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Widal et Abrami (1), à la Société médicale des Hôpitaux (février 1908), affirment nettement la possibilité du cyto-diagnostic positif du cancer des centres nerveux. Ils présentent l'observation d’une malade de quarante-sept ans admise pour hémiplégie brusque survenue sans ictus et sans prodromes. Ce symptôme n’était accompagné d'aucun phénomène cérébral permettant d’élucider sa nature (pas de céphalée, pas de vertiges, pas de vomissements, absence de troubles oculaires), La ponction lombaire, pratiquée immédiatement, révéla un liquide d'une limpidité parfaite, s’écoulant sans hypertene sion, en gouttes lentes.
Le culot de centrifugation est formé presque uniquement par une agglomération de cellules qui, par leur taille, leur structure, l’aspect du noyau, présenient tous les caractères des cellules cancéreuses. Ces éléments existent dans le liquide céphalorachidien presque à l’état de pureté : c’est à peine si en parcourant plusieurs champs microscopiques, on rencontre un leucocyte polynucléaire. Examiné x l’état frais (sans coloration ni fixation), les éléments anormaux apparaissent comme des cellules arrondies, de taille monstrueuse, atteignant jusqu'à sept ou huit fois le volume d’un polynucléaire. La plus grande partie du corps cellulaire est occupée par
x. Widal et Abrami, Cyto-diagnostic du cancer des centres nerveux. Présence de cellules néoplasiques dans le liq. céphalorachidien. Endocardite végétante cancéreuse. (Soc. méd. des Hôp., 28 février 1907).
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un noyau volumineux, vésiculeux, arrondi, à l’intérieur duquel se trouvent plusieurs nucléoles, très réfringents, répartis irrégulièrement dans la masse
nucléaire. Ordinairement le noyau est unique :
plusieurs cellules en renferment deux. Le noyau est rarement central : dans la plupart des cellules, il est excentrique, borné seulement sur une partie de sa circonférence par une mince lame protoplasmique. Le protoplasma, très clair est, dans un grand nombre d'éléments, creusé de vacuoles nombreuses; dans d’autres, il paraît bourré de grosses granulations, surtout abondantes au voisinage immédiat du noyau. Certains éléments, aux contours très indécis, paraissent manifestement en état de plasmolyse et de karyolyse. La recherche de glycogène, effectuée à l’aide des vapeurs iodées, sur lames fixées à l'acide osmique est positive.
L'examen des préparations fixées et colorées précise ces caractères cylologiques : les éléments se montrent d'aspect très polymorphe, suivant leur état de conservation : la plupart d’ailleurs sont bien conservés et ne présentent pas de lésions dégénératives ni du noyau ni du protoplasme. Ce sont de très grands éléments, de 60, à 80 : de diamètre, arrondis régulièrement : le noyau vésiculéux, habituellement excentrique, unique ou double, fixe
- énergiquement la matière colorante. Sur les prépa-
rations très colorées, il apparaît bleu foncé, d'aspect homogène : on ne peut apercevoir les nucléoles ; le protoplasme, faiblement basophile, présente un
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aspect spongieux, réticulé, finement granuleux.
Sur les préparations faiblement colorées, le proto-
plasme est à peu près incolore, le noyau présente
un réseau formé de filaments chromatiques anas-
tomosés en tous sens ; la plupart des noyaux pos-
sèdent deux ou trois nucléoles, fortement colorés,
arrondis où ovalaires ; beaucoup en renferment un plus grand nombre; on en compte jusqu’à six. À côté de ces éléments uninucléés, les préparalions montrent en assez grande quantité des cellules identiques à deux noyaux, de nombreuses cellules en voie de karyokinèse manifeste. Un grand nombre d'éléments sont en dégénérescence : les noyaux sont rétractés, absolument opaques ou en élat de karyolyse plus ou moins avancée. Le protoplasme est creusé de vacuolss : sa réaction est acidophile.
Certaines cellules sont réduites à leur noyau.
En présence de ces résultats fournis par la ponction lombaire, Widal et Abrami affirmèrent que l’hémiplégie était due à un cancer du cerveau, apparaissant comme une lésion métastatique d'un cancer gastrique en évolution.
