‹ Nevers et MoulinsChapitre 7 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES MONUMENTS RELIGIEUX A L'ÉPOQ.UE ROMANE (X^-XIP SIÈCLES

L'église et l'abbaye Saint-Etienne. — La cathédrale du xi" siècle. — Le prieuré Saint- Sauveur. — L'abbaye Notre-Dame et la chapelle Saint-Michel. — L'église Saint- Genest. — L'église Saint-Laurent. — L'église Saint- Arigle . ^- Les abbayes Saint- Victor et Saint-Trohé. — La première église Saint- Pierre. — La chapelle Saint-Didier. — Les couvents Saint-Gildard et Saint-Loup. — Le prieuré Sainte-Vallière. — L'abbaye Saint-Martin.

Un des plus remarquables spécimens de l'architecture romane en France est l'église Saint-Etienne de Nevers. L'édifice actuel, qui date de la fin du xi"^ siècle, s'élève sur l'emplacement de l'église abbatiale fondée, au début du vn6 siècle, par le célèbre moine irlandais saint Colomban, et dont nous ne savons rien, sinon qu'elle était ornée d'une grande profusion de marbres. Le monastère dont elle faisait partie était affecté à un groupe de religieuses vouées à la vie contemplative. Mais, situé en dehors de l'enceinte primitive,

il était exposé à toutes les dévastations. Au xi" siècle, il tombait en ruines. En 1063, révêque de Nevers, Hugues II, et le comte Guillaume i^r s'entendirent pour relever l'abbaye, où ils établirent des chanoines de »Saint-Silvestre. Quatre ans plus tard, en 1068, ces chanoines furent remplacés par des bénédictins de Cluny. Les religieux étaient comblés de faveurs par les évêques et les seigneurs. Sur ses vieux jours, le comte Guillaume (1040-1079, 1089-1100), préoccupé de son salut, se mit en devoir de faire reconstruire, à ses frais, l'église, les cloîtres, les infirmeries et une chapelle destinée aux malades. Il paraîtrait, à en croire Guy Coquille, qu'il y dépensa tant d'argent qu'il ne lui en resta plus pour prendre part à la première croisade. ly'église, complètement terminée en 1097, fut consacrée le 13 décembre par saint Yves, évêque de Chartres, assisté des évêques de Nevers, de Châlons et d'Auxerre. On a conservé la charte de fondation octroyée en cette même année par Guillaume I^r. C'est un document précieux. I^e comte y rappelle d'abord qu'il a fait bâtir le monastère et l'église «avec trois tours d'un travail remarquable», il énumère ensuite les présents qu'il fait aux religieux. Ce sont les objets nécessaires au servàce divin : deux croix (une en or et l'autre en argent), le texte des Evangiles enrichi d'or et d'argent, un encensoir, une châsse et deux candélabres en argent, un calice d'or, trois chapes et une chasuble. Puis, « pour la subsistance des serviteurs de Dieu qui doivent résider dans ce monastère et qui seront mes avocats dans la céleste cour, je donne et concède à Dieu, à la bienheureuse Marie, toujours Vierge, au glorieux Etienne, etc., et aux frères de Cluny... tout le bourg », dit de Saint-Etienne, de telle sorte qu'à l'avenir le prieur exerce dans ce bourg les droits de coutume et de justice qui appartenaient jusqu'alors au comte de Nevers. Enfin, la charte énumère plusieurs clos de vigne, terres, moulins, concédés aux moines, lesquels obtenaient, en outre, un droit d'usage dans les forêts du comte et de l'évêque, soit pour se fournir de bois, soit pour faire paître leurs porcs.

Un siècle après, en 1186, une charte du roi Philippe- Auguste garantissait l'engagement pris par le comte Pierre de Courtenay de respecter les franchises et privilèges accordés aux religieux par Guillaume I^'. Dès lors, le prieuré Saint- Etienne prit pour armoiries une demi-fleur de lis accolée à la clef de Cluny. I,a demi-fleur de lis attestait la protection royale. Par mesure de précaution, les puissants bénédictins, forts de l'appui du Saint- Siège, avaient imaginé tout un cérémonial au moment de l'entrée des nouveaux comtes et évêques : l'abbé de Saint-Etienne allait à leur rencontre, avec la croix et l'eau bénite, jusqu'à la Porte de la Barre, et, là, leur faisait prêter le serment solennel de garder intacts les droits et privilèges de l'abbaye. Il en fut ainsi jusqu'en 1563, époque à laquelle le duc racheta

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aux bénédictins leurs privilèges et incorpora complètement le bourg de Saint- Etienne à la ville.

