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CHAPITRE IV

Phénomènes du sommeil ordinaire. — De l’hypnotisme. — Puissance de locomotion et d’équilibre des sujets. — Tendance à danser au son d’une musique appropriée. — Grâce que déploient les sujets sous son influence. — Tendance des sujets à se fixer de façon cataleptiforme dans une poàition quelconque, si on les abandonne à eux-mêmes. — Il est probable que les anciens pratiquaient l’hypnotisme, et qu’on pourrait attribuer la cause de leur supériorité dans la sculpture, la peinture et la danse à cette pratique. — Ses effets chez quelques personnes sont ceux du protoxyde d’azote. — En quoi l’hypnotisme diffère de l’influence de ce gaz, et de l’ivresse produite par le vin ou les alcools . — Effets des impressions monotones sur un sens quelconque. — Opinons de Cullen, de M’Nish, de Willich.— (On connaît l’impression causée par l’action de compter, de répéter.) — Un écrivain de la Medical Gazette. — Puissance de l’habitude et de l’attente. — Tous les phénomènes sont consécutifs. — Note à l’appui de ce fait. — Puissance de Ehypnolisme dans le traitement d’affections et de désordres persistants. — Observations relatives à Mlle Collins et à Mlle E. Atkinson. — Jusqu’à quel point l’hypnotisme peut être utile.

Quand on passe de l’état de veille à celui du sommeil ordinaire, on perçoit les objets de plus en plus faiblement, les paupières se ferment et demeurent immobiles ; tous les autres organes des sens s’émoussent par degrés et cessent de porter les impressions habituelles au cerveau ; les membres deviennent flasques par défaut de l’action et de la tonicité musculaire, le pouls et la respiration se ralentissent, les pupilles sont dirigées en haut et en dedans, et contractées (Millier).

Dans l’état hypnotique provoqué pour obtenir ce que j’appelle les phénomènes hypnotiques, la vue devient de

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plus en plus imparfaite, les paupières sont fermées, mais conservent pendant une période de temps considérable un mouvement vibratoire, (chez quelques personnes les paupières sont fermées avec force comme par un spasme des muscles orbiculaires) ; les organes des sens et surtout l’odorat, le toucher, l’ouïe, la chaleur et le froid, et la résistance sont fortement exaltés, puis s’émoussent, à un degré dépassant de beaucoup la torpeur du sommeil naturel; les pupilles sont dirigées en haut et en dedans, mais au contraire de ce qui arrive dans le sommeil naturel, elles sont fortement dilatées et très insensibles à la lumière ; ensuite, elles se contractent, tandis que les yeux restent encore insensibles à la lumière. Le pouls et la respiration sont d’abord plus lents qu’à l’ordinaire, mais aussitôt que l’on met les muscles en activité, il se développe une tendance à la rigidité cataleptiforme, avec accélération du pouls et avec une respiration rapide et oppressée. Les membres se maintiennent ainsi à l’état de rigidité tonique, aussi longtemps que j’ai cru devoir, jusqu’à présent, prolonger l’expérience ; état frappant quand l’on pense à la flaccidité des membres pendant le sommeil ordinaire ; la circonstance la plus remarquable dans cet état est que cette action musculaire prolongée ne semble pas produire de fatigue L

Lorsqu’on passe de l’état de veille au sommeil ordinaire, les objets que l’on peut tenir en main échappent ; mais, pendant le sommeil artificiel, ces objets sont tenus plus

■t. Un grand nombre d’expériences me donne en moyenne les résultats suivants : « L’accélération du pouls provenant de l’effort musculaire que fait un sujet pour tenir ses bras et ses jambes étendus pendant cinq minutes estd 'environ 20 pour cent ; à l’état d’hypnotisme, cette accélération est de plus de 100 pour cent. En excitant tous les sens, en stimulant les muscles de la tête et du cou, il y a abaissement rapide jusqu’à 40 pour cent (c’est-à-dire le double de ce qu’était l’accélération pendant l’état naturel), et si l’on fait reprendre aux muscles leur état flaccide, pendant que le sujet est encore en hypnotisme, le pouls descend rapidement au point où il était avant l’expérience et même au-dessous.

TL DIFFÈRE DÛ SOMMEIL NATUREL fermement qu’avant l’hypnotisme. C’est une différence très remarquable.

