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Photo iNeurileijl.
Eglise Saint-Etienne. — Nef.
tailloir est décoré de dentelures, tantôt, de godrons en forme de biscuits. D'autres ont leurs angles couverts de feuilles d'acanthe séparées par des torsades, ou sont garnis de palniettes, de galons, de lacis ou parfois de feuilles de plantain. Mais le plus curieux se trouve à l'extrémité du bas côté sud : il porte sur son tailloir deux serpents allongés et affrontés, avec, au-dessous, un rang de billettes verticales et, sur la corbeille, des feuilles de lotus. Tous ces chapiteaux étaient rehaussés de peintures, dont il ne reste que des traces.
Le plan primitif a été légèrement modifié au cours du xv'= siècle. Ainsi,
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l'absidiole du transept sud (récemment restituée dans le style roman original) avait été remplacée, en 1474, par une chapelle à nervures prismatiques élevée pour Philibert Boutillat, bailli royal de Nivernais, et pour Marie de Chaigne, sa femme.
L'église Saint-Etienne renfermait autrefois plusieurs tombeaux, entre autres celui de saint Eulade, le premier évêque de Nevers, celui du comte Guillaume I^"^, qui était placé derrière le chœur, celui de Hugues, autre évêque de Nevers, celui de Robert de Nevers, évêque d'Auxerre, etc. Ces tombeaux ont successivement disparu en 1523, 1646 et 1760. Quant au mobilier, il se réduit à quelques statues, la plupart médiocres et dont deux seulement, du xv*^ siècle, sont à signaler : l'une, en pierre peinte, représente la Vierge; l'autre, en marbre blanc, saint Jean-Baptiste.
Extérieurement, l'édifice a subi, au cours des siècles, d'assez graves mutilations. Il était, à l'origine, surmonté de trois clochers et la façade principale était précédée d'un porche ou narthex.
Ce porche, dont on a découvert les fondations en 1893 et dont un dessin sur parchemin exécuté en 1609, et recueilli par M. de Lespinasse, donne l'élévation, a été supprimé probablement au xvii<^ siècle. Indépendamment de son utilité liturgique et pratique il présentait un certain intérêt historique. C'est là que, jusqu'en 1563, l'abbé de Saint-Etienne rendait solennellement la justice aux habitants du bourg ; c'est là aussi qu'avaient lieu les élections de l'échevin, des conseillers de ville et des notables du quartier. Le plan tracé en pierres grises sur les dalles de la cour montre que ce porche se composait d'un couloir conduisant à l'église entre deux salles éclairées chacune de deux baies, à l'ouest, et d'un groupe de petites fenêtres géminées surmontées d'un oculus au nord et au sud. Il était couvert d'une toiture en appentis dont la charpente reposait sur des corbeaux encore visibles à la façade de l'éghse. Le portail d'entrée extérieur, formé d'un arc en plein cintre reposant sur deux colonnes, était surmonté d'une statue de Dieu le Père et des armoiries de Saint- Etienne portant la clef de Cluny, avec la légende : EscussoN de la justice.
Des trois clochers, il ne reste plus que les bases. Ils ont été démolis, après une expertise en règle et par mesure de sécurité en raison de leur état de dégradation extrême, au mois de novembre 1792. Il y en avait deux sur la façade. Ceux-ci étaient à base carrée, composés de deux étages, percés de trois fenêtres sur chaque face et terminés par deux flèches octogones. Le troisième était la tour octogone élevée au-dessus de la croisée du transept, qu'elle éclairait de son triple étage de baies en plein cintre. Elle était, comme les deux autres, couronnée d'une haute flèche.
La façade actuelle, décapitée de ses deux clochers et privée de son porche.
