CHAPITRE II
La cathédrale. — Les vitraux. — Le triptyque du « Maître de Moulins ». — La chapelle Saint-Julien. — L'ancienne église Saint-Pierre-des-Menestreau.x. — La chapelle Babute. — La chapelle Sainte-Claire. — Le couvent des Carmes et l'église Saint- Pierre actuelle.
L'époque gothique est, au point de vue de l'architecture rehgieuse, assez imparfaitement représentée à Mouhns. Le monument le plus important est le chœur de la Cathédrale. La première pierre en a été posée en 1468 par la duchesse Agnès de Bourbon. Cette église devait remplacer la chapelle Saint- Pierre qui avait été érigée en collégiale en 1386 et dont il ne reste plus rien. IvCS travaux furent probablement entrepris par Jean Poncelet, maître des œuvres de Jean II. Malheureusement il fallut les suspendre en 1508. Le chœur était construit et, en attendant m'eux, on le ferma à l'ouest par un
pignon orné d'une rosace, de rampants et de pinacles, lequel servit de façade à l'édifice jusqu'en 1854. A cette époque, les architectes L,assus et Millet furent chargés de continuer la construction, qui fut achevée seulement en 1876. Nous ne nous arrêterons pas sur l'œuvre savamment archaïque conçue par les deux architectes modernes, qui se sont acquittés en conscience d'une tâche difficile. Nous ferons simplement remarquer qu'ils ont préféré au style flamboyant celui du xiii^ siècle, qui leur paraissait de meilleur gottt. Les statues de saints ou d'évêques, qui ornent la façade, sont de la main des sculpteurs Chenillon, Fromanger, Denécheau, Gaudran, Michel Pascal. Les fresques du porche, peintes à la cire, sont de Lameire.
C'est pour le chœur que nous réserverons notre admiration. Il est de proportions élancées, d'un style homogène et harmonieux, qui unit à l'élégance des masses et à la souplesse des lignes le raffinement savoureux des détails. Vu du dehors, le chevet a la forme d'une pyramide à deux étages s'élevant sur une base carrée. L'étage inférieur correspond aux combles des chapelles rayonnantes ; l'étage supérieur, à la naissance des combles du chœur. Ils sont soulignés par des balustrades à arcatures éperonnées, reliés entre eux par une série d'arcs-boutants légèrement infléchis, et de larges baies à remplages flamboyants en font comme une brillante cage de verre. L'intérieur donne une idée de la hardiesse ingénieuse avec laquelle l'architecte gothique savait vaincre les difficultés. Limité à l'est par la rue qui l'obligeait à restreindre le développement du chœur, il n'hésita point à supprimer de ce côté les chapelles rayonnantes, et même celle de la Vierge, pour se contenter du seul déambulatoire transformé en galerie rectangulaire. Seulement, afin de masquer la ligne droite du mur terminal et de ménager à l'œil une perspective pittoresque, il a eu soin de disposer, à chaque extrémité de cette galerie, un énorme pilier, sorte de palmier de pierre, sur lequel vient se rassembler une vigoureuse gerbe de nervures. A l'angle sud, s'élève, en outre, une gracieuse tourelle d'escalier qui conduisait jadis au vestiaire des chanoines. Et les vitraux profonds, peuplés de figures lointaines, projettent sous les voûtes une féerique et charmante pénombre, nuancée de pourpre, de vert, d'or et d'azur, derrière laquelle le sanctuaire semble s'élargir à l'infini.
Ces vitraux sont précieux à tous égards. Ils constituent la plus brillante parure de la collégiale. Ils font le plus grand honneur au talent de nos peintresverriers de la fin du xv^ et du début du xvi<^ siècle. Et, au point de vue iconographique et historique, ils offrent un intérêt de premier ordre.
La technique en est assez compHquée. L'effet est obtenu, en général, par l'emploi simultané des trois procédés suivants : 1° des morceaux de verres teints dans la pâte réunis par des plombs ; 2° des applications",d'émail pour
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souligner les formes ; 3° des morceaux de verres blancs, colorés au pinceau, et rendus transparents au moyen de fondants.
Nous examinerons successivement ces vitraux, en commençant par l'extrémité nord de la galerie du chœur, à gauche de la porte qui ouvre sur la rue François-Péron.
