CHAPITRE III
LA RENAISSANCE ET LES TEMPS MODERNES
Moulins après 1521. — L'hôtel La Ferronnaye. — Le xvii° siècle : hôpitaux et couvents. — L'ancien collège des Jésuites. — La chapelle de la Visitation et le tombeau du duc de Montmorency. — La halle au blé. — Les hôtels particuliers. — Les nouvelles fortifications. — Le xviii" siècle : Le pont de Régemortes. — Le château d'eau. Les casernes. — Les « Cours ». — Les hôtels particuliers. — Le xix" siècle : Le lycée. — L'Hôtel de Ville. — Le théâtre. — L'église du Sacré-Cœur. — La caisse d'épargne.
La trahison du connétable de Bourbon, Charles de Montpensier, gendre de Pierre II et d'Anne de Beaujeu, fut fatale à Moulins. Après la confiscation du duché par François I^"", en 152 1, la ville, devenue apanage de la couronne, ne reverra plus jamais un déploiement d'art et de luxe comme celui dont elle avait brillé depuis l'avènement de Louis IL Jusqu'en 1661, elle ne sera plus guère qu'une grande et mélancolique maison de retraite mise en douaire à la disposition des veuves des rois de France. Et lorsqu'en 1661, le Grand Condé échange avec Louis XIV le duché d'Albret contre le Bourbonnais, il ne se soucie pas de rendre à la province l'activité qu'elle a perdue : ni lui, ni ses héritiers ne s'intéressent à l'embellissement de Moulins, préférant vivre
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dans leur somptueuse résidence de Chantilly, et les intendants, quelles que soient leur bonne volonté et leur \-aleur administrative, ne possèdent évidemment ni l'autorité, ni les ressources suffisantes pour refaire du Bourbonnais le grand centre artistique qu'il avait été. Si la province et sa capitale se développent, désormais, c'est presque exclusivement sur le terrain commercial et agricole.
Pholo Srluirlowski.
L'hôtel de la Ferronnaye.
On ne s'étonnera donc pas de trouver sous la plume d'un écrivain du début du XVII*' siècle une description de Moulins, qui prouve que, dès cette époque, la ville offrait la physionomie qui, somme toute, la caractérise encore aujourd'hui. Zinzerling (Jodocus Sincerus) note en effet, en ces termes, dans son Itinerarium Galliae, publié à lyyon en 1612, l'impression qu'il a gardée de Moulins : « Quand on arrive de Bourges et qu'on descend la colline située à une demi-lieue à l'ouest, on a une vue vraiment délicieuse au printemps et en été. Est-ce une ville, un jardin ou une forêt, on se le demande, à voir ce
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massif d'arbres touffus, à peine entrecoupé de tours et d'édifices qui surgissent çà et là. I^a ville est petite... elle renferme des places propres et des maisons élégantes... Deux très vastes prairies, dites « Champ-Bonnet », s'étendent en amont et en aval de l'Allier, et les jours de fête, lorsqu'il fait beau, surtout vers le soir, vous y voyez se promener la fleur de la cité, ainsi que font les habitants d'Angers au Champ-des-Germains et ceux de Lyon sur la place Bellecourt. »
lyC Moulins décrit par Zinzerling ne différait sans doute pas sensiblement de celui qu'avait habité Anne de Beaujeu. En effet, sauf quelques maisons particulières comme celles qu'on voit encore rue de l'Ancien-Palais (n" 9)
— un coquet logis tout empreint d'humanisme, qui servit de Palais de Justice
— place de l'Ancien-Palais (no 4), rue de Berwick (n° 4), et surtout rue de Paris, au n° 7, où se trouvait l'hôtel de la Ferronnaye, on peut dire que la Renaissance n'a rien produit de remarquable à Moulins dans la seconde moitié du xvi^ siècle. La façade de l'ancien hôtel de la Ferronnaye constitue un excellent spécimen du style Henri II. Le balcon en fer forgé est porté par deux élégantes cariatides faites de torses de femmes se terminant en feuilles d'acanthe. Jusqu'en 1792, un bel aigle en pierre figurait entre ces deux cariatides. Le tympan de la porte cochère est décoré de deux torses d'hommes terminés en feuillages et les vantaux, surmontés d'une large frise de feuilles d'acanthes sont ornés de deux bustes de femmes en hauts reliefs encadrés de losanges.
