‹ Névralgies SyphilitiquesChapitre 9 sur 25 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(Tic douloureux.) Hufelands Journal, tom. XXV, pag. 25. Observation inédite par Halliday : Considérations pratiques sur les névralgies de la face. Paris,1836, pag. 24, Obs. II.

Hu feland cite l'observation d'un juif qui, ayant eu diverses affections vénériennes, éprouvait depuis deux ans une démangeaison au-dessors de l'œil droit, laquelle, dans l’espace de quelques minutes, se changea en douleur véhémente, tie douloureux de Fothergill.

À deux reprises, les mercuriaux furent employés, mais d’une facen insuffisante, bien que la se conde fois, après dix jours de traitemert, le malade eût éprouvé du soulagement. Le traitement fut susperdu, et le

malade non guéri.

Comme on le voit par les Observations que nous venons de citer, lanévralgie du trijumeau peut se compliquer et se complique en effet très souvent de spasmes et de contractures musculaires qui se trouvent dans le domaine du facial ; « d’autres fois, les troubles de motilité résident seulement dans la partie de la face qui correspond à la branche inférieure du trijumeau, et il se produit alors un mâchonnement continuel » (Ozia-Aimar),

On explique ce dernier cas par une altération du ganglion de Gasser qui aménerait ainsi des troubles dans la branche sensive et dans Je rameau moteur du trijumeau.

Lorsque au contraire on à affaire au vrai tic douloureux, ce phénomène a été expliqué par une propagation de la lésion au nerf facial, au moyen des branches anastomotiques qui relient la cinquième paire à la septième, et dont l’une est située en arrière du canal de Sténon, tandis que La seconde n’est autre que la branche auriculo-temporale.

Enfin nous dirons, en terminant ce paragraphe, que le professeur Fournier, dans son livre de la Syphils, signale la né-

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vralgie faciale « comme l’une des névroses les plus communes de la période secondaire, du moins chez la femme ».

Si nous passons maintenant à l'étude de la névralgie sciatique, nous verrons qu'elle doit être placée immédiatement après la névraigie du trijumeau, car nous la constatons huit fois sur 41 cas. Pour notre part, nous n’avons pas eu encore l’occasion d’en observer, et nous ne saurions mieux faire que de reproduire les paroles du professeur Fournier sur ce sujet.

«La sciatique n’est pas rare comme symptôme de syphilis secondaire. Si elle paraît moins commune qu’elle ne l’est en réalité, c'est que souvent, le plus souvent, sa véritable cause, son origine diathésique reste méconnue. Ainsi que l’a remarqué avec raison un judicieux observateur, « dans la plupart des névralgies on se préoccupe trop exclusivement de la douleur et l’on ne s’enquiert pas assez des causes; aussi, dans la plupart des cas, l’origine réelle, première, de ces névroses passe-t-elle inaperçue » (Réveillé-Parise).

»Inutile de vous dire, Messieurs, que lasciatique secondaire ne se différencie cliniquement de la sciatique commune par aucun symptôme, pas même par les exacerbations nocturnes qu’on observe souvent dans les névralgies les moins spécifiques. C'est qu'en effet, comme vous le comprenez du reste, il n’est pas deux façons pour un nerf d'exprimer ses souffrances, quelle qu’en soit d’ailleurs l’origine.

»Un détail clinique mérite ici toutefois d’être relevé. Le sciatique secondaire n’affecte presque jamais le nerf dans toute l'étendue de la distribution. Elle consiste toujours, du moins d’après mon observation particulière, en une sciatique partielle, lombo-fessière, lombo-crurale, ne descendant guère au delà du genou, moins encore vers l'extrémité du membre.» (Fournier, De la Syphilis chez la femme, pag. 589.)

Cirillo (Traité complet des maladies vénériennes, traduit de

Eee

l'italien par Ed. Auber; Paris, 1803, pag. 340 et 341) donne deux observations de névralgie sciatique.

«J'ai guéri en trois semaines, dit-il, avec les bains et les frictions de sublimé, un jeune soldat venant avec une douleur atroce à la cuisse gauche, qui l’empêchait de remuer. Le même sujet présentait beaucoup d’autres accidents de la syphilis. »

Il dit ensuite : « Un soldat a été depuis longtemps et simultanément atteint d’une suppuration profonde du serotum et d’une sciatique ; le premier accident touchait à sa guérison que la sciatique persistait toujours et devenait chaque jour plus féroce. Cinq frictions d’onguent de sublimé l'ont guéri parfaitement. »

Voici l'observation de névralsie sciatique que Courty à recueillie dans le service du professeur Lallemand.

B.., chasseurs d'Afrique, en septembre 1843 était atteint depuis trois ans d’une douleur sciatique violente s'étendant le long de la cuisse et de la jambe gauches, le trajet de la douleur suivant parfaitement la direction du nerf.

Les révulsifs restèrent sans action et l’acupuncture seule soulagea le malade pendant quelques jours; mais la douleur revint, et l’acupuncture, réitérée, ne produisit aucun amendement.

