‹ Neuvaine en l'honneur de St Hyacinthe [microforme]Chapitre 5 sur 12 · TROISIÈME JOUR · texte numérisé non relu

TROISIÈME JOUR

De la Docilité de Saint Hyacinthe à l'appel de la grâce.

Il y a, dans toute vie, un moment décisif et solennel : c'est celui ou Dieu fait entendre sa voix à l'âme comme autrefois à Abraham, et lui montre dans une vision mystérieuse la terre qu'il luia destinée, la vocation à laquelle il l’ap-

elle. Pour tous cet instant est imporant, parce que Dieu ayant déterminé à chacun sa place dans la société naturelle et surnaturelle, manquer cette place, c'est aussi se priver des secours qu’il nous à a K pour la remplir, tandis

ue s’y établir, c'est s'assurer le bénéfice e ces secours. Mais c’est surtout à ceux qu'il convie à une fonction sainte et éminente qu'il importe de distinguer son appel et de le suivre. Heureux sont ils, ceux qui, sollicités à monter plus près de Lui ne laissent pas sa voix retentir dans le désert et ne manquent pas de courage pour se rendre au poste qu'elle leur assigne ! cette fidélité à la première grâce est le garant de mille

utres, et le gage de la plus haute perection.

Ce fut à Rome, alorsqu'il était âgé de trente-trois ans, que Dieu manifesta sa volonté sur Saint Hyacinthe. Jusque là, celui-ci n’avait pour ainsi dire atteint que le seuil de sa vocation défini.

tive. Sa piété après avoir grandi dans les Universités de Prague et de Bologne, ne devait pas seulement s'épanouir à l'ombre de la Collégiale de Cracovie ; un champ plus vaste lui était réservé, et c'est sur des royaumes immenses qu'elle devait rayonner.

Pendant qu'Hyac:nthe édifiait par ses vertus le chapitre de Cracovie, il y avait à Osma, en Espagne, un saint prêtre, encore ignoré du monde, mais à la veille de se révéler par des œuvres d'éclat ;-il s'appelait Dominique de Guzman ; et c'était lui qui devait être l'instrument et la cause de la vocation de Saint Hyacinthe. Voici en quelles circonstances eut lieu la rencontre de ces deux hommes, qui habitaient alors aux extrémités opposées du monde.

"Eglise, comme le monde, a son point central vers lequel convergent et gravitent, de toutes les extrémités, les

grandes âmes et les vocations prédestinées ; ce centre, c’est Rome. Or, vers l'an 1217 l'évèque de Cracovie mourut subitement ; et le chapitre assemblé lui donna pour successeur Yves de Konski, oncle du jeune chanoïne. A peine le nouvel évêque fut il institué que, cédant à l'irrésistible attraction que Rome exerçait déjà sur l’épiscopat catholique, il se mit en marche avec ses deux ne:

veux, Hyacinthe et Ceslas, vers le seuil de Saint Pierre, pour faire acte de soumission et de déférenve au Souverain Pontife alors régnant, Honorius III. Les pieux pélerins étaient depuis quelque:

semaines dans la ville éternelle, lorsqu'un jour la Providence conduisit leurs pas au monastère de Saint Sixte, sur la voie Appienne. C'était là que Dieu les attendait ; à peine eurent-ils franchi le seuil du cloitre, qu'une scène émouvante s'accomplit à leurs yeux. Un jeune homme qui portait un nom, obscur alors et célèbre depuis, le jeune Napoléon, neveu du Cardinal Etienne de Fosseneuve, s'était tué, en tombant de cheval ; son cadavre avait été transporté dans une salle basse du monastère, et, agenouillé près de lui, un prêtre arran-

reait l’un après l’autre les membres nutilés. Lorsqu'il leur eut fait prendre eur disposition naturelle, il se prostera à terre en priant et en pleurant.

’uis il se relève, et fait le signe de la roix sur le mort, et debout, les mains endues vers le ciel, le corps élevé aulessus de la terre de plus d’une coudée, il crie à haute voix : O jeune homme Napoléon, je te le commande au nom de Notre-Seiswneur Jésus-Christ, lève toi | Et aussitôt un frisson de vie fait tressallir le cadavre ; et le jeune homme se lève, sauf et joyeux, à la grande stupéfaction de la foule que ce spectacle avait attirée. (1)

Ce prêtre à qui la mort obéissait, c'était Dominique de Guzman. Son nom courut, dans la foule, de bouche en bouche, et chacun se répéta les choses merveilleuses qu'il en avait apprises. Il était venu à Rome, disait-on, fonder un nouvel Ordre pour la prédication de l'Evangile, le genre de vie qn’il menait et qu’il imposait à ses disciples était austère, étroite la pauvreté que luiet les siens prati-

