POURQUOI LA PHRÉNOLOGIE EST IMPARFAITE
le cerveau peut être divisé en régions correspondantes aux tendances animales, aux sentiments moraux et aux facultés intellectuelles, on n’a pas encore pu démontrer d’une manière nette la position et l’étendue de chaque organe, conformément aux indications des phrénologistes.
Étant admis qu’il existe dans le cerveau un point ou un organe distinct pour chaque faculté, ce que je crois très probable, il y aura toujours de grandes difficultés à déterminer nettement ses caractères, en supposant même que nous connaissions exactement la position et le développement de chaque organe, car une grande importance s’attache à la perfection de structure et à l’activité de ce point ou de cet organe, ainsi qu’à ses dimensions exactes. Par exemple, une personne, ayant de grands yeux, peut avoir une vue défectueuse, tandis qu’une personne dont les yeux sont petits peut avoir une vue distincte ; la perfection de structure et l’activité des nerfs optiques compensent largement le simple défaut de dimension. Il en est de même du cerveau ; une de ses parties peut être développée à un point anormal, et cependant la faculté peut en être émoussée par défaut de puissance et d’activité ou par imperfection de structure organique. L’inverse peut se produire. Un petit développement accompagné de grande activité peut rendre la fonction prédominante. C’est faute de ces connaissances particulières que la phrénologie sera toujours imparfaite, étant même admis que les localisations soient correctement définies et établies. Toutefois, le fait de reconnaître les points où, en agissant d’une certaine façon, nous pouvons mettre en activité des associations physiques et mentales, sympathiques et particulières, tandis que nous maintenons les autres facultés à l’état de repos, me paraît un progrès d’importance beaucoup plus grande, et un objet d’étude bien plus curieux que tous les autres points proclamés par les phrénologistes. Ces notions sont aussi beaucoup plus pratiques. Les phrénologistes pourraient tout au plus prétendre indiquer les tendances naturelles de l’individu, et conseiller un cer-
DE l’hypnotisme
tain plan d’éducation ; c’est ce que l’on a fait jusqu’ici indépendamment de la phrénologie, en surveillant les dispositions naturelles et les habitudes des différents sujets ; en encourageant et dirigeant leurs études dans une direction tracée; mais nous avons ici en plus le pouvoir de produire une impulsion bien nette dans une direction particulière quelconque. Il ne faut pas perdre de vue que cela ne compromet nullement nos premières méthodes d’instruction dans les sciences et la morale ; au contraire, il y aurait là un auxiliaire efficace. C’est donc le devoir de tout membre de la société d’étudier ce sujet, et de s’occuper de déterminer jusqu’à quel point il est généralement pratique. A plus forte raison, est-ce le devoir du médecin, car dans le cas où l’expérience se prononcerait pour l’affirmative, on se servirait probablement de notre procédé dans le traitement des maladies, et cela de la façon la plus rationnelle en opérant localement sur les points cutanés désignés comme centres des modifications morbides. Ainsi, l’on pourrait appliquer des sangsues, des sédatifs aux points correspondants au siège de l’irritation, avec l’espoir légitime de réussir; si cette méthode n’est pas efficace, nous pouvons être à peu près certains du succès à l’aide de l’hypnotisme, qui excitera les facultés de l’organe déprimé, et tranquillisera l’organe opposé excité. De cette faç on, l’hypnotisme se montrera, sans aucun doute, d’un avantage incalculable dans le traitement de nombreux cas d’aliénation mentale et d’affections nerveuses qui conduisent si fréquemment à ce dernier état.
On pourra formuler une objection et alléguer que le cuir chevelu, où un grand nombre, peut-être la plupart de ces démonstrations ont été obtenues, n’est pas très sensible ; qu’il n’est pas abondamment pourvu de nerfs sensitifs ; que ces derniers proviennent tous de la cinquième paire, et qu ils ne passent point directement du crâne aux parties sous-jacentes du cerveau; n’importe; les branches terminales peuvent avoir une influence spéciale sur les points en question, malgré les circuits qu’elles suivent pour aboutir