‹ Nevers et MoulinsChapitre 6 sur 34 · VUE D'ENSEMBLE SUR L'ÉVOLUTION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

VUE D'ENSEMBLE SUR L'ÉVOLUTION DE LA VILLE

taire dressé à Saint- Jean-d' Acre après le décès du comte Eudes (1266), mort en Palestine, donne une brillante idée de ce que pouvait être la cour de Nevers au temps de saint I^ouis. Au point de vue artistique aussi la cité continue à s'enrichir. L'âge d'or de l'architecture improprement appelée « gothique », car elle est bien française, a rayonné sur Nevers. C'est, en effet, du xiii<' siècle que datent le chœur et la plus grande partie de la nef de la cathédrale actuelle, reconstruite, probablement après l'incendie de 1211, par la nmni licence de l'évêque Guillaume de Saint-Lazare (1201-1221). C'est au milieu du XIII e siècle qu'Agnès de Bourbon fait bâtir son château. C'est à la même époque que la tragique comtesse Yolande fonde le couvent des Cordeliers et qu'une nouvelle église s'élève au prieuré Saint-Gildard.

La maison de Flandre, qui possède le comté de Nevers de 1271 à 1384, se désintéresse, au contraire, de l'embellissement de la ville.

Les grands travaux sont suspendus. Il faut arriver à la lin du xiv<^ siècle pour revoir les chantiers se rouvrir, sous la fastueuse impulsion des puissants comtes de la maison de Bourgogne (1384-1491), attentifs à répandre sur leur nouvelle cité un peu de la splendeur qu'ils projettent partout autour d'eux. Un des premiers soins de Jean sans Peur fut, en 1393, de rendre une ordonnance prescrivant de paver les rues de Nevers. Puis, fut entreprise la reconstruction des murailles et des portes, qu'il fallait mettre en état de résister aux bandes déchaînées par la Guerre de Cent ans. On refit aussi le pont de Loire. Et, successivement, la cité fut dotée d'une Chambre des Comptes, d'un Hôtel de Ville, d'un Beffroi. Enfin, elle s'orna, sous le comte Jean de Clamecy, de l'élégant château qu'on y voit encore.

riwtu d.; l'.Vuteur.

Les bords de la Nièvre à Nevers.

Jusqu'au milieu du xvii", le développement de la ville se poursuit non sans éclat, sous les princes de Clèves (1491-1565) et de Gonzague (1565-1659).

Puis, la province est abandonnée par ses seigneurs qui préfèrent vivre à Paris. lyc dernier des Gonzague, Charles III, n'hésite point, en 1659, à vendre tout son duché au cardinal de Mazarin, pour la somme de 1.800.000 livres tournois, afin de désintéresser quelques créanciers. Nevers ne tient pas une plus grande place dans le cœur des ducs de la maison de Mazarin-Mancini, qui n'y paraissent qu'à de rares intervalles et s'en occupent plus rarement encore.

Depuis la fin de l'Ancien régime, la ville s'est considérablement agrandie et « modernisée ». Des quartiers neufs se sont construits, surtout à l'ouest. La vie industrielle et commerciale, favorisée par la multiplication des moyens de transport, s'est largement développée. Mais le côté artistique et pittoresque, est-il besoin de le dire, n'a malheureusement rien gagné à ces transformations, lya ville neuve, avec ses voies droites et correctes, bordées de froides maisons de rapport, ne laisse point soupçonner au touriste qui arrive de la gare tout ce que renferme encore de beautés originales et imprévues l'ancien Nevers, qu'il faut aller chercher par des ruelles ignorées, escarpées et tortueuses, dans la retraite paisible oti elle s'est assoupie, enveloppée de souvenirs, autour du Château, près de la Cathédrale, près du Beffroi, près de l'église Saint- Etienne... Et puis, une ville dans son ensemble est une oeuvre d'art et, comme telle, abesoirr d'être vued'un certain côté, sousun certain angle, avec un certain recul, dans un certain éclairage, pour prendre sa pleine et entière signification. Toutes proportions gardées, si Venise n'apparaît comme la « Reine de la Mer » qu'à ceux qui abordent sur la Piazzetta, au pied du Campanile, c'est par l'antique Pont de Doire qu'il faut entrer à Nevers, ville fluviale, pour saisir toute l'originalité de celle-ci. Alors, l'œil embrasse d'un seul regard le panorama large et compact de la cité, dont les maisons, massées sur la colline, sous la haute présidence de Saint-Cyr, ainsi que des spectateurs dans un amphithéâtre, semblent se presser, petites et grandes, vieilles ou neuves, les uies contre les autres, comme pour assister au passage du fleuve et de la rivière qui, pendant des siècles, y ont apporté la vie. Et il suffit de restituer par la pensée, en s'aidant des gravures de Chastillon, une vingtaine de clochers supplémentaires, qui, jadis, hérissaient de leurs flèches la croupe de la ville et qui ont maintenant disparu, pour se représenter d'emblée, dans sa poésie robuste et pittoresque, la silhouette permanente du Nevers d'autrefois.

Photo iSeurdein.

Efflise Saint-Etienne. — Abside.

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