QUATRIEME JOUR
Du Zèle Apostolique de Saint Hyacinthe.
Dieu en nous créant n’a pas voulu nous faire exprimer seulement les traits de sa perfection essentielle, il lui a plu encore de nous convier à imiter sa divine Providence. Par elle, il est la cause de tout le bien qui existe, et il fait rayonner sa bonte sur toutes choses. Ainsi nous a-t-il donné le pouvoir d'être, à notre tour, la cause du bien des autres, et de sortir de nous mêmes en des actes généreux qui bénéficient à autrui. A des degrés divers, tous reproduisent cette bonté divine, mais il en est qui l’imitent de plus près et la réalisent plus largement. Les À pôtres en sont sur la terre la grande image, puisque les services qu'ils sont appelés à rendre à leurs frères sont les plus éminents par leur nature et par le terme auquel ils les acheminent, et par ce que c’est par Île zèle apostolique que se fait surtout la mise en exercice de cette grande fonction : de là les éloges qui lui sont décernés dans la Sainte Ecriture.
En ouvrant les saints livres on y voit le zèle, ce mouvement de l'âme qui veut communiquer le bien surnaturel qu'elle possède et qu'elle aime, on y voit, dis-je, le zèle, représenté comme une flamme, une flamme active, générouse, et qui, partant du cœur do l’homme, veut communiquer sa chaleur et sa vie à tout ce qui l'entoure. Et loin de condamner ce mouvement, Notre Seigneur nous dira qu'il est venu l’apporter sur la terre, et que son grand désir est que toutes les âmes en soient possédéex, À tout le moins, il n'a jamais manqué d’âmes consumées de ce zèle, et tous les siècles de l’église nous en montrent de magnifiques exemples. Les Apôtres forment à leur tour près de l’agneau, comme un cortège lumineux, et leurs mérites brillent au firmament de l'église comme d’éclatantes étoiles. Saint Hyacinthe avait été suscité de Dieu pour être Apôtre, pour porter son nom, lui aussi, devant les nations et les rois et les fils d'Israel. (1) Arrêtonsnous un instant à considérer avec quel élan généreux il s'est acquitté de sa sublime mission.
(1) Actes des Apôtres, chap. IX.
Quand on observe l’immensité des territoires parcourus et évangélisés par Saint [yacinthe, quand on le voit s’'élançant rapide et infatisable, à travers le Danemark, la Suède, la Norvège, la Moscovie, la Lithuanie, la Bohème, la Moldavie, puis descendant aux rives du Bosphore et jusqu'aux portes de Constantinople, quand plus tard on le voit pénétrer dans le pays des Cumans, ces peuples sauvages et cruels dont on ne pouvait attendre que la mort, puis plus tard encore se transporter jusqu'aux plus lointaines régions de l'Asie, et aborder ces affreuses contrées, éternel séjour de la neige et des frimas, quand enfin toujours luttant, toujours prêchant il ne se repose de ses incessantes fatigues, que pour aller à Dieu, on se demande avec étonnement quelle force le soutenait, quelle impulsion le dirigeait, quelle prodigieuse puissance lui à rendu possibles de telles courses, un tel apostolat ?
Saint Paul nous à répondu. Charitas omnia potest, nous ai la charité peut tout ; elle supporte tout. C'est son
| amour pour les âmes et pour Dieu qui | l’a ainsi poussé à travers tous les peu- | ples, toutes les résions du Nord. En
voyant sous la même zône que lui, que sa catholique patrie, tant de nations plongées dans Îles plus profondes ténèbres de lerreur, sur lesquelles la lumière de Dieu ne s'était pas levée et que l’infidélité détenait dans une toute-puissance formidable,—tant d'autres aux maux de l'hérésie et du schisme, victimes de l'ignorance ou de lorgueil, et ainsi arrachées au salut, des multitudes d’âmes rachetées du sang de Jésus Christ ; en voyant au sein même de l'église tant da défections de lexsprit et du cœur, tant d'âmes oublieuses de lPamour de leur Dieu et des devairs que cet amour nous impose, il ressentait au dedans de luimême ces émotions puissantes qui agitaient Saint Paul devant l'idolatrie d’Athénes et son amour l’emportaitsur tous les chemins.
