‹ Neuvaine en l'honneur de St Hyacinthe [microforme]Chapitre 7 sur 12 · CINQUIÈME JOUR · texte numérisé non relu

CINQUIÈME JOUR

De l'admirable mortification de Saint Hyacinthe.

La vie de tous les Saints noûs apparait marquée au cachet de la mortification.

Quelleque soit la diversité des caractères de leur sainteté, tous se réunissent en une habitude commune, la haino d'’euxmêmes, une sorte d’aversion terrible pour leurs corps. Qu'ils soient la

vierge. qui 8e: consume dans la solitud .de son cloitre sous l'énergie de l’amou divin, qu'ils soient l’apôtre qui va porter ‘aux peuples la bonne nouvelle de Jésu Christ, ou qu'ils soient le martyr offran sa vio dans un holocauste sans réserve, À la gloire de son maitre; tous ont le front marqué de ce signe, tous purten sur leurs membres les touchants stigma tes de leur volontaire immolation.

Si le monde n'a jamais compris aucun des vertus chrétiennes, il a moins com pris celle-là encore que les autres, et li mortification des sens a toujours été

our lui un mystère et un étonnement,

ésus-Christ crucifié, disait autrefois l'Apôtre, c'est un scandale pour lea Juifs et une folie pour les Gentils—on peut dire la même chose de la mortification des sens, et pendant dix-huit siècles l’austérité chrétienne n’a pas cessé d’être pour le monde un insoluble problème Aujourd’hui moins que jamais le monde semble disposé à cette intelligence, et à voir les habitudes sensuelles qui président à la vie du grand nombre, la re.

cherche effrénée des jouissances dont on so fait une loi, on se demande ce que signifient aujourd’hui pour les chrétiens

et les exemples de Notre Seigneur et les enseignements qu'il nous à laissés, et la lutte intestine dont nous avons à souffrir les assauts. Il importe donc plus que jamais de se rappeler les fondements de cette vertu ainsi pratiquée par tous les amis de Dieu et d'en saluer avec bonher les grands modèles, Et parceque Saint Hyacinthe est l’un de ces grands modèles de l'austérité chrétienne, nous nous arrêterons, à le considérer un instant,

Et d'abord que la loi de la mortification corporelle recommandée par Notre Seigneur et si sévèrement pratiquée par lui s'adresse à tous, comment en douter, quand on entend Saint Paul proclamer à la face dn monde le crucifiement de la chair comme le propre de la vie chrétienne ? Ceux qui sont à Jésus-Christ, dit-il, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences, CL et ailleurs, commentant ces paroles de Notre Scigneur que le royaume des cieux souffre violence ot que les violents seuls le ravissent, il nous dit : Ne vous y trom.

pez pas, on ne se moque pas de Dieu.

car l’homme ne recueiïllera que ce qu'il

[1] Gal. V. 24.

aura semé: ainsi celui qui sème dans | chair, recueillera de la chair la corru tion, et celui qui sème dans l'esprit, r cueillera de l'esprit la vie éternelle. (1) Du reste, la raison sur laquelle s’appuis la nécessité de la mortification étant la même pour tous, comment tous ne sel raient-ils pas obligés de se l’imposer!

Tous nous souffrons du désordre intro duit dans notre être par le péché originel, de cette rivalité inégale entre le corps et l'âme, qui asservit celle-ci aux révoltes de celui-là ; comment tous no seraient-ils pas obligés à s'appliquer la loi de réaction qui s'efforce à restituer à l'âme déchue la domination qui lui appartient? Méditer la mortification de Saint Hyacinthe, c'est donc méditer une vertu nécessaire à tous 8i ce n’est dans la lettre au moins dans l'esprit de ses sacrifices.

Le jeûne et l’abstinence d’une part, les macérations corporelles de l’autre, composent les deux formes de la mortification des sens. Par le jeûne et l'abstinence, ainsi que nous le dit la Liturgie, les vices sont comprimés, l'âme élevée, la

[1] Gal. V, 17.

ertu obtenue et le mérite accru. C'est urquoi l'église dont les lois reposent oujours sur une sage intelligence de os besoins naturels et surnaturels, en fait, en certains temps et dans certaines onditions, une obligation universelle.

ar les macérations, l’autorité de l’âme ‘affirme davantage et la chair humiliée t meurtrie est plus disposée à recevoir et à porter le joug des préceptes divins.

Par elle, l'âme, se dégageant en quelque sorte des liens qui l'étreignent, acquiert peu à pou le privilége de pouvoir dire à son ennemi terrassé: O mort! où est ta victoire? Ô mort! où est ton aiguillon ? Ces résultats sont trop éminents, et touchent de trop près à l’action directe de Dieu pour que l’église fasse un devoir des moyens qui les produisent ; mais comme elle encourage et bénit ceux qui en ont la sublime énergie!