Le xviie siècle a surtout construit des couvents et des hôpitaux.
Les deux hôpitaux subsistent encore. L'un, l'hôpital Saint-Joseph, sur la place de la Liberté, a été fondé, vers 1650, par la duchesse de Montmorency ; l'autre, l'Hôpital Général, sur la route de Paris, date de 1658. Ces deux bâtiments, d'une architecture fort simple, sont caractérisés par l'emploi des briques noires et rouges disposées en losanges et produisant avec la pierre de taille un effet de polychromie assez original. Ils possédaient une très belle collection de pots de pharmacie en faïence de Nevers, dont ils se sont malheureusement défaits il y a quelques années.
On ne compte pas moins de dix couvents élevés entre 1600 et 1682 : les Capucins, en 1601 ; les Jésuites, en 1605 ; les Visitandines et les Ursulines, en 1616 ; les Augustins, en 1617 ; les Minimes, en 1622 ; les Chartreux, en 1625 ; les Carméhtes, en 1628 ; les Bernardines, en 1650 et les Filles de la Croix, en 1682.
La plupart de ces étabhssements fur-ent détruits en 1793. Ce qu'il en reste aujourd'hui se réduit à peu près uniquement à l'ancien collège des Jésuites et à la chapelle des Visitandines, dont nous allons entretenir le lecteur. Parmi les autres, il en est un surtout dont on peut regretter la disparition, c'est le
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couvent des Carmélites, qui était situé dans la rue de Decize. Il possédait une très remarquable chapelle construite, dit-on, sur les plans de François Mansart, par Lemercier, l'architecte du cardinal de Richelieu, qui l'avait terminée en 1649. ha façade se composait de quatre pilastres d'ordre corinthien surmontés d'un fronton contenant un bas -relief sculpté par Thomas Regnaudin {L'arrivée en France et le débarquement des religieux du Mont-Carmel en 1238). Vintérieur était d'ordre ionique. I^e maître-autel était en marbre blanc, ainsi que celui de la chapelle Saint-Gabriel, lequel était orné d'une Annonciation de la Vierge, aussi de Regnaudin.
Le collège des Jésuites, aujourd'hui Palais de Justice, a été construit, en 1605, sur les plans du P. Martellange par l'architecte Jean Harrel. Honoré d'Urfé, l'auteur de VAstrée, avait fourni les fonds nécessaires. I,e bâtiment se compose d'un pavillon flanqué de deux petites tourelles carrées auxquelles se rattachent en
retour d'équerre deux longues ailes. A chaque extrémité de celles-ci s'ouvre un portail monumental encadré de quatre pilastres doriques et surmonté d'un entablement. Au centre du pavillon principal, se détache une haute lucarne ornée de consoles et couronnée d'un fronton cintré. L'architecte est resté fidèle, jusqu'à un certain point, aux traditions de la Renaissance française par l'importance qu'il donne à l'élévation des combles et par l'effet de polychromie sobre et gaie qu'il obtient en associant intimement les briques
l'iioto Neurdi'in.
Ancienne chapelle de la Visitation. [Lycée Banville).
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roses et noires et les ardoises bleutées aux chaînages de pierre jaune. L'intérieur a été complètement modifié. La pièce qui a gardé le plus de son aspect original est une petite chapelle construite au milieu du xvii<^ siècle et où siège aujourd'hui le Tribunal Civil. Elle possède un plafond où l'on voit, dans un
"t" Niurdein
Ancienne chapelle de la Visitation. Tombeau du duc de Montmorency.
riche décor en trompe-l'œil, la Vierge s'échappant du sépulcre et montant au ciel parmi des vols d'anges et des guirlandes do roses.
La chapelle de l'ancien couvent des Visitandines, actuellement affectée au Lycée Banville, est plus remarquable encore. Elle a été immortalisée par le Tombeau du duc Henri II de Montmorencj'.
