COMMENT LES PASSIONS SONT EXCITÉES
aces points. Qu’il me soit permis de répondre: nous sommes loin d’être suffisamment renseignés sur les lois et la distribution du système nerveux ; nous ne pouvons encore prescrire aucune règle q uant à la façon dont il devrait agir. Qui ignore encore que jusqu’à la découverte de notre illustre compatriote sir Charles Bell, on admettait que le même nerf donn ait à la fois et la sensation et le mouvement. Quand il déclara que la vraie explication de ce double rôle était dans l’existence de doubles racines, son affirmation ne fut-elle pas dédaignée pendant longtemps? Enfin, quand elle fut reconnue exacte, n’essaya-t-on point de dérober à sir Charles Bell l’honneur de sa découverte.
Il y a lieu de conclure que l’on trouvera enfin la distribution des nerfs du cuir chevelu beaucoup plus compliquée quelle ne nous paraît aujourd’hui.
Je vais maintenant exposer mes vues quant au mode d’association des différentes parties du cerveau avec les différentes parties du corps. Je me suis depuis longtemps rangé à l’opinion des physiologistes; selon eux, la vis nervosa est quelque chose circulant dans des tubes; les tubes nerveux primitifs ne s’anastomosent pas, mais cheminent parallèlement les uns aux autres, demeurant distincts et isolés pendant toute la durée de leur parcours ; par conséquent « l’extrémité cérébrale de chaque fibre est en communication avec l’extrémité périphérique d’une seule fibre nerveuse, et cette extrémité périphérique ne se trouve elle-même en communication qu’avec un seul point du cerveau ou de la moelle épinière : de sorte que les nombreux millions de fibres primitives distribuées à la périphérie du corps se trouvent représentées dans le cerveau. La sensation, à un point isolé, dépend évidemment de l’impression portée par une fibre isolée à un seul point du sensorium » (Millier). C’est par la même cause que nous pouvons régulariser les mouvements simples ou complexes de membres différents.
D’après toutes ces considérations, et d’après l’analogie qui nous montre des organes séparés, appropriés à des
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fonctions distinctes, il semble naturel de supposer que des parties différentes du cerveau peuvent avoir des fonctions spéciales relatives à l’esprit et à la matière ; quand ces parties sont excitées assez fortement, les manifestations deviennent plus nettes, et vice versa.
Nous le savons par expérience ; les différentes passions et émotions peuvent être excitées par l’intermédiaire de l’ouïe, sous l’influence de la musique ou de la parole, par l’intermédiaire des yeux, en matière de peinture et de sculpture, ou bien encore, quoique à un degré moins étendu et moins efficace, par l’intermédiaire des sensations ordinaires, et il me semble assez probable à priori, que ces phénomènes peuvent s’exécuter avec une intensité beaucoup plus élevée, si nous arrivons à découvrir comment il faut s’y prendre pour exciter certaines portions du cerveau. Si chaque point du corps innervé par une fibre nerveuse primitive a son point correspondant dans le cerveau, il est clair qu’en titillant chaque point périphérique, nous exciterons le point central correspondant; et, d’après ce que l’on verra détaillé dans les expériences, il paraît fortement probable que les parties respectives du . cerveau correspondant à toutes les parties du corps, peuvent être mises en action par l’intermédiaire de certains points sympathiques de la tête et du cou ; dans ce cas, nous pouvons aussi provoquer la totalité de ces actions mentales et musculaires, associées à chaque portion du cerveau.
Dans ce cas encore, la supposition de Smellie serait entièrement réalisée chez l’homme. Il s’exprime ainsi : — « Je peux concevoir un être supérieur, connaissant tellement bien la structure corporelle, assez entendu dans les relations et dépendances mutuelles qui existent entre notre intelligence et nos organes sensitifs, pour provoquer dans l’esprit, en titillant de diverses manières et dans divers sens des groupes particuliers de nerfs, des branches particulières d’un seul nerf, les idées qu’il voudrait. Je peux aussi concevoir la possibilité de suggérer une idée
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particulière quelconque, ou un courant d’idées, en affectant les nerfs de la même manière que ces idées les affectent quand elles sont excitées par une autre cause quelconque. » Cette espérance me semble aujourd’hui en grande mesure réalisée par certains modes de manipulation pendant l’hypnotisme, et je vais maintenant en décrire quelques exemples.
