‹ Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux ou hypnotismeChapitre 81 sur 92 · PHÉNOMÈNES DE VEILLE · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES DE VEILLE

Chez- la plupart des patients, alors qu’ils persistent dans cet état -qui leur permet de se souvenir au réveil de tout ce qui a été dit et fait pendant le sommeil, il existe un certain degré de jugement et de volonté qui les met à même de discerner les impressions véritables des fausses et qui leur donne la force de résister à toute action déraisonnable. 11 est cependant des individus qui, même pendant cet état, sont fortement dominés et aveuglés par l’imagination, dont la crédulité et l'obéissance passive à la volonté d’autrui est considérable, à tel point qu’on peut les gouverner et les contrôler comme s’ils se trouvaient à l'état de dédoublement de la conscience dans lequel les patients prennent les insinuations successives d’autrui pour des faits positifs et agissent en conséquence ; il en est même en as^ez grand nombre, qui peuvent être ainsi influencés et contrôlés pendant la veille et en pleine conscience d’eux-mêmes. C’est chez ces derniers que les magnétiseur produisent les « phénomènes de veille », où l’on puise la preuve de l’existence d’une force spéciale mesmérique, émanant de la personne de l’opérateur, maîtrisant les forces intellectuelles etphj-siques du patient; ce sont des individus d’une telle nature que l’on exhiba publiquement en Amérique, en Angleterre, et autre part pour expliquer dix ans plus tard ce que l’on dénommait î’é’lectro-biologie. Mais j’avais montré dans mon travail The power of the mind over the body, publié en 1846, que ces effets se produisaient sous l’influence des suggestions chez certains patients; influence qui peut activer ou déprimer la fonction d’un organe quelconque des sens. L’impression suggérée s’est à tel point emparée de l’esprit du patient, que l’on peut sous son influence suspendre la fonction de la vue, le rendre aveugle devant un objet placé en face de lui, ou provoquer la pensée que cet objet est transformé en un autre, que sa forme, sa couleur, est changée ; les fictions de son imagination sont trop \ives pour que l’appel à la fonction ordinaire des yeux puisse les modifier. Les mêmes erreurs peuvent se produire pour

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tous les autres sens, car on a pu faire croire à des patients qu’ils entendaient de la musique quand il n’y en avait pas, et un instant après on les rendait sourds pour des sons' que tout le monde entendait distinctement. 11 en est de même pour l’odorat, le goût, le toucher ; la sensation est en rapport avec la suggestion, au lieu de l’être avec la réalité, comme cela devrait être à l’état normal, quand l’esprit de ces individus agit sans influence étrangère.

Ainsi que j’en ai fait la remarque depuis longtemps, ni Faction sur la volonté, ni la sympathie, ni l’imitation ne peuvent expliquer que les patients (comme des individus en bonne santé) aient des sensations insupportables de chaleur ou de froid ; que chez eux les organes de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût soient paralysés ou modifiés, de façon à leur faire percevoir des impressions autres que celles que les choses devraient produire ordinairement, n’étaient les suggestions de l’expérimentateur. On sait cependant qu’une image fortement imprimée, qu’une imagination vive sont capables de produire les impressions précitées, cas qui se présente dans la monomanie, dans

delirium tremens, l’alcoolisme, les narcoses produites par l’opium, par le haschisch, et autres causes analogues, ainsi que dans divers autres états pathologiques. Les impressions dans ces divers états peuvent se développer d’unefaçon violente, dès lors elles possèdent pour le patient toute la force de l’actualité ; ce dernier conserve bien, à un certain degré, la conscience de tout ce qui se passe autour de lui, mais il lui est impossible de s’affranchir de l’impression erronée qui le maîtrise. L’impression peut même le dominer de manière à le rendre indifférent à toute autre impression.

