‹ Névrologie, ou, Description et iconographie du système nerveux [electronic resource]Chapitre 141 sur 210 · SCLÉROTIQUE · texte numérisé non relu

SCLÉROTIQUE

La sclérotique ( cornée opaque, tunique albuginée ) forme avec la cornée l’enveloppe la plus extérieure de l’œil, et en constitue à elle seule les cinq sixièmes postérieurs. Elle s’étend depuis l’entrée du nerf optique, où elle se continue avec un prolongement de la dure-mère, jusqu’au pourtour de la cornée à laquelle elle adhère intimement. Dure, inextensible, d’une couleur blanchâtre et nacrée à sa surface et dans ses différentes couches, la sclérotique est plus épaisse que les autres membranes de l’œil, a l’exception de la cornée. Son épaisseur n’est pas uniforme et décroît d’arrière en avant; les points où elle est le moins prononcée ne correspondent pas toutefois au bord antérieur, mais à une ligne circulaire située au niveau des tendons des muscles droits, de sorte qu’à partir de cette ligne elle va en augmentant en arrière et en avant. Cette disposition résulte sans doute de l’entrecroisement des tendons des muscles et de leur union avec la sclérotique au voisinage de sa circonférence antérieure. A'ers le milieu de sa convexité, la sclérotique présente une épaisseur qui peut être évaluée à 1 ou 2 millimètres; au niveau de la ligne circulaire dont nous avons parlé, cette épaisseur est réduite de moitié.

Nous considérerons à la sclérotique une surface extérieure, une surface intérieure, et deux ouvertures, l’une destinée au passage du nerf optique, l’autre beaucoup plus grande, qui reçoit la cornée.

La surface extérieure , lisse et blanchâtre, répond en arrière à l’aponévrose orbito-oculaire dont elle est séparée par un tissu cellulaire séreux ; en avant, dans une étendue de 8 à 9 millimètres, elle est recouverte par la conjonctive qui se réfléchit des paupières sur elle à une hauteurvariable, selon les individus.

On a vu, dans la myologie de l’œil, que cette surface donnait insertion aux muscles droits et obliques.

La surface intérieure, tapissée par un tissu ( lamina fusca ), sur la nature duquel nous reviendrons

ET DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME

tout à l’heure, est d’un aspect lisse et brunâtre. Placée immédiatement en dehors de la choroïde, elle présente de légers sillons antéro-postérieurs destinés aux vaisseaux et nerfs ciliaires qui se dirigent entre elle et cette dernière membrane.

Le nerf optique aboutit à la région postérieure de la sclérotique, un peu au-dessous et en dedans de l’extrémité postérieure de l’axe visuel. Cette disposition, qu’on peut constater sur un œil détaché de l’orbite et maintenu dans la situation qu’il affecte à l’intérieur de cette cavité, est rendue encore plus manifeste par une expérience facile à exécuter. Si l’on divise en deux parties latérales le globe oculaire, à l’aide d’une coupe perpendiculaire qui passe par le centre de la cornée et le milieu de l’extrémité terminale du nerf optique, on voit qu'il existe une différence entre les deux, moitiés, que l’interne, ou celle qui répond à la paroi nasale de l’orbite, est bien moins grande que l’externe. Si, d’une autre part, on taille dans la sclérotique, préalablement isolée de la cornée, deux bandelettes de la largeur du nerf optique et suivant le prolongement de ce nerf , l’une sur la face supérieure, l’autre sur la face inférieure de la membrane, et qu’on vienne à comparer leur longueur en les rapprochant l’une de l’autre, il est aisé de constater que la première surpasse la seconde de 2 ou 3 millimètres. De cette double inégalité il résulte nécessairement que l’union de la sclérotique avec le nerf optique se fait en dedans et au-dessous du centre de sa circonférence postérieure, ou ce qui revient au même, au-dessous et en dedans de l’extrémité postérieure de l’axe visuel.

La sclérotique présente en cet endroit une surface criblée d’une multitude de petits trous a travers lesquels s’engagent les divisions filamenteuses du nerf optique. Quelques anatomistes admettent au contraire pour le passage de ce nerf une ouverture unique , infundibuliforme, à grande circonférence extérieure, et considèrent la lame criblée dont nous venons de parler comme une dépendance du névrilème optique. D’après cette manière de voir, les pertuis qu’offre en arrière la sclérotique, à la suite d’une macération suffisamment prolongée, ne seraient pas creusés dans l’épaisseur même de cette membrane , mais représenteraient les orifices des gaines longitudinales que fournit aux filets du nerf optique son névrilème interne.

