‹ Nevers et MoulinsChapitre 9 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(XIIP-XVP SIÈCLES)

La cathédrale Saint-Cyr. — Les tombeaux des ducs. — Les tapisseries. — La chapelle du couvent Saint-Gildard. — Le couvent des Jacobins. — Les Cordeliers et les Récollets. — La chapelle Saint-Sébastien.

La cathédrale, dont la haute tour carrée caractérise la silhouette de Nevers, est le monument d'art gothique le plus important que possède notre ville. Il ne reste rien, ou à peu près, des diverses basiliques successivement édifiées, entre le vi*^ et le x^ siècle, par les évêques Eulade, Jérôme et Atton. Celle que nous voyons aujourd'hui n'est pas d'un style homogène. Eu grande partie construite du xiii^ au XYi"^ siècle, elle a conservé des vestiges considérables de l'époque romane, de sorte qu'elle réunit en elle tous les éléments de l'architecture française du moyen âge. Ses proportions sont imposantes : sa longueur est de ICI mètres ; sa largeur totale de 32 mètres ; la hauteur de la nef principale, de 22 mètres ; la hauteur de la tour, de 5i™,50.

Le plan présente certaines anomalies qui frappent de prime abord. L'édifice, qui n'a pas de façade principale, possède deux absides, l'une à l'est et l'autre à l'ouest. On pénètre dans la nef par deux portails latéraux. Celui du

nord, dit de Saint-Christophe ou du Doyenné, date de 1280 et se compose de quatre archivoltes, autrefois ornées de feuillages et de statuettes et soutenues par des colonnettes qui ont été détruites, soit à l'époque de la Réforme, soit en 1793. Ces colonnettes reposaient elles-mêmes sur un soubassement orné d'arcatures trilobées actuellement mutilées, qui devaient abriter des statues. Sur le linteau et le tympan était sculpté le Jugement dernier ; on

l'hoto .Neurdein.

Cathédrale Saint-Cyr. — L'abside romane Sainte-Julitte et les piliers du transept primitif.

n'en distingue plus que des traces. Toutes ces figures ont été horriblement martelées. A l'intérieur, à gauche, on remarque une niche qui abritait primitivement une statue colossale de saint Christophe. Peut-être cette statue est-elle celle qui se voit actuellement à l'église de Marzy. I,e portail du sud, ou de Ivoire, est d'une époque plus récente. Il a été élevé en 1490 par l'évêque Pierre de Fontenay, dont on voit les armes sur des écussons mutilés, suspendus à des branches de vigne ou de chêne sculptées dans la pierre.

Pénétrons dans la nef et dirigeons-nous vers l'extrémité occidentale. Nous nous trouvons en face d'une abside en cul-de-four, surélevée de douze marches et purement romane, qui appartient sans doute à la cathédrale construite

au XI" siècle par l'évêque Hugues le Grand (1011-1063). La chapelle dédiée à sainte Julitte, mère de saint Cyr, patron de la cathédrale, était à l'origine le chœur de l'église, comme l'indique la grande fresque, représentant le Christ dans sa gloire, qui y est peinte. Cette abside, située à l'ouest, est une anomalie et, sans doute, une survivance d'une époque (antérieure au IX*' siècle), oti la liturgie n'avait pas encore fixé l'orientation des éghses. Dans les basiliques byzantines et romaines, en effet, l'autel était placé à l'ouest, mais l'officiant faisait alors face aux fidèles, c'est-à-dire à l'orient, ainsi qu'aujourd'hui. I,es parois de l'abside Sainte-Julitte sont ornées d'arcatures cintrées encadrant trois baies et alternant avec des arcatures surhaussées. lyC pavage est composé d'un dessin géométrique en terre cuite rouge. Deux galeries s'étendent à droite et à gauche. Au-dessous de l'abside et de ces galeries régnent une crypte et deux galeries inférieures. La crypte, divisée en trois nefs de trois travées chacune et voûtées d'arête, se termine par une abside ronde. Les arcs-doubleaux retombent sur des colonnes engagées surmontées de frustes tailloirs biseautés. Des deux galeries inférieures, l'une, au nord, était autrefois le charnier de la paroisse Saint- Jean, qui, chose curieuse, avait son siège dans cette partie de la cathédrale ; l'autre, au sud, servait depuis 1776 de lieu de sépulture aux chanoines. La crypte contient une assez belle Mise au tombeau, en pierre peinte qui, par la recherche du pittoresque dans les costumes comme par la véhémence affectée des expressions, se rattache évidemment à l'école bourguignoflamande de la fin du xv*' siècle.