Le premier, le plus beau de tous, est consacré à sainte Catherine, dont la grande figure, œuvre du xvi^ siècle, a été ajoutée après coup dans un vitrail de la fin du xv^. Elle tient un livre et une longue épée. et foule aux pieds un personnage à turban, qui est probablement l'empereur Maxence. Elle porte de longs cheveux blonds, un collier d'or, un manteau de pourpre à doublure et collet d'hermine, fixé par une agrafe d'or entourée de perles, et, par-dessous, une robe bleue de damas à ramages entremêlés d'animaux fantastiques, parmi lesquels un oiseau combattant une chimère ; dans le bas de la jupe, on lit la devise brodée RAISON P. TOUT. L,'image de la sainte se détache sur un fond riche, formé d'une étoffe de damas vert bordée d'or et de perles. Audessus règne un dais d'inspiration italienne, orné d'une frise de rinceaux reposant sur des consoles où grimpent des enfants nus. De chaque côté de sainte Catherine, le vitrail est divisé en deux compartiments, où, sous des dais gothiques rehaussés d'or, se tiennent les princes donateurs avec leurs patrons. A l'extrémité droite, on voit le duc Jean II à genoux, tête nue, les mains jointes, vêtu d'un ample manteau de pourpre et d'une robe rouge à collet de fourrure. Cette figure glabre, aux joues sillonnées de rides, aux yeux profonds et fixes, modelée dans la lumière, a une expression de vie intense. Derrière le duc, se tient debout saint Jean-Baptiste, vêtu d'une tunique blanche attachée par des cordes sur le bras droit et recouverte d'un manteau bleu. A côté de lui est saint Charlemagne, la tête nimbée, portant de longs cheveux et la couronne impériale, un glaive dans une main et le globe dans l'autre. Il est vêtu d'un manteau.de pourpre retenu par une riche agrafe, d'une armure d'or et d'une cotte de mailles. C'est le patron du personnage représenté dans le compartiment voisin et qui est un des frères de Jean, le cardinal Charles II de Bourbon. De l'autre côté de sainte Catherine, à gauche, est figurée Catherine d'Armagnac, femme de Jean II, à genoux, les mains jointes tenant son chapelet, coiffée d'une capeline brune et vêtue d'une robe sombre garnie de fourrure. Derrière elle, se tient debout sainte Anne enseignant à lire à la Vierge. I^e compartiment d'à côté montre Anne de Beaujeu en prière, vêtue d'un corsage brun à ganses d'or, la tête coiffée d'une capeline noire, un médaillon d'or accroché sur le haut du front. A côté d'elle sont agenouillés son mari, le duc Pierre II, en robe de pourpre, les cheveux ras, sa fille Suzanne et son fils Charles, mort en bas âge, et au-dessus duquel apparaît un ange.
Iva partie supérieure du vitrail, divisée en cinq compartiments par les ramifications des meneaux, représente des scènes de l'histoire de sainte Catherine : à gauche et en bas, la sainte essaye de convertir l'empereur Maxence ; à droite, elle discute au prétoire d'Alexandrie avec les rhéteurs ; au centre, sur le point d'être livrée au supplice, elle prie Dieu et la roue éclate si violemment qu'elle tue quatre mille gentils ; en haut, à gauche, elle est déca-
rtiuLu SclmiluWbki.
Cathédrale. — Vitrail de Sainte-Catherine.
pitée ; à droite, cinq anges emportent avec précaution sa tête et son corps au ciel.
De chaque côté voltigent un ange musicien et des banderolles sur lesquelles on lit le mot CATERINA.
I/C second vitrail représente, en grisaille, le Christ en croix sur fond bleu, entouré de la Vierge, sur fond rouge, et de saint Jean, sur fond vert.
I^e troisième, maladroitement restauré, est divisé en trois compartiments simulant l'intérieur d'une église gothique du style le plus fleuri. Au centre, sous un dais de velours, la Vierge est assise, tenant sur ses genoux l'enfant Jésus. Elle est vêtue d'une robe violette bordée d'or, garnie de perles et de diamants et recouverte d'un manteau bleu doublé d'hermine. Derrière elle
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sont en adoration six anges vêtus de blanc et d'étoles d'or. Les compartiments extrêmes sont occupés par les deux donateurs — non encore identifiés — le mari étant assisté de saint Pierre et la femme (à laquelle on a substitué par mégarde un homme détaché d'un autre vitrail), de sainte Barbe.