B... avait eu dans le temps plusieurs maladies vénériernes. Un traitement antisyphilitique fut aussitôt commencé. Après cent cinquante pilules de Sédillot, l’amélioration était suffisante pour faire espérer une cure complète. (Courty,chef de clinique de Lallemand, in Journal la Clinique de Montpellier, 1°" février 1844, pag. 2.)

En 1853, le professeur Piorry cite un cas de douleurs lombaires et sciatiques produites par la compression du nerf lombaire correspondant à la troisième vertèbre lombaire gauche, où siégeait une exostose syphilitique.

Après un mois de traitement spécifique, la vertèbre reprit ses dimensions normales et les douleurs disparurent (Piorry, Mémoire sur les affections du rachis désignées sous le nom de mal de Pott, in Moniteur des Hôpitaux, 17 mai 1853, pag. 470.)

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Après la névralgie sciatique, et toujours par ordre de fréquence, nous trouvons la névralgie intercostale {7 cas sur 41). Cette névralgie ne présente pas de caractères particuliers, si ce n’est qu'elle peut affecter la forme de la névralgie ordinaire, avec ses trois points classiques, ou la forme de la pleurodynie. Chez l'étudiant en médecine dont nous parlons, la pression sur une large surface exagérait la pression, aussi bien que la pression sur une surface très étroite. Le décubitus latéral était rendu impossible, et la toux, ainsi que les grandes inspirations, augmentait la douleur.

C'est par l'existence de cette névralgie que s'explique en partie la production de l’asthme syphilitique (Jullien). Lorsque les branches mammaires sont atteintes, on observe de la mastodynie, symptôme assez fréquent, mais extrêmement douloureux et opiniâtre (Van Harlingen, de Philadelphie, in Encyclopédie internationale de Chirurgie, publiée sous la direction de Gosselin, 1883, tom. I, fasc. 5, pag. 666.)

OBSERVATION vil (personnelle).

Le nommé Z..., étudiant en médecine, âgé de 24 ans, d'un tempérament bilioso-nerveux, d'une constitution bonne, légèrement herpétique, a été atteint d’une névralgie intercostale de la huitième paire dorsale et du côté droit. Ses parents se sont toujours très bien portés, et lui-même n’a eu que la fièvre typhoïde en février 1883. [1 n’a jamais eu de blennorrhagie, et à la fin de mars 1883 il est atteint pour la première fois d’une maladie vénérienne ; mais c’est un chancre induré préputial, avec adénite inguinale, Il commence alors à prendre du mercure.

Au mois de juin, il est atteint d'une roséole qui dure huit jours et pour laquelle il a repris le mercure. Il suivait le traitement mercuriel depuis trois semaines, lorsque, en juillet, il se déclare une névralgieintercostale. Cette douleur augmentait d'intensité lorsque le malade se couchait sur le côté droit, ainsi que sous l'impression du froid, de la chaleur, pendant les grandes inspirations, la toux, et lorsqu'on comprimait le point douloureux.

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Cette névralgie est traitée au Val-de-Grâce par l’iodure de potassium à doses très élevées, 5 gram. dès le premier jour, par le professeur Chauvel. Ce traitement, qui était très bien supporté, fut continué pendant quinze jours, et déjà, après huit jours, la névralgie avait ec mplètement disparu.

Le traitement fut suspendu jusqu’en janvier 1884. Mais à cette époque-là, il survint des plaques muqueuses à la gorge, et en même temps une nouvelle névralgie occupant les tranches temporales du trijumeau. Le traitement spécifique est repris, et en quelques jours la névralgie

avait disparu.

Lorsque ce sont les branches inférieures du rachis qui sont atteintes, on à la névralgie lombo-abdominale, qui peut produire de vraies douleurs en ceinture, partant du rachis, suivant le bord inférieur de la douzième côte et venant se terminer à l’ombulic.

La névralgie occipitale commence à être beaucoup plus rare que les précédentes, et nous la signalons 3 fois sur 41 cas. Elle ne présente pas de caractères spéciaux.

Viennent enfin des névralgies beaucoup plus rares et qui dans notre statistique ne se sont présentées qu’une fois sur 41 cas.

Et d’abord, la névralgie des branches auriculaire et mastoïdienne du plexus cervical superficiel. Nous avons eu l’occasion d’en observer un cas, et nous le reproduisons.

OBSERVATION vil (personnelle).

Le nommé V..., marchand ambulant, âgé de 29 ans, marié depuis cinq ans, se présente au milieu de janvier au Dispensaire, dont la ville de Montpellier doit la création au généreux dévouement de mes Maîtres, MM. Pécholier et Bourdel.

Cet homme, d'un tempérament nervoso-sanguin, d’une complexion assez forte, mais d’une constitution moyenne, porte les stigmates de la diathèse scrofuleuse ; il à eu dans son enfance les ganglions sous-maxillaires engorgés, on y voit même la trace d'anciennes suppurations ; il à

nie

une blépharite chronique qu’il téaîne depuis des années ; enfin son faciès est caractéristique de la scrofulose.