L'abside Sainte-Julitte est précédée d'un large transept, sur l'armature romane duquel le xiiie siècle a greffé une voûte en croisée d'ogives. On discute encore pour savoir quelles étaient la position et la destination primitives des deux énormes piliers cylindriques placés dans l'axe de ce transept et supportant les retombées d'utie double arcade en plein cintre, qui unit les parois de l'abside aux deux premiers piliers de la nef. Etant donné que ces arcades sont plus élevées que les arcades romanes de l'ancienne nef (dont on retrouve des vestiges importants engagés dans la maçonnerie de la nef gothique actuelle), il nous semble que l'explication la plus simple consiste à les considérer comme appartenant au transept de la cathédrale romane primitive : ce sont peut-être les anciens supports d'une tour-lanterne.

Le croisillon nord contient une absidiole cintrée, d'origine romane également. En face, la paroi occidentale porte des traces de fresques du xiii*' siècle, qui, d'après Du Broc de Séganges, représenteraient des scènes du martyre de sainte Eugénie. Au xv© siècle, une chapelle composée de deux travées a été ajoutée à l'extrémité de ce croisillon. A l'absidiole septentrionale devait cor-

respondre, dans le croisillon sud, une absidiole semblable, qui a été remplacée par la base du clocher actuel. Iv'extrémité du croisillon sud est percée d'une porte du début du xyi^ siècle, ornée d'élégants pinacles montant sur des colonnettes torses et offrant, au tympan, un écusson tenu par deux anges, avec, au-dessous, le mot capitvlvm. Sur l'accolade garnie de choux frisés, courent un lion et un chien. Près de là, s'élève une délicieuse cage d'escalier en spirale aux trois quarts engagée dans le mur et couronnée d'un saint Michel terrassant le dragon. Au-dessus de cette porte et de cet escalier qui conduisaient

Piiolo des Monuments Historiques.

La cathédrale. — Façade sud.

au vestiaire des chanoines, règne une frise d'arcatures trilobées renversées. Dans la pensée de l'évêque Guillaume de Saint-I^azare (1201-1221), qui entreprit de substituer à l'ancienne cathédrale du xi^ siècle, probablement fort endommagée par l'incendie qui éclata en 1211, une nouvelle église orientée normalement, cette abside et ce transept romans devaient évidemment disparaître pour faire place à une façade à trois portes et dominée par deux clochers, suivant le plan habituel. Pendant la durée des travaux le service du culte continuait à avoir lieu dans l'ancienne cathédrale. Puis, quand la nef gothique, qui s'avançait, en quelque sorte, vers l'ouest, eut atteint le transept roman, les travaux furent interrompus, sans doute parce que l'argent manquait, et l'on s'arrêta à une solution provisoire : on souda la nef du

xiii<^ siècle aux parties romanes conservées en réaménageant l'ancien transept.

La nef, flanquée de deux collatéraux, comprend cinq travées dont les voûtes d'ogives retombent sur des piliers ronds flanqués de colonnes engagées. Au-dessus des arcades séparatives des trois nefs règne un triforium, composé d'arcades trilobées et de colonnettes. Ces colonnettes reposent sur une série de statuettes placées comme des cariatides et représentant divers petits personnages dans des attitudes de souffrance ou de méditation. Dans les écoinçons, des anges tiennent des banderolles. Le triforium est lui-même surmonté d'un étage de fenêtres fort simples, dont les meneaux sont ornés, à l'extérieur, d'intéressantes statues symbolisant, peut-être, diverses formes de la misère humaine.

