DIFFICULTÉS DES RECHERCHES
le suivre dans tous ses développements. Comment alors peut-on s’attendre à réussir dans cette étude, si on la poursuit avec un esprit aveuglé par des préjugés tenaces^ ?
I. On trouverait difficilement une preuve de l’influence du préjugé sur les intelligences les plus solides et de l’obstacle qu’il oppose à des recherches impartiales, plus convaincante que celle qu’on rencontra à la dernière réunion de la Société médico-chirurgicale de Londres lors du débat qui suivit la lecture de l’observation lue par M, Ward et relative à une amputation de la jambe pendant le sommeil mesmérique. N’étant pas moi-môme un magnétiseur, et ne connaissant individuellement aucune des personnes dont il s'agit, toutes les remarques que je peux faire sont entièrement impartiales, sans passion, sans prévention. L’opération susdite devait avoir eu lieu dans un hôpital public, en présence de médecins et de gens du monde : Le patient n’aurait manifesté aucune douleur, autant qu’on en pouvait juger par sa physionomie, et il ne fit aucun mouvement des jambes ou du corps ; après l’opération il aurait déclaré qu’il n’avait ressenti aucune douleur, mais qu’il avait entendu « un grincement », que l’on supposa avoir été le bruit de la scie sur Los ; on reconnaît aussi qu’il s’était plaint pendant l’opération.
Comment fut accueilli le compte-rendu de ce cas? On se demanda d’abord si le sujet n’était pojntun homme de faible ou de nulle sensibilité en général, car on avait connu A'autres patients qui, à l’état de veille, étaient inaccessibles à la douleur. Mais, dans le cas actuel, n’a-t-on pas déclaré que le malade souffrait si cruellement de son genou, qu’il ne pouvait dormir, et que sa sanlé était tellement ébranlée par ces souffi'ances que l’amputation du membre en était devenue indispensable? N’a-t-on pas dit encore que sous Finfluence du mesmérisme, préliminaire de l’opération, ses douleurs de jambe avaient beaucoup diminué, que le sommeil était revenu, que sa santé s’était améliorée, et qu’il avait consenti à être opéré sous l’influence du mesmérisme ? Et, cependant, après qu’il eut été placé dans les conditions favorables à l’opération, le mouvement transmis à la jointure, en l’attirant sur le boid du lit, fut suivi de douleurs assez intenses pour le réveiller. Est-ce là une j)reuve d’insensibilité ?
On reconnaît aussi que, comme il a pense-t-on, le bruit de
l’instrument sciant Vos, il a dû sentir la section de la peau et des parties molles. On sait qu’il est impossible à une personne d'entendre et d’être en même temps dans un état à ne pas sentir des blessures faites aux membres dans le même moment. Il est bien connu, cependant, que les affections des troncs des nerfs de sensation, ou de la moelle épinière, peuvent occasionner un tel état, indépendamment d’une lésion quelconque du cerveau. Mais, dit-on, d’aulre part, s’il n’avait pas senti quand le nerf principal était irrité. Vautre jambe
DE l’hypnotisme
Quant aux causes directes des phénomènes, je crois que le meilleur plan à suivre dans l’état présent de nos connaissances à ce sujet est de continuer à accumuler les faits et leurs applications dans le traitement des maladies, et d’ajourner les théories jusqu’à ce que nous ayons des faits
aurait été convulsionnée. Ceci est presque une affirmation que le préopinant sait parfaitement toutes les lois connues ou à connaître du système nerveux, et dans toutes les conditions possibles ; c’est prendre une attitude téméraire et qui trouve difficilement grâce devant les personnes qui ont étudié le sujet, môme de la part de savants remarquables. D’autres considèrent que l’absence d’expression de la douleur était simple affaire de stoïcisme ; la conséquence à tirer des allégations de ces derniers est que le tout n’est que connivence et déception. S’il avait été ici question de connivence et de déception, aurait-on admis que le patient eût entendu le bruit de la section de l’os, ou qu’il se fût plaint pendant l’opération ? Le savant éditeur, je crois, d’un journal médical déclara qu’il devait croire enlaparole de ceux qui présentaient l’observation, mais avoua francheme. t que, quant à lui, « il ne croirait pas la chose, s'il l'avait vue lui-même » . Quand un homiïie a atteint ce degré de préjugé ^et d’incrédulité, inutile de lui présenter des expériences ou des arguments.
Qu’il me soit permis de demander à ces personnages s’ils n’ont jamais conçu la possibilité d’un patient, en proie depuis longtemps à de grandes douleurs, s’en plaindre par habitude mêfne dans les moments de répit que laisse parfois la souffrance ; ou bien encore sentant son mal et le manifestant par des signes évidents pendant lesommeil, en être absolument ihconscient quand il s’éveille ? Ne voyonsnous pas des résultats semblables à la suite d’accidents, dans le cours des maladies, ou comme effet de fortes doses de narcotiques ? Je suis certain que tel est le cas pendant le sommeil artificiel provoqué par les méthodes que j’ai indiquées dans ce traité. Je suis également certain que la sensibilité aux piqûres, au pincement, aux blessures du membre rigide a disparu quelque temps avant la disparition de l’ouïe. On peut même, sans le moindre inconvénient, insérer sous les paupières un morceau de papier qui s’y trouve retenu, sans provoquer de clignotement. En un mot, je suis certain qu’un patient peut avoir l’ouïe suffisamment sensible pour lui permettre de répondre aux questions, et pourtant être insensible au.x piqûres, au pincement, ou aux courants galvaniques passant par les bras : je suis certain aussi que, si même il se réveille suffisamment pour indiquer qu’il a ressenti ces souffrances, puis qu’il demeure ensuite en repos, au point de revenir à sou état de torpeur primitif, il peut avoir perdu tout souvenir de ces douleurs, une fois complètement réveillé.
