami qui viul daus la chauibre avec le même patieul de vouloir bien regarder vers le fit de cuivre et de me répondre, chaque fois que je lui demanderais la couleur de la llamme qu'il vo^'ait, comme si, en effet, !l voyait quelpie chose de nouveau à chaque question.

Le patient mordit à l'hameçon et vil tous les phénomènes annoncés "sans se douter qu'on le trompait.

Il sortit plus convaincu que jamais de la réalité physique de tout ce qu'il avait vu et décrit ; il déclarait voir des phénomènes semblables chaque fois qu'on l'éprouvait à ce sujet.

J'ai donné cette observation tout au long ; elle fournit im excellent exemple d'une classe de patients qui se laissent facilement prendre par les suggestions, sans avoir. — comme je vais le montrer — la moindre intention de tromper personne, sans même se douter, en aucune façon, qu'ils sont eux-mêmes trompés. J'ai, comme preuve de tout ce que j'avance à ce sujet, les déclarations unanimes de nombreux patients, dont la sincérité est pour moi hors de conteste, et qui sont parfaitement en état de rendre compte de leurs sensations ; il n'existe, pour moi, aucun doute au sujet de tous ces faits.

On peut donc, en agissant fortement et par suggestion sur l'esprit des patients à l'état de veille, modifier l'activité physique des organes ou de la partie qui sert à la transmission des fonctions organiques, et leur faire croire qu'ils voient des formes et des couleurs diverses, qu'ils ont des impressions mentales variables, que des forces irrésistibles les attirent, les repoussent, les paralysent.

Il y a plus : j'ai montré que la même influence peut s'exercer par rapport au son, à l'odorat, au g'ud, à la chaleur ou au fmid; ahjrs l'insinuation mentale et la concentration de l'esprit suffisent chez quelques individus, pour évoquer des images non vagues, mais absolument précises, pour faire percevoir des odeurs distinctes, pour permettre au sens du goût de distinguer les substances,

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ainsi qu'à celui du tact, la chaleur ou le froid, comme si les sensalions répondaienlici à des faits positifs. Ainsi que je l'ai montre, c'est le cas de certaines personnes, à imagination impressionnable et colorée à l'état de veille et sans qu'il y ait manifestation réelle de couleur, de son ou de saveur; j'ai montré, d'une façon évidente, que par de simples questions, en demandant aux patients quelle chanson, quelle odenr, quel animal, quel goût, quel objet enfin ils percevaient présentement (et cela dit avec emphase afin de provoquer un changement dans leur esprit), je pouvai'; développer dans leur esprit des images bien différentes de celles qui existaient dans le mien au moment actuel.

Les personnes sur lesquelles j'ai institué ces expériences étaient à l'abri de toute suspicion au point de vue de la véracité, de la di'oiture, et de la faculté de décrire leurs sensations et leurs pensées ; tous ces résultats si remarquables doivent donc être attribués à la réaction mutuelle de l'esprit et du corps; réaction que j'ai si souvent indiquée. Un des plus beaux exemples de ces phénomènes « de veille » ou phénomènes « électro-biologiques ", comme on les nomma plus tard à tort, exemple relatif à tous les sens, me fut fourni par une personne douée de grandes connaissances littéraires, scientifiques et philosophiques. Il n'avait jamais assisté à aucune expérience d.8 cette nature avant de s'y prêter lui-même. Après que j'en eus fini avec les divers phénomènes que je voulais provoquer chez lui, il me demanda l'explicalion de ce qui s'était passé. Je le priai de lire mes écriis. Il me dit, après les avoir lus avec soin, qu'il se tenait pour entièrement satisfait et qu'il croyait que j'avais découvert la vraie solution du problème, telle qu'elle se trouve dans les remarques qui précèdent. On peut la formuler ainsi: la vraie cause de ces phénomènes de veille {vii/ilanl p/wnimcna) n'est pas une influence externe physique, c'est une illusion interne et intellectuelle, qui survient souvent à la suile d'afTirmations pot-itives que fait une autre persdune. Celte ' autre perso. me possède, selon la conviction des patients

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une certaine foi'ce inysl(''rJGUse et (oulo-piiissanle. Ci'Ue croyance enraye le jugement et la volonté, et surexcite l'imagination à un tel point que, pendant la durée du charme, ils ne sont plus, pour ainsi dire, que des marionnettes aux mains de leur enclianteur du momeni, et celuici les gouverne d'une façon irri'sistible. Ils ne iieuvent alors voir, entendre, goûter, sentir, toucher, agir, qu'il l'unisson avec la volonté exprimée et les desseins d'une toute-puissance qui pour eux existe en l'ait ; lonte leui' attention étant ciinceidrée sur ce (\u'nrdon!)i' (lu ce (pie r//^ cette personne.