Ces cinq premières travées, sauf les parties ajoutées aux xv^ et xvi^ siècles, c'est-à-dire la base du clocher, la plupart des chapelles et les deux piliers limitant du côté sud la quatrième travée et qui ont dû être repris en sous-œuvre, sont, avec les trois chapelles rayonnantes du chœur, tout ce qu'il reste du xiiie siècle. La structure des chapiteaux datant de cette époque est à la fois nerveuse et souple. Les motifs décoratifs sont empruntés à la flore nivernaise, aux végétaux les plus communs des prairies et des bois, à la fougère, au cresson, au nénuphar, au rosier, au fraisier, au chêne, à la vigne, que l'artiste fait monter en vigoureux crochets ou applique avec grâce autour de la corbeille. L'ornementation des deux chapiteaux repris en sous-œuvre, à une date postérieure, a un caractère plus anecdotique qu'architectural. Ils sont «historiés». On y voit, parmi les ceps et les pampres, des personnages et des animaux ; ici, un vigneron coupant une grappe près d'un tonneau, là, le songe de Charlemagne tuant le sanglier que lui amène saint Cyr enfant, tandis qu'un ange monté sur une licorne, symbole du Christ, s'élance contre un monstre et le transperce.

Par un vice de construction assez fréquent, on observera que l'axe de la nef est dévié vers le sud à partir du chœur. Le plan primitif de l'église comportait, semble-t-il, un transept oriental. On s'en rend compte en examinant la sixième travée, actuellement comprise dans le chœur. Elle est plus large que les autres, les piliers qui la séparent de la cinquième sont plus gros, ils sont flanqués d'un nombre double de colonnettes, enfin on retrouve dans les voûtes des collatéraux les traces du triforium du xm^ siècle en retour d'équerre et de deux tribunes à l'extrémité des anciens croisillons. La disposition cruciforme de ce transept n'aurait d'ailleurs été visible que sur les voûtes.

Le chœur, au moins dans sa partie supérieure, et sauf les trois chapelles absidiales, a été refait au cours du xiv*^ siècle, à la suite, sans doute, du formidable incendie qui, en 1308, dévasta une grande partie de la ville et, peut-être

aussi, de la cathédrale. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le sanctuaire de Saint-Cyr reconstruit fut consacré à nouveau, le 31 mars 1331, par Pierre de La Palu, patriarche de Jérusalem. Il est de proportions plus élancées, plus élégantes que la nef. I,e maître-autel, pseudo-gothique, est l'œuvre moderne d'un sculpteur

riiut'j .s..-ui-dtjiu.

La cathédrale. — Nef.

nivernais, Jean Gautherin, qui l'exécuta sur les dessins de Ruprich-Robert. L'édifice qu'il remplace avait été reconstruit au moyen des rares morceaux subsistants du maître-autel élevé au xvT' siècle et détruit à l'époque révolutionnaire. Ces fragments eux-mêmes, entre autres deux reliefs de marbre, cités en 1810 par M. de Sainte-Marie, et représentant les disciples d'Emmaiis et saint Thomas aux pieds du Christ, ont disparu, et tout ce qu'il reste du monument antérieur est le contrat de 1580, conservé aux Archives de Liège, par

lequel le duclyouis de Gonzague en confie l'exécution à un sculpteur wallon, Henri de Borset. Il y est question de colonnes de marbre, d'albâtre, de jaspe et de nombreuses figures. Derrière le maître-autel on remarquera un crucifix en bois peint, d'un travail assez lourd, qu'on peut rapporter au xiye siècle. Cet autel n'était pas le seul monument élevé dans le chœur de la cathédrale par la piété de Louis de Gonzague. Un autre sculpteur flamand, Thomas Tollet, avait exécuté sur son ordre, ainsi qu'en fait foi un autre contrat de 1580, également conservé aux Archives de Liège, trois mausolées. Deux de ces monuments étaient érigés en face de la sacristie, celui du comte Jean de

l'iiutu <les Aiuuuiiieuts Historiques-

La cathédrale. — Chapiteau décoré de nénuphars.