D’après la circonstance que le patient aurait entendu le bruit de la
CRITIQUE d’un Débat 137
assez nombreux. Ma première opinion a été qu’une grande partie derexcitationetbonnombredesphénomènesdevaient être attribués à une altération dans l’état de la circulation cérébrale et spinale, et surtout à l’afflux du sang dans ces organes et dans tous les autres non comprimés parles muscles en rigidité; cet afflux me paraissait provenir de la
scie sur l’os, je crois que l’opération a été commencée fro;) tôt et j’incline à croire que les plaintes dont il s’agit se sont produites à la suite d'une sensation de douleur légère mais insuffisante pour réveiller le malade, ou pour l’impressionner au point de lui laisser un souvenir ultérieur.
Je conclus : Si, fort de la longue expérience que j’ai acquise de ces résultats analogues dans le cours de mes opérations neuro-hypnotiques, je puis présenter une opinion à cet égard, je n’hésite pas à exprimer mon entière conviction : M. Topham, M. Ward et le malade ont tous par é du cas et l’ont représenté avec la meilleure foi du monde.
Qu’il me soit permis de rappeler un souvenir à ceux qui veulent étouffer les investigations et qui croient que nous devrions nous en tenir à la décision de la commission française ; une commission du même corps savant fut nommée pour faire une étude, un rapport au sujet de la découverte de la circulation du sang par Harvey ; elle rejeta comme une erreur cette importante découverte ; cette sentence changea-t-elle les lois delà nature, empêcha-t-elle le triomphe définitif de notre immortel compatriote? Si l’on commettait une si lourde erreur au sujet de la circulation du sang, sujet plus apparent et d’une démonstration plus facile, n’est-il pas probable qu’on ait pu se tromper dans une décision relative aux lois et à la distribution de l’influx nerveux, sujet incomparablement plus abstrait et plus subtil ?
C’est un fait historique : H n’existait pas un médecin anglais ayant atteint l’âge de quarante ans, qui voulût croire à la découverte d’Har- . vey. Faut-il donc tant s'étonner que l’hypnotisme rencontre aujour. d’hui tant d’obstacles ?
Nous finirons ces remarques en rappelant que certains malades ont pu, dans certain cas, et par suite de causes naturelles inconnues, supporter de sérieuses opérations chirurgicales sans aucune sensation de douleur. Ce fait au lieu de militer contre l’état d’insensibilité du malade dont le membre fut amputé pendant le sommeil nerveux, tend directement à le confirmer; car si un état aussi remarquable peut exister par suite de circonstances accidentelles inconnues, il n’y a pas de raisons pour qu’une condition semblable ne soit pas provoquée par des moyens ai-tificiels.
DE l’hypnotisme
difficulté qu’éprouvait le fluide sanguin, pendant l’état cataleptiforme, à passer en proportion suffisante à travers les extrémités rigides. Je n’ai pas eu, jusqu’à présent, occasion de modifier cette opinion ; mais je suis porté à conclure que le système ganglionnaire ou système organique de nerfs est aussi stimulé très fortement par la même cause, et qu’ayant ainsi acquis une prédominance inusitée, il produit un grand nombre des phénomènes remarquables dont nous avons traité. Quiconque examine soigneusement l’injection de la conjonctive, la circulation capillaire de la tête, de la face et du cou, la distension des veines jugulaires, le rebondissement des artères carotides, et l’augmentation considérable dans la fréquence du pouls pendant l’état de rigidité des membres, ne peut pas manquer d’en conclure qu’il y a un afflux extraordinaire à la tête. Puis, quand on voit tous ces symptômes se modifier si rapidement dès que l’état cataleptiforme des membres a disparu, comment peut-on encore douter que la rigidité des membres et par conséquent l’obstruction à la libre circulation du sang qui les parcourt, ne soient la cause principale de cette congestion à la tête et aux autres parties du corps qui ne supportent point de pression directe des muscles rigides ^ ?
1. Au sujet de l’état cataleptiforme, je ferai les remarques suivantes, comm; simple conjecture, et dans l’espoir qu’elles pourront provoquer les recherches d’autres expérimentateurs.
La contraction ou le mouvement musculaire est volontaire ou involontaire. Les mouvements volontaires sont les résultats d’un ordre de l’esprit, provenant du cerveau, et effectuant la contraction ou le raccourcissement des fibres musculaires ; les mouvements involontaires ou réflexes sont la suite de l’irritation transmise h la moelle épinière, irritation qui produit un résultat semblable et qui peut être excités par le chatouillement, les piqûres, ou les pincements de la peau aux extrémités d’un animal décapité ou privé de sentiment, fi me paraît, cependant, que la tendance aux contractions musculaires et leur efficacité dépendent, en grande partie, d’une autre cause, c’està-dire, du degré de ton ou de tension des muscles pendant le repos ; et ce degré de ton dépend, je crois, du système nerveux organique ou ganglionnaire. Si nous supposons que, faute de cette manière d’être du