La force d’équilibre est telle que je n’ai jamais vu un somnambule hypnotique tomber. Le même phénomène a lieu chez les somnambules naturels. Ce fait est remarquable et semble se produire ainsi : les sujets prennent leur centre de gravité, comme par instinct, de la manière la plus naturelle, et par conséquent, la plus gracieuse, et si on les abandonne dans cette position, ils y deviennent rapidement et fermement fixés de façon cataleptiforme. J’ai tenu compte de ces deux faits, et en outre, du goût pour la danse qui se révèle chez la plupart des patients sous l’influence d’une musique un peu vive, de leurs mouvements si gracieux et si conformes aux notes, des poses si variées et si élégantes que l’on peut leur faire prendre au moyen de légers courants d’air, et de la faculté de conserver ces altitudes sans aucun effort, et j’ai émis l’opinion que les Grecs pouvaient bien être redevables à l’hypnotisme de la perfection de leur sculpture, et que les Fakirs devaient à cette même cause, leurs merveilles d’adresse, par exemple, la suspension de leur corps par une jambe ou par un bras h

1. Il n’est pas douteux, m’a-t-on dit, que les bacchantes, qui n’avaient pas conscience des blessures {non sentit vulnera Ma-nas, — Ovide) et dont l’état était une stupeur différente du sommeil naturel, {Exsomnis stupet Œvias, — Horace) ne fussent sous l’influence de l’hypnotisme ou sommeil nerveux ; de là, leur propension à la danse sous l’effet de la musique. De simples servantes sans éducation, sous l’influence de cet état nerveux, se meuvent avec la grâce elle cachet particulier qui distinguent les danseuses de ballet les plus habiles. Il y a donc lieu de croire que non seulement cette grâce parfaite d’attitude dans la sculpture et la peinture anciennes procède de l’imitation des bacchantes et d’autres danseuses mystiques, mais encore, que les mouvements habituels aux danseuses de ballet de nos jours leur ont été transmis de l’Italie, par reproduction des danses usitées dans les mystères grecs. Personne ne peut voir des filles de basse condition subir l’influence de la musique pendant le sommeil nerveux, sans reconnaître qu’à l’état de veille elles seraient incapables de se mouvoir avec Télégance qui les caractérise pendant

DE l’hypnotisme

Ce qui est manifeste, c’est qu’il diffère du sommeil naturel à de nombreux égards ; il y a d’abord une phase d’excitation, fait qui a lieu avec l’opium, le vin et les alcools: puis un affaissement considérable ou un état de torpeur. Dans le cas de deux patients, des symptômes qui rappelaient singulièrement les effets du gaz hilarant se manifestèrent à deux reprises chez chacun d’eux ; la seule fois, à ma connaissance, qu’ils étaient hypnotisés. L’un d’eux perdit l’usage de la parole pendant deux heures, phénomène qui s’était produit par l’absorption du gaz. Ces deux patients s’étaient hypnotisés eux-mêmes II y a une différence remarquable entre l’état hypnotique, et l’état provoqué par le protoxyde d’azote. Avec ce dernier, il y a une inclination puissante, presque irrésistible à l'effort musculaire général, ainsi qu’au rire. Dans le premier état, il ne semble y avoir inclination à aucun effort corporel, à moins qu’un effort de ce genre ne soit provoqué par des impressions du dehors. Si celles-ci sont mises en usage, il y a alors un contraste frappant entre la puissance de locomotion et ce balancement du corps si correct, et d’autre part, ces effets de l’ivresse du vin ou des alcools, où les membres sont paralysés en partie, pendant que le jugement demeure assez net et exact. L’état de quiétude musculaire, avec l’ouïe active, et l’imagination rêveuse, enflammée, rapproche l’hypnotisme de l’état produit par la ciguë.

Au printemps dernier, on a fait plusieurs conférences dans notre ville, pour prouver que les phénomènes mesmér nques peuvent être déterminés par la « prolongation insolite ou la répétition des mêmes impressions sensibles ». Immédiatement après la première de ces conférences, je commençai des expériences en me conformant à la méthode indiquée, mais je pus bientôt me rendre compte

1 hypnotisme. Une telle faculté a sa source probable dans l’action pure et simple de la nature ; celle-ci enseigne à balancer parfaitement le corps dans tous ses mouvements complexes, alors que le sens de la vue est suspendu.

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