Le quatrième vitrail orne l'ancienne chapelle des seigneurs de Ivécluse. Il montre, en bas, l'arbre de Jessé, donnant la généalogie de tous les ancêtres de la Vierge et du Christ depuis le roi David. La partie supérieure, dans un excellent état de conservation, représente la légende de Joachim et sainte Anne : en haut et à gauche on les voit vêtus, l'un d'un manteau rouge et d'un capuchon violet, et l'autre d'une robe bleue, l'escarcelle à la ceinture, distribuant des aumônes aux pauvres infirmes. A droite, ils offrent chacun un agneau au Seigneur. Au-dessous, Joachim, retiré dans le désert avec ses moutons, se désole de n'avoir point d'enfants, tandis que, de son côté, sainte Anne supplie Dieu de lui accorder la fécondité. Enfin, deux anges leur ayant annoncé que leurs vœux seraient accomplis, les deux époux se rencontrent sous la porte Dorée.
En continuant au delà de l'escalier des Chanoines, on trouve un cinquième vitrail. Il retrace, en quatre panneaux, la vie des martyrs condamnés sur terre et glorifiés au ciel. Dans un coin, on lit les trois lettres 1k. HSi- %■ en caractères gothiques.
Le sixième vitrail, exécuté vers 1558, décore l'ancienne chapelle des Auberj^ Il évoque, d'une façon pittoresque, les principaux épisodes d'une croisade. Le donateur agenouillé est Geoffroy Aubery, maire de Moulins de 1552 à 1553. Derrière lui sont ses quatre fils et il est assisté de Godefroy de Bouillon, la famille Aubery prétendant descendre de l'un des plus fidèles compagnons de l'illustre preux. La donatrice est sa femme, Claude Chabas, présentée par son patron, l'archevêque saint Claude. Ses deux filles sont agenouillées derrière elle.
Le septième vitrail occupe la chapelle fondée au milieu du xvi^ siècle par Charles Popillon, argentier du duc de Bourbon. C'est sans doute ce personnage qui est représenté ici, avec sa femme Marie Brinon et ses fils. On voit dans les divers compartiments l'Annonciation et l'Assomption de la Vierge, le Christ bénissant et divers épisodes empruntés à la légende des deux saints Jean.
La chapelle suivante appartenait, à la fin du xv^ siècle, à la famille Brinon. Mais le vitrail est daté du milieu du xvi^ siècle par les éléments architectoniques de style Renaissance qu'il renferme. Il est consacré au martyre de sainte Barbe, qu'il montre successivement dans l'intérieur de sa tour avec les anges, refusant d'adorer les idoles, tenaillée et battue de verges.
Traversons la nef et parcourons les chapelles du côté nord. Nous passons la première. L,a seconde est décorée d'un vitrail en fort mauvais état, où l'on distingue pourtant quatre scènes de la légende de Madeleine : la sainte écoute prêcher Jésus-Christ, elle lui lave les pieds chez Simon, elle baptise les Mar-
riioto .Neurdein.
La cathédrale. — Nef centrale.
seillais, et, tout en haut, quatre anges emportent son corps qui se volatilise et dont on ne voit plus que les pieds.
lyC vitrail de la troisième chapelle, propriété de la famille I,e Tailleur à la fin du xv"^ siècle, est divisé en cinq compartiments. I^es trois de droite offrent le Christ en croix entouré de la Vierge et de saint Jean. Les deux autres compartiments sont occupés par les images des donateurs. On voit, à gauche, Isabeau Le Tailleur, femme de Michel Cordier, consul de Moulins de 1423 à
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1424, présentée par une sainte. Elle porte une coiffure originale formée d'une résille d'or posée en pointe sur le front et laissant retomber sur les oreilles les coins d'un fin mouchoir. Un peu plus loin, saint Gilles, caractérisé par sa biche, apparaît derrière un personnage entouré de ses six enfants et qui est sans doute Gilles Le Tailleur, argentier du duc Charles I^'^ en 1448.
he vitrail de la quatrième chapelle est consacré aux légendes mêlées des deux saints Jean et celui de la cinquième, qui appartenait à la famille Chanteau à la fin du xv" siècle, reproduit trois traits de la vie de sainte Elisabeth de Hongrie : a gauche, la sainte écoute avec humilité le prédicateur ; en haut, revêtue du costume de l'hôpital de Marburg, elle distribue des aumônes ; à droite, des miracles s'accomplissent devant son tombeau. Dans la partie inférieure du vitrail on voit les deux saints Jean, derrière Jean Chanteau, qui fut maître des comptes du duc Pierre II et premier maire de Moulins (1518-1530). Il est vêtu d'un habit brun et rouge doublé de fourrure et coiffé d'une cape. Peut-être la femme représentée sur la gauche est-elle sa digne épouse. Bonne Filhol, assistée de saint Bonnet, évêque de Clermont.
