ORIGINE ET TRAJET INTR A- RACHIDIEN
Un désigne sous le nom de nerfs spinaux ou rachidiens ceux qui tirent leur origine de la moelle au-dessus du bulbe crânien, et sortent par les trous de conjugaison de la colonne épinière (colonne vertébro-sacrée). On les distingue en cervicaux , dorsaux, lombaires et sacrés ; leur nombre est variable suivant les espèces animales, mais toujours en raison directe du nombre des vertèbres (en y comprenant les fausses vertèbres sacrées). Chez quelques mammifères, on compte jusqu’à soixante paires de nerfs, chez les serpents jusqu’à cent : chez l'homme, on trouve de chaque côté de la moelle trente et un nerfs placés symétriquement , et répartis de la manière suivante, savoir : huit cervicaux, parmi lesquels on place le nerf sous-occipital ; douze dorsaux, cinq lombaires et six sacrés.
Tous ces nerfs naissent de la moelle par deux ordres de racines : les unes, postérieures , viennent de la partie latérale et postérieure de la moelle ; les autres, antérieures , émergent de sa partie latérale et antérieure. Ces racines sont superposées et séparées les unes des autres par le ligament dentelé. Les antérieures, comme les postérieures, se séparent en autant de groupes que nous avons compté de paires rachidiennes; ces groupes se dirigent en convergeant vers les trous de conjugaison, et forment deux troncs aplatis, l’un antérieur, l’autre postérieur; ce dernier présente, dans le trou de conjugaison, un ganglion olivaire au delà duquel il se confond avec le groupe des racines antérieures pour former un seul tronc arrondi.
Les racines des nerfs rachidiens, avant de gagner les trous de conjugaison, suivent dans le canal vertébral un trajet plus ou moins long, suivant les régions dans lesquelles on les examine. A la région cervicale, elles marchent presque horizontalement, et toutes, à l’exception de la première qui remonte un peu, s’engagent dans les trous situés vis-à-vis de leur point d’émergence. A la région dorsale, elles pénètrent dans les trous situés à deux vertèbres au moins au-dessous de leur origine. Aux régions lombaire et sacrée elles descendent encore davantage, et presque verticalement; leur parcours est mesuré par la longueur de trois à quatre vertèbres. Ce trajet des racines dans le canal rachidien s’explique parfaitement par la brièveté de la moelle qui finit au niveau de la première vertèbre lombaire.
Au moment de quitter la moelle, les racines sont enveloppées par une gaine de la pie-mère, continuation de la pie-mère rachidienne. On peut s’en assurer de deux manières : ou bien en dépouillant la moelle de ses enveloppes, comme on dépouille une anguille , on entraîne avec la pie-mère tontes les racines des nerfs rachidiens ; ou bien en détruisant la moelle dans une dissolution de potasse, on obtient par l’insufflation un boyau formé par la pie-mère, qui présente latéralement les gaines névrilématiques qui enveloppaient les racines. L’arachnoïde entoure chaque groupe de racines jusqu’au trou de conjugaison au niveau duquel elle se réfléchit sur la dure-mère pour former le feuillet pariétal; enfin la dure-mère forme un canal distinct pour les racines antérieures,
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ET DES ORGANES DES SENS DE L'HOMME
un canal distinct pour les postérieures, jusqu’au moment où elles sont réunies en un tronc commun au-delà duquel elle se confond avec le névrilème.
Les troncs, formés par le mélange intime des racines antérieures avec les postérieures, ne tardent pas à se diviser chacun en deux branches, l’une postérieure, l’autre antérieure. Les branches postérieures, généralement moins volumineuses que les antérieures, se distribuent aux muscles et aux téguments de la partie postérieure du tronc, à la peau du segment postérieur de la tète; les branches antérieures se rendent aux parties latérales et antérieures du tronc, et aux extrémités supérieures et inférieures; quelques unes vont jusqu’à la peau du crâne et de la face.
Chaque nerf rachidien fournit encore des fdets qui se rendent aux ganglions du grand sympathique.
Jusqu’ici nous avons étudié les caractères communs aux racines antérieures et postérieures; mais elles présentent entre elles des différences nombreuses au point de vue anatomique et au point de vue physiologique.