Bourgogne, dit de Clamecy (1415-1491), et celui du duc François de Clèves (1516-1561) et de Marguerite de Bourbon (f 1589), sa femme. Le troisième tombeau, placé du côté nord, était celui du duc Louis de Gonzague (1545?- 1595) ^t de la duchesse Henriette de Clèves. De ces trois monuments il ne subsiste que la longue épitaphe en marbre noir et le médiocre buste en marbre blanc du duc Louis de Gonzague, aujourd'hui à la Porte du Croux. Mais on peut s'en faire une idée par les dessins du Fonds Clairambault, conservées à la Bibliothèque Nationale 1. Ces tombeaux rappelaient par leur style monumental de tradition italienne, ceux des ducs d'Orléans, de Louis XII et d'Anne de Bretagne élevés, au début du xvi"^ siècle, dans l'église des Célestins et à

1. Ms fr. n° 8226. M. de Soultrait, dans son excellent petit Guide archéologique, p. 37, renvoie à tort à la « collection Gaignières ».

Saint-Denis. Sur des sortes de portiques à entablements soutenus par des colonnes et des pilastres et ornés de cartouches, d'armoiries et de génies étaient placées les statues en albâtre des défunts en costume ducal et priant à genoux. Les cendres de ces cinq « seigneurs et dames de Nevers » reposaient dans des caveaux aménagés au-dessous du chœur, où se trouvaient déjà celles de Frédéric (f 1574) et François (f 1580) de Gonzague, François II de Clèves (f 1563), Jacques de Clèves (f 1564), Françoise d'Albret (7 1521), Hélène d'Albret (f 1519) et Claude de Clèves.

Mi- .Martin Sal)oii.

La cathédrale. — Détail du triforium.

Les stalles sont remarquables. Elles ont été exécutées, en 1770, aux frais de l'évêque J.-A. Tinseau, par Bochard, menuisier dijonnais, et Merle, sculpteur de Lyon. Elles se composent d'une corniche soutenue par des modillons et des pilastres cannelés. Entre les pilastres sont inscrits des médaillons finement taillés en haut relief représentant différents bustes d'hommes vus de face ou de profil, difficiles à identifier, alternant avec des S et des C entrelacés (le monogramme de Saint-Cyr) et des enfants nus sur des nuages. L'un de ces enfants joue avec les clous de la Passion, un autre porte le calice. Sur le côté sud est le trône épiscopal, exécuté à la même époque et dans le même style, le dossier orné d'un médaillon qui est peut-être le portrait de l'évêque J.-A. Tinseau. A l'autre extrémité des stalles,

XEVERS

du même côté, se trouve une horloge monumentale du xvi^ siècle dont la boîte en bois sculpté est surmontée d'un jaquemart composé de deux personnages sonnant les heures, saint Michel terrassant le dragon, assisté d'un chevalier. La clôture actuelle du chœur, du côté de la nef, se compose

de deux grilles basses en fer forgé; l'une est moderne, l'autre, du xvii<^ siècle, est ornée de hures de sanglier et de gerbes de blé, c'est-à-dire des armes du doyen Bogne (1653- 1693). lyC généreux évêque Tinseau avait commandé aussi, en 1770, à deux maîtres serruriers de Nevers, Denis et Boiié, une grande grille en fer forgé et doré pour le chœur de la cathédrale qu'il voulait embellir. Cette magnifique grille a malheureusement changé de destination : au début du xixe siècle elle a été transportée en plein air, à l'entiée du jardin de l'ancien évêché (actuellement le musée) , où l'humidité la ronge. On remarquera enfin les deux autres grilles de proportions plus modestes fermant les cha-

Pliolo .Ncurùi-111.

Grille en fer forgé et doré, datée de 1770,

autrefois dans le choeur de la cathédrale.

(Entrée du Musée municipal.)

pelles absidiales, et qui sont datées du début du xviii® siècle. Elles portent^ en effet, les armes du doyen Jean Pinet (1693-1707) composées de trois pommes de pin ; et celles du doyen Jean de Bèze (1712-1730), une fasce chargée de trois roses et accompagnée d'une clef en pointe.

