L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XIIP AU XVP SIÈCLE
cipale les trois rainures dans lesquelles venaient s'appliquer les bras des ponts-levis, celle de gauche correspondant à la poterne réservée aux piétons, et les deux autres à la porte cavalière. Une petite fenêtre ogivale, encadrée de colonnettes (aujourd'hui murée), éclairait la salle oii se tenaient les gardiens et les préposés à la manœuvre. Sous la voûte on distingue la glissière de la herse qu'on abaissait en cas de danger. Au-dessus du passage est encastré dans le mur un petit bas-relief daté de 1593. Il représente les armes du duc
l'hoto Neurdein.
La Porte du Croux et son Avant-Porte (xir^-xv" siècles).
Louis de Gonzague et, au-dessous, celles de la ville : un hon passant accosté de billettes. I^'intérieur est divisé en trois étages (le premier voiité sur croisées d'ogives) , qu'occupe le musée de la Société Nivernaise des I^ettres, Sciences et Arts, depuis 1852, époque où ce monument a été légué à la ville par M. de Vertpré.
L,e système de défenses de la Porte du Croux fut complété en 1417-1419 par l'adjonction d'un ouvrage avancé, qui subsiste encore en partie, à une quinzaine de mètres du pont-levis. C'était une porte flanquée d'échauguettes, placée en équerre par rapport à l'autre et qu'on pouvait fermer sans doute au moyen d'une grille et de madriers, de façon à arrêter les assaillants et à les maintenir, pendant quelques minutes, exposés de flanc
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aux coups meurtriers des archers postés sur la porte principale. Ce premier obstacle franchi, l'ennemi se trouvait « embouteillé » dans un étroit culde-sac, aboutissant au fossé rempli d'eau, particulièrement large et profond à cet endroit.
A 50 mètres environ au nord de la cathédrale se dresse, élégante et gracieuse, la demeure des anciens comtes et ducs de Nevers. D'après une note manuscrite du Fonds Clairambault retrouvée par M. de Soultrait à la Bibliothèque Nationale, la construction de ce palais remontrait au comte Jean de
Ciamecy (1464-1491), dont les devises — Ce bien en Vient; plus que penser
— étaient inscrites autrefois dans le grand escalier. Il s'élève sur l'emplacement du château bâti par les premiers seigneurs et dont il ne reste plus aucun souvenir matériel, mais que l'imagination se plaît à évoquer, avec le trouvère du xiii^ siècle, lorsqu'on relit l'Histoire du très-noble et chevalereux prince Gérard, comte de Nevers, et de la très-vertueuse, sage et belle princesse Euriant de Savoye, sa mie. C'est un long rectangle flanqué, aux deux extrémités, d'une grosse tour ronde accompagnée d'une autre plus petite et à pans coupés ; au milieu de la façade principale s'élance une tour octogonale à demi engagée, qui contient le grand escalier à vis, dont le mouvement se lit sur les fenêtres placées à des hauteurs inégales. A droite et à gauche, dans l'épaisseur des murs, on distingue deux renflements demi-cylindriques, qui sont des tourelles effacées. lycs tours extrêmes ont des toits en poivrières, contre lesquels se dissimulent de sveltes cheminées. La tour du milieu est surmontée d'une sorte de clocheton ou belvédère terminé par un épi, auquel est fixée une couronne de laurier (autrefois un cygne) formant girouette. Les combles occupent les deux cinquièmes environ de la hauteur totale de l'édifice. Ils reposent sur une corniche de choux frisés, de branches de chêne, de vigne, de grappes de raisin et de bâtons noueux (emblèmes des comtes et ducs de Nevers depuis Jean de Clamecy), sur lesquels grimpent des escargots et des écureuils. Six belles lucarnes et deux hautes cheminées quadrilobées les surmontent. Le mur, percé de quatorze fenêtres, est sillonné de cinq ou six moulures en larmier, qui accusent à dessein les lignes horizontales de la façade. Tout, dans cette façade, contribue à la satisfaction des yeux. L'ensemble est de proportions fines et harmonieuses, les masses s'équilibrent avec élégance et logique, la silhouette a quelque chose de gracieux et de distingué. La coloration même des pierres et des ardoises, formant une gamme robuste et savoureuse de jaunes, de gris et de bleus sombres, enrichie de toutes les vibrations de la lumière qui s'y reflète, ajoute un charme particulier à la beauté des lignes architecturales.