C'est ainsi (jue l'influence mono-idéo-di/naniirjue, que je vais décrire présentement, s'affirme de toute sa force, au sujet de chaque fonclion mentale et physique. Oiirlques individus peuvent se laisser duper par les paroles impérieuses d'autres individus, mais un nombre bien plus considérable tombent dans le même (Ual a|irès avoir été hypnolisi''s |)ar la fixation continue de I'omI sur un objet et la concentration de l'esprit. Cet état peut encore s'établii- avant que les paupières se soient fermées ou qu'une tendance prononcée à dormir se soit fait sentir. L'iinpressionnabilité peut aussi être augmentée ])ar la vue de palienls en expérience, et cela en vertu des lois de la sympathie et de l'imilation.

A parler rigoureusement, le mol hypnotisme devrait èlre réservé aux patients seuls ipii lombent en elfel en état de sommeil, et qui oublient au réveil tout ce qui s'est passé pendant cet élat. Quand celui-ci fait défaut, il n'est questifm que d'assoupissement ou de rêverie. Il serait donc à propos fl'é'tablir une terminologie, répondant à ces modifications dues au procédé hypnotii|ue ; en effet, sous le rapport des affections rebelles à la médication ordinaire et susceptibles de guérison par l'hypnotisme, àpeine un patient sur dix arrive-t-il jusqu'à la phase de sommeil inconscient itout au moins pendant la durée des procédés). Le mot hypnotisme peut alors les induire en erreur et leur faire croii'e qu'ils ne tirent aucun profit d'un procédé dont

liiri'KRENTE l'KlilODC III: I, inTiVOTISME 243

les eiïels cnractérisliques el évidents ne paraissent paêtre ceux qu'indique leur qualification. Après mûres réflexions, j'estime que l'on peut ronibler cette lacune de la façon suivante :

On donnera le nom d'hypnotisme à la production du sommeil artificiel, quand il y a perte de la mémoire, de façon qu'au réveil, le patient n'ait aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil, mais qu'il se souvienne cependant, lorsqu'il est de nouveau plongé dans le même degré de l'hypnotisme. Cette expression comprend, par conséquent, ce que l'on a appelé le dédoublement de la conscience. Il n'est peut-être pas de fait mieux établi que l'existence de ce genre de cas ; plus encore : des faits particuliers, passés depuis de longues années, et toujours oubliés pendant la veille, sont revenus à la mémoire, d'une manière tout à fait précise, pendant l'état hypnotique.

Le nom de coma hypnotique sera donné à cette phase de sommeil plus avancé, dans laquelle le patient n'a aucune connaissance des impressions extérieures, où il a perdu^toute volition, et oii les suggestions d'autrui faites soit par parole, soit par action, peuvent lui revenir à l'esprit au réveil ou à une étape quelconque d'une hypnotisation ullâ'ieure. Les individus de ce genre, et le nombre en est relativement petit, sont les seuls dont on puisse avec certitude affirmer la faculté de «upporter les opérations chirurgicales sans douleur ni plainte aucune. Il est, toutefois, des patients qui, à un degré moins avancé de l'hypnotisme et ayant conscience de l'opération dont ils sont l'objet, ne sentent pas de douleur intense, surtout s'ils sont persuadés qu'il doit en être ainsi. Mais dans ce cas. l'affirmation précise d'un des assistants, soutenant que maintenant ils vont sentir la douleur, ou un courant d'air d'une porte ou d'une fenêtre ou d'une direction quelconque et venant frapper le patient ou la partie opérée, suffit pour rompre le charme ; alors le malade éprouve la douleur de la iaçon la plus sensible. On comprendra d'autre part, sous le nom de :

Mono-idénlogie, la science de l'influence des idées prédominantes sur l'activité intellectuelle et physique ; de

Mono-idéisme, l'état de l'esprit sous l'influence d'une impression dominante ; de

Mono-idéiser, l'action de produire l'étal de mono-idéisme ; de

Mono-idcisé, l'état de la personne dans la phase, de mono-idéisme ; de

Mono-idéo-djjnamlque, les modifications physiques et psychiques, les excitations aussi bien que les dépressions, qui se développent sous l'influence du monoidéisme.