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a naturellement perdu beaucoup de son caractère. Elle se présente à nous sous l'aspect un peu pauvre d'un grand mur dénudé, en pierre d'appareil, divisé, dans sa hauteur, en trois parties sensiblement égales par des corniches correspondant aux trois groupes de baies superposées. I^e portail se compose de trois archivoltes en retraite formées de claveaux alvéolés et retombant sur des colonnes entièrement façonnées au tour. On y a relevé des traces de peinture : un semis de fleurs de lis couvrait les chapiteaux, des rubans en
Eglise Saint-Etienne.
Photo (les Monuments iUstori'iues.
Façade nord.
zigzag et des oiseaux affrontés couraient sur les archivoltes. La sculpture se bornait à quelques bas-reliefs qui ont disparu : sur le linteau, l'Adoration des Mages ; au tympan, le Sauveur assis entre deux anges ; plus haut, les symboles des quatre Evangélistes. Au-dessus du portail, une grande baie en plein cintre encadre trois petites fenêtres à colonnettes surmontées de trois arcs en mitre, et de deux oculus. Cette grande baie est elle-même dominée par un groupe de trois fenêtres, dont les arcs trèfles, surmontés d'un cordon billetté, retombent sur des colonnettes à larges chapiteaux. Un fronton triangulaire, œuvre de restauration moderne, couronne le tout.
Les façades latérales présentent plus de sobriété encore. Dans les parois de la nef, soutenues par des contreforts plats terminés en larmiers, s'ouvrent trois étages de fenêtres simplement encadrées de cordons billettés. Le
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mur terminal des bras du transept est percé d'une petite porte surmontée de deux baies et de cinq arcatures, dont trois cintrées et deux brisées, que domine, tout en haut, un oculus.
Le chevet est d'un élancement pittoresque. Avec ses chapelles rayonnantes et ses multiples étages de combles groupés autour de l'abside, qui porte, sous la corniche, une couronne d' arcatures et de colonnettes, il ressemble à une cascade de pierres. Dans toutes ces parties de l'édifice la sculpture est réduite à se réfugier sous les corniches : les modillons qui les soutiennent représentent des figures grotesques, des animaux, des ornements géométriques, variés à l'infini, roues dentées, chevrons, rosaces, torsades, rinceaux, etc.
Ainsi que nous l'avons dit, l'église est le seul bâtiment subsistant de la vaste agglomération qui constituait le couvent Saint-Etienne. I^e long du flanc sud régnait la galerie du cloître (reconstruit au xiii^ siècle) et dont on peut encore se faire une idée par les quatre travées qu'on a utilisées comme chapelle des catéchismes et sacristie.
A part l'abside occidentale de Saint-Cyr et Sainte- Julitte, dont nous parlerons à propos de la Cathédrale, les autres églises romanes de Nevers n'offrent plus que de rares vestiges. Saint-Sauveur, situé sur les quais, à l'entrée du Pont de lyoire, sert aujourd'hui de remise à l'hôtel Saint-Iyouis. Cette égUse, bâtie, semble-t-il, au xi^ siècle, dépendait d'un prieuré occupé par des moines de' Cluny. Tombant en ruines, elle a été presque entièrement démolie en 1838 et ce. qu'il en reste aujourd'hui se réduit au double portail latéral encore en place, à un tympan sculpté et à quelques chapiteaux et modillons. Elle était à trois nefs, sur plan cruciforme, terminée à l'est par trois absides. I^e chœur était surélevé, au-dessus d'une crypte. Le double portail se compose d'un porche voûté entre deux portes cintrées, dont les archivoltes, à claveaux alvéolés et baguettes d'angle, retombent sur un entablement billetté. Cet entablement repose lui-même sur des colonnettes façonnées au tour et munies de chapiteaux ornés d'animaux, de palmettes et de rinceaux de feuillages stylisés. Le bas-relief du tympan conser\-é à la Porte du Croux représente le Christ assis sur un siège élevé d'où il domine de sa haute taille les cinq apôtres qui l'entourent. Saint Pierre, tout tremblant, s'approche de lui et, les mains recouvertes d'un pan de son manteau, en un geste d'une naïveté touchante, il s'apprête à recevoir la clef mystique que le Sauveur lui remet solennellement d'une main, en le bénissant de l'autre. Audessus des personnages se lit l'inscription suivante :
-j- VISIB ; HVMANIS MONSTRATVR MISTICA CLAVIS.
