‹ Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux ou hypnotismeChapitre 16 sur 92 · COMMENT IL FUT DÉCOUVERT · texte numérisé non relu

COMMENT IL FUT DÉCOUVERT

ma manière de voir et contribua plutôt à confirmer mes premiers préjugés. A la séance suivante, six jours plus tard, un fait, l’impossibilité pour un patient douvnr ses paupières, attira mon attention. Je considérai cela comme un phénomène réel et fus curieux d’en découvrir la cause physiologique. Le lendemain, à une nouvelle opération, j’observai ce cas avec grande attention, et je me crus certain, avant la fin de l’expérience, d’en avoir découvert la cause ; je crus prudent, cependant, de ne pas annoncer mon opinion publiquement, avant d’avoir, par l’observation et les expériences en particulier, obtenu une preuve infaillible.

Deux jours plus tard,je développai mes vues à mon ami, le capitaine Brown, comme je l’avais fait précédemment à quatre autres de mes amis ; et le même soir en sa présence, en présence de ma famille et d’un autre ami, je commençai une série d’expériences pour justifier ma théorie, à savoir : que le regard fixe et prolongé, paralysant les centres nerveux dans les yeux et leurs dépendances ^ et détruisant l’équilibre du système nerveux, produit ainsi les phénomènes en question. Les expériences furent variées de manière à convaincre tous ceux qui étaient présents de l’exactitude de mes vues théoriques.

Je voulais d’abord prouver que l’impossibilité pour le patient d’ouvrir les yeux provenait de la paralysie des muscles releveurs des paupières, en conséquence de leur action continue pendant la fixité prolongée ; qu’il lui était àone, physiquement impossible de les ouvrir

1. J’entends par cette expression, l’état d’épuisement, suite d’une action trop prolongée ou trop intense d’un organe ou d’une fonction quelconque.

2. On a voulu prouver que j’avais emprunté cette idée à une personne qui aurait dit plus tard et en public que le patient en question aurait pu ouvrir les yeux s'il l'avait voulu ; le sujet ayant répondu à cette objection, « J’ai essayé de tout mon pouvoir, sans y parvenir, » la personne en question aurait dit pour soutenir son opinion que l'incapacité n'était qu'imaginaire ; qu’il croyait volontiers « qu’un homme peut se tenir appuyé contre un mur et croire, en vérité, qu’il

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Voulant démontrer ce fait, je priai M. Walker de s’asseoir, et de fixer les regards sur le col d’une bouteille de vin, assez élevée au-dessus de lui pour produire une fatigue considérable sur les yeux et les paupières, pendant qu’il la regarderait attentivement. En trois minutes, ses paupières se fermèrent, un flot de larmes coula le long de ses joues, sa tête s’inclina, son visage se contracta légèrement, un gémissement lui échappa, et à l’instant, il tomba dans un profond sommeil, la respiration devint lente, profondé et sifflante, le bras et la main droite étaient agités de petits mouvements convulsifs. Au bout de quatre minutes, je crus devoir cesser l’expérience, pour ne pas mettre mon patient en danger.

Non seulement cette expérience me donna la preuve que -j’en attendais, mais encore, en appelant mon attention sur l’état spasmodique des muscles de la face et des bras, sur la respiration, et sur l’état mental au moment du réveil, elle me donna à penser que j’avais la clef du secret du mesmérisme. L’agitation et l’efl'roi de ce patient au moment du réveil étonnèrent beaucoup Mme Braid. Elle se montra très surprise de le voir aussi effrayé sans cause,

- car, ne m’ayant pas perdu de vue, elle ne m’avait vu ni m’en approcher, ni le toucher en aucune façon. Je lui proposai de se soumettre elle-même à l’opération ; elle y consentit très volontiers, assurant tous ceux qui l’entouraient qu’elle ne serait pas aussi facile à effrayer que la personne précédente. Je la fis asseoir et la priai de tenir son regard attaché sur l’ornement d’un sucrier en porcelaine ; ce sucrier formait avec les yeux un angle à peu près semblable à celui qui était formé par la bouteille dans l’expérience antérieure. En deux minutes, ses traits avaient changé d’expression ; au bout de deux minutes et demie les paupières se fermaient convulsivement ; la bouche se déformait ; la patiente poussa un profond soupir, sa poi-

n’a pas le youyoii- de s’en éloigner. » Il est donc clair que cette personne attribuait le phénomène à une cause maritale, tandis que pour moi, il s’agit d’une cause physique.

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