Pour provoquer chez les patients des images ou des impressions erronées, alors qu’ils ont les yeux ouverts et qu’ils semblent à l’état de veille ordinaire, il n’est pas de moyen plus efficace que d’exprimer à voix liante, impérieuse et convaincue, la pensée que l’on veut éveiller chez

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eux. Mais les patients qui se trouvent à un degré élevé de l’hypnotisation, surtout à la période du dédoublement delà conscience, peuvent être affectés de différentes façons, par exemple à la suite d’un simple changement dans l’intonation. On leur demande ce qu’ils voient, la réponse sera, peut-être, un mouton, un chien ou un oiseau.

(c De quelle couleur est-il ? » dit d’un ton gai ; ce ton peut amener comme réponse ; « Blanc ! » ou quelque autre couleur claire. Si l’on demande ensuite : « De quelle couleur est-il maintenant ? » en donnant une intonation triste au moi maintenant, «la réponse peut être alors «marron » ou « noir », selon la nuance de mélancolie que l'on applique au mot « maintenant*».

' Il en va de même pour la forme, la substance, le goût, l’odorat, le son, et cela, indifféremment, qu’ils’agissé d’une impression vraie ou supposée, communiquée par la parole ou par le chant. La question ou le mot « maintenant » appelle l’impression d’une nuance plus ou moins foncée de la couleur, une modification delà forme ou delà qualité, selon l’inflexion de la voix et le ton emphatique que l’on emploie. .

Yoici une autre façon de modifier l’impression première : supposons notre patient à genoux et pénétré de sentiment religieux ; on lui demande ce qu’il voit ; il répondra peutêtre : « Le ciel. » On lui plisse la peau du front, en la tirant en bas avec les doigts et le pouce, vers la racine du nez ; on n’a pas changé la voix, mais laréponse, accompagnée d’un frissonnement, sera peut-être alors : « L’enfer. » On peut répéter ces expériences et obtenir à volonté les mêmes résultats.

Le plissement de la peau à la région moyenne du front évoque des images tristes, quelle que soit l’impression maîtresse du mouvement, quel que soit l’organe en jeu. De même, le relèvement de la tête, le patient étant à genoux, amène à penser au ciel et à la lumière ; l’abaissement de la tête fait, au contraire, penser à l’enfer, aux ténèbres et aux choses tristes ; c’est ainsi que l’on peut

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provoquer et modifier à volonté des idées chez les individus « en possession ». On peut les conduire du grave au doux, du plaisant au sévère. Leur manière d'être se modifie, ils sentent, ils voient, comme si tout ce dontil est question était la réalité. Ils agissent, ils parlent sans le moindre signe de volonté personnelle, tandis qu’ils sont soumis à une volonté étrangère d’une manière si catégorique.

Comme nous l’avons dit, la position du corps influe notablement sur les émotions et les sensations pendant la période voulue de l’hypnotisme ; aussi, quelle que soit la passion que l’on veut exprimer par l’attitude du patient, quand les muscles nécessaires à cette expression sont mis en jeu, la passion elle-même éclaté tout d’un coup et l’organisation tout entière y i-épond. Le corps droit, la poitrine développée, les muscles extenseurs contractés, tout cela suggère le sentiment d’amour-propre, d’estime de soimême, de fermeté indomptable et d’orgueil. Dès que l’on diminue la contraction de ces muscles, que l’on donne au patient une attitude inclinée, avec la poitrine rentrée, l’expression des traits change d’une manière très manifeste, la voix et toute la manière d’être de l’individu exprime maintenant l’humilité, l’abaissement et la pitié.

Je vais entrer dans quelques détails au sujet de 1 augmentation et de la diminution des mouvements musculaires sous l’influence de la suggestion. Il s’agira ici de faits intéressants qui n’ont pas jusqu’ici attiré l’attention.

Les mouvements volontaires se produisent, parce que la volonté dirige l’influx nerveux ; les muscles qui doivent amener naturellement le mouvement projeté se mettent en jeu, tandis que leurs antagonistes demeurent passifs.