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I,e style de ces figures annonce déjà, par le rendu des draperies et l'intensité des expressions, un artiste attentif à saisir la nature.
Le linteau représente, inscrits dans des rinceaux gracieux, une suite d'animaux d'importation orientaie : un paon faisant la roue, un lion se
Pholo F. Rohlin.
Restes de l'C-glise Saint-Sauveur.
mordant le dos avec rage, un dragon ailé, une sorte de sphinx à tête de femme, une harpie. Au-dessous, l'inscription suivante :
■f PORTA POLI PATEAT HVC EVNTIB; INTVS ET EXTRA f
Puis, un dernier mot, mavo (?), où l'on a voulu voir la signature du sculpteur.
De toutes les églises romanes de Nevers, Saint-Sauveur est certainement
celle qui a fait la plus grande part à la sculpture. Tous les chapiteaux et modillons étaient historiés. A l'exception d'un seul chapiteau, qui couronne encore une des grosses colonnes rondes de l'ancienne nef et qui est resté en place (il représente un Sagittaire et Samson terrassant un lion) , tous ces fragments ont été recueiUis à la Porte du Croux. Ils portent les sujets les plus variés, les uns, à sens symbolique, tirés des livres sacrés, les autres empruntés simplement au bestiaire. Voici, par exemple, la mort du mauvais riche : d'un côté, le diable emporte son âme, devant son ange gardien tout en pleurs ; d'un autre côté, le mauvais riche apparaît dans l'enfer figuré par une tête de diable aux grandes oreilles et aux cheveux montant comme des flammes. Sur un autre chapiteau, on distingue une scène qui semble pouvoir être interprétée comme saint Pierre et saint Jean relevant le paralytique à la porte du temple. lyC temple est une église byzantine rappelant Saint-Front de Périgueux, avec son dôme à côtes et son clocher de forme orientale. Puis, voici saint Michel chassant le dragon, voici le basilic, la licorne, l'aspic, l'éthiopien, symbole de la constance, un monstre à trois têtes, une syrène, une sorte de démon à queue de dragon, deux aigles enlacés de serpents. D'autres sujets sont de pure fantaisie : un homme armé d'un bouclier et d'une épée poursuit un lion, deux hommes nus jusqu'à la ceinture luttent l'un contre l'autre, un homme porte un ours, un singe joue du violon, un âne pince de la harpe, etc.
Toutes ces sculptures, d'un style encore lourd, sont cependant intéressantes. Elles révèlent l'esprit nouveau qui anime l'artiste, désormais soucieux de briser les conventions byzantines et d'atteindre la vérité sur le vif.
Ce qui reste des autres monuments religieux construits à l'époque romane est beaucoup moins important. Ce sont d'abord, dans la rue Saint-Genest, les vestiges de l'abbaye Notre-Dame, des églises paroissiales de Saint-Genest et de Saint-Ivaurent, et de la chapelle Saint-Michel.
ly'abbaye Notre-Dame, fondée pour des bénédictines, en 624, et reconstruite dans la première moitié du xii<^ siècle par l'évêque Fromond (-j- 1144), était le plus vaste des couvents de filles de Nevers. lycs bâtiments sont aujourd'hui occupés par un marchand de vins en gros. Entrons dans la « cour de l'abbaye ». A droite, est la loge du concierge ; à gauche, les restes de la chapelle Saint-Michel, au-dessus du portail de laquelle était naguère encastré un basrelief en pierre, du xii^ siècle, aujourd'hui au Louvre, et où l'on voit saint Michel chassant le dragon ; on remarquera que les yeux sont garnis de plomb. En continuant à gauche, on trouve le portail nord de l'ancienne église abbatiale. Il est précédé d'un porche voûté d'arêtes et se compose de deux archivoltes en plein cintre, couvertes de denticules et de
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damiers, et retombant sur trois colonnettes à chapiteaux ornés de deux rangs de crochets ; entre les colonnettes sont des plates-bandes décorées d'un semis de feuilles. Au-dessus du portail, une corniche ornée d'étoiles et reposant sur cinq modillons est encore apparente. Elle soutenait sans doute, à
Photo des M<iiiiiiiii-[it^ llisloriques.
