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LANGUE

(Lingua.)

(Prancue LXXXIX.)

Préparation. — Pour rendre les papilles et les glandules linguales, la glande et les glandules palatines, plus appréciables, il est bon de faire macérer la cavité buccale pendant quelques heures dans l’eau tiède, et de bien la laver après.

On détachera l’épiderme de la couche papillaire du derme en plongeant la langue dans l’eau bouillante, ou en la faisant macérer pendant un temps plus ou moins long, suivant la température de la saison.

Une grande partie de la langue, de la voûte palatine et du voile du palais est visible dès qu’on ouvre fortement la bouche : pour la face supérieure il suffit de tirer la langue hors de la bouche et de l'appliquer contre le menton; pour la face inférieure, il faut relever la pointe en l’appliquant contre les dents incisives supérieures. Mais si l’on désire mettre à nu toute la face dorsale de la langue, il serait nécessaire d’avoir recours aux coupes suivantes :

4° Prolongez l’incision des commissures des lèvres en arrière, détachez la langue de ses adhérences au maxillaire inférieur, et enlevez le corps de cet os par un trait de scie pratiqué de chaque côté, entre la seconde et la troisième grosse molaire, puis écartez fortement la langue de la voûte palatine.

2° Faites une coupe verticale antéro-postérieure des mâchoires supérieure et inférieure, un peu en dehors de la ligne médiane, et de manière à ne pas intéresser la langue. Ce dernier procédé a le double avantage de ne pas changer les rapports de la langue, etde donner une connaissance exacte de ses deux portions pharyngienne et buccale.

La langue, organe essentiel du goût, possède la faculté de percevoir les impressions sapides produites sur elle par certaines substances dites savoureuses. Une portion assez limitée de la face antérieure du voile du palais jouit aussi des mêmes propriétés, mais nous ne nous proposons point d'entrer dans des détails anatomiques sur cette partie, dont les fonctions principales se rattachent surtout aux actes de la déglutition.

La langue n’est pas uniquement destinée à nous procurer la sensation des saveurs, car elle sert aussi à la prononciation, à la succion,

à la mastication, à la déglutition, ‘etc. Or, pour répondre à un aussi grand nombre d’usages, elle offre une texture compliquée et en harmonie avec l'exercice de ses diverses fonctions.

C'est un organe charnu, doué d’une contraction volontaire, revêtu d’une membrane papillaire gustative se continuant avec la muqueuse buccale, et par l'intermédiaire de celle-ci avec la peau, qui offre avec cet organe tant de caractères de similitude. La langue est maintenue dans un état habituel d'humidité par un appareil de sécrétion glandulaire et folliculaire ; elle est pourvue d’un système vasculaire très-développé, et de nerfs très-volumineux, très-nombreux, dont chacun, quoique d’une destination spéciale, contribue à l'exercice régulier de toutes ses fonctions.

La langue est placée en partie dans la cavité buccale, dont elle constitue le plancher, en partie dans le pharynx, dont elle concourt à former la paroi antérieure. Elle s'étend depuis l’os hyoïde et l’épiglotte jusque derrière les dents incisives, horizontale dans sa portion buccale, c’est-à-dire dans ses trois quarts antérieurs, et verticale dans sa portion pharyngienne.

Son volume, variable suivant les individus, est toujours dans l’état normal, en raison directe de l'espace parabolique circonscrit par l’arcade alvéolo-dentaire inférieure. Elle peut exécuter de légers mouvements dans la cavité buccale, lors même que les mâchoires sont rapprochées ; mais, dans certains cas pathologiques, elle devient tellement volumineuse, qu'elle se moule sur la face interne des dents, dont elle garde les empreintes, les déborde, et présente souvent des morsures plus ou moins profondes.

Sa forme varie beaucoup chez le même individu, suivant que les muscles qui entrent dans sa composition sont contractés ou relachés ; à l’état de repos, elle est aplatie de haut en bas, plus épaisse en arrière qu'en avant, et représente à peu près un ovale à grosse extrémité tournée en arrière.

Habituellement rosée, elle revêt des colorations différentes dans les maladies.

Ses moyens de fixité sont multiples et très-solides : ainsi, elle est attachée à l’os hyoide par les muscles hyo-glosses et par une forte lame aponévrotique nommée membrane hyo-glossienne; aux apophyses styloides des temporaur, par les stylo-glosses ; au voile du pafais, par les glosso-staphylins ; et 4 la mâchoire inférieure, par les génio-glosses. La muqueuse linguale, en se réfléchissant sur les parties voisines, lui forme aussi des replis ligamenteux, savoir : le frein ou

LANGUE. 541 filet, que l’on voit au-dessous de la langue, particuliérement quand on élève sa pointe ; les replis glosso-épiglottiques, au nombre de trois, un médian et deux latéraux; les replis glosso-staphylins, qui enveloppent les muscles de même nom ; enfin elle est encore maintenue en position par les vaisseaux et les nerfs qui la parcourent.