La première pierre de cette chapelle, œuvre de l'architecte Lingré, fut posée en 1648 par la veuve de l'infortuné maréchal, alors supérieure du couvent des Visitandines où elle s'était retirée après le supplice de son mari. La
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façade est un spécimen du style jésuite dans le goût sobre. Elle se compose de deux couples de pilastres toscans reposant sur un socle très élevé et flanqués de contreforts évidés en consoles. Les chapiteaux supportent un entablement et un fronton triangulaire. Entre les soubassements des pilastres s'ouvre le portail couronné d'un fronton cintré, au-dessus duquel règne une corniche. Une grande lucarne circulaire occupe le milieu de la façade.
L'intérieur offre la même simplicité de Hgnes et de décoration. Le plan est en forme de croix latine avec coupole sur la croisée du transept. L'existence de cette coupole était à l'origine marquée à l'extérieur par un clocheton qui
PtioLo Siiiarlowski.
La Charité. Bas-relief par Poissant. (Ancienne cliapelle de la Visitation).
a disparu. Le maître-autel est d'un dessin élégant. Il se compose de deux couples de colonnes en marbre noir reposant sur un socle de marbre blanc et noir. Au-dessus régnent un entablement et un fronton triangulaire en marbre blanc orné de modillons et, au centre, d'un pélican en haut relief. Enfin, tout au sommet de l'édifice, est placé un calvaire. Les statues en marbre de la Vierge et de saint Jean, d'un style un peu froid, sont du sculpteur picard Thibaut Poissant (1605-1668). Les colonnes sont flanquées des statues de saint Augustin et de saint Joseph. Le tableau d'autel est une œuvre intéressante de Pierre de Cortone. Il représente la Vierge au temple entourée du pape Sixte Quint et de plusieurs membres de la famille des Orsini (ou des Ursins), à laquelle appartenait la duchesse de Montmorency. Le tabernacle d'ébène et de cristal taillé est un don de cette dernière.
A gauche s'élève le fameux tombeau, qui, par la richesse et l'harmonie de
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la composition, la profusion des ornements, la beauté de la matière, la perfection du travail, la prédominance des éléments classiques et profanes, mérite d'être cité comme un des spécimens les plus accomplis de la grande sculpture funéraire au temps de Mazarin. Le monument comprend d'abord un sarcophage en marbre noir, sur lequel reposent, assises à la manière antique, les statues en marbre blanc du duc et de la duchesse. Le maréchal, vêtu à la romaine, dans le costume héroïque, s'appuie sur un casque et retourne avec mélancolie la tête du côté des statues d'Hercule et
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l'iioto Neuiiliiu.
Ancienne iiaiie au blé.
d'Alexandre qui sont à gauche. La duchesse noblement drapée, les mains croisées sur ses genoux, les yeux levés, exprime à la fois la douleur et la résignation chrétienne. De chaque côté, deux statues symbolisent les vertus principales du duc et de la duchesse : la Force (sous les traits d'Hercule) et la Générosité. Derrière le sarcophage, sur un socle de marbre noir et veiné, s'élève une sorte de portique formé de quatre colonnes en marbre noir, à chapiteaux composites, surmonté d'un entablement et d'un fronton en marbre blanc. Dans les entrecolonnements extrêmes, deux niches abritent les statues d'Alexandre en guerrier romain et de la Foi. Au centre, se détache sur un fond de marbre noir une urne finement ciselée, sur laquelle retombe une guirlande de laurier soutenue par deux petits génies. Au-dessus du fronton deux autres génies tiennent le bâton du maréchal, ses armoiries et ses
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attributs maritimes (car il avait été aussi Grand Amiral), disposés en trophée.
lyC monument, conçu par François Anguier, fut exécuté à Paris dans l'atelier de ce sculpteur, entre 1648 et 1651. D'autres artistes y collaborèrent : Michel Anguier fit les statues d'Hercule et d'Alexandre; Thomas Regnaudin, celle de la Foi ; Thibaut Poissant, les ornements.