La nécropse confirma ce diagnostic : au niveau de
l'hémisphère droit existait une lésion siégeant en
pleine substance blanche, à la capsule interne : Gil”
s'agit d’une infiltration massive et diffuse, sans tendance à un groupement défini, par des éléments néoplasiques. Ces éléments sont, par leur aspect, leur volume, leur structure, identiques à ceux que renfermait le liquide céphalo-rachidien : ce sont de
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grosses cellules arrondies, régulières, à noyau vésiculeux occupant la plus grande partie de l’élément ; le noyau unique ou double possède plusieurs nucléoles qui fixent très énergiquement les colorants. Le protoplasme est très finement granuleux dans les éléments bien conservés ; dans d’autres, il a entièrement disparu ». En un point, l’infiltration avait gagné le ventricule au travers de la couche optique, déterminant une sorle d’inoculation ventriculaire par les cellules néoplasiques.
Sicard et Gy (1) publient à la Société de Neurologie une observation personnelle qui leur permet d'attirer à nouveau l’attention sur l'importance du cyto-diagnostic, il s’agit d’un homme de soixante ans, : n'ayant ni antécédents syphilitiques ni lésions tuberculeuses, se plaignant depuis quelques semaines de céphalée, vertiges, bourdonnements d’oreille. Successivement la plupart des nerfs craniens furent atteints : septième et huitième paires gauches, troisième, sixième, neuvième onzième et douzième nerfs craniens de chaque côté. Les trijumeaux et les nerfs optiques parurent indemnes. Au cours de quatre ponctions lombaires qui ont été pratiquées, le liquide céphalo-rachidien s’est montré d’une constance cytologique uniforme : hématies en petit nombre, lymphocytes en moÿenne quantité, quelques rares polynucléaires. Mais le regard était surtout
1.Sicard et Gy, Méningite sarcomateuse à prédominance bulboprotubérantielle. Cyto-diagnostic rachidien néoplasique (Rev. de Neur., 1908, p. 1245).
aitiré par l’abondance de cellules volumineuses, d'aspect boursouflé, arrondi, avec protoplasme souvent granuleux, parfois vacuolaire. Ces cellules sont visibles nettement au bleu de Unna et à l’hématéine-éosine : le noyau est coloré, plus que le protoplasme qui reste pâle, prend mal les colorants basiques ou acides. Par places, certaines de ces grosses cellules sont en voie de karyokinèse, d’autres en voie de dégénérescence. A la nécropse, on constata une lumeur sarcomateuse à point de départ dure-mérien, adhérente à la dure-mère temporale gauche sur une étendue de 2 à 3 centimètres carrés. Au niveau du carrefour antérieur bulboprotubérantiel exisiait une teinte opaline des espaces arachnoïdo-pie-mériens épaissis avec de légers exsudats, mais sans granulations ni semis apparents néoplasiques. Les lésions principales consistaient en une infiltration cellulaire intense des méninges. molles, les mailles de la cavité sous-arachnoïdienre étaient bourrées de cellules embryonnaires avec enchevêtrement de grosses cellules sarcomateuses analogues à celles trouvées dans le liquide céphalorachidien retiré par ponction lombaire. L'arachnoïdopie-mérite prédominait à l'émergence des troncs perveux, encerclés d’une véritable gangue inflammatoire cancéreuse. Cette symphyse aiguë néoplasique a été la cause des dégénérations et des lésions de polynévrite généralisée des nerfs craniens.
Les auteurs concluent en faisant remarquer la grande valeur diagnostique de la ponction lombaire
dans ce cas : € seul le cyto-diagnostie permet de reconnaitre avec cerlitude l’existénce du cancer des centres nerveux. Le syndrome humoral néoplasiqae leur a permis d’acquérir une certitude étiologique qui serait loujours restée problématique avec l’aide seule de la clinique ». Facchini (1), daris un cas de sarcome primitif de l’épiploon, secondairement accompagné d’une néoplasie métastatique diffuse des méninges de même nature microscopique que la tumeur primitive, trouve dans le liquide céphalorachidien de grosses cellules néoplasiques ayant leurs noyaux en mitlose. L’affection avait évolué comme une méningite.
: Telles sont les principales observations relatées par les auteurs de cancers où l’on a simultanément constaté des lésions des centres nerveux et des cellules spéciales dans le liquide céphalo-rachidien.
