‹ Nevers et MoulinsChapitre 10 sur 34 · L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XUV AU XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XUV AU XVP SIÈCLE

Les fortifications de Pierre de Courtenay. — Ouvrages des xiv" et xv" siècles. — La Tour Goguin. — La Tour Saint-Trohé. — La Tour Saint-Eloi. — La Porte du Croux.

— Le Palais ducal. — Le château de <' Gloriette ». — La Place ducale. — Le Parc.

— La Chambre des Comptes. — L'Hntel des Monnaies. — Les anciens Hôpitaux. — Les Halles et le Beffroi. — Hôtels et maisons particulières.

La capitale du Nivernais a joui, pendant les périodes les plus troublées du moyen âge et du xv!*^ siècle, d'un privilège bien rare : admirablement protégée par un système de fortifications qui la rendait inexpugnable, elle fut souvent convoitée, elle n'a jamais été investie. C'est en 1617 qu'elle soutint — victorieusement d'ailleurs — le premier siège qu'on ait tenté contre elle.

Du XIII'' au xvii^ siècle, l'enceinte de murailles et de fossés suivit le tracé établi, en 1194, par Pierre de Courtenay. Partant de la tour Goguin, au sudest, elle longeait la Loire et la Nièvre jusqu'à la tour Saint-Trohé, passait, par la place des Fossés, la place Chaméane, la rue et le jardin de la Préfecture,

la Porte de Paris, la rue du Rempart, l'avenue de la Gare, qu'elle suivait presque jusqu'à la rue de Vertpré, de là gagnait la Porte du Croux, et rejoignait la tour Goguin. Cette enceinte avait, au dire de Guy Coquille, 3.000 pas de tour. Il n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges, enfouis çà et là dans les jardins ou englobés dans les constructions modernes. I^e plus apparent serait la partie inférieure de la tour Goguin (ou de Cuffy), dont les murs sont épais d'environ trois mètres, tandis que ceux de la partie supérieure, rebâtie à une époque plus récente au moment de la terrible invasion anglaise, ne sont que d'un mètre. Vers le milieu du xiye siècle, les remparts étaient en si mauvais état, que les bourgeois, énms par la défaite de Jean le Bon à Poitiers, avisèrent aux moyens de les reconstruire. Pour se procurer les fonds nécessaires, ils obtinrent en 1358, du comte de Nevers et du dauphin, l'autorisation d'établir un impôt sur les denrées qui entreraient dans la ville. Ce fut l'origine de nos octrois. Cette taxe « militaire », qui ne devait être perçue que pendant un an, s'est perpétuée depuis lors sans interruption. Les pans de fortifications que nous voyons encore debout sont donc presque entièrement des ouvrages des xiv^ et xye siècles. L,e grand jurisconsulte Guy Coquille, qui écrivait à Nevers à la fin du xvi^, décrit ainsi les remparts de la ville : « Au xv^ siècle... ont été faites en plusieurs endroits tours en quantité qui sont fortes, épaisses et de bonne maçonnerie. . . I,a plupart d'icelles tours sont percées en bas pour battre dedans le fossé en forme de casemates... et les portaux sont garnis de bons boulevards. I^e dehors des murailles est fortifié de fossés larges et profonds, et, par le dedans, en plusieurs endroits, les murailles sont garnies de remparts de terre jusques au haut du marchepied des murailles, et ne sont aucuns bâtiments privés par le dedans qui touchent aux murailles et y a espace vuide, pour aller partout, au pied des murailles, en dedans, pour y passer charrettes... «

I/' enceinte, qui avait à peu près la forme d'un rectangle, orienté, dans sa plus grande longueur, du nord-est au sud-ouest, se composait alors de quinze tours rondes réunies par des courtines, sans compter celles qui flanquaient les principales portes. Il est assez difficile de se rendre un compte exact de l'emplacement de chacune de ces tours. Si l'on en croit Parmentier, cependant, il semble qu'elles étaient plus rapprochées les unes des autres, dans la moitié sud-ouest de la ville et le long du fleuve et de la rivière, que dans la partie nord-est, sans doute parce qu'on redoutait surtout un assaillant retranché sur les hauteurs de Saint-Gildard et des Montapins ou utilisant la vallée de la Nièvre ou les eaux de la Loire pour s'avancer jusqu'aux portes. Chaque tour avait son nom. Voici l'ordre présumé dans lequel elles se présen-