Mon premier essai dans l’excitation des phénomènes phréno-hypnotiques eut lieu au mois d’avril 1842, dans la salle des séances à Liverpool, mais je ne réussis pas. Je fis de nouvelles expériences en petit comité ; j’endormis des sujets par le contact aussi bien que par ma méthode habituelle,' mais toujours sans réussir. Je désirais fort pratiquer l’essai sérieusement et fis demander àM.Brookes, par la gracieuse intercession du D'' Birt Davies de Birmingham, de vouloir bien m’indiquer le mode qu’il avait employé avec tant de succès ; ce me fut communiqué avec la plus grande courtoisie par ces deux personnes. Je fis donc l’essai de cette manière sur plusieurs patients, avec mon procédé habituel ainsi qu’avec celui des magnétiseurs, mais toujours sans succès. Je perdis.l’espoir de réussir; et j’abandonnai l’entreprise, supposant que les cas qui avaient réussi chez les autres devaient avoir été des lusus naturæ ; ou bien que les opérateurs s’étaient déçus eux-mêmes ; les patients ayant répondu comme ils l’avaient fait et donné naissance aux manifestations d’après la nature des questions qu’on leur avait posées tout d’abord, puis qu’ils s’étaient rappelé plus tard ce qui s’était passé, et avaient encore répondu comme aux premières fois ; ce fait était possible, bien qu’on eût admis que, comme les somnambules naturels, ils ne se rappelaient rien pendant la veille de ce qui s’était passé pendant leur sommeil.
En décembre dernier, après avoir lu un compte-rendu de deux conférences faites par M. Spencer T. Hall sur ce sujet, à Sheffield, j’essayai de nouveau, et, chose remarquable, le premier sujet sur lequel j’opérai de cette façon montra plusieurs des manifestations. Mais je rapportai
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les résultats à une cause totalement différente de celle qui était reconnue par M, Hall et par les autres magnétiseurs. Je conclus qu’ils provenaient de différences dans le degré de sensibilité des diverses parties des téguments, transmettant des sensations qui variaient relativement, quoique produites par des impressions semblables ; ces sensations éveillaient donc différentes idées dans l’esprit, évoquant ainsi de vieilles associations ; puis, quand elles se reproduisaient de nouveau, les mêmes idées se présentaient encore à l’esprit. Ce fait est, à mes yeux, très probable et j’incline peu à croire à l’influence de l’opérateur sur le cerveau de l’opéré, directement à travers le crâne. J’essayai d’en faire la preuve en exerçant une pression sur des parties ne recouvrant pas directement de substance cérébrale; le résultat confirma mon attente. Ainsi la pression sur l'apophyse mastoïde, sur les os du nez, sur le menton était chaque fois suivie d’une manifestation particulière, tout comme la pression sur les différentes parties du crâne était suivie d’autres manifestations. Je pus bientôt m’assurer que les mêmes points du crâne ainsi irrités n’excitaient pas les mêmes idées ou les mêmes émotions dans l’esprit de différents patients, ce qui aurait dû cependant se produire, conformément aux opinions des phrénologistes les plus ardents. -J’ai depuis découvert la cause de ce fait, c’était pour n'avoir pas opéré dans la phase convenable de l’état hypnotique.