Avant 1789, le chœur de la cathédrale était tendu de tapisseries de haute lice représentant divers épisodes des martyres de saint Cyr et de sainte Julitte. Elles avaient été brodées, au dire de Parmentier, par la comtesse Marie d'Albret elle-même entre 1521 et 1549. Déplacées en 1789, raccrochées

après la Révolution, elles ont disparu vers 1835. On en a recueilU des fragments au Musée de la ville. Le Trésor de Saint-Cyr renfermait quatre autres tapisseries dont deux, tissées par un atelier flamand dans la première moitié du xviie siècle, représentent des chasses, et les deux autres, provenant des Gobelins (actuellement dans le cabinet du préfet de la Nièvre) , figurent des scènes de la Jérusalem délivrée du Tasse : Ici, Clorinde accourt à cheval et délivre Olinde et Sophronie au moment où le bûcher sur lequel elles sont placées va être allumé, lyà, Herminie, fuyant devant les chrétiens, arrive exténuée au milieu des bergers, qui lui portent secours. Cette dernière pièce est d'un coloris magnifique, tandis que la première, qui a dû souffrir de l'humidité, est fort passée.

I/'affreux mur qui clôt le chœur, au nord et au sud, porte des traces de fresques du xv^ siècle ; l'une, de même inspiration que les Danses des morts, représente un chanoine agenouillé près d'un cadavre, dans un cimetière

émaillé de fleurs ; l'autre, datée de 1465, représente le chanoine Laurendreault assisté de saint Pierre et agenouillé devant la Vierge et l'enfant Jésus.

Un déambulatoire fait le tour du sanctuaire, desservant successivement, à partir de la droite, la sacristie (construite en 1473 par le chanoine Henri de Wildeinbrech, dit Henri de Saxe, « in medicina licenciatus », et alors maître de l'œuvre de la cathédrale, ainsi qu'en fait foi une inscription de l'époque), puis une série de neuf chapelles. Les deux premières sont fort étroites, et ont dû être aménagées au xiv^ siècle. La troisième, la quatrième et la cinquième

i'tioto NeurJein.

La cathédrale. — Retable en pierre.

VU de saint Jean-Baptiste.

sont les chapelles rayonnantes : on y remarque les doubles piscines en usage à partir de la seconde moitié du xiiie siècle. Les deux dernières contiennent des sculptures intéressantes. Dans la huitième, voûtée à liernes, et, par conséquent, de la fin du xv^ siècle, se voit un grand retable en pierre, portant sur sa bordure de feuilles de chardon les armes du comte Jean de Bourgogne, mort en 1491, et de sa femme Françoise d'Albret. Ce basrelief, traité avec le souci du détail réaliste et de l'anecdote pittoresque, dans le goût de l'école flamande-bourguignonne, reproduit dix-huit épisodes de la Vie de saint Jean-Baptiste, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, selon le texte de l'Evangile de saint Luc. On en trouvera l'explication détaillée dans la monographie de Crosnier. Près de ce retable est une piscine richement sculptée, surmontée d'un dais à pinacles. La neuvième chapelle, de construction plus récente que les autres, avec ses voûtes à liernes, enrichies d'arcatures trilobées et sa somptueuse clef de voûte en pendentif, est également ornée d'un retable en pierre, soutenu par des consoles formées d'opulentes feuilles de chou frisé sur lesquelles rampent des escargots. A côté, une piscine surmontée d'un pinacle finement ajouré. Le retable, encadré d'une guirlande de chardon où est inscrit le blason des seigneurs d'Armes, est de l'école flamande-bourguignonne de la fin du xv^ ou du début du xyi^ siècle. Il est divisé en deux registres. Dans celui du bas est représentée la Vierge sur son lit de mort, entourée des douze apôtres accablés. Au-dessus, Marie, sous un dais porté par quatre anges et escortée de huit autres qui planent sur des nuages, monte au ciel étoile, dans une auréole de lumière. Elle est accompagnée de son fils qui est descendu exprès pour la chercher et qui la fait asseoir à sa droite, sur un trône. Les figures sont malheureusement très mutilées. On a placé sur la corniche une statue d'évêque agenouillé provenant sans doute d'un tombeau du xvi'' siècle.