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taient en partant de la tour Goguin ou de Cuffy (qui s'identifie peut-être avec la tour de Ninchat citée par Parmentier), et en suivant les quais dans la direction du r.ord-est : la tour Goguin, reconstruite en 1419 ; la tour de Plaisance, bâtie en 1433, près du Pont de Ivoire; la tour de Beauregard, bâtie en 1434, entre le jardin public et la rue de la Fontaine ; la tour Saint- Eloi (ou du Milieu-du-Rivage ou des Pâtureaux), bâtie en 142 1 ; la tour de la Boullerie, bâtie en 1421 ; la tour Saint-Trohé , bâtie en 1440 ; au nord-ouest, la tour de la Censuère, bâtie en 1419 ; la tour des Ardilliers, bâtie en 1400 ; la tour Galope, bâtie en 1415, entre la rue Gambetta et la rue Hoche ; la tour Neuve, bâtie en 1442, entre l'avenue Saint-Just et la Place Carnot ; la Tour Saint -Didier, au nordouest du Marché couvert ; la tour Saint-Iyaurent, bâtie en 147 1, près de la place du même nom ; la tour Saint-Révérien, bâtie en 1412, au sud-est de la Porte du Croux ; enfin, la tour des Chèvres et la tour du Havre (celle-ci bâtie en 145g), entre la tour Saint- Révérien et la tour Goguin.

De ces quinze tours il n'y en a guère que trois qui soient visibles à l'heure actuelle : la tour Goguin et la tour Saint-Trohé, fort dénaturées depuis qu'elles ont été converties en logements, et, entre les deux, la tour semi-circulaire de Saint-Eloi, qui mire dans les eaux douteuses de la Nièvre son élégante couronne de mâchicoulis ornée d'arcatures trilobées. A l'intérieur de l'enceinte, les rues, escarpées et tortueuses à dessein, parfois de véritables escaliers, comme la rue des Faïenciers, la rue Cassecou ou la rue de la Fontaine, étaient elles-

Plioto Neurdein.

La rue de Loire.

mêmes munies de tout un système de défenses. De place en place on pouvait les barrer en y tendant des chaînes, et des guetteurs étaient postés, aux endroits propices, dans ces guérites de pierre en encorbellement, qu'on appelait des échauguettes, et dont on voit encore deux jolis spécimens rue de Loire et rue des Ouches.

Avant Pierre de Courtenay, on n'entrait à Nevers que par deux portes, celle de Saint-Didier, située apparemment entre le marché Carnot et. le Parc, et celle de la Cité, au sud-ouest de la Place Mancini. Iv' agrandissement de l'enceinte, en 1194, entraîna la suppression de cette dernière porte et l'ouverture de trois autres, celle de la Barre, celle du Croux et, présume-t-on, celle de Nièvre. L'établissement du Pont de Loire, à la fin du xiiie ou au début du xiye siècle (les comptes des receveurs de la ville font foi que ce premier pont, construit en bois, existait avant 1309, puisque, cette année-là, il fut emporté par les eaux), nécessita l'ouverture d'une cinquième porte, pour le desservir. C'est au cours du xiv*' siècle aussi que furent construits le Pont Cizeau (ou Saint- Arigle ou Saint-Nicolas) et la porte du même nom. Ce fut jusqu'en 1568 un simple pont-levis, qui conduisait aux Pâtureaux et à la place du Marché-aux-bêtes (champ de foire). Par mesure de précaution, en 1475, on établit en face de cette porte, à peu près à égale distance de la Nièvre et de la Loire, un ravelin, ouvrage avancé en forme d'éperon, destiné à maintenir les assaillants loin des murs. Une septième porte, celle des Ardilliers (ou artilleurs), fut aménagée en 1577, à l'endroit où s'élève actuellement la Porte de Paris.

Six de ces portes ont complètement disparu. La seule qui survive du moyen âge est la Porte du Croux. Son nom lui vient du ruisseau qui coulait autrefois entre les Montapins et le Parc et qu'alimentaient la source de Notre-Dame de l'Orme, la fontaine d'Argent et la fontaine Saint-Loup. Elle a été construite de 1393 à 1398, par le maître maçon Jehan des Amognes, à la place de celle qui remontait à Pierre de Courtenay. L'abbé Boutillier a retrouvé et publié l'état complet des dépenses qu'entraîna cette reconstruction. Cette porte n'est pas seulement un des édifices les mieux conservés et les plus pittoresques du Vieux Nevers, mais l'un des plus intéressants spécimens connus de l'architecture militaire à la fin du xiv*^ siècle. Elle se compose d'une haute tour carrée flanquée, au sud-ouest, de deux tourelles d'angle en encorbellement soutenues par d'épais contreforts et munies de créneaux. Une galerie de machicouhs d'un travail délicat, formée d'arcs brisés retombant sur des modillons dentelés et garnis d'arcatures trilobées, règne sur les trois faces extérieures. Un toit de tuiles très élevé couvre le sommet qui, primitivement, devait être une terrasse crénelée. On voit encore sur la façade prin-

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