SUBSTANCE GRISE DES CIRCONVOLUTIONS
La couche de substance grise qui revêt les circonvolutions est striée, et semble, aux yeux d’Herbert Mayo, constituée par des fibres implantées sur la substance blanche.
Malpighi, Boerhaave, Vieussens et autres anatomistes, regardent la superficie du cerveau comme formée par un amas considérable de petites glandes intermédiaires aux extrémités des artérioles et aux fibres blanches, desquelles partiraient des canaux excréteurs qui seraient tout simplement les fibres nerveuses canaliculées (vascula nervea de Malpighi).
Ruysch nie l'existence de ces glandes, et donne à la substance grise ou corticale du cerveau une texture purement vasculaire.
La plupart des anatomistes modernes reconnaissent aujourd'hui dans la substance corticale, indépendamment des vaisseaux, des corpuscules dont la nature n’est pas encore bien déterminée,
Il suffit d'examiner attentivement une tranche de circonvolution pour reconnaître principalement sur le lobe occipital que la substance grise est formée de deux couches grises, séparées l’une de l’autre par une couche blanche. Vicq d'Azyr, qui avait observé cette disposition, l’a désignée sous le nom de ruban rayé.
M. Cazauvieilh admet trois couches dans la substance grise des circonvolutions : une profonde, gris plomb; une moyenne, d’un blanc sale, et une superficielle d’un gris blanchâtre,
M. Baillarger a reconnu dans la substance grise ou corticale des circonvolutions six couches.
La première, la plus centrale, est grise, la deuxième blanche, la
troisième grise, la quatrième blanche, la cinquième grise, et la sixième blanche.
Chacune de ces couches se voit à l'œil nu dans beaucoup de cas. La diaphanéité des couches de la substance grise et lopacité de la substance blanche sont un moyen facile de les distinguer l’une de l’autre, à l’aide d’un procédé employé par cet auteur. Ce procédé consiste à placer une lame très-mince de substance grise, coupée verticalement, entre deux verres réunis avec de la cire pour prévenir tout mouvement. Ainsi disposée, on l’examine par transparence à la lumière d’une lampe. On reconnaît alors, en allant de dedans en dehors, qu’elle est alternativement diaphane et opaque. Cette disposition a fait assimiler la substance grise des circonvolutions à un ruban gris rayé de trois raies blanches.
M. Baillarger nie existence, dans les circonvolutions, d’une matière jaune nommée par quelques auteurs couche interstitielle, qui résulterait elle-même d’un mélange intime des deux substances blanche et grise. Pour lui, la surface du cerveau est dépourvue de la substance grise, appelée improprement substance corticale ; il la croit formée seulement par une matière plus en rapport avec la substance médullaire, et il prouve son assertion par l'intégrité de la couleur blanche superficielle, qui demeure entière alors que la substance corticale est fortement colorée. Ce fait pathologique donne la raison des. colorations cadavériques partielles et par petites couches, que l'on observe dans la substance grise ou corticale.
Le même auteur a observé dans la substance corticale un certain nombre de fibres blanches, coniques, à grosse extrémité dirigée en bas. Très-flexueuses et en grand nombre au sommet des circonvolutions, ces fibres deviennent plus rares et plus courtes à mesure qu'on descend vers le fond des anfractuosités, où elles disparaissent presque complétement comme dans le cerveau du mouton. I n’admet pas la juxtaposition des substances blanche et grise, dont la réunion aurait lieu au sommet des circonvolutions par un grand nombre de fibrilles.
M. Baillarger a trouvé dans les trois couches blanches de la substance corticale deux rangées. de fibres verticales. Un grand nombre de ces fibres lui ont paru émaner de la matière blanche centrale. En quittant celles-ci, elles traversent, en s'amincissant, la première couche qui est grise et transparente, puis se renflent à travers la deuxième couche qui est blanche et opaque, diminuent de nouveau dans la troisième couche qui est grise, et se renflent une seconde fois dans la quatrième couche qui est blanche. Le mème auteur n’est pas
CERVEAU, 139 éloigné d'admettre des fibres qui appartiennent aux couches ou lames blanches intermédiaires, indépendantes de la substance médullaire centrale.
Kolliker distingue dans la substance grise trois couches principales, dont la plus superficielle est blanche, la moyenne gris clair, les internes jaune rougeatre. Ces trois couches présentent encore différents aspects, de manière que, finalement, Kolliker, ainsi que Baillarger, admet six couches qui, en procédant du centre à la périphérie, sont les suivantes :
1° La couche rouge jaunatre,
2° La premiére couche blanche,
3° La couche rouge jaunatre,
A’ La seconde couche blanche,
5° La couche grise,
6° La couche blanche superficielle.
En outre, MM. Kolliker et Morel (de Strasbourg) affirment qu'il se trouve dans la substance grise des cellules multipolaires s’unissant entre elles ainsi qu'avec les fibres nerveuses, et de nombreux nucléoles et des cellules apolaires, qui sont surtout manifestes dans les couches superficielles du cerveau et du cervelet.
Les recherches du professeur Jakubowicz ont démontré qu'il existe dans la circonvolution du cerveau des cellules de trois sortes, à savoir : des cellules étoilées (motrices), des cellules fusiformes (sensitives) et des cellules ovales ou rondes (sympathiques). Il a trouvé les mêmes sortes de cellules dans toutes les parties des centres nerveux.
Les auteurs diffèrent entre eux sur le mode d’union de la substance blanche et de la substance grise.
Malpighi veut qu'il y ait à la surface du cerveau pénétration réciproque entre les fibres canaliculées de la substance médullaire et la substance corticale, dans l'épaisseur de laquelle ces fibres prennent naissance.
Vieussens ne voit qu'une simple adhérence mutuelle des deux substances.
Reil n’admet qu'une simple superposition et nie toute connexion entre elles. |
D'après l'opinion de Kélliker, les canalicules nerveux de la substance grise des circonvolutions proviennent de la substance médullaire des hémisphères et pénètrent dans la couche jaune rougeatre, sous l'apparence de faisceaux rectilignes, parallèles et juxtaposés. Parvenues dans cette couche jaune rougeatre, ces fibres se séparent
dans différentes directions, la plupart cependant dans la direction parallèle à la surface, par conséquent perpendiculaire aux faisceaux que nous venons de mentionner. D’autres fibres se rendent à la couche grise rougeatre de la substance grise et à la couche blanche de cette substance. Quant à la liaison qui a lieu entre ces fibres et les cellules de la substance blanche, elle n’est plus un sujet de doute. Nous savons de plus, comme le soutiennent Valentin et après lui Külliker, que ces fibres en s’incurvant forment des anses.
Les vaisseaux sanguins se ramifient dans les substances blanche, médul'aire et corticale, mais ceux de cette dernière sont bien plus nombreux. |
COUP D’OEIL GENERAL SUR LES FONCTIONS DE L’ENCEPHALE ET DE SES PARTIES ISOLÉES,
L’encéphale, d'une texture très-compliquée, se compose de parties différentes quant aux fonctions et aux propriétés, mais qui, sous un certain point de vue, se complètent réciproquement. C’est pour cette raison, selon nous, qu'il n’est pas sans intérêt, en terminant la description de l’encéphale, de résumer les fonctions de tout ce centre, ainsi. que celles de ses parties isolées.