En continuant dans le collatéral nord, on rencontre quatre chapelles dont les voûtes à liernes et tiercerons et les baies aux meneaux flamboyants portent la marque des dernières années du xv^ ou du début du xvi^ siècle. Quatre autres chapelles, de la même époque que les précédentes, bordent le collatéral sud. La première en partant de l'abside romane a sa voûte ornée d'une clef très hardie formée d'un ange suspendu par le pan de sa robe ; la seconde contient un retable en pierre entièrement mutilé ; la troisième, celle de la famille Leclerc, montre des nervures retombant sur des angelots tenant des écussons. La quatrième chapelle a été construite par l'évêque Pierre de Fontenay (-J- 1499), qui y fut inhumé. Des angelots, qui planent, les ailes ouvertes et portant les écussons du prélat, soutiennent les nervures de la voûte et trois consoles autrefois garnies de statues. Sur l'une d'elles, on a placé la statue

mutilée d'un évêque à genoux. Cette chapelle est fermée par une belle clôture de pierre exécutée en 1550 dans le style italien et composée d'un entablement couronné d'une corniche très saillante et d'un fronton cintré porté par quatre colonnes corinthiennes. De chaque côté de la porte, deux colonnettes ioniques, reposant sur un soubassement à hauteur d'appui, occupent les ouvertures. A gauche, une petite porte à arcatures trilobées du xiii'^ siècle ouvre sur un escalier conduisant aux combles.

PhoLo Neurdein.

La cathédrale Saint-Cvr. — Abside.

Sortons maintenant par la Porte de L,oire, voisine de cette chapelle, pour jeter un coup d'œil sur l'extérieur de la cathédrale, dont la masse s'étend devant nous, formant une pyramide un peu touffue de contreforts, d'arcsboutants et de pinacles, reliés en faisceau par la galerie d' arcatures et de colonnettes qui court, comme un ruban de broderie, à la naissance des combles. Au milieu de la toiture s'élève un petit clocheton octogonal reconstruit au xvni"^ siècle pour abriter les cloches destinées à convoquer le chapitre. A l'ouest, enfin, se dresse la tour qui sert de campanile. Elle a été commencée à la fin du xv^ siècle, mais presque entièrement construite entre 1509 et 1528. C'est un bel édifice carré, flanqué aux angles de quatre

tourelles à pans, dont l'une renferme un escalier à vis ; elle est divisée en trois étages par des galeries délicatement ajourées, reposant sur des corniches de feuillages, d'où émergent des gargouilles. La plate-forme supérieure est surmontée d'une sorte de guérite tapissée d'arcatures aveugles et d'opulentes feuilles de chou frisé et de chardon ; cette guérite, qui termine la tourelle d'angle de l'escalier, est elle-même couronnée d'une élégante balustrade à jour et d'un rang de gargouilles. Aux divers étages les parois de la tour sont ajourées de grandesbaies ou tapissées d'arcatures aveugles, et des niches ménagées sur les faces des tourelles d'angle abritent 43 statues, assez lourdes, de prophètes, d'apôtres et de saints, que M. Crosnier a, presque tous, identifiés.

L'abside romane, à l'ouest de la tour, a été l'objet de restaurations si aventureuses dans sa partie supérieure qu'on peut la dire dénaturée. Notamment la galerie et le fronton, qui s'élèvent au-dessus du transept, sont des inventions de l'architecte Ruprich- Robert.

Il reste bien peu de chose, sinon rien, des autres églises, chapelles ou couvents construits à Nevers au cours des xiii^, xiv^ et xv*^ siècles.

Au nord du parc s'élève le couvent Saint-Gildard. La chapelle actuelle, qui a succédé à un édifice roman, offre plusieurs parties du xiii^ siècle qui ont été soigneusement conservées par M. Paillard, lorsqu'il a reconstruit l'abbaye en 1853. Le mur sud est percé d'une porte encadrée de colonnettes à chapiteaux formés de crochets sur lesquels retombent un arc trilobé et une arcature en plein cintre. Au tympan, dans une gloire elliptique, apparaît le Christ assis, vêtu de rouge et de jaune, bénissant de la main droite et tenant un livre de la gauche. Dans des lobes sont peints à fresque les symboles des quatre Evangélistes.