I^es trois verrières hautes du chœur, exécutées au xvi'' siècle par un artiste vivement épris de la Renaissance, si l'on en juge d'après les jolis fragments conservés çà et là, ont été presque entièrement refaites au cours du xix*^ siècle. La moins endommagée, celle du centre, qui représentait la mort de la Vierge, a été restaurée en maint endroit par Thibaut en 1842. Les deux autres, offrant l'Annonciation et le Couronnement de la Vierge, ont été refaites en 1886 par le peintre verrier Noël Lavergne.
Si précieux qu'ils soient, les vitraux ne sauraient faire oublier un certain nombre d'autres œuvres d'art qui décorent l'antique collégiale et dont il nous reste à parler.
Notons d'abord que le chœur a été privé, à la fin du xv!!!*^ siècle, de ceux de ses ornements qui, avec les vitraux, lui donnaient le plus de caractère, c'est-àdire de son jubé et de ses stalles en bois sculpté du xvi" siècle, ainsi que des quatre belles grilles en fer forgé et doré exécutées, vers 1770, par les maîtres serruriers Boyer et Paradis et qui furent brisées sous la Révolution. De tout cela, il ne subsiste que trois des bas-reliefs qui ornaient la face intérieure du jubé (démoli en 1769) et qui ont été adaptés à l'autel de la chapelle du Saint-Sacrement : ces œuvres, d'un excellent travail, représentent la montée de la Vierge au calvaire, son Assomption et son Couronnement (deux ou trois autres panneaux de la même série se voient encore au maître autel de l'église de Villeneuve-sur- Allier) .
Dans la chapelle haute du chœur est exposée une curieuse statue en bois dite « la Vierge noire ». Marie est représentée en négresse, assise sur une
chaise romane auvergnate, que ses arcs en mitre datent du xi" siècle. Elle tient l'enfant sur ses genoux. Les deux statues sont enveloppées, comme
des momies, d'une toile enduite d une pâte brune à la résine. Elles ont les yeux garnis d'une matière blanche.
Au-dessous du chœur, une sorte de caveau abrite une grande mise au tombeau en marbre qui semble avoir été sculptée dans le courant du xyi^ siècle. Dans le mur de la chapelle Saint-I,ouis, est encastré un de ces bas-reliefs
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d'inspiration macabre si fréquents au xvi^ siècle : il montre un cadavre couché sur un sarcophage et rongé par les vers. Il porte la date de 1557. I,e xviil® siècle est représenté par trois statues de style maniéré : un saint Christophe en marbre, une sainte Apollonie en bois (placés dans le chœur, à l'entrée de la porte septentrionale) et une Vierge en assomption, statue en marbre provenant de l'abbaye de Sept-Fons et reléguée, paraît-il, à cause de son exubérance, dans la sacristie des chanoines. Et pour en finir avec la sculpture, nous signalons, dans l'agence de l'architecte diocésain, un petit calvaire de la fin du xV siècle, haut-relief en pierre d'un travail admirable, portant les armes du cardinal Charles II de Bourbon.
Les peintures sont plus rares. Dans l'église même, une seule toile à citer : une Nativité, peinte à Venise en 1694 par P. Parrocel. Elle décore la chapelle de la Vierge. C'est une œuvre intéressante, dans le goût du Corrège et de Mignard : sous un chœur d'anges, la Vierge, en robe rose et manteau bleu, assise près de la crèche, soulève du bout des doigts le lange qui recouvre l'enfant Jésus. Mais dans la sacristie des chanoines, à côté d'un médiocre tableau de 1606, dédié à la famille Aubery, brille la perle de la Cathédrale, le merveilleux triptyque universellement connu, chef-d'œuvre d'un illustre anonyme (Jean Perréal, peut-être ?), qui est la gloire de l'Ecole française de la fin du XV® siècle et auquel on rend provisoirement le plus sublime hommage en l'appelant « le maître de Moulins ».
C'est une peinture à l'huile, sur bois, exécutée vers 1498 pour le duc Pierre II et Anne de Beaujeu, dont le monogramme enlacé de la Ceinture d'Espérance figure au bas du cadre. Le panneau central, qui mesure '^-^,$7 de haut sur i'",3i de large, représente la Vierge au ciel, telle qu'elle est décrite au chapitre xii de l'Apocalypse, « drapée de soleil, ayant la lune sous ses pieds, couronnée de douze étoiles ». Elle est assise dans un fauteuil et penche sa tête vers son enfant qu'elle tient sur les genoux et qui bénit. Elle porte de longs cheveux flottants, une robe verte doublée d'hermine et un manteau de pourpre retenu par une tresse d'or fixée à six grosses perles. Elle se détache sur un fond de lumière formé de cercles concentriques nuancés de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Au-dessus de sa tête, deux anges émergeant des nuages tiennent une couronne d'or et de pierreries, où étincellent douze étoiles. A une distance respectueuse, formant comme un vivant chapelet autour de la Vierge, douze anges, groupés trois par trois, s' abandonnent, dans des attitudes d'une candeur adorable, à l'extase la plus fervente.
