HUMEURS OU MILIEUX
1° Humeur aqueuse et chambres de l’œil.
Avant de parler de l'humeur aqueuse, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur le lieu qu’elle occupe. On admettait généralement que l'iris divisait l’espace intermédiaire au cristallin et à la cornée en deux compartiments d’inégale capacité, l’un antérieur, l’autre postérieur, communiquant entre eux au moyen de l’ouverture pupillaire. Ces compartiments, appelés chambres de l'œil, étaient distingués en antérieur eten postérieur.
La chambre antérieure est la plus grande ; sa forme est à peu près celle d’une lentille plano-convexe dont la surface sphérique est tournée en avant. Elle est limitée en arrière par la face antérieure de l'iris, en avant par la face concave de la cornée, circulairement par la portion de la membrane de Demours, dont l’épithélium seul se réfléchit de la cornée sur l'iris Son diamètre est de 11 millimètres; son axe, deu:
La chambre postérieure aurait des dimensions beaucoup plus petites, aussi son existence a-t-elle été tour à tour contestée. On la bornée en avant par la face postérieure de Viris, en arrière et au pourtour par le cristallin et les procès ciliaires. Sa profondeur augmenterait du centre à la circonférence, et son diamètre, au niveau de l'axe de l'œil, serait de 20 millimètres, et au niveau de l'axe des procès ciliaires, de 1 millimètre. La membrane délimitante de Pacini isole l'humeur aqueuse du pigment de l'iris.
D'après la même manière de voir, la chambre postérieure aurait la forme dune lentille plano-concave à surface sphérique dirigée en
arrière; sa forme ne serait donc pas la même que celle de la chambre antérieure,
Cependant les recherches de quelques anatomistes semblent démontrer définitivement que la chambre postérieure n'existe point, de manière que l'iris, concave postérieurement, se moulerait sur la convexité du cristallin; conséquemment il n’y aurait qu'une chambre qu'on appelait antérieure, à moins qu'on ne veuille désigner sous le nom de chambre postérieure le cristallin et le corps vitré.
Lihumeur aqueuse est le liquide qui remplit les deux chambres ou la chambre unique; et dans le premier cas elle se meut librement de l’une à l’autre à travers la pupille, et baigne de toutes parts l'iris.
Incolore, trés-limpide, légérement visqueuse, elle est la plus fluide des humeurs de l'œil. Brewster a trouvé pour son poids spécifique 1,0053, et pour son pouvoir réfringent, 1,335. Examinée au microscope, elle ne présente aucune particule solide, Relativement à sa composition chimique, elle se compose de 98 parties d'eau et de 2 parties de chlorure de sodium, de matières extractives et dalbumine.
La quantité de ’humeur aqueuse est d'environ 28 centigrammes ; elle varie suivant la courbure de la cornée, le diamètre du cristallin et l’état de réplétion de l’æil. Lorsque, par une cause quelconque, ce liquide a disparu, il se reproduit avec beaucoup de facilité, ainsi qu’on Pobserve à la suite de l'opération de la cataracte ; après la mort il s’évapore et disparaît en grande partie, ce qui explique l’aflaissement de la cornée sur le cadavre.
L’humeur aqueuse n’est pas en contact direct avec les parois de la chambre antérieure, elle en est séparée par la mémbrane de Demours ou de Descemet, appelée encore membrane de l'humeur aqueuse. Par la coction, par la macération, cette membrane peut être séparée de la face concave de la cornée à laquelle elle est étroitement unie; alors elle se détache quelquefois d’une seule pièce, le plus souvent en larges lambeaux transparents, vitreux et d’une consistance cartilagineuse. Mais, en arrière, l’adhérence qu'elle contracte avec l'iris est si intime qu'il est impossible de Visoler ; on l’apercçoit sur la face antérieure de l'iris sous la forme d’un mince feuillet transparent, pourvu d'un épithélium pavimenteux. Ce feuillet, qu'il est facile de détacher chez certains animaux, représente la portion de la membrane de l'humeur aqueuse, qui se réfléchit de la cornée sur la paroi postérieure de la chambre antérieure. D'après quelques-uns, cette membrane ne se terminerait pas au bord de la pupille, mais passerait sur ce bord pour aller recouvrir l’uvée ; suivant d’autres, au contraire, elle manquerait — à la face antérieure de l'iris, et la membrane de Demours serait uni-
CRISTALLIN. 159 quement formée par la lame qui tapisse la concavité de la cornée, Il est même des anatomistes qui, adoptant une opinion extrême, considèrent cette dernière lame comme la couche la plus postérieure du tissu de la cornée,
Du troisième au septième mois de la vie intra-utérine, lorsque la pupille est obturée par la membrane de Wackendorf, la membrane de Demours forme un sac séreux sans ouverture.