Entre la rue du cloître Saint-Cyr et la rue des Jacobins se trouve l'Extérnat Saint- Joseph. Il occupe les bâtiments d'un ancien château construit au xiii^ siècle par Agnès de Bourbon qui l'abandonna aux Dominicains (ou Jacobins) en 1271. Du château lui-même, qui fut incendié en 1462, il ne subsiste rien qu'une grande porte ogivale et un puits du xiV^ siècle. Au nord de l'ancien château d'Agnès, les religieux se firent bâtir une église (aujourd'hui détruite), laquelle fut achevée en 1305, date de sa consécration, puis réaménagée en 1335 et en 1388 et de nouveau consacrée en 1405.

A l'est du Palais ducal, dans une grande cour, on voit les restes d'un couvent qui, après avoir abrité, pendant plus de deux siècles, des moines franciscains (ou cordeliers) , devint le berceau français de l'ordre des « Récollets » fondé entre 1500 et 1538. Jusqu'en 1363, ce couvent de Cordeliers, qu'on suppose avoir été appelés à Nevers entre 1270 et 1280 par la comtesse Yolande de Bourgogne, était établi en dehors de la ville, sur l'em-

placement où s'éleva plus tard le couvent des Minimes, à l'angle de la rue Félix- Faure et de l'avenue Marceau actuelles. En 1363, la comtesse Marguerite de P'rance, émue de l'état de délabrement du monastère qui était exposé aux ravages des bandes anglaises, mit à la disposition des Cordeliers une dépendance de son château. Ceuxci acceptèrent et transportèrent dans leur nouvelle maison les cendres de leur fondatrice, la Comtesse Yolande, qui leur avait confié sa sépulture. Quelques années après, en 1381, ils se firent construire une église, dont on aperçoit encore, à gauche, deux contreforts du chevet, engagés dans des constructions modernes. Dans le chœur, derrière le maîtreautel, était placé le tombeau, refait sans doute vers 1380, de la comtesse Yolande (f 1281), dont la statue de marbre noir, couchée sur le dos, les mains jointes, la tête et le menton pris dans une guimpe, a été retrouvée en 1879 et transportée à la Porte du Croux. ly'église des Cordeliers jouissait d'une grande vénération. Elle possédait , disait-on , plusieurs

reliques provenant de la vSainte-Chapelle de Paris, et elle devint, au xvi'' siècle, ■ la nécropole préférée des comtes et ducs de Nevers. Ils avaient fait aménager, dans la chapelle du Saint-Sépulcre, « un grand mausolée en marbre blanc incrusté de porphyre », où plusieurs princes et princesses de la maison de Clèves (Engilbert, mort en 1506; Charles, mort en 1521; Marie d'Albret, morte en 1525 ; I^ouis de Clèves, mort en 1545, et Marie de Clèves, morte en 1574) avaient leurs sépultures. I,éonard du Pontot, bailli de Nevers de 1523 à 1525. y avait aussi fondé deux chapelles. C'est dans l'église des Récollets

l'IiuLo .Ntsuideiii.

La cathédrale Saint-Cyr, — La tour.

que se réunirent, le ii mars 1789, les Etats pro\ànciaux du Nivernais. Une vaste cave voûtée en plein cintre, sur la rue des Ouclies, est, avec le grand portail à pilastres doriques et arc surbaissé de la cour d'entrée, construit au xva*ï siècle, le seul vestige important que l'on en puisse citer.

Le XV® siècle, enfin, avait doté notre ville d'une chapelle nouvelle, celle qu'en 1469 un riche bourgeois niveruais, Simon Carimantran, fit élever, à ses frais, en haut de la « Place du Marché au blé », sous l'invocation de la Vierge. Mais cette chapelle, qui fut plus tard dédiée à saint Sébastien, a été détruite en 1761 et il n'en reste plus trace.

Photo Lemare.

Vierge provenant de Nevers.

Pierre peinte, xiv* siècle (Musée du Louvre).

l'Iiutu Nourduin.

La Tour Saint-Eloi.

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