Ancienne église Saint-Genest.
l'origine, un porche de bois. Les modillons sont sculptés et l'on y distingue deux serpents, une tête humaine, un oiseau de proie tenant dans ses serres un oiseau, une tête de chèvre et une tête de femme. ly'égHse, à nef unique, d'environ vingt mètres de long sur huit de large, était orientée et avait une abside à pans coupés, forme assez exceptionnelle au xii" siècle. C'est dans cette église qu'étaient déposées les reliques de saint Révérien et que fut élevé le tombeau de l'évêque Hériman, mort en 860.
Dans le prolongement de la nef, à l'ouest, ainsi qu'il était d'usage chez les bénédictins , s'ouvrait la salle capitulaire. On y accédait, du portail dont . nous venons de parler, par une galerie voûtée d'une quinzaine de mètres de longueur, qui suivait le flanc septentrional de l'église. Cette salle, reconstruite aux xiiie et xv'' siècles, est rectangulaire et mesure i4'",5o de long sur 8 de large ; elle est divisée en six travées voûtées d'ogives. Deux courtes colonnes rondes, au centre de la salle, soutiennent les nervures des trois premières travées, qui sont du xiiic siècle. I<es trois autres travées datent apparemment de la reconstruction entreprise par l'abbesse Catherine de Boutillat, après le violent incendie qui détruisit la plus grande partie du couvent en 1478. On y voit une cheminée dont le vaste manteau porte les armes de cette abbesse : un écusson, chargé de trois barils, posé sur une crosse en pal. Cette salle capitulaire était, à l'origine, éclairée par des fenêtres ogivales ménagées dans le mur méridional. Au sud, se trouvait, semble-t-il, le réfectoire, pièce méconnaissable aujourd'hui, mais dont l'existence est encore attestée par deux travées du xiiie siècle et par deux portails, l'un du xiii^, l'autre du xv" siècle, le premier étabhssant la communication entre l'abbaye et l'église paroissiale de Saint- Genest. Au nord de la salle capitulaire, au-dessus d'un passage voûté dont l'extrémité occidentale, aboutissant aux jardins, est munie d'un portail surmonté des armes des Boutillat, s'étendaient les appartements de l'abbesse. Ce qui en subsiste ne remonte pas au delà du xviie siècle et consiste en un riche salon Louis XIII, de 8 mètres sur 7, décoré d'une profusion de peintures en trompe-l'œil, qu'un opportun badigeon, enlevé seulement en 1902, nous a presque entièrement conservées. On y distingue une double colonnade en marbre rose et une fontaine en forme de vasque, dans laquelle un enfant nu simulant une statue de bronze rehaussée d'or verse de l'eau avec une conque ; sur le mur oriental, autour d'une cheminée de marbre noir, est figurée une autre colonnade ; enfin, aux angles du salon retombent de somptueuses draperies de couleur grenat.
A quelques mètres au sud de l'abbaye Notre-Dame, dont elle dépendait, sont les ruines de l'ancienne église paroissiale de Saint-Genest, autrefois sanctuaire préféré des ouvriers faïenciers, aujourd'hui convertie en brasserie ; la majeure partie des constructions encore debout date de la fin du xii^ siècle, mais il est difficile de se rendre compte de leur disposition originale. Suivant M. de Soultrait, le plan primitif aurait été celui d'une croix grecque, surmontée d'une coupole au centre. I^es voûtes en berceau brisé sont munies d'arcs doubleaux retombant sur des colonnes engagées. A la croisée du transept sont des consoles ornées de têtes, dont les yeux, ménagés en creux, devaient être formés d'une matière rapportée, pâte de verre coloré.
