CHAPITRE I
Quelques mots sur les idées actuelles touchant l'Hystérie et l'Epilepsie. — Une de leurs caractéristiques communes est la décharge nerveuse.
Ayant pour but de chercher comment les grandes névroses se rapprochent par un état intermédiaire de l’état dit normal, nous ne pouvons moins faire que de partir sur les données précises que nous fournissent à ce propos’ les maîtres de l’heure en neurologie. Nous nous en remettons, pour cela, aux comptes rendus dela Société de Neurologie (décembre 1909), et aux derniers traités classiques de Bouchard et Brissaud, Brouardel et Gilbert.'
‘ Ouvrages consultés : Féré. — L’Epilepsie et les Epileptiques,
Claus et Von Stricht. — Pathogénie et Traitement de l’Epilepsie.
Grasset et Rauzier, dans Brouardel et Gilbert,
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Pour l'épilepsie nettement confirmée d’abord, aucune discussion de fond. De plus en plus, c'est un syndrome, dont une des grandes caractéristiques est la décharge nécessaire, motrice, sensitive ou psychique, comprenant successivement, simultanément ou individuellement ces trois modes.
La cause en est dans des altérations organiques, des modifications humorales ou des traumatismes psychiques, chacune de ces causes pouvant ou non prédominer ou s'associer.
Nous ne pensons pas qu'il y ait actuellement de discussion sérieuse possible. Les divergences qui ‘séparent les auteurs ne sont que de détail, et nous nous contenterons des résultats acquis sans en faire l'histoire.
Il n’en est pas de même pour l’hystérie. D'Hippo-
Maurice de Fleury. — Recherches cliniques sur l’Epilepsie et son traitement.
Pierret. — Les Etats convulsivants.
» — L’Epilepsie et son Traitement.
Voisin. — De l’Epilepsie.
Bernheim. — Conception nouvelle et étiologique de l’'Hystérie, 8 nov. 1902, n° 937.
Dubois, de Berne. — Les Psychonévroses et leur Traitement moral.
Grasset. — L’Hypnotisme et la Susgestion.
Hartemberg. — 1’Hystérie et les Hystériques.
Pierre Janet. — L'Automatisme psychologique. Etat mental des Hystériques. Stigmates mentaux et accidents mentaux.
Il serait trop long d’énumérer ici tous les articles ou ouvrages de MM. Babinski, Déjerine, Claude, Kollier, où nous avons puisé. Nous renvoyons à la Bibliographie et répétons que nous avons cru voir dans le compte rendu de la Société de Neurologie (décembre 1909), un résumé net de leurs idées. C’est ce compte rendu qui a inspiré notre bref premier chapitre,
crate à Charcot inclus, avec quelques dissidents, parmi lesquels Briquet en tête, on a vu dans l'hystérie la cerise, et la crise seulement. Charcot en fait quelque chose d'artificiel et de réglé, dans un milieu spécial, et de plus net encore que ses prédécesseurs. Chaque crise a ses périodes fixes, que tout le monde connaît, et réglées d'avance. Au début d’une crise, on en attend l’évolution classique. L'hystérie est devenue de la crise artificielle en serre chaude.
Depuis, avec Bernheim et Babinski, comme le dit ce dernier, « les attaques hystériques bien réglées ont disparu de l'horizon ». Mais un nouveau problème se pose avec la psychologie de l’hystérique. La crise, pépondérante jusque-là, menace de disparaître. Une réaction excessive, peut-être comme toutes les réactions, se fait jour sous l'autorité de Babinski.
Non content de nous avoir montré que la suggestibilité ou pithiatisme était une grande caractéristique de l'hystérie, ce quiexpliquait la crise artificielle de Charcot, il veut supprimer [usqu à la crise ellemême, disant que lorsqu'il s’en produit, (la suggestion dont l’imitation demi-consciente est une des formes les plus communes, a joué dans sa genèse le rôle essentiel ». Pour lui, le pithiatisme est toute l'hystérie, et Babinski fait table rase de ses devanciers.
Aucontraire, Bernheim, Grasset, Déjerinne, Dubois, de Berne, Pierre Janet, Sollier, Claude, Hartemberg, avec des divergences et tout en reconnaissant que les hystériques sont des suggestionnables, veulent admettre toujours « que la crise hystérique puisse
se développer spontanément, sans aucune suggestion antérieure et, ajoute Déjerinne', cela ne me paraît pas discutable, j'ai été à même d’en observer plusieurs exemples chez des sujets qui, jusque-là, n'avaient présenté aucun symptôme névropathique fe Suivent les exemples. è
Nous pouvons néanmoins conclure, sans prendre parti dans des discussions qui dépassent notre compétence, que l’on admet aujourd'hui deux caractéristiques de l’hystérie : la crise ou décharge nerveuse, qu’elle soit ou non d’origine pithiatique, et le pithiatisme proprement dit ou suggestibilité. On peut donner plus ou moins d'importance à l'un ou l’autre des caractères, les faire dériver l’un de l’autre, nous ne tranchons point la question. Ce n'est ni de notre jeunesse, ni de notre sujet, et nous en retenons les deux caractères précités.
De ce bref exposé des idées contemporaines sur l'hystérie et l’épilepsie, gardons une idée générale précise, c'est que la décharge nerveuse, quelle qu’en soit l'origine, est une des grandes caractéristiques de ces états. Etudions maintenant ce que peut être une décharge.
‘ Revue de Neurologie, 30 décembre 1909.