Je vais maintenant citer quelques exemples. Sur un sujet, après quelques minutes d’hypnotisme, une légère pression sur les os du nez fut suivie immédiatement d’éclats de rire immodérés, qui cessèrent en même temps que le contact. La soudaineté de ces transitions, surtout du rire immodéré à la gravité extrême et au vague d’expression propre a l’hypnotisme, était des plus curieuses et presque incroyable. Supposons que notre patiente chante un air grave et monotone sur lequel elle module les mots les plus solennels ; aussitôt qu’on lui touchait le nez de la façon indiquée, elle ne pouvait s’empêcher de rire aux éclats, mais elle réprenait
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son chant avec la plus grande gravité dès que le contact cessait. La friction ou le pincement de la peau à ce même point ne produisait aucun effet. Si la pression était appliquée au menton de la patiente, il y avait un arrêt immédiat de la respiration, avec soupirs et sanglots, qui ne duraient qu’avec le contact. En touchant à la fois le nez et le menton, on produisait le mélange le plus curieux du rire et des pleurs, qui alternaient à l’envi, comme cela se voit souvent dans les attaques d’hystérie. L’un et l’autre cessaient en même temps que le contact. La friction ou le pincement de la peau du menton ne produisait pas ces phénomènes. En un mot, aucune des parties éprouvées ne paraissait pouvoir être excitée par la friction ou le pincement des téguments, à l’exception de la circonférence des orbites, où la friction produisait des spectres, quoique moins parfaitement que la pression sur l’os. Chez cette patiente, la pression au-dessus du point où les phrénologistes placent l’organe du «emjos produisait toujours le désir « d’écrire » à sa mère ou à son frère ; la pression au-dessus de l’organe du son produisait le désir « de chanter » ; la pression entre ce dernier organe et celui de la répartie, le désir « d’avoir du jugement » ; sur le point séparant l’organe de répartie de l’organe de la causalité, le désir « d’être Âne » ; sur l’organe de la causalité, « d’avoir des connaissances.» ; au centre du front, le désir « d’avoir une certaine somme d’instruction » ; au-dessous de ce dernier point, sur ce que les phrénologistes appellent Torgane de l’éventualité, le désir « d’être habile » ; les points de la tête occupés parla vénération et la bienveillance se trouvaient quelquefois indiqués par le désir « d’être vertueuse » ou « d’être honorable » ; le plus souvent quand le point recouvrant la bienveillance était touché, le désir était « d’être honorable »; quandc’était l’autre point,« d’être vertueuse»; quand les deux points étaient touchés en même temps, elle voulait « être honorable et vertueuse, » et la même réponse avait lieu quand, avec ces deux points, on touchait en plus le n“ 1 ou Vamativité. Quand on touchait ce der- Bh.ud. ®
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nier seul, la réponse était toujours « d’être louée »; quand on approchait de l’apophyse mastoïde, une placidité remarquable, une expression de joie se répandait sur la physionomie, et la réponse était « de se complaire, » ce que la patiente, pendant l’hypnotisme, définissait,» d’être polie », mais dont elle ne pouvait donner aucune explication quand elle était réveillée. En touchant la combativité, la sérénité de la physionomie fit rapidement place à l’expression contraire ; mais, en portant la pression juste audessus des oreilles, la physionomie devint très féroce, la respiration se trouvant gênée presque jusqu’à suffocation, la face congestionnée, avec grincement des dents ; puis quand les bras n’étaient pas rigides, la patiente faisait les efforts les plus vigoureux pour frapper tous ceux qu’elle pouvait atteindre ; plusieurs assistants en conservèrent de cuisants souvenirs, et ils peuvent en témoigner. La pression exercée à la racine du nez semblait provoquer dans l’esprit l’idée de formes, de figures et de couleurs variées, plus oumoins'vives, selon le point précis touché, mais ces idées pouvaient être excitées par la pression des téguments au bord inférieur aussi bien qu’au bord supérieur de l’orbite, avec cette différence, toutefois, que les objets vus ou plutôt les spectres évoqués étaient généralement d’un caractère affreux, tandis que quand on opérait sur le bord swpérieur ils étaient au contraire d’aspect brillant et gai. Ilfaut observer que l’on eut soin, dans toutes ces expériences, de ne pas presser contre le globe oculaire. Jusque-là les phénomènes étaient assez uniformes chez cette patiente, les réponses étant généralement les mêmes quand l'impression était produite exactement de la même maniéré sur les mêmes points, et dans les mêmes conditions à tous autres égards. Ainsi la dernière fois que j’expérimentai sur le même sujet, je revins sur les mêmes points quatre fois, avec des variations à peine sensibles dans les réponses ; plusieurs personnes peuvent témoigner de ce fait. Les expériences furent répétées deux ou trois fois dans la même soirée avec des résultats semblables. Cette même patiente
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avait été opérée le jour précédent devant plusieurs médecins et savants ; les réponses avaient varié à cette occasion.