‘Ah! ne lui parlez pas de frontières ; ne lui impoxez pas de limites! ne lui dites pas Comme à l'océan: Tu viendras jusque là ; et Ià, tu briseras la houle de tes flots. L'amour, celui qui vient de Dieu et à Dieu pour objet ne peut se contenir dans aucune borne. Illui faut lc larwe et le libre espace, il lui faut l’immensité ; dit un Saint Père, Zmimen-
sitatem æmulatur. Ce n'est pa- une source qui tombe lentement et goutte à goutto, des flancs avares d’un rocher. Non, dit Saint Paul, c'est un fleuve qui se répand et s'écoule majestueusement entre de larges rives, c'est un torrent qui se précipite et qui déborde son lit. Charitas diffusa est in cordibus nostris (1). La charité, c'est à-dire l'amour d'origine surnaturelle et divine, lle s’est répandue dans nos cœurs; et, comme si nos cœurs étaient
ur elle des vases trop étroits, elle a débordé de 1à pour s'écouler dans le monde. Voilà l'amour, le vrai et saint amour! Aussi Dieu qui en connait la pature, les fougues et les impétuosités, : Dieu n'a jamais imposé de limites à l’amour. Il en a imposé à la justice; et il nous défend par l'Ecclésiaste d’être justes à l'excès (2). Il en a imposé à la science; et il nous recommande par Saint Paul d'en user avec modération et sobriété (3).
Mais l'amour, il l’abandonne à son élan et à son essor naturel, il lui ouvre libre carrière; et l’amour, laissé libre, a am-
[1] Rom. V. 5.
[2] Eccl. VII. 17, [3] Rom. XII. 3,
itionné l’immensité; Zmmensitatem æmutur.” (1).
Ces tendances et ces aspirations de ‘amour surnaturel se révèlent avec un ion grand éelat et en traits bien frapnts dans la vie de Saint Hyacinthe.
mbrasé d'amour pour les âmes au contact de l’ardeur de Saint Dominique, et sous l'influence de la lumière divine,
artout l'Evangile qui raconte la gloire ke son maitre, et qui promet le salut. O montagnes, fleuves déserts, laissez passer le pélerin de la vérité et l’apôtre de la lumière! que rien ne l’arrête, que partout il plante la croix de son Dieu et sème les fleurs du Rosaire de Marie, et que là où il n'y avait avec l'ignorance de Jésus Christ, que des glaçons et des monceaux de neige, il laisse les plus riches trésors : la foi, l'Evangile, la grâce, les Sacrements, l’Eucharistie .….
Faut-il ajouter que les plus merveilleux succès récompensaient ce zèle et couronnaient cet amour, que de toutes parts sous ses pas les peuples accourus, ————— rer
[1] Panégyrique de Saint Hyacinthe,
LS
se rendaient à la croix, et que conquérant pacifique des âmes il les ramenait par milliers à la vraie patrie de l’e-péance et de la charité. Les efforts de son zèle ne se bornèrent mème pas à des conversions passauères. Des Couvents de son Ordre semés sur ses pas consoli.
daient sa. victoire et en perpétuaient les fruits à travers de longues générations.
Vous ne nous avez pas armés, 0. mon Dieu, pour sauver les âmes, du glaive de la parole; vous ne nous avez pas dit comme à Saint Hyacinthe: Va ct prèche; cependant voux ne nous avez pas laissé:
sans ressources p ur aider la conversion de ceux qui vous offensent, l'illumination de ceux qui vous méconnaissent, la persévérance de ceux qui vous aiment.
Vous nous avez donné dans la prière une force apostolique, puissante et efficace, peut-être la plus puissante et la plus efficace de toutes. Ne permettez pas qu'elle demeure inactive en nos mains, et que nous en négligions la vertu.
Ouvrez nos yeux pour qu'ils voient l'admirable économie qui ramène ou retient les Âmes près de vous, dilatez surtout nos cœurs pour qu'ils aiment les âmes et qu'ils s'appliquent: à les sauver.
Et parce que pour produire ces effets nous avons besoin de votre grâce, répandez en nous de larges effusions de cet Esprit de lumière, qui est surtout charité.
Notre Père. Je vous salue Marie. Gloire soit au Père. Versets er oraison comme au premicr jour.
PRATIQUE
Prier souvent pour la conversion des pécheurs, des hérétiques, des infidèles, et pour la persévérance et l'accroissement des justes.