A. Diffé renccs au point de me anatomique .
1° Origine apparente ( mode d'insertion). Tandis que les racines postérieures s’insèrent régulièrement dans le sillon collatéral postérieur de la moelle épinière, les antérieures naissent irrégulièrement le long du sillon collatéral antérieur. Chacune de ces dernières présente, à son point d’émergence, une houppe de trois à quatre fdets éparpillés sans ordre sur une petite colonne de 2 à 3 millimètres d’épaisseur ; en outre, elles se rapprochent d’autant plus du sillon médian antérieur, qu’on les examine plus inférieurement.
2° Origine réelle. Si l’on poursuit l’origine des racines, tant antérieures que postérieures, dans l’épaisseur de la moelle, on voit que les premières se continuent avec la substance blanche, tandis que les dernières se confondent avec la substance grise. D’après M. Cruveilhier, ces racines traversent la substance grise centrale, et arrivent jusqu’aux cordons médians postérieurs; il est tenté de regarder la commissure blanche comme la commissure de ces nerfs. S’il faut en croire Valentin , aucune de ces racines ne se terminerait dans la moelle, toutes iraient jusqu’à l’encéphale.
3° Volume et nombre. Les racines postérieures sont plus volumineuses et plus nombreuses que les racines antérieures; les troncs aplatis qu’elles forment en convergeant sont plus gros que ceux formés par les racines antérieures, à l’exception cependant de celui de la première paire cervicale. M. Blandin a voulu établir le rapport de volume de ces racines dans les différentes régions. Il dit qu’à la région cervicale ces racines sont entre elles : : 2 : 1 ; à la région dorsale, : : 1 : 1 ; aux régions lombaire et sacrée, : : 1 1/2 : 1. Suivant M. Cruveilhier, ces rapports seraient : : 3 : 1 à la région cervicale; : : 1 1/2 : 1 à la région dorsale; : : 2:1 aux régions lombaire et sacrée.
4° Ganglions des racines postérieures. La principale différence qui existe entre les deux ordres de racines est la présence d’un ganglion olivaire sur chacun des troncs formés par les racines postérieures. Tous les anatomistes s’accordent à dire que ce ganglion est formé uniquement par les racines postérieures : les racines antérieures n'entrent pour rien dans sa composition. Ces dernières présentent assez généralement une espèce de gouttière dans laquelle se loge le ganglion, et se réunissent aux racines postérieures, au delà des ganglions. Alors l’union est intime; il est impossible, dans le tronc qui en résulte, de séparer les racines antérieures des postérieures, et les branches qui en naissent contiennent chacune des fibres motrices et des fibres sensitives.
Le nombre des ganglions, de chaque côté de la moelle, est égal au nombre des paires rachidiennes; cependant la première paire cervicale en manque quelquefois. Ces renflements sont placés dans les trous de conjugaison , excepté à la région sacrée où on les trouve dans le canal sacré.
5° Texture. D’après Ehrenberg et Remak, la forme des fibres primitives servirait à la distinction des nerfs de mouvement et de sentiment; les fibres motrices primitives seraient des tubes uniformément cylindriques, et les fibres sensorielles des tuyaux variqueux. Ce caractère différentiel n’a pas été confirmé par les recherches ultérieures. Selon M. Mandl, les fibres antérieures seraient plus grosses que les postérieures; ce serait surtout ce caractère qui distinguerait les fibres primitives dans les racines antérieures et postérieures.
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ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
B. Différences au point de vue physiologique.
La plupart des physiologistes admettent, d’après les expériences faites par les vivisections et l’application du galvanisme, que les racines antérieures sont motrices et les racines postérieures sensitives : en effet, la section des premières n’est pas douloureuse, mais prive de mouvement les organes auxquels elles se distribuent; la section des secondes est douloureuse et abolit la sensibilité dans les organes qu’elles tiennent sous leur dépendance.