Il est probable qu’elle concourt à sécréter l'humeur aqueuse; mais celle-ci est principalement produite par l’épithélium qui se trouve derrière l’iris, comme l'indique son accumulation derrière cette membrane, quand la pupille est oblitérée.
Usage. — L’humeur aqueuse est destinée à maintenir l'intervalle nécessaire qui existe entre la cornée et l'iris, et peut-être entre ce dernier et le cristallin ; après l'écoulement de cette humeur, l'iris et
le cristallin-changent leurs rapports réciproques et s'appuient sur la cornée transparente,
2° Cristallin.
(Lens crystallina.) (Praxcse LXXX.)
Préparation.— Pour obtenir le cristallin et le corps vitré, il suffit d'enlever les trois membranes de l'œil. Cette préparation peut se faire sur un ceil frais, ou sur un œil que l’on a soumis préalablement à une macéralion de vingtquatre heures dans l'alcool ou dans un acide affaibli; on voit alors la texture intime du cristallin, et l’on peut constater la présence de la membrane hyaloïde, devenue demi-transparente par la macération. On ne peut s'assurer de la texture cellulaire du corps vitré que sur un œil congelé.
Après avoir soumis un ceil à la congélation, partagez-le verticalement jet d’arriére en avant en deux moitiés, et vous aurez le rapport réciproque de toutes les parties qui entrent dans sa composition.
Le cristallin est le corps lenticulaire, transparent, situé en arrière de l'humeur aqueuse et au devant du corps vitré. Par sa consistance il appartient plutôt aux parties solides qu'aux parties liquides de l'économie.
Sa forme est celle d’une lentille biconvexe dont les surfaces ont des rayons inégaux ; chez le fœtus, elle est à peu près sphérique.
La coloration, la consistance et le poids du cristallin offrent de grandes variations : rougeâtre chez le fœtus, il est incolore et transparent chez l'enfant et l'adulte, légèrement jaunâtre et moins transparent chez le vieillard ; sa consistance est plus grande dans l'âge
adulte que dans l’enfance, où il est pulpeux ; quant à son poids, il est en général de 16 à 27 centigrammes, et moins considérable chez ’Européen que chez le nègre.
On considère au cristallin une face antérieure, une face postérieure, une circonférence, un diamètre, un axe et deux pôles, l’un antérieur, l'autre postérieur.
La face antérieure est moins bombée que la face postérieure ; chacune d'elles ne reproduit pas un segment de sphère : d’après les recherches de F. Petit et de Krause, l’antérieure est elliptique et la postérieure parabolique. Le degré de convexité de ces deux faces présente de nombreuses variations individuelles. En général, la courbure de la première a un rayon de 6 à 8 millimètres ; celle de la seconde, un rayon de 4 à 6 millimètres. Mais souvent cette diflérence de courbure est à peine sensible, la face antérieure ne parait pas moins bombée que la postérieure, et il n'est pas très-rare de rencontrer des cristallins dans lesquels la convexité est au contraire plus prononcée en avant qu'en arrière. La face antérieure, baignée par l'humeur aqueuse, est tournée vers l'iris, et limite en arrière la chambre postérieure ; l'intervalle qui la sépare de luvée, et qui détermine la profondeur de cette chambre, n'a pas partout les mêmes dimensions : au niveau du rebord pupillaire il est de 0™",5, tandis qu'à la grande circonférence irienne il est de Poros
Dans l’état ordinaire de la pupille, la face antérieure du cristallin est en partie visible à travers la cornée et l'humeur aqueuse ; mais elle apparaît tout entière lorsque l'iris, par une dilatation considérable de son ouverture, se réduit à une bandelette circulaire.
La face postérieure repose dans une-dépression du corps vitré auquel elle est simplement contiguë, et se trouve à une distance de 1 à 2 millimètres de la tache jaune de la rétine. Chez quelques animaux, on trouve en cet endroit un espace rempli de liquide et formant une troisième chambre.
La circonférence, arrondie, circulaire, quelquefois légèrement ovalaire, répond en arrière au pourtour de la dépression du corps vitré et en avant à la lame ciliaire, qui la recouvre et y adhère fortement. Tout autour de cette circonférence règne le canal de F. Petit, qui sera | décrit à l’occasion de la membrane hyaloïde. Nous verrons aussi plus tard de quelle manière le cristallin, dont les faces sont libres de connexions intimes, est solidement fixé par sa circonférence dans le lieu
qu'il occupe.