ORALE
et Axenfeld dans les ramifications nerveuses périphériques.
Nous constatons seulement que ses auteurs admeltent une lésion. —— Schuh, ayant examiné un jour un segment de nerf sous-orbitaire réséqué pour guérir une névralgie, constate les signes d’une névrite intense; mais il faut dire que dans ce cas la névralgie datait de longues années, et il est bien probable que l’altération anatomique, bien que très netle à ce moment, avait dû mettre très longtemps à se développer, et que dans les débuts de la névralgie, si on avait recherché la lésion, on n’en aurait pas constaté les signes, bien qu'ils existassent déjà en partie.
Il semble done que la lésion anatomique doit exister ; mais par quoi est constituée cette lésion ? En quoi consiste cette altération ? Réside-t-elle dans les fibres nerveuses ou dans le névrilème? Réside-t-elle dans les branches nerveuses ou dans les centres nerveux? Est-elle la conséquence d’un trouble de vascularisation, d’une congestion simple ou d’une inflammation du nerf ?
Yat-il névrite primitive ou névrite par compression ? Toutes ces opinions ont été émises, soutenues ef combattues.
Un fait qui paraît indiscutable, c'est «la prédominance marquée de la syphilis pour la névroglie, dit Caizergues, et c'est ce qui explique la fréquence et la curabilité des myélites diffuses syphilitiques ». Eh bien! pourquoi, dans les cas de névralgies, n'indiquerait-on pas la même cause ? Pourquoi ne se passeraitil pas dans un nerf afteint de névralgie ce qui se passe dans une moelle atteinte de myélite diffuse syphilitique ? Il se peut que la syphilis débute ici aussi par le tissu conjonctif devenu le point de départ d’une prolifération cellulaire active, suivie de régression graisseuse ou de passage à l’état adulte. Les cellules et les tubes nerveux ne sont atteints que consécutivement. Étouffés, gènés dans leur nutrition, ils s’atrophient et tombent en détritus granulo-graisseux.
ne
Un fait certain, c’est qu'il faut reconnaitre aux névralgies sy philitiques une cause différente de toutes celles qui produisent les névralgies ordinaires Comment expliquerait-on, s’il n’en était pas ainsi, que le traitement spécifique, et lui seul, puisse faire disparaître ces névralgies, alors que tous les traitements ordinaires sont restés impuissants ?
Comment ne pas admettre là une impression du virus syphilitique aboutissant à une modification dans la structure du nerf ? Que cette modification soit liée à une altération de nutrition ou à toute autre cause, elle doit exister, et ce ne serait alors qu’en régularisant la nutrition déviée que le traitement spécifique amènerait la guérison.
Que se passe-t-il en effet dans la période tertiaire de la syphilis ? On se trouve en présence d’un trouble anatomique, d’une gomme, d'une exostose, ou, en un seul mot, d’une néoplasie produite par un excès, un arrêt ou une déviation de la nutrition. On donne de l’iodure de potassium, et la nutrition se régularise, la néoplasie est arrêtée dans son évolution, elle rétrocède, se sclérose ou s’atrophie, et tout rentre dans l’état normal.
Ainsi, l’iodure a agi sur l’altération anatomique. Supposons donc, dans la période secondaire, qu'il existe ainsi une altération anatomique encore invisible, non constatable par les moyens d'investigation que nous avons en notre pouvoir, et donnons le traitement spécifique. Que se produit-il ? La guérison arrive à grands pas.
Faisons la contre-épreuve. Traitons une gomme syphilitique par les fondants ordinaires, autres que les spécifiques. La tumeur s'accroît et l’état s’agorave. Traitons à la seconde période une névralgie syphilitique par les antispasmodiques et les médicaments ordinaires, autres que le mercure ou l’iodure, etla névralgie persiste indéfiniment.
Donc, si notre opinion n'avait pas quelque vraisemblance, il
OO faudrait admettre que deux effets qui sont identiques ne reconnaissent pas une cause identique.
Et si dans le premier cas cette cause réside dans une altération anatomique constituée, pourquoi ne pas admettre que dans le second cette cause réside aussi dans une altération anatomique au moins commençante?
Tout nous porte donc à croire à l'existence de la lésion. Mais qu'on ne nous demande pas comment la syphilis arrive à produire celte lésion. Vient-elle d’un trouble de vascularisation ? La chose est possible ; et ce serait peut-être dans certains cas une façon d'expliquer le siège, presque toujours le même, de certaines névralgies.
