Müller
2. Ce sujet est magnifiquement traité par Müller, p. i, 410, voLII (traduction de Baly) que je cite : « L’excitation des processus organiques du cerveau, conséquence de l’état d’activité de l’esprit, rend l’organe graduellement incapable de maintenir l’action mentale, et conduit ainsi an sommeil, qui est au cerveau ce' que la fatigue corporelle est aux autres parties du système nerveux. La cessation ou le relâchement de- l’activité mentale pendant le sommeil permet, à son tour, le retour de l’état organique du cerveau à son intégrité primitive ; il reprend ainsi son excitabilité. Le cerveau, dont l’action est essentielle aux manifestations de l’esprit, obéit, de fait, à la loi générale qui gouverne tous les phénomènes organiques, — ce qui revient à dire que les phénomènes de la vie sont des étals particuliers, se développant dans les structures organiques, et compliqués de modifications dans la substance intégrante de ces structures. Par conséquent, plus l’activité de l’esprit se prolonge, moins aussi le cerveau devient propre à supporter cette activité et plus le travail cérébral de- ■vient imparfait, jusqu’à ce qu’enfln les sensations cessent d’être éprouvées, quoique les impressions des agents externes continuent de se produire : ce fait est parfaitement analogue à ce qui se passe fréquemment à l’état de veille, pour certaines sensations. »
Qu’il me soit permis de faire une réserve à l’endroit de ces remarques. Je^ veux parler de l’exercice modéré que je considère non comme épuisant, mais plutôt comme un stimulus salutaire, donnant du ton et à l'organe et à la fonction. Il poursuit en termes justes et précis :
« Ce n’est pas seulement l’activité de l’esprit, mais l’exercice prolongé dos autres fonctions de la vie animale, telles que l’activité sen-
LES CAUSES nu SOMMEIL
C’est par suite d’un excès de fatigue de la faculté d’attention, amené par la pensée exclusivement attachée à un objet unique, à une idée unique n'étant pas de nature excitante, par suite d’un excès de fatigue dont souffre un système particulier de muscles, par suite de l’état résultant de la position incommode et forcée des yeux, de la suppression dans la respiration et du repos en général, que se développe dans le cerveau et dans tout le système nerveux cet état particulier que j’appelle hypnotisme ou sommeil nerveux. On a les preuves les plus frappantes qu’il
sorielle ou musculaire, qui amène l’épuisement du cerveau et, partant, le besoin de sommeil et le sommeil lui-même. Les différents systèmes de l’organisme participent des modifications qui peuvent subvenir dans l’état organique de l’un d’eux. Enfin, les troubles apportés dans l’état normal du cerveau par un sang chargé d’aliments imparfaitement assimilés, comme à la suite d’un repas copieux où l’on a pris des boissons alcooliques, provoquent également le sommeil. Les narcotiques agissent encore plus énergiquement par les modifications qu’ils produisent dans la composition organique du sensorium. Le sang exerçant sur le cerveau une pression plus considérable dans la position horizontale, il peut y avoir là encore une cause de sommeil. »
Voilà donc, en quelques mots, l’opinion de cet auteur. L’exercice fonctionnel est la cause d’une modification, d’une détérioration, ou d’une perte dans la structure organique, perte plus rapide que ne peut réparer la recomposition organique lente, mais régulière et permanente qui se fait dans tout l’organisme. La cessation des fonctions sensorielles, mentales et musculaires, telle qu’elle a lieu pendant le sommeil, devient donc nécessaire, pour donner aux structures organiques altérées le temps indispensable à leur reconstitution ; ceci est important surtout pour le cerveau, qui sympathise à un si haut degré avec les autres organes, et qui participe aux modifications organiques dont ils sont le siège .
Liebig semble confirmer cette manière de voir, quand il indique que précisément les principes chimiques des substances qui agissent le plus énergiquement sur le cerveau et sur les nerfs ont une composition analogue à celle de ces mêmes organes : tel est le cas des alcaloïdes végétaux. Il croit que tous les principes actifs qui produisent, à faibles doses, des effets fortement médicinaux ou toxiques sont des composés de l’azote ; et que ces composés, réduits à leurs éléments, prennent part à la formation ou à la transformation du cerveau et de la substance nerveuse .
DE l’hypnotisme
diffère du sommeil naturel, dans les effets extraordinaires dont il est la cause. On sait que quand l’esprit est fortement abstrait on peut perdre la conscience des objets; environnants ; parfois on ne s’apercevra pas qu’on est gravement blessé. Pendant l’bypnotisme ou sommeil nerveux, l’activité des fonctions en jeu semble être si interne,. qu’elle peut bien, en gra'nde partie, priver les autres fonctions du degré d’énergie nerveuse nécessaire p'our exciterleur sensibilité. Tel semble être le cas. C’est de cette manière seule que l’on peut comprendre pourquoi la sensibilité ordinaire serait émoussée jusqu’à un certain point pendant l’activité si étendue et si rapide de certaines; autres fonctions
1. On a essayé de dénaturer ce qu’avait écrit M’Nish sur la rêverie,, ét de représenter cet article comme la base de ma théorie ; c’est, en vérité, supposer trop d’ignorance chez les autres, que de vouloirainsi dénaturer les pensées d’un auteur. Quelle est la définition de M’Nish?
« La rêverie, dit-il, procède d’une quiétude extraordinaire du cerveau et de l’impossibililé pour l’esprit de s’attacher fortement à un objet quelconque ; c’est souvent le prélude du sommeil. Il y a un défaut dans l'attention qui, au lieu de rester fixée sur un seul objet, erre, sur mille, et même dans ce cas se trouve encore faiblement dirigée. » Voilà, et chacun en conviendra, absolument le contraire de ce qui est produit mon procédé, ew je lie l'attention à une idée et les yeux à un point; ce sont mes conditions premières et impérieuses. Voyons un autre passage. « J’ai éprouvé, en regardant longtemps et d’une manière intense, couler une rivière, cette sorte de rêverie dans laquelle l’esprit se trouve dénué de toute idée et qui approche tant du sommeil. Les pensées semblent glisser et s’éloigner une à une avec le courant, jusqu’à ce que l’esprit en soit entièrement privé. Nous voyons, dans cet état, les masses transparentes de l’eau mobile s’enfuir, nous en entendons le murmure, mais nous perdons tout pouvoir de fixer definitivement notre attention sur un objet quelconque ; alors nous nous endormons, ou nous sommes réveillés par quelque réaction spontanée de l’esprit, ou par quelque impressiou des sens, assez vive pour nous tirer de notre rêverie. » Je lirais ce passage mille fois sans y découvrir une analogie quelconque avec mes vues théoriques. Elles m’en semblent « aussi éloignées que sont les pèles l’un de l’autre «.Au lieu de mettre l’esprit à vide et de le dépouiller de ses idées une à une jusqu à ce qu’il en soit entièrement privé, je m’efforce de retirer à