L'église que nous voyons aujourd'hui, dissimulée au fond d'une cour, est tout ce qui reste des bâtiments consacrés en 1097. Elle a beaucoup souffert à

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Eglise Saint-Etienne. — Façade.

l'extérieur, mais, intérieurement, elle a conservé à peu près son aspect primitif, et M. de Soultrait a pu dire avec raison qu'elle est « l'un des monuments les plus homogènes, que nous ayons en France, du xi" siècle ». Elle peut être considérée comme l'un des plus purs spécimens du style roman auvergnat. Son plan a la forme d'une croix latine, avec trois nefs, un déambulatoire et trois chapelles rayonnantes au chœur. vSur chaque bras du transept s'ouvre une absidiole. I,a longueur totale de l'édifice est de 49 mètres ; les trois nefs

ensemble ont io™,70 de large ; le transept, as^^ô. Quand on entre, on éprouve une sensation profonde. On est saisi par la robuste simplicité de cette architecture un peu sombre, aux lignes si fermes, d'un rythme grave et austère, qui incline l'âme vers le recueillement. lya pierre est nue, mais saine, et d'une coloration grise, qui, en rappelant le granit, contribue encore à l'effet général par le sentiment de force qu'elle inspire. Il tombe des fenêtres hautes une clarté douce, qui accuse, sans les durcir, les divisions de l'édifice, et ménage, entre les piliers et sous les arcades, un jeu mystérieux de lumières vives et de pénombres fondues, très impressionnant.

La grande nef et les bras du transept sont voûtés en berceau, les bas côtés, ainsi que le déambulatoire, sont voûtés d'arêtes. Au-dessus de la croisée du transept s'élève une coupole, ou tour lanterne, à base octogone. Le chœur est délimité par huit colonnes de pierre rondes, façonnées au tour. La nef centrale offre, dans son élévation, du sol à la voûte, une ordonnance originale, un triple étage d'arcatures et de baies : en bas, les grandes arcades cintrées qui séparent la nef centrale des latérales; au-dessus, la galerie du triforium ; et, tout en haut, les petites fenêtres qui éclairent la grande nef.

I/'étage du triforium est le plus intéressant. La galerie s'ouvre sur la nef centrale par une série d'arcs géminés reposant sur trois colonnettes et compris sous un grand arc de décharge, qui occupe toute la largeur d'une travée. Les voûtes en quart de cercle, ou demi-berceau, qui recouvrent cette galerie, concourent à la solidité de l'édifice en contrebutant la voûte de la grande nef. Cette particularité est une des caractéristiques de l'école romane auvergnate. L'ornementation architectonique est remarquable. C'est d'abord, à la naissance detihaque croisillon du transept, une arcade cintrée sur pilastres que surmonte une arcature à jour formée de cinq petites arcades reposant sur de courtes colonnettes. Cette disposition, que les Anglais nomment screen (écran) , se retrouve à Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand. Au delà de cet « écran », les murs terminaux, au sud et au nord, sont décorés d'une triple arcature, composée d'un arc en mitre entre deux en plein cintre, encadrant trois baies vitrées. Au-dessus des arcs surhaussés, qui font le tour du déambulatoire, règne une galerie d'arcatures aveugles, alternativement portées par des colonnettes et des pilastres. Cette galerie est surmontée, à son tour, d'un étage de cinq fenêtres ouvertes dans le mur circulaire et encadrées chacune de deux colonnettes, que réunit une corniche peu saillante. La nudité du mur occidental a été masquée au moyen d'une tribune.

La sculpture a pris très peu de part à la décoration intérieure. Elle est réduite au minimum sur les chapiteaux des colonnes de la nef, qui sont simple

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ment épannelés, composés d'une bague, d'une corbeille lisse et d'un tailloir creusé de rainures horizontales. Elle est un peu moins fruste et monotone dans la région du chœur, qui est l'endroit où l'architecte et le sculpteur ont essayé de se surpasser. lyà, les chapiteaux sont ornés de motifs divers. Tantôt, le

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