On sait en effet que la vérole semble avoir une prédilection marquée pour les rameaux sus et sous-orbitaire du trijumeau et non pour les branches inférieures, et on sait aussi que les branches supérieures de ce nerf se comportent, relativement aux plexus veineux qui les entourent, d’une façon différente que les branches inférieures ; de plus, la syphilis détermine une chlorose à laquelle Ricord attribuait la production des névralgies syphilitiques, ou une anémie qui, pour Diday, avait tellement d'importance qu'elle devait seule être traitée pour faire disparaître la névralgie à laquelle elle donnait naissance. C’est en se basant sur ce principe que ce dernier traitait les névralgies syphilitiques par l’iode et non par le mercure. Et en agissant ainsi, il était conséquent avec lui-même ; voici quel était son raisonnement : L’anémie que l’on constate est due au virus syphilitique, c’est une chose vraie; mais si l’iodure de potassium agit, ce n'est pas parce qu'il est antisyphilitique, mais parce qu'il est reconstiluant. Pourquoi donnerait-on le mercure, qui est au contraire un altérant? [l neservira qu'à augmenter la névralgie. Donnez donc des toniques, et tout disparaîtra.
Ce raisonnement, très logique en apparence, n’avait qu’un tort: d’être absolument contraire aux faits. Traitez une névralgie
syphilitique par les toniques seuls, elle s'éternisera. Traitez-la par le mercure ou l'iodure de potassium, elle disparaîtra quelquefois en moins de cinq jours. En supposant que l’iodure de potassium soit un reconstituant (ce qui d’ailleurs est contestable), admettrez-vous qu il aura eu le temps en cinq jours de reconstituer l'organisme ? Néanmoins, si on ne peut pas atiribuer à l’anémie syphilitique le pouvoir de faire naître les névralgies, il faut reconnaître que cast élément devient une source d’indications, parce qu’il pourrait contribuer à retarder la guérison, et il se pourrait aussi que, sous l'influence de l’altération du sang qui l'accompagne, la circulation en retour, étant un peu gênée, favorisât la congestion des branches nerveuses, et plus particuliérement de la branche de Willis dans le cas du trijumeau, puisque cette branche est plus entourée de ramifications veineuses. D’où la fréquence relativement plus grande des névralgies dans cette branche.
Et n'est-ce pas de cette facon que l’on explique les névralgies qui se produisent dans le cours d’une maladie de cœur ?
Nous ne serions pas éloigné de nous arrêter à cette opinion pour ce qui est des névralgies syphilitiques que nous appelons encore essentie.les, bien que ces névralgies soient, comme on le voit, beaucoup plus symptomatiques qu’essentielles.
Mais il est une classe de névralgies qui, elles, sont réellement symptomatiques : ce sont celles de la troisième période. Ici la pathogénie est bien plus facile à expliquer, puisque les douleurs produites dans cette période sont le résultat d’une altération manifeste du nerf ou d’une compression. Ici on constate de visu la cause qui provoque la névralgie, et il n’est pas nécessaire, je l'espère, de discuter une pareille question, qui ne saurait éveiller l'ombre d’un doute.
Tous les auteurs ont été toujours d'accord pour admettre ies névralgies symptomatiques, et c’est ainsi que le savant profes-
seur Trousseau les admettait à côté des névralgies syphilitiques
essentielles, et pour lui elles étaient de beaucoup les plus fréquentes. Il dit en effet: « Le plus ordinairement, les névralgies syphilitiques répondent à une lésion externe assez bien appréciable, telle qu’une exostose, une périostose, une gomme, une phlegmasie de la membrane muqueuse, une ulcération, une nécrose. » Et Broadbent. dans ses Leçons sur les affections syphilitiques du système nerveux: «A la troisième période, les névralgies peuvent être produites par compression des exostoses ou des tumeurs gommeuses ‘ ». [serait trop long de multiplier les citations, qui au fond sont toutes unanimes pour démontrer la nature de ces névralgies de la période tertiaire, et nous terminerons ce chapitre en citant quelques lignes de l’article de Lereboullet dans le Dict. des Sciences médicales. Il faut admettre, ditil, que les lésions, quelles qu’elles soient, qui provoquent la névralgie donnent naissance à un changement dans la structure ou dans le fonctionnement du nerf, et que cette modification moléculaire, inaccessible jusqu’à ce jour à nos moyens de recherches, est à elle seule la cause des symptômes névralgiques. Ainsi, tout en affirmant l’existence des névralgies, il faut reconnaître que l'interprétation pathogénique et la définition nosologique des différentes espèces de névralgies est impossible à établir. On ne peut aujourd’hui définir la névralgie que par ses symptômes, bien que ce syndrome clinique réponde à un état anatomique, qui se’a un jour déterminé, des nerfs ou des centres
nerveux.
1 Broadbent; The Lancet, january 10, 1874. Lecture on syphilitic affections of
the nervous system.