‹ Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux ou hypnotismeChapitre 46 sur 92 · EXPÉRIENCE INTÉRESSANTE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE INTÉRESSANTE

que les personnes présentes n’était à même de découvrir une erreur ou une supercherie, nul mieux que M. Foster, M. Brandt, M. Lloya, avocats, M. Langton, M. Bagshaw, M. Schwabe, et d’autres personnes encore.

Miss W..., personne très intelligente, qui ne savait rien de la phrénologie, et qui n’avait jamais vu une expérience phréno -hypnotique, se soumit aux épreuves. Sous l’influence de « la hienveillance » elle se montra très inquiète, et quand on lui demanda à quoi elle pensait, elle répondit que c’était à un pauvre artisan qui avait perdu sa scie et son marteau, qui n’avait pas d’argent pour en acheter d’autres et dont les enfants mourraient de faim. Sous l’influence de « la vénération et de l’idéalité », elle voulut mourir, aller au ciel ; sous « la combativité », elle parut d’abord fort en colère, puis se leva et renversa d’un coup le Chandelier. « La destructivité » étant excitée (après que plusieurs organes eurent été stimulés), elle montra lé poing, puis se levant, elle parut furieuse, sauta d’une extrémité de la chambre à l’autre, le bras étendu, comme pour faire des armes, et saisissant la main d’une jeune personne à sa portée, elle la lui laboura de ses ongles.

M. Walker, âgé de 22 ans, étant hypnotisé, ne montra d’abord pas de symptômes de susceptibilité pendant un certain laps de temps; enfin, les phénomènes se produisirent chez lui d’une fâçon absolument parfaite ; la bienveillance, la vénération, la fermeté, l’amour-propre, la combativité, la destructivité, l’acquisivité, la prudence d’un côté et la destructivité de l’autre, l’éventualité, l’odorat, les formes, les couleurs, les nombres, l’idéalité, etc., tout fut essayé et réussit à merveille. Ce sujet avait vu des bustes phrénologiques et avait assisté à des expériences phrénohypnotiques, mais à l’exception de deux ou trois organes, il aurait été embarrassé d’en indiquer exactement un quelconque à l’état de veille. Il ne se rappelait rien de ce qui s’était passé.

Je voulais m’assurer s’il ne se rappelait pas mieux les organes pendant l’hypnotisme qu’à l’état de veille, et si

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celle connaissance n’était pas alors la cause de la perfection de ses manifestations ; j’essayai l’expéiâence suivante. J’avais fait part de mes intentions aux amis qui devaient assister à l’épreuve, mais le patient les ignorait entièrement. Il n’avait jamais vu ni entendu parler d’expérience semblable. Quand je le crus dans les conditions voulues, je le priai de placer la pointe du doigt sur différents organes, mais, chose remarquable, il se trompa chaque fois, même par rapport à ceux qu’il connaissait éveillé. Un autre fait intéressant se produisit encore ; tandis que son esprit était dirigé vers l’organe que je nommais, la vraie manifestation du point touché eut lieu chaque fois. Ainsi, comme je lui demandais de me montrer « l’idéalité », il plaça son doigt -sur « la .vénération », et manifesta immédiatement ce dernier sentiment. Je lui demandai à quoi il pensait? « Je n’ai pas été à l’église hier. » Qu’est-ce que cela fait? « J’ai eu tort. » Quand il pressa accidentellement sur la « bienveillance », ce sentiment fut manifesté ; il en fut de même pour la « fermeté »,■ pour « l’amourpropre ». Il présentait des symptômes de malaise, je lui demandai ce qu’il avait : « Quelque chose me fait mal à la tête » , répondit-il ; en effet son bras était devenu cataleptiforme, et le bout de ses doigts appuyait si fortement contre le cuir chevelu, qu’il s’en plaignait, mais sans reconnaître la cause du mal. Sa main étant restée sur la philogéniture, il commença à se balancer sur sa chaise, comme s’il berçait un bébé, et ses mouvements devenant de plus en plus marqués, je crus devoir l’arrêter et retirer sa main. Cependant, le bras et le cou étaient devenus si rigides et si fortement immobilisés, que seule la force mécanique ne pouvait les séparer ; un souffle sur ces parties les ramena à l’état normal et la manifestation particulière prit fin. Chaque point qu’il pressa montra de même les manifestations propre à l’organe comprimé. J’en suis certain, ce sujet agit avec la plus grande franchise, et d ailleurs il n’était au pouvoir de personne de le faire agir autrement.