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plomb, cuivre ou autre. Le seul portail qui subsiste est celui du transept méridional ; encore, le linteau, sur lequel étaient sculptés les douze apôtres, a-t-il été odieusement rnutilé. On se rend compte, pourtant, que les figures, modelées avec finesse, étaient drapées d'une manière exquise. Ce portail est d'ailleurs d'une époque sensiblement plus récente que les autres parties de l'édifice ; il peut être attribué au début du xiii® siècle. Il se compose de deux archivoltes ogivales, en retraite, l'une prismatique formée par la juxtaposition de petites cellules carrées ; l'autre, presque entièrement ruinée, constituée de rosaces. Les chapiteaux, surmontés d'un entablement à feuilles et pommes de pin, sont d'un travail remarquable, leur corbeille est garnie de crochets et de feuilles robustes enroulées avec grâce.
Un peu plus haut, la rue Saint-Genest aboutit à une place qui porte le nom de l'ancienne église paroissiale de Saint-Laurent, construite au xii^ siècle et qui s'est écroulée en 1849. Il n'en reste plus que l'abside ronde, englobée dans une maison, au nord de la place actuelle.
En suivant les rues Saint- Didier, Saint-Martin et de la Pelleterie, on arrive au Marché Saint-Arigle, élevé sur l'emplacement d'une église romane du même nom, qui fut abattue, par nécessité de voirie, en 1791.
A une centaine de mètres au nord, dans l'espace limité par la rue de Nièvre, la rue Creuse et la rue du Fer, se trouvait jadis la riche abbaye bénédictine de Saint- Victor, dont la fondation remontait au moins au xi^ siècle, puisqu'elle fut reconstituée par le roi Henri I^r en 1053. L'église, qui était d'origine romane dans ses parties essentielles, a été démolie en 1794, et il n'en reste plus rien. En 1412, elle s'était ornée d'une belle tour de pierre. Le maître-autel, qui datait probablement aussi du xv^ siècle, affectait la forme d'un pressoir, suivant la conception des mj^stiques qui aimaient à comparer le tabernacle à un cellier, où l'on gardait en réserve le sang du Sauveur.
Les rues de Nièvre et Fonmorigny donnent sur l'emplacement d'une autre éghse romane, celle de l'ancienne abbaye Saint-Trohé, qui occupait l'espace triangulaire compris entre les rues Saint-Trohé, Parmentier et des Moulins, et qui fut démolie en 1797.
En nous transportant par la pensée dans le Nevers des x^ et xii^ siècles, nous rencontrerions encore quelques autres abbayes et églises romanes, dont nous ne trouvons plus traces aujourd'hui, mais qui n'en ont pas moins contribué, pendant des siècles, à donner sa physionomie particulière à la ville : c'était, sans parler de la cathédrale Saint-Cyr, l'ancienne église Saint-Pierre, qui s'élevait sur la place Guy-Coquille actuelle et qui a été démohe en 1771. Sa façade, de style roman autant qu'en peut témoigner un mauvais dessin
exécuté au xyiii" siècle, offrait une statue, qui a fort intrigué les archéologues, de cette étrange Reine Pédauque. C'était encore la chapelle Saint- Didier (sur la place Carnot), les couvents de Saint-Gildard et Saint-I^oup (au nord-ouest du parc), le prieuré Sainte- Vallière fondé, en 1185 (dans le faubourg du même nom). C'était, enfin, la célèbre abbaye Saint-Martin, qui s'étendait entre les rues Saint-Martin, Hoche et Gambetta, et qui était peutêtre, après Saint- Etienne, le plus grand et le plus puissant des couvents de Nevers.