Vis-à-vis du tombeau s'ouvre le « chœur des religieuses », la chambre où mourut la fondatrice du couvent, M'"'' de Chantai, grand'mère de M"^^ de Sévigné. ly'arc sous lequel on passe a un tympan orné d'un très joli bas-relief
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Le boulevard de la Préfecture.
de Poissant, qui représente La Charité sous les traits d'une femme entourée de cinq enfants, dont l'un est suspendu à son sein. De chaque côté sont deux grandes statues, d'un type très classique, symbolisant l'Espérance et la Foi, oeuvres du même artiste. I^e plafond du chœur des religieuses, à pans coupés et inclinés, décoré de pilastres en trompe-l'œil, de fruits et de guirlandes de chêne et de laurier, encadrant une série de tableaux exécutés par quelque élève de Simon Vouet ou de Ivesueur, produit un effet décoratif remarquable. On y voit représentées, au centre, V Assomption de la Vierge ; sur le pourtour, la Naissance de la Vierge, la Fuite en Egypte, la Mort de la Vierge, la Vierge triomphante ; dans les compartiments latéraux, la Présentation de Jésus au temple et la Présentation de la Vierge, accompagnées des figures allégoriques de la Charité et de la Religion, de la Foi et de l'Espérance, puis l'Annonciation,
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entre la Fidélité et la Prière, et Saint Jean enveloppé de nuages, entre la Modestie et l'Etude.
En dehors des hôpitaux et des couvents, le xvii^ siècle n'a doté Moulins d'aucun édifice considérable. La construction la plus intéressante était sans doute la Halle au blé, dont il reste quelques arcades au coin de la rue Diderot, derrière la Cathédrale. I^a tradition qui en attribue le dessin à François Mansart ne repose sur aucun document. I,es hôtels et maisons particulières aussi
riiota .Ntiurdein.
La place d'Allier et l'église du Sacré-Cœur.
sont rares. Il en subsiste pourtant quelques spécimens dignes d'attention. Par exemple, au n° 44 de la rue de Paris, l'hôtel où est né le maréchal de Villars. Le portail encadré de ses claveaux à redents, où s'inscrit un gros tore rubanné orné de fleurons, a un caractère monumental. I,a maison située à droite de l'Hôtel de Ville montre une jolie porte d'entrée encadrée de deux élégantes colonnes cannelées. La maison n° 8 de la Place de l'Ancien-Palais, formée d'un pavillon central flanqué de deux ailes en retour d'équerre, est ornée d'une corniche de briques disposées en dents de scie d'un travail curieux. L'ancien hôtel d'Ansac, qui fut l'évêché avant de devenir l'école municipale de dessin (rue Diderot, no 12), est d'une architecture assez indigente. La maison sise au no 8 de la même rue possède une tourelle d'escalier originale.
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Cependant, à la fin du xvii<^ siècle, la ville étouffait dans ses murailles devenues trop étroites. En 1681, on décida de reporter les fortifications à plusieurs centaines de mètres en arrière, de façon à englober une partie des faubourgs. I<a nouvelle enceinte suit à peu près le tracé des cours de Bercy, de la rue du Rempart, de la promenade des Capucins, de la rue du Cerf- Volant et des boulevards de Courtais et Ledru-Rollin. Quelques années après, l'intendant d'Aquin (1690-1693) prit l'initiative de transformer une partie des terrains libres en une promenade, qui fut le cours de Choisy.
Photo Neurdeia.
L'Hôtel de Ville.
Au xviiie siècle, on se préoccupe presque exclusivement de construire des édifices ayant un caractère d'utilité publique. En 1750, l'ingénieur Régemortes jette sur l'Allier le solide pont qu'on y voit encore. En 1759, l'ingénieur I^eclerc élève, au no 81 de la rue de Bourgogne, le Château d'Eau, pavillon à trois arcades en plein cintre, surmontées d'un étage que couronne un fronton triangulaire. 1/ arcade centrale était occupée par une vasque dans laquelle un^nufle de lion déversait l'eau. I,es latérales étaient closes et garnies de congélations. En 1770, les architectes Querry et Evezard bâtissent les froides casernes de la Madeleine. Vers le même temps s'élève la Porte de Paris. C'est également au xviiie siècle, sous l'administration des intendants Doujat (1719-1723), de Bérulle (1756-1760), de Bercy (1764), que fut terminé l'aménagement en promenades de l'emplacement des anciennes fortifications et
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que furent créées, outre le cours de Bercy, les belles avenues qui portent aujourd'hui les noms de boulevards de la Préfecture et du Théâtre.
