APPAREIL SÉCRÉTEUR DE LA LANGUE
La langue est continuellement baignée par le liquide buccal, qui provient de la sécrétion glandulaire et folliculaire. Les organes chargés de celte fonction peuvent aussi être distingués en extrinsèques et en intrinsèques.
Les premiers, groupés autour de la cavité buccale, ou disséminés sur plusieurs de ses parois, versent, à l’aide de leurs conduits excréteurs, leurs produits de sécrétion dans l’intérieur de la bouche ; ce sont: les glandes parotides, sous-maxillaires, sublinguales, palatines, labiales, buccales, molaires, et enfin les amygdales.
Les seconds appartiennent à la langue même et sont placés dans son épaisseur. Nous décrirons seulement ces derniers, comme entrant dans la composition intime de la langue.
Glandes linguales.
Deux petites glandes (glandes de Blandin), se trouvent constamment à la pointe de la langue, sur les côtés du frein et dans l’épaisseur des muscles stylo-glosse et lingual. Elles ont la forme et le volume d’une petite olive; leurs extrémités antérieures répondent à la pointe de la langue et sont presque contiguës, leurs extrémités postérieures sont écartées l’une de l’autre. Comme les autres glandes salivaires, elles sont constituées par l’agglomération de granulations, desquelles émanent en nombre indéterminé plusieurs conduits excréteurs. Ceux-ci s’ouvrent, d’après M. Blandin.
DES ORGANES DES SENS DE L’HOMME
à la face inférieure de la pointe de la langue, sur les bords libres des deux franges muqueuses qu’on y remarque. Les vaisseaux de ces glandes proviennent des artères ranines et se jettent dans les veines du même nom. Les nerfs lingual et hypo-glosse de chaque côté leur fournissent une grande quantité de fdaments qui forment dans leur épaisseur des anastomoses plexiformes.
Indépendamment des glandules mucipares situées à la base de la langue, et dont nous avons déjà parlé, il existerait, selon Weber, dans la profondeur de la substance charnue, et au niveau du trou borgne, deux autres petites glandes analogues à celles que nous venons de décrire.
TISSU CELLULO- GRAISSEUX.
Le tissu cellulaire graisseux, fin et peu résistant, interposé aux fibres musculaires, existe plus particulièrement en arrière et vers la face inférieure de la langue. 11 a pour usages de contribuer aux changements de forme de cet organe, en fuyant les points où les fibres musculaires se contractent, pour se placer la où elles sont dans le relâchement.
Les observations d’œdème de la langue prouvent qu’elle contient aussi du tissu cellulaire séreux, que l'on trouve à sa partie antérieure.
Il existe encore, suivant Fleischmann, sous la face inférieure de la langue, de chaque côté du frein, derrière le conduit de Bartholin, une bourse muqueuse dont les parois, habituellement affaissées et presque transparentes, peuvent être facilement démontrées par l’insufflation. Ces bourses muqueuses sont rondes ou ovalaires, à compartiments multiples; la droite .est généralement plus volumineuse que la gauche. Le même anatomiste prétend que leur tuméfaction peut produire la grenouillette ; cette opinion est d'ailleurs parfaitement d’accord avec les faits observés par G. Breschet, qui a disséqué chez les enfants nouveau-nés des kystes séreux tout à fait indépendants du conduit de Warthon.
Ces bourses auraient pour usage de faciliter les mouvements de la langue.
MEMBRANE MUQUEUSE GUSTATIVE.
La langue est recouverte d’une membrane muqueuse, continuation de celle qui tapisse la cavité buccale, et se confondant avec la peau par l’intermédiaire de la muqueuse labiale. Cette membrane revêt entièrement le dos, les bords, la pointe et la partie antérieure de la face inférieure de la langue. Unie aux fibres charnues de cet organe par un tissu cellulaire très fin et très court, elle est beaucoup plus mince sur la face inférieure, où elle n’offre aucune particularité d’organisation, que sur la face supérieure, où l’on remarque les glandules et les trois espèces de papilles dont nous avons parlé plus haut Toute cette face est recouverte par une couche limoneuse blanchâtre ou jaunâtre, dont l’aspect et la quantité sont variables, suivant l’état de santé ou de maladie.
La muqueuse linguale est formée, comme la peau, d’un épiderme ou épithélium et d’un derme ; Malpighi y avait encore décrit une couche intermédiaire, à laquelle il avait donné le nom de corps réticulaire ou muqueux.
Epithélium ( péri-gloite d’Albinus). — Celui-ci, qui se détache des parties sous-jacentes par l’ébullition et la macération, embrasse exactement toutes les papilles en leur fournissant des gaines ou des étuis cornés proportionnés à leur forme et à leur volume. Quand on l’examine par sa face inférieure, on voit, au sommet des étuis qu’il fournit aux papilles, des ouvertures correspondant aux fila gustatiua, qui sont également recouverts d’épiderme. L’épithélium, très épais chez certains animaux (chat, tigre), très mince chez l’homme où il est en rapport direct avec la délicatesse et le développement du goût, est formé par la stratification des cellules épithéliales; il est entièrement dépourvu de vaisseaux et de nerfs.
Derme ouchorion. — Lechorion lingual, très dense et très épais, contribue à former la charpente de la langue. Il est constitué par des fibres albuginées entrecroisées, qui ont quelque analogie avec le tissu jaune vers la base de la langue, et dans la trame desquelles sont logées les glandules et les papilles. Par sa face inférieure, le derme sert d’insertion à un grand nombre de fibres musculaires ; sa face supérieure est recouverte par les papilles. Celles-ci, qui sont séparées les unes des autres par
ORGANES DU GOUT
de petits intervalles remplis par les prolongements de l’épiderme, sont formées par l’épanouissement des fibres les plus profondes du derme; elles renferment un grand nombre de vaisseaux lymphatiques et sanguins, et chacune d’elles reçoit un filet nerveux qui s’y termine probablement en formant une anse.
Corps muqueux ou réticulaire. — Malpighi a décrit sous lenom de réticulum , une couche glutineuse inorganique, intermédiaire au derme et à l’épiderme, grisâtre chez l’homme, présentant des taches noirâtres chez certains animaux, percée d’autant de trous qu’il y a de papilles et remplissant les intervalles de celles-ci. Ce corps muqueux n’est autre chose que la partie la plus profonde de l’épiderme, qui, comme nous l’avons déjà dit, envoie des prolongements entre chaque papille; et cette couche doit son apparence glutineuse à ce que les cellules épithéliales qui la constituent sont plus jeunes, moins serrées et plus transparentes que celles de la couche superficielle de l’épiderme, qu’elles doivent remplacer un jour.