OBSERVATION II
Névralgie syphihtique siégeant dans tout un côté de la tête et compliquée de tic douloureux.
(Cette observation de Waton est insérée dans le Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, mars 1793, tom. XCIII, pag. 233-242.)
M.deL.., capitaine, âgé d’unetrentaine d'années, dans le dernier degré d'amaigrissement, pouvait à peine se tenir debont ; une toux sèche et presque continuelle le tourmentait beaucoup ; il avait de temps en temps des tiraillements douloureux et si violents à toute la partie gauche de la tête, que l’œil et la bouche de ce côté entraient dans une contraction spasmodique effroyable.
Cestiraillements partaient de l’occiput, un peu au-dessous de la Luque,
entre elle et l’apophyse mastoïde. Ce point douloureux avait présenté dans les prem'ers temps un gonflement pâteux très léger, qui avait bientôt disparu entièrement ; il était si sensible que l’on causait les douleurs les plus cruelles pour peu qu’on y touchat, et soudain la crise se renouvelait. Ces instants passés, il ne souffrait point da la tête, mais le moindre mouvement du cou ou des mâchoires, un léger frottement, uns attitude génante, un bruit inattendu, une chose quelconque qui l’affectar, suffisaient le plus souvent pour rappeler les paroxysmes. Leur durée était inégale {au plus quatre ou cinq minutes). Ceux qui survenaient spontanément, sans être déterminés par un agent extérieur, étaient généralement plus longs et plus violents.
M. de L... ne dormait pas, bien que cependant les douleurs de la tête ne <e renouvelassent pas plus souvent la nuit. Il n’osait prendre des aliments solides, craignant que la mastication ne procuràt quelque accès. Cette maladie durait depuis dix-huit mois.
Comme le malade avait eu à différentes reprises des symptômes véroliques, il est traité par des frictions avec la pommade mercurielle.
Après quatorze jours, les accidents commencèrent à diminuer.
Après trente-cinq jours, guérison complète.
Parfois l’hémicränie change de côté (Guérard) ou bien se manifeste des deux côtés à la fois (Bell). Quelquefois elle est limitée à la partie antérieure de la tête et parfois même à un seul côté (observation de Minich).
Enfin certains auteurs (Plenck, Meckel, Franck) ont prétendu que la névralgie pouvait affecter la forme d’une odontalgie syphilitique.
Yvaren mentionne une otalgie de la même nature. Comme nous l'avons déjà dit, ces douleurs, quoique occupant une étendue plus ou moins considérable, se montrent avec plus d'intensité vers quelques points déterminés, d’où quelquefois elles s’irradient aux régions voisines.
Ces foyers d’origine peuvent se trouver au niveau des apophyses mastoides, des mâchoires, des tempes, des régions sus et sous-orbitaire.
Dans l'observation de Waton, le capitaine dont il est question
avait des tiraillements qui partaient de l’occiput, un peu audessus de la nuque, entre elle et l’apophyse mastoide. Ils étaient si douloureux, si violents ; ils affectaient tellement toute la partie gauche de la tête, que l’œil et la bouche de ce côté entraient dans une contraction spasmodique effroyable au premiér aspect. La sensibilité des parties malades était si excessive que le moindre contact renouvelait les douleurs ; un léger mouvement, un bruit un peu fort, produisait le même effet. Ces douleurs constituaient à la fois un tic douloureux et convulsif.
Nous pouvons rapprocher de l’observation du capitaine de Waton l'observation d’un capitaine de navire que nous avons vu dans le service de M. le professeur Combal. Ce malade, dont nous avons suivi la maladie pendant tout le temps qu'il est resté à l'hôpital, nous fournit un bel exemple de névralgie syphilitique | avec tic douloureux et convulsif. Nous n’aurions pas pu cependant publier l'observation d’une façon absolument complète si notre excellent ami M. le docteur Brousse, chef de clinique médicale, ne nous avait fourni quelques renseignements qui nous faisaient défaut. Qu'il nous permette de le remercier ici de son obligeance.
OBSERVATION II! (personnelle).
Syphilis ancienne.— Tic douloureux de la face datant de douze ans.— Traitement spécifique. — Guérison.
Villarem, Jean, 42 ans, capitaine de navire marchand à Port-Vendres, entre le 16 juillet 1882 à l'hôpital Saint-Éloi, salle Saint-Jean, ne 5.
C'est un homme d'un tempérament nervoso-sanguin, d’une constitution robuste et d’une complexion moyenne.
Son père etsa mère vivent encore, et malgré leur grand âge jouissent d'une bonne santé.
Un frère est mort en Chine de la dysenterie Il lui reste encore trois sœurs qui se portent bien.
Quant à lui, il a toujours joui d’une excellente santé; dans son enfance, il n’a jamais présenté d'accidents scrofuleux.
ST à ares
Il a débuté dans le métier de marin comme mousse, à l'age de 14 ans ; à partir de ce moment, il a visité les pays les plus malsains (Sénégal, Cochinchine, etc.) sans jamais contracter de maladie, pas même les fievres intermittentes.