La cause de cette variation dans les résultats pouvait être due à la pluralité des interrogateurs , ainsi qu’au degré et au mode de pression. Assurément la patiente ne savait rien de la phrénologie, et ne se rappelait nullement les paroles qu’elle avait prononcées et les actes quelle avait accomplis pendant les opérations.
IP Observation. Chez ce sujet, la friction excitait les manifestations tandis que la pression restait sans effets. Les frictions sur les os du nez provoquaient le penchant pour « quelque chose à sentir », du vinaigre aromatique ou de l’eau de Cologne ; les frictions sur le menton provoquaient le désir de manger; sur le tendon du muscle orbiculaire, une disposition légère au rire ; tout près de la racine du nez, les frictions provoquaient des spectres, et autour de l’orbite, des spectres encore, mais variant dans leurs formes, leurs couleurs et leurs combinaisons selon le degré de pression et de friction; au-dessus de l’organe du son, le sujet voulait « chanter » ; à la partie postérieure et inférieure de la tête, le sujet se déclarait « heureux et dispos » ; au-dessus de la combativité et de la destructivité, il devenait querelleur dans ses paroles, ses regards et ses actions. Les autres parties que l’on mit à l’essai chez ce sujet donnèrent des résultats moins nets.
III® Observation. Chez cette patiente, la friction sur l’organe du son excitait le désir « de valser » ; si l’on opérait sur l’organe de la répartie,elle voulait « marcher »; elle demandait « à chanter » quand la vénération était le point touché. Quand on frottait le pourtour des cavités de l’orbite, elle voyait des spectres. Ces phénomènes ne correspondaient pas aux cartes phrénologiques, ni aux phénomènes qui s’étaient montrés dans les autres cas, mais les réponses étaient toujours les mêmes quand les mêmes points étaient touchés.
IY° Observation. Quand on demandait à la patiente ce
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qu’elle voulait, après des manipulations semblables à celles des cas précédents, elle répondait invariablement « rien du tout, » cependant quand elle fut touchée sur la partie la plus sensible du crâne, sa réponse fut alors « des sangsues à la tête ».
V® Observation. Présente beaucoup d’analogie avec la précédente.
Les observations que je viens de rapporter sont bien faites pour confirmer ma thèse ; la différence des résultats tiendrait à la différence du degré de sensibilité dans les téguments,, degré qui explique la différence des idées provoquées dans l’esprit, à la suite d’une pression égale en qualité et en intensité exercée tour à tour sur les divers points tégumentaires. Sans aucun doute, le point sous lequel les phrénologistes ont placé « la combativité et la destructivité» est le plus sensible de tous les points du crâne ; son irritation est toujours suivie de douleur, et, naturellement, les sujets résistent et essaient de se soustraire à la cause blessante ; il en est de même des autres selon leur impressionnabilité propre.
Les lignes qui précèdent étaient déjà écrites et sous presse, lorsque le cas suivant me fut signalé: — On me raconta qu’une enfant, âgée de cinq ans et demi, présente aux expériences de l’observation P®, avait proposé le ■même soir d’opérer sur sa nourrice. Cette dernière avait consenti à amuser la petite fille, ne supposant pas qu’un effet quelconque pût avoir lieu. Il paraîtrait cependant que la nourrice avait fermé rapidement les yeux. L’enfant, imitant ce qu’elle m’avait vu faire, lui plaça un doigt sur le front en lui demandant ce qu’elle aimerait faire ; '« danser » , répondit la patiente ; un nouveau point étant essayé, la réponse fut « chanter » ; puis les deux chantèrent ensemble, après quoi la jeune expérimentatrice réveilla son sujet comme elle m’avait vu faire.
J’eus la curiosité, le jour suivant, de m’assurer du fait et de rechercher s’il n’y avait pas eu quelque erreur; l’enfant et la nourrice étaient seuls, et on ne s’appuyait