A la région antérieure de la sclérotique se trouve une ouverture de 11 à 12 millimètres de diamètre, dans laquelle s’encastre la cornée. Cette ouverture est taillée en biseau aux dépens de la surface interne, ce qui permet de lui considérer deux lèvres ou circonférences concentriques, visibles toutes les deux en arrière, tandis qu’en avant on ne peut apercevoir que la circonférence intérieure. Ces deux lèvres n’ont pas la même forme : la plus petite, ou antérieure, représente à peu près un ovale à grosse extrémité tournée vers le nez; la plus grande ou postérieure, est au contraire circulaire, et cette différence s’explique par la disposition du biseau , qui est plus large en haut et en bas que sur les ccftés. C’est à cette même disposition, (pie la cornée doit sa forme a peu près ovalaire quand on la regarde en avant, tandis qu’elle est circulaire lorsqu’on l’examine en arrière. La cornée et la sclérotique ne sont pas simplement accolées, elles s’unissent d’une manière intime et ne semblent être (pie les modifications d’une seule et même membrane; cependant on peut les séparer par la coction ou la macération prolongée, et lorsqu’on les examine comparativement, la première est plus épaisse et transparente, tandis que la dernière est moins épaisse et opaque.

Indépendamment des ouvertures (pie nous avons décrites, il existe, pour le passage des vaisseaux et nerfs ciliaires, un grand nombre de canalicules dont les orifices apparaissent a l’intérieur et à l’extérieur de la sclérotique. Ces canalicules, très courts, sont obliquement creusés dans son épaisseur et aboutissent aux légères dépressions qui sillonnent sa surface intérieure. Moins nombreux et plus petits en avant, où ils livrent passage aux artères ciliaires antérieures, ils sont en arrière circulairement disposés autour de l’insertion du nerf optique et offrent une issue aux nerfs ciliaires et aux vaisseaux ciliaires postérieurs.

Structure. — On peut considérer la sclérotique comme formée de deux membranes : l’une fibreuse, très épaisse et très résistante, c’est la sclérotique proprement dite des auteurs; l’autre, d’une minceur extrême, appliquée à la surface interne de la précédente, et sur l’origine et la nature de laquelle les anatomistes sont encore loin de s’entendre.

1° La première est composée de faisceaux fibreux d’un blanc nacré qui se superposent en plu-

ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX

sieurs couches, et s’entrecroisent par quelques unes de leurs fibres. Les couches n’affectent pas la même direction et ne semblent pas toutes présenter une égale épaisseur ; les unes sont dirigées d’arrière en avant, les autres sont disposées circulairement; elles se recouvrent de manière à constituer un tissu à fibres alternativement longitudinales et transversales. Il est facile, par des coupes pratiquées sur la sclérotique, de constater cette disposition ; mais il n’est guère possible de déterminer le nombre des couches et leur épaisseur relative. La sclérotique est regardée comme un épanouissement de la gaine que fournit la dure-mère au nerf optique; cette gaine, en effet, se continue sans ligne de démarcation avec la sclérotique et se confond entièrement avec elle. Cependant s’il m’était permis de conclure d’après mes propres recherches, je dirais que la gaine du nerf optique ne forme pas entièrement la sclérotique, mais qu’elle ne fait que renforcer en arrière une membrane fibreuse que je regarde comme la sclérotique proprement dite. En effet, si l’on fait une coupe horizontale ou verticale antéro postérieure, qui intéresse à la fois la sclérotique et la gaine du nerf optique, on voit que la sclérotique est formée en arrière par deux lames confondues intimement jusqu’au niveau du crible, et qui s’écartent l’une de l’autre à cet endroit, en interceptant un espace triangulaire. La lame superficielle se continue sans interruption avec la gaine du nerf optique, la lame profonde (sclérotique proprement dite) s’incurve en arrière pour constituer le crible. Par l’adhérence des deux lames, l’enveloppe extérieure de l’œil acquiert en arrière une épaisseur deux fois plus considérable que celle de la gaine du nerf optique; quant à l’épaississement qu’elle offre au-devant des insertions des muscles droits, il serait formé par les faisceaux de renforcement fournis par les aponévroses de ces muscles.

2" La seconde lame [lame brune , lamina fuse a ) est moins une membrane distincte qu’une couche de tissu cellulaire imprégnée de pigment. Elle communique sa couleur brunâtre à la surface interne de la sclérotique, à laquelle elle est solidement urne. L’adhérence qu’elle présente est si intime qu’elle se déchire en lambeaux lorsqu’on cherche à la détacher. Nous n’avons pas considéré avec quelques anatomistes la lame brune comme une membrane parfaitement distincte et de nature séreuse. Elle nous paraît formée de fibres celluleuses et de pigment; quant au prolongement de l’arachnoïde qui lui donnerait naissance, c’est un fait anatomique qui reste encore à démontrer.

Usages. — La sclérotique, qu’on peut comparer à la dure-mère et à la tunique albugiuée, tant à cause de sa texture que de ses usages, constitue en grande partie l’enveloppe extérieure de l’œil, dont elle détermine et maintient la forme. C’est à elle que l’œil doit sa consistance et l’intégrité des rapports des parties qui entrent dans sa composition.

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