Quelques maisons particulières de l'époque sont encore debout. Nous citerons, par exemple, aux n"' 22 de la rue d'Allier et 7 de la rue Diderot, deux élégants hôtels Louis XV, munis de jolis balcons en fer forgé. La Préfecture occupe l'hôtel que s'était fait bâtir, en 1784, le riche M. de Saincy. La façade est d'une ordonnance sobre, mais fine, et avec son arrangement discret de pilastres cannelés, de redents, de cartouches, d'entrelacs et de grecques
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Le Théâtre.
et sa couronne de balustres dominant la corniche, elle a cet air de bon goût et de distinction qui fait le charme du style Louis XVI. En face de son hôtel M. de Saincy avait fait élever, en 1789, la fontaine monumentale qui a été transportée vers 1848 sur la place d'AUier. Cette fontaine, œuvre de l'architecte Janson, se composait primitivement d'une large vasque au milieu de laquelle se dressait une colonne trapue, sans cannelures, en grès de Coulandon, reposant sur quatre tortues en plomb et surmontée d'une colossale fleur de lis.
lya ville ne s'est pas enrichie de monuments particulièrement originaux au cours du xix^ siècle. On peut suivre cependant sur les principaux édifices élevés à Moulins pendant cette période les tendances générales de l'architecture française depuis la Rév^olution jusqu'à nos jours.
Le Lycée, aménagé en 1803-1804 dans l'ancien couvent des Visitandines,
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possède un portail monumental flanqué de deux grosses colonnes ioniques et décoré de deux médaillons représentant Descartes et Cicéron. L'entablement, très saillant, est couronné de trophées militaires et d'attributs allégoriques disposés autour d'un coq gaulois perché sur le globe du monde et foulant un serpent. Le style de ce portail est en retard de quelques années ; il rappelle celui de Gondouin. La cour d'honneur est entourée d'arcades reposant sur de massives colonnes doriques d'un effet robuste, dans le goût de Brongniart.
L'Hôtel de Ville, construit de 1822 à 1829 sur les plans de l'architecte Agnéty, a deux façades qui sont des pastiches de la Renaissance italienne. La principale, qui offre un double étage d'arcades encadrées de colonnes supportant un épais entablement, est inspirée de Sansovino. La façade postérieure dérive du Palais Farnèse.
Le Théâtre, d'une ordonnance un peu plus gaie, offre un premier étage disposé en loggia, qui rappelle le théâtre de Vicence construit par Palladio. Il a été édifié sur les plans de l'architecte Durand en 1847. Le plafond de la salle a été décoré, par Séchan, de figures allégoriques représentant le Drame, la Tragédie, la Comédie et la Musique.
L'église du Sacré-Cœur, place d'Allier, a été construite, entre 1844 et 1870, par les architectes I^assus et Esmonnot. C'est un honorable travail d'archéologie gothique.
Nous manquons de recul pour apprécier à sa juste valeur l'architecture contemporaine représentée par des édifices comme la Caisse d'Epargne, le Cercle Bourbonnais, l'Hôtel des Postes. Si ces monuments ne révèlent pas une originalité profonde, ce sont du moins des adaptations pleines d'intelligence. La Caisse d'Epargne, surtout, inaugurée en 1900, se recommande à l'attention. L'architecte, M. René Moreau, a su combiner avec élégance, dans la façade, les meilleures traditions de la Renaissance française.
S'il n'y a pas à proprement parler aujourd'hui de « style bourbonnais », une chose pourtant ne laisse pas de frapper l'étranger qui visite Moulins, c'est l'emploi innombrable de la brique appareillée, mode qui se perpétue depuis des siècles et qui donne vraiment à la grande cité bourbonnaise cette physionomie et cette couleur si particulières qui faisaient dire au poète :
Bien souvent je revois, sous mes paupières closes, La nuit, mon vieux Moulins bâti de briques roses.