Dans les expériences ayant pour but de prouver la paralysie de la force musculaire au moyen d’impressions suggérées, la suggestion développe, pour les muscles qui doivent produire le mouvement désiré, une excil ation ner\euse plus forte que celle que le palient est en état de produire pour les groupes de muscles antagonistes. Les deux espèces de muscles sont donc mis énergiquement eri

INFLUENCE DES SUGGESTIONS

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action, mais comme l’impression suggérée esilaplus forte, les mouvements volontaires ne peuvent s’effectuer, malgré la force nerveuse considérable que le patient déploie, ce que l’on reconnaît à son rapide épuisement. Je fis saisir malgré lui une canne à un patient ; il ne pouvait plus la lâcher ; je dis alors à voix haute :

« Je vais la rendre si lourde qu’il lui sera impossible d’en supporter le poids ; » il entendit cette simple remar* que suggestive et c’en fut trop pour ses efforts musculaires énergiques, mais mal dirigés, il s’efforça en vain de soutenir ce fardeau imaginaire et le laissa enfin tomber à terre épuisé.

âprès l’expérience, le patient nous affirma qu’il avait fermement cru voir à chaque bout de la canne, et il montra l’endroit précis, un poids de cinquante livres, et qu’il avait senti le poids augmenter et enfin l’accabler. Il était évident que les efforts qu’il avait faits pour supporter le poids imaginaire, l’avaient fatigué, tout autant que s’il avait supporté un vrai fardeau. Cette sensation et son résultat sont assez communs dans le cauchemar pendant le sommeil ordinaire. L’effort et l’épuisement sont analogues dans les deux cas. D’un autre coté, l’effort que peut faire le patient, lorsque l’impression qu’on lui a suggérée et la ferme croyance qu’elle établit s’accordent avec son intention propre, est développé au point de lui permettre de soulever un poids qui lui serait trop lourd à l’état ordinaire. L’histoire nous offre des exemples de panique dans les armées, d’actes d’audace et de valeur, qui sont accomplis dans un moment d’enthousiasme, et qui, pour la plupart, rentrent dans le sujet ici traité.

Je vais présentement exposer mes vues au sujet de ce qu’on appelle les passes mesmériques. On distingue les passes avec contact, où les doigts de l’opérateur glissent doucement sur l’organe à affecter, et les passes sans contact, qui se font en passant la main, les doigs étendus et séparés, au-dessus de la partie ; les doigts ont un certain trem-

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blemeat qui doit communiquer à l’air un léger mouvement propre à influencer la partie sur laquelle on opère. - '

Mes expériences m’ont conduit a attribuer les effets de ce procédé au pouvoir que possède l’esprit du patient d'amener des changements dans l’activité phj^sique de la partie sur laquelle il est porté à s’appesantir, soit par des impressions tactiles externes, soit par les efforts de sa propre volonté (comme dans la concentration de l’attention), surtout lorsqu’il est persuadé qu’une modification à laquelle il s’attend est en voie d’accomplissement. Si, à une période propice du sommeil, on dirige les impressions sur les organes des sens, on provoque des images mentales en rapport avec la fonction spécifique de ces organes ; si on les dirige sur une partie recouvrant des muscles, les muscles se mettent en action ; probablement aussi, ' il se développe au même moment d’autres impressions qui sont ordinairement la cause de ce processus physique ou qui le précèdent.

Parmi les phénomènes les plus problématiques qu’il m’ait été donné d’observer, je mentionnerai les effets contraires que semblaient provoquer des impressions mentales seinblables.Par exemple : les passes avec contact ou l’agi tation de l’air le long d’un bras ou d’une jambe mettaient les muscles en action et amenaient l’élévation des extrémités. Les magnétiseurs appelaient ces passes : « Les passes mesmérisantes. » Si l’on éventait les extrémités soulevées, celles-ci retombaient, et le procédé recevait le nom de « passes démesmérisantes. » Si l’on éventait un côté de la tête, celle-ci suivait la main de l’opérateur, d’abord d’un côté, puis de l’autre ; ou bien le passage rapide de la main sur celle du patient, puis le retrait soudain de la main et la répétition du procédé, amenait l’élévation de la main du patient et la rendait cataleptique.

Ce fait^ était donné par les magnétiseurs comme une preuve peremptoire en favmur d’une attraction entre la main de 1 operateur et celle du patient; l’une attirait l’autre comme 1 aimant, le fer. Je remarquai bientôt que dan=

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