Le D"' W. B. Carpenter avait proposé, il y a quelques années, le nom de idéo-moteurs pour qualifier les mouvements musculaires réflexes ou automatiques qui ne se produisent que sous l'influence d'impressions associées à ces mouvements, sans que la volonté ait aucune part dans le développement de ces phénomènes. En 1833, le Dr Noble vint faire remarquer que l'expression de Idno-dynamique serait préférable, en ce sens qu'elle s'appliipierait à un plus grand nombre de phénomènes. Je fus entièrement de son avis, car je savais qu'une suggestion pouvait ausji bien arrêter (\v\e provoquer un mouvement musculaire de caractère automatique. Mes recherches avaient aussi démontré que des suggestions dominantes et attendues peuvent dominer et modifier toutes les aulres fonctions du corps humain de môme que les mouvements museidaires ; c'est pour cela que j'avais adopté l'expression do mono-idéodynainique qui indiquait de la façon la plus générale et la plus caractéristique les relations entre les modifications et les réactions spirituelles d'une part, et les mêmes phénomènes dynamiques, d'autre part; et cela par rapport à toutes les fonctions du corps sous l'influenco d'idées et de suggestions dominantes, surtout pendant l'état anormal qu'amènent les procédés hypnotiques, plus particulièrement chez les personnes qui arrivent au dédoublement de la conscience.

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Chc/'. la plupart des patients, alors qu'ils persistent dans cet état qui leur permet de se souvenir au réveil de tout ce qui a été dit et fait pendant le sommeil, il existe un certain degré de .jugement et de volonté qui les met à même de discerner les impressions véritables des fausses et qui leur donne la force de résister à toute action déraisonnable. 11 est cependant des individus qui, même pendant cet ctat, sont fortement dominés et aveuglés par l'imagination, dont la crédulité et l'obéissance passive à la volonté d'autrui est considérable, à tel point qu'on peut les gouverner et les contrôler comme s^ils se trouvaient à l'état de dédoublement de la conscience dans lequel les patients prennent les insinuations successives d'autrui pour des faits positifs et agissent en conséquence ; il en est même en assez grand nombre, qui peuvent être ainsi influencés et contrôlés pendant la veille et en pleine conscience d'eux-mêmes. C'est chez ces derniers que les magnétiseur produisent les « phénomènes de veille », où l'on puise la preuve de l'existence d'une force spéciale mesmérique, émanant de la personne de l'opérateur, maîtrisant les forces intellectuelles etphysiquesdu patient; ce sont des individus d'une lelle nature que l'on exhiba publiquement en Amérique, en Angleterre, et autre part pour expliquer dix ans plus tard ce que l'on dénommait l'électro-biologie. Mais j'avais montré dans mon travail The power of the mind over the body, publié en 1840, que ces effets se produisaient sous l'influence des suggestions chez certains patients; influence qui peut activer ou déprimer la fonction d'un organe quelconque des sens. L'impression suggérée s'est à tel point emparée de l'esprit du patient, que l'on peut sous son influence suspendre la fonction de la vue, le rendre aveugle devant un objet placé en face de lui, ou provoquer la pensée que cet objet est transformé en un autre, que sa forme, sa couleur, est changée ; les fictions de son imagination sont trop vives pour que l'appel à la fonction ordinaire des yeux puisse les modifier. Les mêmes erreurs peuvent se produire pour

i'iH DE l'hypnotisme

luus h'< aiUrcs sens, car on a pu faire cruii'i.' à ilus palieiils qu'ilï^ enlendaient de la musique quand il n'y en avait pa>;, et un instant après on les rendait sourds pour des sons que toLit le monde entendait distinctement. Il en est de même pour l'odorat, le goût, le toucher ; la sensation est en rapport avec la suggestion, au lieu de l'être a\'cc la réalité, comme cela devrait être à l'état normal, quand l'esprit de ces individus agit sans influence étrangère.

Ainsi quej'en ai fait la remarquii depuis longtemps, ni l'action sur la volonté, ni la sympathie, ni l'imitation ne peuvent expliquer que les patients (comme des individus en bonne santé) aient des sensations insupportables de chaleur ou de froid; que chez eux les organes de la vue, de l'ou'ie, de l'odorat, du goût soient jtaralysés ou modifiés, de façon à leur faire percevoir des impressions autres que celles que les choses devraient prcjduire ordinairement, n'étaient les suggestions de l'expérimentateur. On sait cependant qu'une image fortement imprimée, qu'une imagination vive sont capables de produire les impressions précitées, cas qui se présente dans la monomanie, dans [edelirlum tremens, l'alcoolisme, les narcoses produites par l'opium, par le haschisch, et autres causes analogues, ainsi que dans divers- autres états pathologiques. Les impressions dans ces divers états peuvent se développer d'unefaçon violente, dès lors elles possèdent pour le patient toute la force de l'actualité ; ce dernier conserve bien, àun certain degré, la conscience de tout ce qui se passe autour de lui, mais il lui est impossible de s'affranchir de l'impression erronée qui le maîtrise. L'impressimi |icut même le dominer de manière à le rendre indillV'rcnt à toute autre impression.