A l’âge de 22 ans, se trouvant à Calcutta, il contracte un chancre unique, situé sur le frein du prépuce, bientôt suivi d’un engorgement ganglionnaire multiple non suppuré dans les deux aines.Il fait alors un traitement fort incomplet (d’un mois environ), qu'iln’a plus repris depuis.
Consécutivement, il n’aurait pas présenté d'accidents secondaires.
Seulement, quelques années après, il aurait été atteint au cou, et particulièrement à la nuque, de gros boutons qui étaient très douloureux et qui se terminaient par suppuration, probablement des furoncles.
En 1868, se trouvant à Cette avec son navire, il est pris tout d’uncoup de douleurs vives dans les deux yeux {sensation de graviers); ceux-ci sont fortement injectés, larmoyants ; la vue se trouble.
Mais il n’attache pas d'importance à cette maladie, ne se soigne pas et continue ses voyages.
L’altération des yeux s'aggrave progressivement; au mois d'août 1870, ils ont pris un volume considérable, surtout le gauche, où la vue se trouve complètement abolie.
En même temps se développe une hémicrânie limitée au côté droit de la tête.
On lui fait faire alors un traitement énergique qui arrête les progrès du mal dans l'œil droit, mais qui reste impuissant à sauver l'œil gauche, qui devient de plus en plus gros et finit un peu plus tard par se vider et s’atrophier consécutivement.
L’hémicrânie persiste six mois, malgré l’emploi des préparations quiniques, et disparaît ensuite pour faire place à une névralgie trifaciale.
Depuis, malgré tous les traitements employés (préparations quiniques, cpiacés, révulsifs, ete.), cette névralgiea persisté, mais pas d’une façon absolument continue.
Elle était surtout accentuée aux saisons intermédiaires (printemps et automne) ; pendant l'hiver et l'été, elle ne se présentait que de temps en temps, particulièrement lors des variations atmosphériques.
Malgré cela, le malade a continué son métier de capitaine marchand.
Mais le 13 décembre dernier (1881), le tic douloureux, qui l'avait laissé à peu près tranquille pendant deux mois, reparaît cette fois-ci avec une intensité beaucoup plus grande: les convulsions du côté droit
et
de la face deviennent très fréquentes, jusqu'à vingt fois par heure, et s’accompagnent de douleurs atroces ; ces phénomènes, s'exagérant par la mastication, rendent l'alimentation très difficile. Les crises se produisent aussi pendant la nuit.
Il est alors obligé d'abandonner son navire pour venir $e faire soigner dans sa famille, mais les traitements employés ne réussissent pas mieux que précédemment.
Il se décide alors à venir à Montpellier, où il entre le 16 juillet dernier dans le service de M. le professeur Combal.
A soit entrée, on constate un amaigrissement général et une asymétrie très nette de la face, due à plusieurs causes : d’abord les paupières gauches ne sont plus soulevées par un globe oculaire complètement atrophié ; du côté droit, il y a une atrophie très nette du masque facial, qui presque chaque cinq minutes est pris de convulsions cloniques accompagnées de douleurs atroces, augmentées par la mastication, par l’exercice de la parole, par les attouchements ; l'alimentation est très difficile et le malade ne peut prendre que des aliments liquides.
La sensibilité est notablement diminuée dans ce côté de la face.
Quoique la vue soit conservée, l’œil droit n’est pas intact : la cornée est nuaveuse, l'iris est décnloré par places et présente l'aspect de l’iritis syphilitique. — Traitement : 40 gram. sirop de morphine. Régime lacté.
21 juillet. L'état du malade est toujours le même, les crises seraient même plus rapprochées et plus intenses. — Supprimer le régime lacté, qui n’est pas supporté, et le sirop de morphine.
A cause des antécédents suspects du malade, M. Combalse décide à essayer le traitement spécifique :
Liqueur de Van Swieten, une cuillerée.
Bromure dOSnOtaSSUDe Le ee le À Iodure de potassium........ AR A Aa Le
Lotions tous les matins sur tout le corps, tièdes pour commencer, froides ensuite, suivies de frictions sèches. — Régime ad libitum.
28. L'état du malade ne s’est pas amélioré : les crises douloureuses sont aussi fréquentes. — Continuer le même traitement, Liqueur de Van Swieten une cuillerée et demie.
2 août. Depuis hier soir, le malade n’a plus eu de crises douloureuses. — Même traitement. Liqueur de Van Swieten 2 cuillerées.
10. Les crises douloureuses n’ont plus reparu, malgré les variations
SPAS atmosphériques, auxquelles le malade était très sensible, L'alimention se fait très bien : le malade mange à la table commune. — Même traitement. Liqueur de Van Swieten 3 cuillérées.
24. Le tic douloureux est absolument supprimé ; mais, le malade se plaignant de douleurs d'estomac, on cesse la liqueur de Van Swieten.
26. Le malade, se considérant comme complètement guéri, demande son exéat ; il promet de continuer chez lui le traitement spécifique.