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OBSERVATION II

(Gilbert-Ballet. — Traité de Pathologie mentale).

Hystéro-neurasthénie traumalique de gravité moyenne.

Nous soussignés, G. Ballet, Laugier, Ch. Vallon, avons été commis, par un jugement du tribunal civil de la Seine, à l'effet d'examiner le sieur L..., ouvrier charpentier, victime d’un accident survenu le 15 octobre 1899, et de dire quelles sont les blessures à lui occasionnées par l’accident, quelles en ont été ou seront les conséquences au point de vue des incapacités de travail temporaires ou permanentes, partielles ou absolues ; à quelle époque a cessé ou cessera l'incapacité temporaire et en cas d’incapacité permanente quelle en est la nature etla gravité au point de vue des moyens et facultés de travail du blessé, de dire notamment si l'accident du 15 octobre n'aurait pas entraîné des troubles nerveux ou cérébraux, de quelle nature ils seraient et quels en seraient les effets et conséquences. Serment prêté, nous avons consigné dans le présent rapport le résultat de notre examen.

Au mois d'octobre 1899, L... travaillait en qualité d’ouvrier

charpentier à la construction du palais des Armées de terre et

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m4 de mer, sur le quai d'Orsay, lorsque l’échafaudage s’effrondra. Il tomba d'une hauteur d’environ 3 mètres et fut en outre atteint par la chute d’un madrier. Il en résulta des blessures qui ont été relatées dans un premier constat fait par le Dr Hène, à la réquisition du commissaire de police et dans le rapport rédigé par l'un de nous à la date du 23 février 1900. Ces blessures consistaient en une plaie contuse assez considérable du bras droit, localisée à la partie supérieure de la face interne, en des érosions légères du poignet et de la main gauche, en une contusion de la région costo-iliaque droite. Elles ont été, en tant que lésions d'ordre chirurgical, sans gravité.

Mais à mesure qu'elles guérissaient, s'est développé progressivement chez L... comme cela se passe assez souvent chez les individus qui ont été victimes d'accidents, un état de neurasthénie dont les signes ont été et sont encore indéniables.

Déjà dans le rapport rédigé par l’un de nous, en février 1900, il y avait été fait allusion et on signalait « une sorte d’ébranlement général suivi de troubles neurasthéniques ».

Parmi les signes et les conséquences de cet ébranlement nerveux, les uns se sont, depuis un an, modifiés en bien, d’autres se sont accentués. Voici les troubles que nous relevons cher Lis:

1° Insomnie habituelle. Cauchemars dans le sommeil au cours desquels le malade revoit les épisodes de l’accident d'octobre ;

2° Céphalalgie bi-temporale, modérée mais tenace ;

3° Perte d'appétit. Le malade a eu, au début, des vomissements qui sont fréquents dans la neurasthénie traumatique,

mais ces vomissements ont actuellement cessé ;

4° Diminution de l'aptitude génitale, qui chez L... est tom-

bée notablement au-dessous de ce qu’elle est chez un homme de son âge ;

5° Amaigrissement marqué ;

6° Du côté de l'appareil circulatoire, augmentation du nombre des battements du cœur qui s'élève, à 120 par minute ;

7° Affaiblissement accusé de la force musculaire du côté gauche mais principalement du côté droit ;

8% Exagération très accusée des réflexes tendineux, aux membres inférieurs et supérieurs ;

9° Diminution nette et même sur certaines régions du corps, abolition de la sensibilité à la douleur ;

10° Plaque d'hyperesthésie douloureuse sur la partie latérale droite du thorax et de l'abdomen, qui se révèle au moindre contact et détermine une gêne accusée des mouvements ;

11° Diminution assez considérable de l’acuité auditive.

Parmi ces symptômes il en est de capitaux et de moins importants ; l’insomnie, les cauchcmars, la céphalalgie, la perte d’appétit, la diminution de l’aptitude génitale ne peuvent être directement constatés et comme en ce qui les concerne, on est obligé de s’en rapporter aux dires du malade, on pourrait les tenir pour suspects si l’on ne savait qu'ils se présentent dans la névrose traumatique avec les caractères que L... leur assigne.

D'ailleurs il y a d’autres symptômes beaucoup plus significatifs : l’exagération des réflexes, l'augmentation du nombre des pulsations cardiaques, l’analgésie cutanée ; sans parler de l’amaigrissement.

Tous ces troubles reproduisent le tableau classique de l'hystéro-neurasthénie traumatique dans sa forme de gravité

moyenne. Il est certain qu'ils sont une entrave au travail et

qu'actuellement L... est dans l'impossibilité de gagner sa vie. Ces troubles ne sont pas de leur nature incurables ; leur durée est très difficile à préciser. En leur assignant celle de dix-huit mois, nous donnons une moyenne qui a des chances de correspondre à la vérité.

Mais indépendamment des symptômes que nous venons de signaler, nous devons appeler l'attention sur quelques autres :

Nous avons trouvé mentionné dans plusieurs documents de la cause et l’un de nous avait relevé le fait dans son rapport, une certaine irritabilité portant le malade à la colère et aux propos violents. Il n'est pas impossible qu'il faille rattacher ces symptômes à des habitudes alcooliques plus vraisemblables qu’avérées, Ce que nous pouvons dire, c’est que l'irritabilité, au moins à ce degré, ne fait pas partie de la symptomatologie habituelle de la névrose traumatique.

Enfin il importe de signaler spécialement les troubles de la vision dont L... se plaint. Il assure qu’il voit très trouble de l'œil gauche. Nous avons tenu à cet égard à faire vérifier et compléter par un ophtalmologiste compétent nos propres constatations. M. le D' Dehenne qui a bien voulu examiner l'œil à l’ophtalmoscope a relevé « une atrophie complète et incurable du nerf optique de l'œil gauche et l’absence de lésion à l'œil droit. » Dans ces conditions on peut affirmer que la vision d'un côté est définitivement compromise et peut-être celle de l’autre côté est-elle appelée à être intéressée dans l'avenir. Il nous paraît indéniable qu'il y ait relation entre ces désordres de l'œil et le traumatisme qu'a subi L.….

Toutefois nous ne pouvons pas affirmer que l’action de ce traumatisme n'a pas été préparée et secondée par des abus

alcooliques.

Conclusions. — 1° L... est affecté d’hystéro-neurasthénie traumatique ;

2° Cette affection le met dans l'impossibilité de travailler ;

3° Elle est curable, mais on ne peut en préciser la durée ; à titre d'indication, nous pouvons fixer celle-ci à un minimum de dix-huit mois ;

4° Il n'est pas douteux que l'affection ait été la conséquence de l'accident du mois d'octobre 1899 ;

5° L... présente, en outre, de l’atrophie pupillaire de l'œil gauche ;

6o Cette atrophie doit être considérée comme une conséquence de l'accident, dont les effets paraissent avoir été secon-

dés et accentués par des habitudes alcooliques.

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