expérience intéressante

Un autre fait intéressant se rattache à cette observation : s’étant hypnotisé lui-même, il excita les différentes manifestations de la même manière ; puis, à ma prière, s’étant frotté les yeux, il sortit-par lui-même de l’état hypnotique. J’ai essayé des expériences semblables avec d’autres sujets, et, à l’exception de deux qui indiquèrent chacun un des organes, je n’en pus trouver qui fussent à même d’indiquer exactement les organes demandés; mais, chaque fois, l’organe touché, quel qu’il fût, donna sa manifestation propre. Aucun de ces sujets ne se rappelait ce qui s’était passé. Nous avons donc ici une preuve bien sensible de ce fait : tous les phénomènes de Uhypnotisme, l’excitation des manifestations phrénologiques et le retour à l’état normal, peuvent s’accomplir par l’intermédiaire d’actes personnels du sujet lui-même ; la seule influence nécessaire pour l’exciter aux mouvements indispensables pourrait être transmise par un automate.

Il y a quelques jours, une patiente qui ne sait pas de langues étrangères répéta, sous l’excitation 'de l’imitation et de l’organe de la musique, les mots et la musique de chansons italiennes, françaises et allemandes ; elle n’avait jamais entendu ces chansons avant quelles ne fussent jouées et chantées par la femme d’un avocat éminent, qui était lui-même présent et qui peut témoigner avec le révérend M. P..., et sa femme, de la grande fidélité de son imitation. Telle est la puissance de l’hypnotisme.

A part les vingt-cinq cas rapportés brièvement ici, j’ai eu de nombreux sujets qui ont produit les phénomènes avec la même netteté, et à la simple excitation, par le contact,des points sympathiques. Si je dois m’en rapporter à la véracité de mes sens, m quoi que ce soit, je ne vois pas comment je puis douter des relations existant entre certains points du crâne et les manifestations mentales que 1 on provoque en agissant sur eux pendant l’hypnotisme.

y a, je crois, peu de phénomènes physiologiques que l’on puisse démontrer aussi clairement, surtout dans les premières phases de l’étude. Si je ne considérais de plus am-

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pies recherches comme une perte inutile de temps, après le nombre d’observations si concluantes qui ont été insti-, tuées par d’autres expérimentateurs et par moi-même, ici et ailleurs, je pourrais bientôt, assurément, élever le nombre de mes observations personnelles à un chiffre illimité.

On peut s’attendre, avec tout expérimentateur intelligent et sincère, au résultat qu’obtint M. Ebbage, habile chirurgien de Leamington. C’était un sceptique endurci, et le langage énergique par lequel il exprimait ses opinions avait même à de nombreuses reprises froissé plusieurs de nos amis. Cependant, lors de notre premièi-e rencontre, pendant une visite qu’il fit récemment à Manchester, je le convertis, en offrant de lui faire voir tous les phénomènes sur sa propre femme qui n’avait jamais subi ni essayé d’opération semblable. Elle fut rapidement hypnotisée et donna plusieurs manifestations phrénologiques très nettes. On fit venir ensuite dans la chambre une servante de la famille, qui n’avait jamais vu d’opération et ne savait ce qui allait se passer. Elle aussi fut rapidement hypnotisée et donna plusieurs manifestations phrénologiques très nettes. M. Ebbage se trouva forcé d’admettre qu’un scepticisme rationnel ne pouvait résister à une évidence si concluante ; et ayant vu, chez moi, un ou deux autres cas de sujets très susceptibles, ayant reçu en même temps l’instruction nécessaire pour opérer lui-même, il promit de continuer cette étude de retour chez lui.

