‹ Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux ou hypnotismeChapitre 32 sur 92 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Remarques préliminaires. — Les relations entre l’esprit et la matière témoignent contre le matérialisme. — Armstrong, Brown, Abercrombie, Stewart, Platon. — Conclusion générale : l’esprit ou la vie est la cause de l’organisme. — Puissance de la conscience. — Les passions ; comment elles sont excitées. — Opinion du docteur Elliotson quant à l’efflcacité ou rinefficacité de la volition et de la sympathie entre les cerveaux de l’opéré et de l’opérateur. — Comment on divise le cerveau. — Les causes de l’imperfection de la phrénologie. — Objections faites au pbréno-liypnotisme . — Mode de connexion entre le cerveau et le corps. — Les premiers essais de phrénologie pendant l’hypnotisme ne réussirent point. — On y réassit en opérant différemment. — Exemples. — Un enfant opère avec succès. — Détails de l’observation. — Autres observations heureuses. — Le meilleur moment pour opérer. — Observation relative à un officier en 1738. — Inductions relativement à sa puissance curative — Opinion de La Roy Sunderland, de M. Hall. — Cause supposée des phénomènes nommés magnétisme croisé. — Restitution d’objets dérobés à leurs propriétaires, et leur replacement à l’endroit habituel, à l’aide de l’odorat et du toucher. — Puissance de l’ouïe pour les so7is très faibles, — Autres observations. — Des facultés opposées peuvent être provoquées en même temps par l’action sur les hémisphères opposés. — Manière d’opérer. — Conclusion sur la valeur du témoignage.

Assurément,, quelques-unes des opinions que j’ai énoncées, ainsi que lés faits sur lesquels elles reposent, ont dû paraître surprenantes à bon nombre de lecteurs ; je suis certain que le sujet que je me propose de discuter dans les pages suivantes les surprendra plus encore ; c’est-à- Braid. 5

dire, pendant l’hypnotisme nous acquérons le pouvoir, par l’intermédiaire des nerfs sensoriels, de provoquer un sentiment, une sensation, une passion ou une émotion quelconque, ainsi que la manifestation mentale de notre choix, et d’après notre mode de manifestation. C’est ce qui a été désigné sous le nom de phréno-magnétisme par les premiers expérimentateurs de ces curieux phénomènes, mais que, d’accord avec ma nomenclature, j’appellerai du nom de phréno-hypnotisme . Il paraît, comme pour bien d’autres découvertes, que des recherches semblables avaient lieu simultanément en Angleterre et en Amérique, à l’insu des différents expérimentateurs que les expériences conduisirent à des conclusions analogues.

Tout homme sérieux et sans parti pris reconnaîtra que si nous pouvons réellement acquérir ainsi la puissance de mettre en action une faculté ou une tendance quelconque, tout en diminuant la faculté antagoniste, nous aurons là un agent important pour améliorer les conditions physiques, intellectuelles et morales de l’homme. Il ne me sera pas difficile de prouver que l’esprit humain peut être développé et influencé par les organes du corps ; mais avant d’entrer dans les détails du modus operandi, je vais essayer d’écarter le préjugé qui règne contre la discussion même de ce sujet, préjugé qui s’était élevé par suite des croyances matérialistes professées par ceux qui promulguaient cette doctrine. Une telle déclaration, de la part de ces derniers, devait, en effet, non seulement soulever les préjugés, mais encore choquer violemment les principes de toute la société chrétienne, et l’empêcher d’admettre ou seulement de discuter sans passions les faits conformes à ces théories. Quant à moi, je ne vois rien dans le sujet qui permette les conclusions qu’en tirent les matérialistes ; et il ne faut pas repousser la vérité parce que des hommes égarés essaient d’édifier sur elle une doctrine vide et absurde.

