PATHOGÉNIE
La pathogénie des névralgies syphilitiques est encore toute à faire, et on ne trouve dans aucun auteur l'explication du phénomène qui nous occupe.
Voici ce que dit Jullien dans son Traité des maladies véneriennes : (Au point de vue de la pathogénie des névralgies syphilitiques, nous ne sommes nullement fixé ;: on peut supposer en effet que le virus détermine par sa présence, soit une altération organique éphémère, telle qu’une exosmose séreuse audedans du névrilème, ce qui rapprocherait ces symptômes de ceux qu’on rattache généralement au rhumatisme syphilitique ; soit une simple modification fonctionnelle sinè materid dans les branches nerveuses ou les centres d’où elles émanent. Mais on peut aussi se demander si dans les canaux osseux qui leur livrent passage les nerfs ne se trouvent pas comprimés par le périoste tuméfié, ou s’ils ne subissent pas dans le cours de leur trajet, par le fait de leur voisinage avec un organe spécifiquement lésé, uneirritation secondaire de même nature. Toutefois, je le répète, l’anatomie pathologique nous fait à peu près complètement défaut.»
On peut affirmer que dans ces quelques lignes se trouve résumé tout ce qu’il y à à dire aujourd’hui sur la pathogénie des névralgies syphilitiques. Jullier reconnaît donc des névralgies essentielles sinè imaterid, purement fonctionnelles, des névralgies produites par altération du nerf ou de son névilème, etenfin des névralgies par compression; mais il ne nous dit pas ce que nous voulons savoir, c’est-à-dire quelle est l’action que ia syphilis
exerce sur le nerf.
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Rigal, dans sa Thèse d’agrégation, s'est posé lui aussi cette question sans pouvoir la résoudre.
«Comment lasyphilis agit-elle sur le nerf, dit-il? Y a-t-il quelque processus, congestif ou hyperplasique, affectant le névrilème ? Faut-il supposer que le virus syphilitique agit sur les éléments nerveux ? Nous ne savons, les observations avec examen anatomique manquant complètement. »
Comme on le voit, on ne connaît pas encore la raison anatomique des névralgies, et tout ce qu’on en dit n’a que la valeur de simples hypothèses. Y a-t-il réellement trouble anatomique ou bien y a-t-il seulement trouble fonctionnel ? Voilà la vraie question à résoudre. Voilà la question que l’on s’est déjà posée bien souvent et que, malgré toutes les recherches, on n’est pas encore arrivé à élucider. Ne trouvant pas de troubles anatomiques, on a dit : Il y a seulement trouble fonctionnel. Certes, il n’est pas difficile de se payer de mots, autre chose est de donner ces preuves.
Nous savons bien que cette théorie des troubles purement fonctionnels ne manque pas d’être quelque peu séduisante, et les arguments qu'elle fournit, sans être absolument irréfutables et persuasifs, ne laissent pas d’ébranler les convictions de ceux qui veulent défendre la théorie anatomique.
L'exemple vulgaire du fil électrique qui, traversé par un courant, produit, au choix de l’expérimentateur, de la chaleur, de la lumière, du mouvement, sans être modifié lui-même dans sa structure intime, peut certainement donner une idée de ce qui se passe dans un nerf qui engendre une douleur. Mais peuton réellement affirmer qu’à l'instant où passe le courant, le fil électrique, comme le nerf, ne subit pas dans les éléments qui le composent une modification inappréciable pour nous ?
C'est une force, dira-t-on, qui est en mouvement, et qui ne se sert des éléments du fil électrique que pour se rendre d'une extrémité à l’autre de ce conducteur ; ellene les modifie en rien.
RL Et d'abord, répondrons nous, en supposant que le rhéophore puisse être ainsi traversé par la force qu'on nomme électricité, sans être lui-même l’objet d’une altération spéciale, peut-on affirmer qu’il en est de même du nerf qui produit une douleur ? Le fil électrique est composé d’éléments qui sont loin de pouvoir être comparés aux cellules qui composent un nerf. Ces dernières possèdent une propriété qui les sépare de tout ce que l’on peut trouver dans les corps physiques et chimiques ; elles ont une vie qui leur est propre, elles ont des fonctions et non des propriétés ; elles s’altèrent en fonctionnant, et, s’altérant, elles meurent.
Chez elles donc, le fonctionnement aboutit à la mort, c’est-àdire à l’altération anatomique. IL faut donc en revenir toujours à cette altération anatomique, et si elle n’a pas été jusqu’à présent constatée, ce fait pourrait, d’après nous, tenir à trois causes: la première, c’est quelalésion n’a pas été suffisammentrecherchée; la seconde, c’est que les autopsies ont fait défaut pour favoriser ces recherches ; et la troisième, c’est que nos moyens d'investigation ne sont peut être pas encore arrivés à leur plus haut degré de perfectionnement.
Qui nous dit que dans quelques années on ne découvrira pas cette altération anatomique ?
Axenfeld nous dit: «Si le trjjumeau de droite frappé d’un courant d'air est le siège d’une névralgie, comment croire que ce nerf puisse être matériellement pareil au trijumeau du côté gauche, quand même on n’y trouverait ni rougeur ni épaississement » ?
Et Anstie ne dit-il pas que dans toutes les névralgies sans exception, même dans les plus légères, il existe une lésion de la racine sensitive des nerfs dans son trajet intra-spinal et du noyau gris qui est en connexion avec elle ? Nous ne voulons pas ici entamer cette grande discussion de savoir où est le siège même de la lésion, qu'Anstie place dans les centres nerveux