RÉFUTATION DU MATÉRIALISME
comme des instruments à la manifestation de différentes fonctions mentales. Chaque partie du corps humain subit constamment des alternatives de perte et de réparation, — c’est-à-dire, les particules moléculaires des divers organes changent continuellement, et l’exercice modéré tend à augmenter le développement et l'énergie tandis que l’inaction a la tendance contraire. Personne ne niera ce fait. L’analogie est donc complète. L’âme ou l’esprit, exercé judicieusement dans une direction particulière, donne une plus grande force à certain organe particulier et acquiert plus de précision par l’habitude qui amène la tendance à persévérer dans la même voie. Si l’on évite certains autres actes, les organes correspondants s’affaiblissent, et exercent une influence moins puissante sur l’esprit. C’est ainsi que nous pouvons nous rendre compte de la puissance des habitudes, tant physiques que morales, qui se renforcent l’une l’autre par l’exercice ; c’est en vertu de ce principe que nous pouvons espérer améliorer la condition des membres vicieux de la société, en les écartant de la mauvaise compagnie et des mauvaises habitudes, en les encourageant dans la pratique des bonnes mœurs.
De plus l’esprit du musicien peut concevoir et mettre en activité les organes correspondants du cerveau ; ceux-ci réagissent sur les organes du corps et mettent en vibration la lyre silencieuse ; tous ces anneaux de communication peuvent se perfectionner sans transmettre de sensations ou d’émotions correspondantes dans l’esprit d’autrui, à moins que ces derniers ne soient pourvus d’organes récepteurs appropriés (l’oreille musicale) pour la transmission au cerveau de certaines vibrations ; transmission qui produirait, dans les parties excitées, une condition susceptible de déterminer dans leur esprit certaines associations d’idées, suivies de la manifestation des émotions particulières ainsi provoquées. Il ne suffit pas que cet enchaînement soit complet m partie, il doit l’être en totalité, ouïes résultats ne pourront être parfaits L
1. Quelque temps après avoir écrit ce qu’on vient déliré, j’eus
DE l’hypnotisme
On pourrait soutenir les mêmes arguments par rapport au peintre, au sculpteur, à l’orateur ; mais cela me paraît si évident par tout ce qui précède, que je bornerai ici les exemples ; d’autres seraient inutiles. Je conclus donc que l’âme et le cerveau sont essentiellement distincts, et sont relativement dans les mêmes rapports que le musicien et l’instrument musical.
la satisfaction de trouver un exemple analogue écrit par feu le célèbre Dr John Armstrong ; j’extrais ces mots de son travail On Fever, page 473 : — « On a vu que je considère l’aliénation mentale comme l’effet de quelque désordre dans la circulation, soit de nature corporelle, soit de nature mentale. On pourrait démontrer par des exemples familiers que le cerveau est l’organe principal par l’intermédiaire duquel s’effectuent les opérations de l’esprit ; ce n’est pas, comme beaucoup l’ont supposé, proclamer la doctrine du matérialisme que d’affirmer que certains désordres de cet organe sont capables de déranger les opérations intellectuelles. Que le musicien le plus habile se place devant un instrument non accordé ou brisé, il ne produira pas l’harmonie à laquelle il était accoutumé avec l’instrument en parfait état ; les sons, au contraire, seront discordants ; il serait manifestement très illogique de conclure que les facultés du musicien sont lésées parce que l’instrument imparfait ne peut plus les interpréter. Ce que l’instrument est au musicien, le cerveau l’est à l’esprit, et nous ne savons jusqu’ici rien qui prouve le contraire; et pour pom-suivre notre figure, de même que le musicien a une existence distincte de celle de l’instrument, l’esprit peut avoir une existence distincte de celle du cerveau ; car, en vérité, nous n’avons aucune preuve que l’esprit soit une propriété dépendant d’un arrangement quelconque de la matière. Nous percevons, il est vrai, les propriétés de la matière, modifiées merveilleusement dans les divers objets- do l’univers ; ces propriétés frappent nos sens de toute la force de leur sublimité ou de leur beauté; mais nous reconnaissons dans toutes certaines propriétés communes et radicales, qui n’ont aucune relation possible avec ces facultés mystérieuses de la pensée et du sentiment, et se rapportent seulement à ce quelque chose, que nous distinguons de la matière sous le nom d’esprit. Ainsi je m’explique que le bon sens de l’humanité ait fait la distinction, admise partout, entre l’esprit et la matière ; car il est naturel de conclure que l'essence de l’esprit peut être distincte de l’essence de la matière, puisqué les opérations de l’un sont si différentes des propriétés de .’autre. Mais, quand nous disons que l’esprit est immatériel, nous entendons seulement qu’il n’a pas les propriétés^ de la matière ; car la conscience qui nous fait connaître les opérations intellectuelles ne nous révèle pas la nature abstraite de