St. Hyacinthe embrassa l’une et l’au tre forme d'immolation avec la plus héroïique constance. À peine eût-il revêtu les austères livrées de Saint-Dominique qu'il commença à mener le genre de vie le plus sévère. L’admiration de ceux qui étaient les témoins des vertus du Saint Patriarche lui en avait manifesté les se-

crets mystérieux. On lui avait dit combien rigoureux étaient les jeûnes de cet admirable saint, par quelles pieuses industries il crucifiait ses sens ; on avait soulevé à ses yeux le voile qui dérobait aux regards profanes ses veilles et ses immolations ; il avait appris comment Dominique mêlait trois fois chaque nuit son sangâses prières, et comment on l'avait entendu souvent se meurtrir les reins avec des nœuds de fer au sein d’une grotte qu'il croyait inconnue à tous.

Désireux d’être la copie vivante et l’image parfaite de son maitre, Hyacinthe s'était promis de ne pas demeurer en arrière de ces généreux sacrifices. Il tint parole et on a conservé le souvenir de sa noble immolation. Quelle a été sa sévérité à châtier son corps et à le réduire en servitude ! dit la Bulle de sa canonisation, chacune deses nuits nous l’ap-

rend, pendant lesquelles ïl s’immoait jusqu’à l’abondante effusion de son sang : quelle a été sa modération dans l’usage des aliments; nous le savons par le témoignage de tous ceux qui déclarent que non seulement le vendredi de chaque semaine, mais encore la veille de chacune des fètes de la Très Sainte

ierge et des Saints Apôtres, il ne preait d'autre nourriture qu'un peu de ain trempé dans l’eau. Sa ferveur était si grande, son assiduité à la prière telle, qu’il passait des: nuits entières devant Dieu dans son temple : et si parfois la fatigue, l'épuisement et le sommeil le forçaient à prendre un peu de repos, c'était debout et appuyé sur la pierre de l'autel ou étendu sur le sol qu'il se donnait ce petit relâche. (1) Ainsi les austérités de la règle ne lui suffisaient pas, ce n’était pas assez pour sa 80if d’immolation que les fatigues des chemins et les labeurs de l’apostolat, accompagnés de privations journalières, il lui fallait le sarifice sous la forme sanglante, et la plus voisine de la croix |

Et ce n’est pas un jour, ou quelques mois que dura pour St. Hyacinthe cette effrayante immolation. Non ; elle ne prit fin qu'avec ses jours, et SOUS les glaces d'une vVicillesse avancée il se plaisait à répéter avec St. Paul : Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’'après avoir préché aux autres, je ne sais motmême réprouvé ......

[1] Bulle de la Canonization

En présence de ce grand exemple de la pénitence, que penser, Ô mon Dieu, de ce que nous appelons, nous, notre pénitence ? Nous nommons ainsi un certain arrangement de notre vie d’où, sans doute, sont exclus tous les éléments absolument mauvais, mais dont est écartée aussi avec non moins de soin, toate souffrance, toute gêne, toute privation N'est-il pas bien à craindre, à mon Dieu, que notre prétendue pénitence ne soit qu'une illusion et ne réponde pas à vos désirs ; Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix tous les jours et me suive!

car de bonne foi, est-elle une guerre Où nous 80yOns Sans cesse à combattre nos sens, et où nous les tenions dans une sujétion düre et pénible ? Est-ce une croix pesante et capable de nous accabler, si nous ne faisions chaque jour et à chaque pas de violents efforts pour en soutenir le poids ? Est-ce un renoncement à nous-mêmes età nos aises ? Est-ce un chemin rude, étroit et raboteux ? (1) Et cependant tels sont les caractères de la pénitence que vous nous

[1] Bourdaloue, pensées,

emandez. Eclairez-nous donc, à mon ieu, dissipez les illusions dont se berce ne piété toute de superficie et de ménagcments. A pprenez-nous à crucifier notre chair au lieu de la flatter, de l’amollir en l'environnant de soins uniquement propres à énerver l'âme et à lui faire perdre son empire sur le corps ; et faites que nous suivions de loin au moins, le saint modèle que vous nous proposez aujourd'hui.

Notre Père. Je vous salue Marie.

Gloire soit au Père. Versets et oraison comme au premier jour.

PRATIQUE

S'appliquer à acquérir l'esprit de mortification. Cet csprit consiste, non pas dans telle ou telle pratique, mais dans une disposition du cœur à profiter de toutes choses pour s'’immoler à Notre- Seigneur.

Page 1