Son père est mort à la suite d’une attaque d'apolexie, et sa mère, qui avait toujours été très nerveuse, est morte aussi: sa dernière maladie a été courte,

Au moment où le malade se présente au Dispensaire, il accuse une difficulté très grande pour avaler, sa voix elle-même est très rauque, et l'examen de la gorge dénote l'existence de plaques muqueuses occupant le pharynx et l’amygdale gauche. Les ganglions maxillaires sont engorgés. En même temps il présente une névralgie siégeant à gavche, ayant son foyer derrière la branche montante du maxillaire inférieur ; s’irradiant, au moment des crises douloureuses, dans la direction de l’apophyse mastoïde, et remontant de là, comme pour suivre le bord circulaire de la portion écailleuse du temporal, la douleur vient se terminer un peu en arrière de la tempe. Cette douleur est intermittente, et entre les crises elle disparaît à peu près complètement. Au moment des crises, qui surviennent d’une facon très brusque, la douleur est térébrante, lancinante, puis contuse, semble s’éteindre, puis reparaît tout à coup, pour disparaître enfin après plusieurs reprises semblables. La durée totale de la crise varie de cinq minutes àuneheure. À ce moment, le malade porte vite la main sur la région douloureuse, la comprime, et parvient ainsi, non à faire avorter la crise, mais à diminuer beaucoup son intensité. Enfin, ces accès de douleur se produisent quelquefois dans la journée, mais principalement au commencement de la nuit, entre 7 et 10 heures, etse montrent alors tous les quarts d'heure.

Interrogé sur ses antécédents personnels, notre malade nous dit qu’il a eu la variole dans son enfance, et en 1877 une légère blennorrhagie qu’il à guérie avec les émollients et le copahu. Enfin il à fait des excès d'alcool et de tabac. En août 1883, quatre ans après son mariage, il contracta la syphilis hors du lit conjugal, eut à faire soigner un chancre situé sur le filet, et dont nous retrouvons aujourd’hui des traces d’induration ; l’adénite inguinale non suppurée n'avait pas fait défaut. En octobre 1883, la roséole se déclare; le malade entre à l’hôpital et subit un traitement avec 50 pilules de Dupuytren et 20 pilules de Sédillot. A la fin de décembre, les plaques muqueuses apparaissent à la gorge, et quelques jours après il ressent les douleurs névralgiques (vers le 1° janvier), c’est-à-dire six mois après l'apparition du chancre infectant et en pleine période secondaire.

C'est alors qu'il se présente au Dispensaire. On constate les plaques muqueuses dans l'arrière-gorge et la névralgie des branches auriculaire et mastuidienne du plexus cervical superficiel. M. Pécholier le soumet au traitement suivant :

Biiodure de mercure et de potassium. ..... 05" ,50 lodure de potassiume...t.….. 0. 20 et RlO Banc distiléen 7 ns SR RC 500

En prendre deux cuillerées par jour.

En outre, se gargariser avec :

SHDlirHé COPROBLÉUE RE SARL LI. AC Csr 20 Décoction de morelle et de jusquiame.... 500

Le malade suit ce traitement régulièrement depuis le 12 janvier jusqu'à aujourd’hui, sauf le gargarisme, qu’il a suspendu depuis qu'il est guéri de sa gorge. Et voici les résultats qu’il a obtenus au point de vue de sa névralgie : Le 20 janvier, grande £mélioration ; les douleurs se reproduisent moins souvent et sont beoucoup moins intenses. Le 25 janvier, il n’a pas souffert du tout, et la veille il avait eu un accès insignifiant. Depuis cette date, un mois et demi s’est écoulé, les douleurs n’ont plus reparu. Il n'existe actuellement aucune manifestation syphilitique. Le malade va très bien. — Il continue son traitement.

Enfin nous ne ferons que mentionner la névralgie du crural, du lingual, et la névralgie urétro-balanique. M. Neucourt cite un cas de cette dernière.

M. V..., atteint de chancres il y a un an, fut scumis à un traitement mereuriel pour des ulcères syphilitiques de la gorge. Depuis quatre mois, dans le gland, des picotements, des élancements insupportables ont lieu, surtout lorsque le malade va en voiture, fait de longues marches ou qu’il reste longtemps assis ; jet des urines normal ; cathétérisme très douloureux lorsqu'on arrive à la portion membraneuse de l’urèthre; pas de corps étranger, pas d'écoulement. — Traitement mercuriel, puis ioduré. Les douleurs du canal et du gland ne se dissipent compiètement qu’au bout de plusieurs mois. (Archives générales de Medecine, août 1858, pag. 199. Mémoire sur la névralgie lombaire.)

Nous terminons ici ce que nous avions à dire de la sympto-

matologie des névralgies syphilitiques, et nous allons passer à l’étude de leur pathogénie.

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