Sur les panneaux, à droite et à gauche, saint Pierre et sainte Anne présentent à la Vierge les illustres donateurs, le duc Pierre II, vêtu d'un grand manteau de pourpre doublé d'hermine, et sa femme, Anne de Beaujeu, accom-
pagnée de leur fille Suzanne. La duchesse est vêtue d'un surcot d'hermine garni d'un orfroi en drap d'or, tout couvert de perles et de pierreries. Son manteau rouge est doublé d'hermine. Elle porte sur la tête une couronne de perles. Ces trois figures de donateurs sont évidemment des portraits. Elles ont été
Photo Neurileiu.
L'hôtel Moret et la chapelle Babute.
exécutées, d'après nature, par un artiste sincèrement épris de la vie. I,e triptyque, dans son ensemble, est une œuvre comparable aux meilleures toiles de Memlinc et de Gérard David, tant par l'élégance du dessin et l'harmonie de la composition, que par la suavité du coloris.
I,es panneaux fermés offrent encore une savoureuse grisaille représentant l'Annonciation de la Vierge.
En dehors de la collégiale, les xiye et xv^ siècles ont doté Moulins de quelques autres églises ou chapelles qui présentent un intérêt secondaire.
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Certaines d'entre elles ont disparu sans laisser de traces, par exemple : sur l'emplacement des n°' 26 et 28 de la rue d'Allier, la chapelle de l'Hôpital de Saint- Julien, qui fut comme l'Hôtel des Invalides des ducs de Bourbon ; sur la place de la Bibliothèque, l'égHse Saint- Pierre-des-Menestreaux, qui avait
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L'église Saint-Pierre.
été construite entre 1400 et 1450, et dont le clocher était le plus élevé de la ville; sur l'emplacement de l'église du Sacré-Cœur, la chapelle du couvent des Jacobins, fondé vers 1515-1520 par le connétable de Bourbon. D'autres ont subi des bouleversements qui les ont rendues méconnaissables, comme la chapelle Babute, dont on aperçoit encore le pignon près de l'hôtel Moret, et la chapelle Sainte-Claire, construite pour les Clarisses en 1421, et dont la façade, fort détériorée, donne sur la rue de la Comédie. I^a chapelle de l'hôpital Saint-Gilles bâtie à la fin du xye ou au début du
LES MONUMENTS RELIGIEUX DU XIV AU XVl" SIÈCLE 125
xvi^ siècle et actuellement utilisée par le pensionnat du même nom, est une construction fort modeste, pour ne pas dire insignifiante. I^a seule qui ait gardé quelque importance artistique est l'église Saint-Pierre. Elle a été construite entre 1470 et 1497, pour remplacer l'ancienne église du couvent des Carmes fondée en 1352, et détruite par les troupes de Jean-Sans-Peur en 1411. I/e clocher a été ajouté à la fin du xrx^ siècle. La façade principale crie misère. 1,'intérieur est plus intéressant. C'est un grand vaisseau à nef unique flanquée de chapelles et voûtée sur nervures prismatiques. C'est, d'ailleurs, tout ce qui reste du monument primitif. Les vitraux anciens, qui étaient particulièrement remarquables, ont péri entièrement et ont été remplacés par des modernes. Le maître-autel, formé de colonnes de marbre aux chapiteaux décorés de masques tragiques soutenant un fronton brisé, et la grande tribune élevée au-dessus de l'entrée sont des adjonctions du xvii^ siècle, qui ne méritent peut-être pas tout le dédain qu'on en fait. La tribune surtout a un certain caractère. Elle se présente sous l'aspect de deux petits arcs de triomphe superposés, formés chacun de trois arcades reposant sur des piliers ornés de consoles. L'entablement inférieur offre, en son milieu, un cartouche décoratif. Sur la corniche supérieure sont deux statues, un Christ en croix et une Vierge agenouillée, provenant d'un ancien calvaire.
Dans l'ancienne salle capitulaire on a recueilli un certain nombre de tableaux (œuvres de divers peintres du xvii'' siècle, tels que le Flamand François Franck, J. Perrier, etc.), qui ornaient autrefois l'église.
Photo Neurdein.
Le palais de Justice (ancien collège des Jésuites)