M. Magendie, tout en admettant ces différentes fonctions dans les racines des nerfs rachidiens, savoir, que les racines postérieures président au sentiment, les antérieures au mouvement, reconnaît aussi une certaine sensibilité à ces dernières, avec cette différence toutefois, que les racines postérieures tirent la source de leur sensibilité dans le centre nerveux pour la répandre à la périphérie, tandis que les antérieures puisent leur sensibilité à la périphérie, dans la racine postérieure correspondante, pour la propager vers le centre. C’est cette sensibilité acquise par les racines antérieures qu’il désigne sous le nom de sensibilité de retour, sensibilité récurrente.
Cette différence de fonction est parfaitement en rapport avec la différence d’aspect. En effet , les racines postérieures sont plus volumineuses que les antérieures, et nous avons vu que les nerfs sensitifs étaient toujours plus gros que les nerfs moteurs; en outre, les racines postérieures sont plus nombreuses que les antérieures , et présentent des ganglions ; nous n’avons trouvé ces derniers que sur les nerfs sensitifs, plus nombreux aussi que les nerfs moteurs.
Gall explique celte prédominance des racines antérieures sur les postérieures, par la prédominance des muscles extenseurs sur les fléchisseurs; il dit qu’il faut déployer une plus grande force pour se dresser et résister à un fardeau que pour se pencher et se baisser, et, partant, qu’un plus grand nombre de nerfs doivent présider à l’extension qu’à la llexion; il ignorait les expériences de Charles Bell , qui nous ont montré les racines antérieures motrices et les postérieures sensitives.
Les racines postérieures cervicales sont plus grosses que celles des autres régions; à la région dorsale, elles ont à peu près le même volume que les racines antérieures qu’elles surpassent encore aux lombes et à la région sacrée. M. Blandin fait observer que ces différences de volume sont en rapport avec la sensibilité des régions auxquelles ces nerfs se distribuent. Ainsi, dans les membres thoraciques, la sensibilité l’emporte beaucoup plus sur la motilité que dans les membres abdominaux. Au tronc, la sensibilité et la motilité sont à peu près également réparties. L’anatomie comparée vient encore à l’appui de cette assertion ; chez les quadrupèdes, où les quatre membres servent à la sustentation, les racines postérieures sont égales aux racines antérieures; quelquefois même elles sont moins volumineuses que ces dernières.
Au delà du ganglion des racines postérieures, celles-ci se mêlent entièrement aux racines antérieures pour former un seul tronc arrondi d’où partent deux branches, dont chacune est à la fois sensitive et motrice; mais il est impossible de poursuivre dans ces branches les racines postérieures ou les racines antérieures, tant elles sont mêlées, tant elles sont intriquées ensemble. On ne peut donc supposer que les branches antérieures soient la continuation des racines antérieures, et les postérieures des racines postérieures.
Origine des racines antérieures des nerfs rachidiens.
Préparation. — Ayant retiré la moelle, le bulbe rachidien , et la protubérance du canal osseux qui les contient, par le procédé déjà indiqué, incisez sur la face antérieure et sur la ligne médiane la dure-mère; renversez le lambeau de chaque côté; enlevez complètement l’arachnoïde pour mettre à nu l’origine des racines antérieures des nerfs rachidiens; fendez quelques unes des gaines qui les entourent, et poursuivez les prolongements de ces racines sur le ganglion. Sur l’un des côtés, coupez les racines à leur point d’émergence et au niveau du ganglion ; vous mettrez à nu le ligament dentelé, le ligament coccygien et une partie des racines postérieures.
ET DES ORGANES DES SENS DE L'HOMME
Explication «le la figure 1.
Système nerveux. — 1. Protubérance annulaire. — 2. Grosse et petite racine de la cinquième paire. — 3. Sixième paire ou moteur oculaire externe. — 4. Nerf facial. — 5. Nerf auditif. — 6. Nerf intermédiaire. — 7. Nerf glosso-pharyngien. — 8. Pneumo-gastrique. — 9. Nerf spinal ou accessoire de Willis. — 10. Nerf hypoglosse. — Dell à 11, les huit racines antérieures des nerfs cervicaux. — De 12 à 12, les douze racines antérieures des nerfs dorsaux. — De 13 à 13, les cinq racines antérieures des nerfs lombaires. — De 14 à 14 , les six racines antérieures des nerfs sacrés.