Il avait été fondé, ainsi que nous l'avons dit, au viii^ siècle et affecté à des chanoines, qui suivirent jusque vers le milieu du xii^ siècle les règles d'Amalaire, de Saint-Chrodegand et de Saint-Eusèbe de Verceil, jusqu'en 1520 celle de Saint- Augustin, ensuite celle de la Congrégation de Saint- Victor. Il possédait d'importantes prérogatives. ly'une d'elles, qui remontait sans doute au début du xiii*^ siècle, époque à laquelle le chapitre de Nevers s'attribua le droit exclusif d'élire l'évêque, comme les cardinaux, en 1181, avaient décidé de faire pour le pape, se rapportait au cérémonial de l'intronisation du prélat nouvellement élu. Ce dernier, qui faisait son entrée par la porte de la Barre, traversait en grande pompe la ville ; mais, arrivé au couvent Saint- Martin, il devait mettre pied à terre et s'arrêter à l'abbaye, où il soupait et passait la nuit. I^e lendemain matin, il se rendait à l'église du couvent pour y communier et recevoir, des mains de l'abbé, la mitre et la chape de drap d'or. C'était là que ses quatre barons venaient ensuite le prendre pour le poiter, sur sa chaise de bois recouverte de soie violette, jusqu'à la cathédrale. Pendant longtemps aussi, alors que Nevers n'avait point encore d'Hôtel de Ville, c'est-à-dire jusque dans le courant du xV^ siècle, le couvent Saint- Martin fit office de Maison commune. Les chanoines prêtaient une salle de réunion aux échevins. I^e trésor et les archives y étaient déposés. C'était le beau clocher de Saint-Martin qui tenait lieu de beffroi ; on y montait le guet, la nuit, et l'on y sonnait les cloches de la ville, le matin à l'ouverture des portes, le soir à leur fermeture et à minuit.
De mauvaises gravures, deux chapiteaux romans conservés à la Porte du Croux et quelques pierres noyées dans les constructions modernes sont aujourd'hui les seuls documents qui rappellent aux yeux de l'archéologue le souvenir de cette grande abbaye nivernaise, à laquelle heureusement le chanoine Séry a consacré une de ses plus brillantes et substantielles notices. L'église collégiale datait du milieu du xii<^ siècle. Elle était à trois nefs, sur plan en forme de croix latine, possédait trois chapelles rayonnantes au chœur et deux absidioles au transept. Sur la croisée du transept, s'élevait la haute tour du clocher, qui atteignait près de 50 mètres et abritait cinq
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cloches. Elle était carrée, à deux étages. Une galerie marquait le premier ; le deuxième était percé de trois fenêtres munies d' abat-son. L,a. plate-forme terminale était entourée d'arcatures, avec une tourelle au milieu de chaque face, et dominée par une flèche octogone en pierre. Ce clocher, amputé de ses tourelles en 161 1, fut démoli en 1804. Il est plus difficile de se représenter l'intérieur. I,a nef mesurait 54 mètres de long sur 14"", 50 de large (22^,50 au transept). Le maître-autel, refait vers 1634, dans le style de l'époque, était orné de six colonnes de marbre noir. I/' abside était couverte de peintures. Au-dessus des stalles étaient tendues des tapisseries figurant la vie de saint Martin.
Au nord de l'église s'étendaient les bâtiments conventuels. I^e cloître avait été refait en 1494 par l'abbé Pierre de I^anvaux. I^e jardin montait jusqu'à la rue du Rempart actuelle. I^e cimetière occupait, à l'est, l'emplacement de la rue Gambetta. La maison abbatiale, reconstruite de 1632 à 1634, fut, après avoir servi d'Hôtel de Ville de 1784 à 1791, transformée de fond en comble et utilisée par la succursale de la Banque de France.
Photo des .MoilminMits Histoii(|Utîs.
Le mauvais riche dans la gueule de l'Enler. Chapiteau de l'ancienne église Saint-Sauveur. (Musée de la Porte du Croux.
Photo Nemdein.
Mise au tombeau. (Crypte de la cathédrale.]