[1] Vie de St. Dominique, par le P. Lacordaire, Chap. XII.

quaient ; ardent leur zèle pour les âmes On ajoutait qu'à la famille naissante de ses disciples il avait inspiré la plus ten:dre et la plus filiale dévotion envers Marie, que le bruit s'était répandu qu'elle avait pris le nouvel ordre religieux sous sa protection maternelle, et qu'apparaissant un jour à un chevalier de grande naissance, attaché à la Cour de l’empereur Frédéric II, elle le lui avait designé entre tous les autres en disant : “entre dansmon ordre. C'était bien son ordre en effet, puisque c'était elle qui en avait inspiré la fondation à Saint Dominique, elle qui en avait dicté l’admirable législation ; elle qui lui avait donné son glorieux habit, et qui enfin, y avait attiré les âmes les plus saintes et les plus généreuses de l’époue.

Il n’en fallut pas davantage pour séduire l’âme du jeune Hyacinthe et lui faire reconnaitre l'appel de Dieu. Ce qu'il avait vu, ce qui se disait dans la foule à ses côtés, la miraculeuse résurrection dont il venait d’être le témoin, tout cela fut pour lui une lumière qui lui révéla la volonté de Dieu, et une attraction à laquelle il n’essaya pas de

résister ; et, quand l’évêque Yves de Konski, ravi lui aussi des miracles et de la sainteté de Dominique, vint lui demander quelques uns de ses disciples pour évangeliser la Pologne, Hyacinthe, avec son frère Ceslas, tomba aux pieds du saint patriarche et le conjura de l’admettre dans son ordre, pour être dans l'avenir l’apôtre des provinces du Nord.

Quelques jours après il recevait les saintes livrées de la pénitence et de l’apostolat des mains de Saint Dominique, et commençait sous sa conduite l’expérience de l'initiation religieuse qui devait le conduire à une si haute sainteté.

‘“ OÔ que les voies de Dieu sont grandes et simples ! Ugolin, Comte d'Italie, et Yves Odrowaz de Pologne se rencontrent à l’Université de Paris. Ils y passent ensemble quelques jours de leurs jeunesse ; puis le temps, qui confirme ou qui brise l’amitié comme toutes choses, met entre leurs cœurs l'absence de plus de quarante ans. Yves, promu à l’épiscopat, est obligé de se rendre à Rome ; il y retrouve sous la pourpre l’ami de sos anciennes années. Le Cardinal con-

[1] P. Girard Panégyrique de St Hycinthe.

duit un jour son hôte à l’évlise de Saint Sixte, pour lui faire connaître un homme dont le nom n'était jamais parvenu jusqu'à lui, et ce jour-là mème, la vertu de cet homme éclate a l’improviste par l'acte le plus élevé de la puissance, par un acte de souveraineté sur la vie et sur la mcrt. Yves, subjugué, demande à Dominique qnelques-uns de ses frères, sans se douter qu’il n’était venu autrefois à Paris et maintenant à Rome que pone amener à Dominique quelques no-

les enfants du septentrion, et à la tête desquels se trouvait Hyacinthe, et tous prédestinés de Dieu à semer des couvents de Frères Prêchours en Allemagne, en Pologne, en Prusse, et jusqu'au cœur de la Russie.” (1)

. Ce n’est pas sans raison, à mon Dieu, que Saint Paul nous apprend que vous dirigez toutes choses à la préparation de vos élus. L'histoire des âmes. nous est un perpétuel enseignement de la tendre sollicitude avec laquelle vous vous occupez d'eux. Il semble que toutes vos préoccupations soient subordonnées : à

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() Vie de St Dominique Chap. XII II P.

Lacordaire. |

celle de leur salut et que rien ne soit important pour vous qne ce qui peut servir ce dessein. Mais c’est surtout dans l’attention vigilante avec laquelle vous amenez les âmes privilégiées, vos amis d'élite au plein épanouissement de leurs vertus, et aux conditions de facile exercice de leurs services, qu'apparait cette douce Providence. Nous venons de le contempler avec bonheur en Saint ILyacinthe, faites nous la grâce de nous soUvenir que nous aussi nous sommes l'objet de votre spéciale tendresse. Puissions nous et ne l'oublier jamais et comprendre les devoirs que cet amour nous impose |

Notre Père. Je vous salue Marie, (loire soit au Père. Versets et oraison comme au premier Jour.

PRATIQUE

Correspondre docilement aux grâces que Dieu nous fait, dans l'état où la divine Providence nous 4 placés.

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