On voit de chaque côté, 15, 15, 15, les branches antérieures des trente et une paires de nerfs rachidiens. — 16, 16, 16. Branches postérieures. — 17, 17. Ganglions spinaux formés aux dépens des racines postérieures.
De 18 à 18, racines antérieures coupées. — 19, 19, 19. Racines antérieures coupées au niveau des ganglions.
— 20, 20. Ligament dentelé, séparant les racines antérieures des postérieures. — 21, 21. Insertion de ce ligament sur la dure-mère, par son bord denticulé. — 22, 22. Insertion du même ligament sur la pie-mère. — 23. Ligament caudal ou coccygien. — 24, 24. Dure-mère rachidienne renversée sur les côtés.
Origine des racines postérieures des nerfs rachidiens.
Préparation. — Faites sur la face postérieure de la moelle la même préparation que pour la ligure précédente ; coupez seulement les racines plus près de la moelle, pour montrer le sillon collatéral postérieur qui est représenté ici par une ligne ponctuée. Cette préparation montre encore l’origine du nerf spinal.*
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•Système nerveux. — 1. Tubercules quadrijumeaux. — 2, 2. Faisceaux triangulaires. — 3, 3. Pédoncules supérieurs du cervelet. — 4, 4. Pédoncules cérébelleux moyens. — 5, 5. Pédoncules cérébelleux inférieurs. — 6. Paroi antérieure du quatrième ventricule. — 7. Nerf glosso-pharyngien. — 8. Nerf pneumo-gastrique. — 9. Nerf spinal. On voit du côté droit son origine entre les racines postérieures et le ligament dentelé; à gauche il est démasqué par l’ablation des racines postérieures. — De 10 à 10, racines postérieures des huit paires cervicales. — De 11 à 11, racines postérieures des douze paires dorsales. — De 12 à 12, racines postérieures des cinq paires lombaires. — De 13 à 13, racines postérieures des six paires sacrées. — De 14 à 14, ligne ponctuée résultant de l’arrachement de toutes les racines postérieures. — 15, 15, 15. Racines antérieures des nerfs rachidiens, et ligament dentelé mis à nu par la section des racines postérieures. — 16, 16, 16. Ganglions spinaux, au nombre de trente, lorsque la première paire en manque. — 17, 17, 17. Branches antérieures des nerfs spinaux, à droite et à gauche. — 18, 18,18. Branches postérieures. — 19, 19. Ligament dentelé droit placé entre les racines postérieures et les racines antérieures, et entre la pie-mère et la dure-mère, auxquelles il s’attache. — 20, 20. Ligamentdentelé gauche, entièrement mis à nu. — 21. Ligament coccygien ou caudah
— 22, 22. Dure-mère renversée.
Elle présente un fragment de la moelle épinière, entouré de ses enveloppes et vu de profil, afin de voir simultanément l’origine des racines antérieures et postérieures , leur convergence et les ganglions spinaux dépendant des racines postérieures.
Préparation. — Conservez la dure-mère dans son tiers supérieur; incisez et érignez-la dans le reste de son étendue; enlevez aussi l’arachnoïde pourvoir à la fois l’origine des racines antérieures et postérieures et leurs rapports avec les ganglions spinaux. Inférieurement, on a enlevé les ganglions par une section fuite sur les racines antérieures et postérieures pour démasquer le ligament dentelé. •
Explication «le 9a figure 3.
Système nerveux- — 1,1. Racines postérieures des nerfs spinaux et leurs ganglions. — 2, 2. Racines antérieures des mêmes nerfs s’anastomosant avec l’extrémité antérieure de ces ganglions. — 3 et 4. Racines antérieure et postérieure coupées. — 5. Ligament dentelé. — 6. Dure-mère conservée pour laisser voir les gaines qu’elle forme autour des ganglions et des branches des nerfs spinaux. — 7. Section verticale de la gaine et dos racines antérieure et postérieure, afin de voir une petite lame qui sépare l’une de l’autre ces deux racines. — 8, 8. Face intérieure de la dure-mère, qui est ér Ignée sur les côtés pour voir son aspect lisse, dû au feuillet ariétal de l’arachnoïde qui la revêt.
ANATOMIE DU SYSTÈME NERVEUX
PLANCHES 40, 41 et 42.