Dans une lettre du 1®' mai 1843, il m’écrit qu’il a essayé les expériences chez plusieurs personnes ; qu’avec les unes il ne put réussir, tandis qu’avec les autres « un état desommeil complet et d’inconscience se produisait dans l’espace de deux à dix minutes. Dans le cas d’une dame qui n’avait jamais rien vu de semblable, et qui n’avait même jamais entendu parler d’hypnotisme isolé ou combiné avec la phrénologie, il se produisit les effets les plus sensibles, analogues à ceux que j’avais vus chez vous ». 11 fait encore les remarques judicieuses qui suivent : « 11 fs-ut dire que les développements particuliers occasionnés sous

SUCCÈS DE M, EBBAGE

l’influence de ce sommeil, si on les observe et si on les analyse de près, doivent ouvrir à l’esprit de tout penseur un vaste champ de spéculation, à l’égard des moyens vraiment mystérieux qui peuvent produire de telles sensations et de tels sentiments. »

Voilà un bon exemple offert aux sceptiques endurcis mais honnêtes. M. Ebbage n’avait eu que deux entrevues avec moi ; si quelqu’un devait réussir moins facilement dans ses essais, il lui faudrait s’enquérir si son insuccès ne doit pas être attribué à un procédé maladroit ou insuffisant, plutôt qu’à l’inefficacité de la méthode que nous recommandons.

Quant à ceux qui ne veulent pas croire au témoignage d’autrui sans constater les expériences par eux-mêmes et sur de nouveaux patients, qu’il me soit permis de leur faire remarquer que le meilleur plan qu’ils pourraient suivre serait d’essayer des patients de bonne foi eux-mêmes ; ils seront bientôt convaincus ; mais qu’ils aient soin de les essayer flM moment, sans cela ils pourront échouer, comme cela m’est arrivé à moi-même tout d’abord.

Voici la manière d’opérer : — Mettez le patient dans l’état d’hypnotisme de la façon habituelle, étendez ses bras pendant une minute ou deux, puis replacez-les doucement sur ses genoux, et laissez-le dans le repos absolu pendant quelques minutes. Placez alors la pointe d’un ou de deux doigts sur le centre de l’un des organes les mieux développés, et appuyez très doucement ; s’il ne se produit pas de changements dans la physionomie ou de mouvements du corps, frictionnez légèrement ; puis demandez au sujet d’une voix douce à quoi il pense, ce qu’il aimerait, ce qu’il voudrait faire, ou ce qu’il voit, selon la fonction de l’organe que vous mettez à l’épreuve ; réitérez les questions, la pression, le contact, ou la friction de l’organe, jusqu’à ce que vous obteniez fine réponse. Si le sujet est très apathique, une légère pression sur les globes oculaires peut être nécessaire pour le faire parler'. Si la peau est trop sensible, il peut s’éveiller ; dans ce cas il faut essayer de

DE l’hYI’NOTISME

nouveau, attendant un peu plus longtemps ; s’il est trop apathique, essayez encore, en commençant les manipula, tions plutôt.

Il faut recommencer les opérations à de nombreuses reprises avec le même sujet, en variant le moment du début des manipulations, car il est impossible de connaître à priori le moment précis où il faudrait commencer ; un grand nombre des cas les plus probants n’ont réussi qu’en partie ou ont échoué complètement à la première ou à la seconde épreuve. Quand l’instant est déterminé, il est plus facile de provoquer de nouvelles manifestations, et les faits deviennent de plus en plus évidents au fur et à mesure des épreuves.

Tous les assistants doivent éviter soigneusement de chuchoter ou de parler, afin de laisser la nature se manifester librement et à sa manière ; alors celle-ci subit l’influence unique du stimulus transmis par l’intermédiaire des nerfs du toucher excitant l’action musculaire automatique. Nous savons tous que, pendant le sommeil, on échange inconsciemment une position gênante contre une position agréable. C’est une sorte d’action instinctive, et, comme je l’ai déjà expliqué, il est probable qu’en provoquant ainsi dans certains muscles l’action qu’ils ont coutume d’accomplir spontanément pour manifester une émotion donnée, ils peuvent, par acte réflexe, exciter la portion du cerveau dont l’activité est ordinairement cause de cette même action. Il y aurait, dans ce cas, une sorte de réciprocité du procédé ordinaire, et ce qui est habituellement l’objet de l’excitation cérébrale et mentale en deviendrait la cause. L’hypothèse suivante me fera mieux comprendre. Le fait de mettre dans la main une plume ou un crayon pourra provoquer l’idée d’écrire ou de dessiner ; l’excitation des muscles gastrocnémiens, qui nous soulèvent sur les orteils, inspire l’idée de danser, sans aucune suggestion que celle qui provient de l’attitude et de l’activité des muscles naturellement et nécessairement mis en jeu dans l’exercice de ces fonctions. Je doute fort que la stimulation des muscles