Si maintenant nous cherchons à définir ces cellules sans nous préoccuper des milieux humoraux où eiles ont été trouvées, et si nous comparons notre Cas à ceux déjà publiés, nous voyons que nous pouvons attribuer à ces éléments les caractères suivants :
Ils se présentent suivant deux types qui peuvent coexisler sur une même préparation, soit des bourgeons cellulaires, soit de grandes cellules nettement isolées les unes des autres. À
1. Facchini, Un cas de Sarcomatose diffuse métastatique de la pie-mère cérébrale et spinale avec résultats caractéristiques fournis par le cyto-diagnostic du liquide céphalo-rachidien (Societa medico-chirurgica di Bologna, 4 juillet 1908. JL Policlino, 2 août 1908, p. 977).
| atteignant parfois de 60 à 8o . Widal et Abrami: en à
ee Dolluies afféctént des Arneaeot considérables,
citent qui ont sept à. huit fois les dimensions des:
polynucléaires. j | Elles sont ordinairement creusées de vacuoles qui
leur donnent un aspect tout à fait caractéristique.
Ces vacuoles revêétent deux aspects : tantôt elles sont
énormes, formant des loges irrégulières que limitent , l, . j | des travées protoplasmiques et donnant aux cellules
l'aspect de grosses sphères transparentes, tantôt elles sont petites et multiples et font ressembler la cellule à une écumoire. Ces diversités d’aspects expliquent pourquoi les auteurs ont décrit des types granuleux, spongieux et vacuolaire. Jamais, en tous cas, on a noté d’enclaves.
Ces cellules sont essentiellement polymorphes : on en a vu d’arrondies, de polycycliques, d’ovalaires, de lamelleuses. Certaines affectent la forme de raquette ou de massue. Habituellement, le noyau est excentrique, ce qui donne à la cellule l'aspect classique de Siegelring. Les réactions tinctoriales paraissent particulières : : elles sont nettement basophiles, prenant mal les colorants acides. Par le bleu polychrome de Unna, le noyau apparaît violet, le pro-
toplasme bleu pâle ; par le bleu de Kühn, le
protoplasme est à peine teinté, le noyau et les nucléoles sont foncés. Par l’hématéine-éosine, le
; noyau est bleu pâle, le protoplasme rose pâle. Ces colcrations contrastent avec celles des lymphocytes
qui ont un noyau violacé et dont le protoplasme N. Ségaux 5
apparaît sous forme d’une bande rouge clair.
D'une facon générale, le protoplasme prend peu les colorants. Widal et Abrami ont constaté que sur des préparations faiblement colorées, il était à peu près incolore.
L'extrême pâleur de certaines cellules est parfois un de leurs caractères les plus apparents : dans ces cas les bords sont souvent peu nets. Certains éléments apparaissent à peine ; ils sont flous, leurs limites indistinctes, mais les noyaux restent toujours visibles, affectant une structure nettement réticulée. Parfois les cellules semblent s’effriter : leurs limites paraissent déchiquetées.
Les noyaux, par contre, prennent assez ; fortement les colorants; ils présentent ordinairement un réseau formé de filaments chromatiques anastomosés en tous sens; beaucoup sont creusés de vacuoles plus fines que celles du protoplasme.
Leur structure n’est pas homogène : ils sont semés de cinq ou six grains chromatiques réunis par un filament souvent apparent. La richesse du noyau en chromatine est un des caractères les plus fréquemment notés par les auteurs.
Les nucléoles sont fréquemment abondants.
Assez souvent le noyau présente des figures de karyokinèse. |
Les auteurs relatent des aspects de plasmolyse et de karyolise. Les figures de mitose ne s’observent pas dans tous les cas ; nous avons noté des cellules en état de division directe.
ae ue Enfin, un des caractères les plus importants de ces cellules est constitué par la présence de glycogène. | |
Ces qualités sont-elles suffisantes pour individualiser ces cellules et permettre de décrire un syndrome humoral néoplasique ? On peut les ramener à . quatre, particulièrement importantes :
La taille monstrueuse des cellules :
La présence de grosses vacuoles;
Les figures de réaction ;
L’infiltration glycogénique.
Nous n’avons retrouvé aucun de ces caractères sur les cellules les plus proches par leur structure des éléments que nous venons d’étudier : Lœper et Crouzon déclarent que les réactions de ces éléments diffèrent fortement de celles des mononucléaires du sang, des macrophages et des celluies endothéliales.
L'aspect vacuolaire est peut-être celui qui est le plus facilement simulé : les macrophages, les hématomacrophages affectent volontiers ce type ; mais on trouve alors des figures d’enclavement. D'ailleurs les vacuoles sont peu nombreuses; il y en a ordinairement une à deux par cellules : elles contiennent des corps étrangers. Le reste du corps cellulaire est constitué par un tissu compact, renfermant un gros noyau central. Dans un cas de fracture de la base du crâne, le liquide céphalo-rachidien que nous avons obtenu huit jours après l'accident était clair ; mais le culot de centrifugation contenait en abondance de