Yoici quelles sont mes vues au sujet des rapports de l’esprit et la matière. Je considère le cerveau simple-

LA PHRÉNOLOGIE n’eST PAS LE MATÉRIALISME 75

ment comme l'organe de l’esprit, et les organes du corps comme les instruments maintenant l’intégrité de la structure corporelle^ et lui servant à acquérir et à étendre ses relations avec la nature extérieure ; je crois que l’esprit agit sur la matière et subit l’influence de cette dernière, selon la qualité, la quantité, et les dispositions relatives du développement cérébral. Mais ceci ne veut pas dire que l’esprit n’est qn un simple attribut de la matière Ma pensée, ma volonté, mon activité qui influenceraient l’état

1. « Quelques sons frappant le tympan, ou quelques petits traits noirs, tracés sur un morceau de papier blanc (voir la brochure de M. Rennel), ont pu terrasser un homme aussi effectivement qu’un marteau, et le priver, non seulement de la vue, mais encore de la vjjê. Nous avons donc ici un exemple de l’esprit agissant sur la matière, et je n’affirmerai en aucune sorte que la matière, de son côté, n’agit pas sur l’esprit ; car, pour ceux qui professent la relation intime entre le corps et l’esprit, cette réciprocité d’action est facilement admissible; mais elle formera une difficulté insurmontable pour ceux qui affirment l’identité de l’esprit et du corps, » Et plus loin, « cette union intime entre le corps et l’esprit est, en effet, analogue à tout ce que nous voyons, sentons et comprenons. C’est ainsi que nous remarquons que l’excitation matérielle de l’alcool, ou de l’opium, agit sur l’esprit par l’intermédiaire du corps, et que le stimulant moral de l’amour ou de la colère agit sur le corps par l’intermédiaire de l’esprit : ce sont des réciprocités d’action qui établissent comme unprinciperunion entre l’esprit et le corps; elles repoussent la croyance à l’idendité. » — « Toute passion de i’esprit n’agit-elle pas directement, etjpour ainsi dire, •per se sur le corps, avec une influence plus ou moins grande, proportionnelle à son identité ? L’activité, dans ce cas, n’appartient-elle pas à l’esprit, et la simple passibilité au corps? La colère n’est-elle pas accompagnée d’un cours plus rapide du sang ? La surprise, de ce mouvement^ connu de tous? La douleur, de l’évanouissement? Tous ces exemples, et mille autres semblables, ne nous démontrent-ils pas d'une manière péremptoires qa’ici la priorité d’action appartient à l’esprit et non au corps ? Et ceux qui nient ces faits en sont réduits à l’essai ridicule et absurde de prouver qu’un homme a peur parce qu’il se sauve, et non qu’il se sauve parce qu’il a peur ; que le mouvement produit la terreur et non la terreur le mouvement.» — {Laeon, de CoUon.) Le même auteur se sert aussi de cet argument d’une manière décisive, en rappelant que l’aliénation mentale est fréquemment produite par des causes morales, et que l’on obtient souvent du succès sur des aliénés par le traitement moral.

76 DE l’hypnotisme

mental et corporel d’un autre, ne détruiraient certainement pas notre individualité personnelle. Aussi bien, pourrions-nous dire que les belles compositions d’un Mozart ou d’un Beethoven, qui parviennent, par l'intermédiaire de différents instruments, aux oreilles des auditeurs charmés, sont le produit de la pensée et de la volonté des instruments.

Il me paraît absolument clair que le musicien peut concevoir, composer et déposer sur le papier chaque idée, sans que d’autres puissent en comprendre la nature ou les mérites, à moins de communication far l intermédiaire d'instruments apfropriés. Le musicien et l’instrument sont donc aussi essentiellement distincts dans leur nature, que le sont l’âme et les organes du corps.

J’essaierai encore de démontrer mes vues par l’exemple suivant ; Supposons que l’instrument soit bon et. bien adapté à l’expression musicale, il est évident qu’il fera mieux ressortir les beautés de la composition qu’un instrument mauvais ou médiocre; il donnera aussi plus de plaisir, de satisfaction et d’encouragement au compositeur que le mauvais instrument. Il en est de même de l’esprit servi par un cerveau bien développé. Supposons que l’instrument soit parfait dans certaines de ses parties, très imparfait, au contraire, dans certaines autres, il est évident que le musicien procurera plus de plaisir aux autres, ainsi que plus de satisfaction à lui-même, en jouant sur les parties parfaites de son instrument. Puis supposons que les parties sur lesquelles il joue soient susceptibles d’amélioration par l’exercice (c’est le cas avec plusieurs instruments, le violon, par exemple), il est clair qu’il se trouvera de plus en plus encouragé à limiter sonjeu à ces meilleures partie de son instrument, et qu’en y concentrant toute son énergie, il se complaira de plus en plus à son œuvre et charmera de même ses auditeurs par la perfection de son jeu.

C’est précisément ce que je conçois relativement au cerveau, en en supposant les différentes parties appropriées

Page 1