lÆANIÈRE d’opérer

(Je la jambe excite le désir d’écrire, ou que le fait déplacer plume ou crayon dans la main donne envie de danser, à moins de connivence à ce sujet. C’est, je suppose, en vertu du même principe que, pendant la période des rêvés de l’hypnotisme, en stimulant le muscle sterno-mastoïdien et produisant ainsi une inclination de la tête, on amène l’idée d’amitié et de poignées de mains à se développer dans l’esprit; quand le muscle trapèze est excité en même temps, l’inclination latérale plus évidente de la tête manifeste un attachement plus grand, c’est-à-dire « l’adhésivité ». La philogéniture, mettant en action les muscles droits et le muscle occipito-frontal, suggère le bercement, et par conséquent l’idée de tenir un enfant, etc. ; la pression sur le sommet du crâne, mettant en action tous les muscles nécessaires pour maintenir le corps dans la position droite, excite l’idée d’une fermeté inébranlable ; la vénération et la bienveillance produisant la tendance à se baisser et à supprimer la respiration, créent ainsi les sentiments correspondants. Sous l’excitation des muscles de la mastication, l’idée de manger et de boire se manifeste ; le même effet peut provenir de la pression entre le menton et la lèvre inférieure, qui excite en premier lieu un flux de salive suivi de mouvements de la langue et de la mâchoire, avec disposition à avaler. De la même manière, une légère pression sur le bout du nez, en provoquant des inspirations crée le désir de quelque chose à sentir ; si le point de contact se trouve à la joue, sous la cavité orbitaire et audessus du point d’émergence de la branche sous-orbitaire de la cinquième paire, la respiration se trouve oppressée et les émotions tristes sont éveillées ; tandis ({u au-dessus de l’orbite, où l’on stimule la branche sus-orbitaire de la même paire, des manifestations inverses ont lieu généralement.

Les personnes familiarisées avec les expériences du professeur Weber savent que ces points diffèrent tous quant à leur degré de sensibilité. Il est à noter que le point marqué « éventualité » (j’ai des raisons de croire que c’est le

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siège principal de la mémoire), se trouve au centre du front, une des parties les plus sensibles de la peau du crâne, et où la pression excite nécessairement les points correspondants dans les deux hémisphères cérébraux à la fois.

Cette découverte semble êtçe moins étonnante que certaines autres découvertes récemment accomplies dans d’autres domaines des sciences physiques. Qui aurait cru, par exemple, jusqu’à preuve péremptoire, qu’en regardant dans une chambre obscure pendant quelques minutes, ou même quelques secondes, on imprimerait son portrait fidèle et indélébile sur une plaque de métal? Qui aurait accepté la découverte plus récente encore du professeur Moser, relative à l’accomplissement dans l’obscurité des phénomènes, objets de son étude.

Je conclurai cet article en citant le D'' Abercrombie, à l’égard de la valeur du témoignage : « Nous n’obtenons, dit-il, qu’une très petite portion de notre connaissance des choses extérieures, à l’aide de nos propres sens ; la majeure partie de notre savoir nous est transmise par d’autres, et nous acceptons ce savoir sur la foi du témoignage, La crédulité extrême est le propre d’un esprit faible, qui ne pense ni ne raisonne jamais ; mais le scepticisme extrême estle propre d’un esprit qui raisonne sur des

données imparfaites, ouqui fait de ses propres connaissances et de l’étendue de son observation le guide et le critérium des probabilités. » On the intellectual powers, pp. 71, 72.

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