Pour provoquer chez les patients des images ou des impressions erronées, alors qu'ils ont les yeux ouverts et qu'ils semblent à l'état de veille ordinaire, il n'est pas de moyen plus elFicace que d'exprimer à voix haute, impérieuse et convaincue, la]iensée que l'on veut éveiller chez

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eux. Mais les palii^iils qui se troiivonlà un degré élevoî de l'hypnotisât ion, surtout k la période du dédoublement de la conscience, peuvent ètreafl'ectés de ditTércntes façons, par exemple à la suite d'un simple changement dans l'intonation. On leur demande ce cju'ils voient, la réponse sera, peut-être, un mouton, un chien ou un oiseau.

« De quelle couleur est-il ? » dit d'un ton gai ; ce ton peut amener comme réponse : « Blanc ! » ouqueli[ue autre couleur claire. Si l'on demande ensuite : « De quelle couleur est-il niainlenanl? » en donnant une intonation triste au mot mainlenant, « la réponse peut être alors « marron » ou « noir », selon la nuance de mélancolie que l'on applique au mot " maintenant )>.

11 en va de même pour la fm-me, la substance, le goût, l'odorat, le son, et cela, indifféremment, qu'ils'agisse d'une impression vraie ou supposée, communiquée par la parole ou par le chant. La question ou le mot -i maintenant » appelle l'impression d'une nuance plus o\\ moins foncée de la couleur, une modilication de la forme ou de la qualité, selon l'inflexion de la voix et le ton emphatique que l'on emploie.

Voici une autre façon de modifier l'impression première: supposons notre patient à genoux et pénétré de sentiment religieux ; on lui demande ce qu'il voit; il répondra p(>utètre : « Le ciel. » On lui plisse la peau du front, en la tirant en bas avec les doigts et le pouce, vers la racine du nez; on n'a pas changé la voix, mais larépnnse, accompagnée d'un frissonnement, sera peut-être alDrs: « L'enfer. » On peut répéter ces exi)ériences et obtenir à volonté les ménips résultats.

Le plissement de la peau à la région moyenne du front évoque des images tristes, (juelle (pie soit l'impression maîtresse du mouvement, quel que soit l'organe en jeu. De même, le relèvement de la tête, le patient étant à genoux, amène à penser au ciel et à la lumière; l'abaissement de la tête fait, au contraire, penser à l'enfer, aux ténèbres et aux choses tristes; c'est ainsi que l'on peut

2r)i) DE L'ilYi'NÙTlSME

provoquer cl modiliiT à volonté des idées chez les individus « en possession ». On jieut les conduire du grave au doux, du plaisant au sévère. Leur manière d'être se modifie, ils sentent, ils voient, comme si tout ce dont il est question était la réalité. Ils agissent, ils parlent sans le moindre signe de volonté personnelle, tandis cju'ils sont soumis à une volonté étrangère d'une manière si catégorique.

Comme nous l'avons dit, la position du corps influe notablement sur les émotions et les sensations pendant la période voulue de rh3piiolisme ; aussi, quelle que soit la passion que l'on veut exprimer par l'attitude du patient, quand les muscles nécessaires à cette expression sont mis en jeu, la passion elle-même éclate tout d'un coup et l'organisation tout entière y répond. Le corps droit, la poitrine développée, les muscles extenseurs'^conlraclés, tout cela suggère le sentiment d'amour-propre, d'estime de soimême, de fermeté indoinplahle et d'orgueil. Dès que l'on diminue la contraction de ces muscle^, que l'on donne au patient une attitude inclinée, avec la poitrine rentrée, l'expression des traits change d'une manière Ires manifeste, la voix et toute la manière d'être de l'individu exprime maintenant l'humilité, l'abaissement et la pitié.

Je vais entrer dans quelques détails au sujet de 1 augmentation et de la diminution des mouvements musculaires sous l'influence de la suggestion. Il s'agira ici de faits intéressants qui n'ont pas jusqu'ici attiré l'attention.

Les mouvements volontaires se produisent, parce que la volonté dir-ige l'influx nerveux ; les muscles qui doivent amener naturellement le mouvement projeté se mettent en jeu, tandis que leurs antagonistes demeurent passifs.

Dans les ex|iériences ayant pour but de prouver la paralysie de la force musculaire au moyen d'impressions suggérées, la suggestion développe, pour les muscles qui doivent produire le mouvement rl^siré, une e.xcilation nerveuse plus forte que celle que le patient est en élat de produire pour les groupes de muscles antagonistes. Les deux espèces de muscles sont donc mis énergiquement en

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