Conformation extérieure.

Examinée d’avant en arrière, dans le sens de son grand diamètre, la langue se compose de deux moitiés, l’une droite et l’autre gauche, parfaitement symétriques au point de vue anatomique et physiologique. Au contraire, son diamètre transversal la divise en deux parties, l’une antérieure, l’autre postérieure, qui présentent entre elles de l’analogie, mais qui diffèrent par leur volume, leur configuration, leur composition anatomique et leurs fonctions. Considérée dans son ensemble, elle offre à étudier une face supérieure, une face inférieure, deux bords latéraux, une base et un sommet appelé aussi pointe.

Face supérieure ou dos de la langue. — Entièrement libre d’adhérences, presque plate, cette face est sillonnée dans son milieu et d'avant en arrière, par une légère dépression appelée ligne médiane, qui se change en arrière en une petite saillie de 1 ou de 2 centimètres de longueur, se terminant à une ouverture en cul-de-sac, nommée par Morgagni, trou borgne (foramen cecum linguæ). Des côtés du trou borgne partent en divergeant deux lignes saillantes, ouvertes en avant à la manière d’un V (V ingual) et formées par la réunion d’un certain nombre de papilles. Tout le reste de cette face est couvert d’un grand nombre d’éminences distinguées en glandules et en papilles.

Glandules linquales. — Elles sont situées à la base de la langue, derrière le V, auquel elles forment souvent des V excentriques ; elles apparaissent sous la forme de disques d’un rouge brunâtre, aplatis et perforés au centre. Huschke les regarde comme des follicules mucipares constitués par de petits sacs d’où partent des branches. Elles adhèrent lâchement à la muqueuse amincie à leur niveau.

Papilles linquales. — Elles ont été considérées comme des organes d'innervation: ce sont des éminences pleines, saillantes, imperforées, revétues d’un épiderme épais, dirigées presque toutes de bas en haut et d’avant en arriére, et occupant surtout la portion de la face supérieure qui est au devant du V. Leurs variétés de forme et de volume

les ont fait ranger en trois classes: 1° les papilles caliciformes, ou grosses papilles ; 2° les papilles fungiformes; 3° les papilles coniques et filiformes, ou petites papilles. ‘

4° Papilles caliciformes. — Placées plus ou moins obliquement sur deux lignes disposées à la manière d’un V, dont la pointe tournée en arrière correspond au trou borgne, ces papilles grosses et rouges ressemblent à un cône à sommet implanté dans la langue et à base libre. Leur caractère essentiel est d'être entourées d’un calice ou renfiement annulaire, formé lui-même par l’adossement de plusieurs papilles filiformes. On compte habituellement de quinze à vingt papilles caliciformes; lorsqu'elles sont plus nombreuses, elles forment quelquefois deux V concentriques. Leur volume est toujours en raison inverse de leur nombre ; il n’est pas rare d’en voir deux ou trois contenues dans le même calice. Leur face libre, souvent déprimée dans son milieu, est couverte de papilles filiformes, surmontées elles-mêmes d’une couronne de filaments très-ténus (filaments gustatifs).

Kolliker a évalué le diamètre de ces papilles à 4 ou 2 millimetres, et leur hauteur de 0"",5 à À millimètre, et même à 1"",5. Le calice qui les entoure aurait de 0®®,2 à 1°%,75 de largeur.

Le trou borgne, placé au sommet du V lingual, est une ouverture infundibuliforme, dont la profondeur et même existence sont variables. Assez souvent il renferme la plus grosse des papilles caliciformes ; ses parois sont toujours surmontées par des saillies analogues à ces papilles. Certains anatomistes le regardent comme une ouverture commune à plusieurs follicules muqueux ; M. Cruveilhier pense qu'il est formé par la disparition ou l’atrophie de la papille située au sommet du V, coincidant avec l'hypertrophie de son calice. Huschke suppose qu'il remplit l'office d’une glande ; d’autres anatomistes, qu'il constitue l'embouchure des conduits de plusieurs glandes muqueuses. Les papilles caliciformes sont constituées par l'épanouissement des filets nerveux émanés du glosso-pharyngien, par des vaisseaux et par un tissu cellulaire dense qui réunit ces divers éléments.

2° Papilles fungiformes. — En nombre indéterminé, mais beaucoup plus considérable que celui de la classe précédente, elles occupent les bords, où elles sont disposées le plus souvent par groupes de quatre, mais éloignées les unes des autres, et la pointe de la langue, où elles sont au contraire très-serrées. Chacune d’elles ressemble assez bien à un champignon, dont le pédicule court, étroit et tourné en bas, est logé dans un enfoncement superficiel. Leur face supérieure rouge, convexe, est couverte d'une multitude de filaments gustatifs.

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