OBSERVATION XIV
(Communiquée par le Professeur Pierret).
Madame X.…, de famille très intelligente. Un parent de l’Institut. Bourguignonne. 50 ans.
Son père, maladie de foie, jaunisse. Mère nerveuse. Grand’mère allait à Vichy.
Elle-même étant enfant, pas de convulsions, mais a eu à neuf ans un ictère. |
Plus tard, une fièvre muqueuse bilieuse, A le tempérament bilieux, c’est de famille.
A été bien réglée, menstruations faciles. Toujours bon appétit, mais estomac exigeant.
A conservé l'habitude de goûter. Plusieurs enfants très bien portants.
Approche de la ménopause, mais encore réglée. À la suite d’une couche, accès d’éclampsie sans albumine.
Avant, aurait eu des troubles nerveux mal caractérisés. Etat d’affaiblissement de la volonté. Vague à l'âme.
Il y a dix-neuf ans, crises céphaliques nocturnes, sans morsure de la langue. Ecumait, ronflait et se sentait assez fatiguée au réveil,
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Crises rares, mais complexes. Dans la journée, des sensalions d'absence avec hallucinations.
Dans la crise, pas d’ictus, pas de chute. Il y a des sourds dans la famille. Elle rêve parfois de chutes, de précipices.
Souffre également de troubles digestifs, langue sale, pas de vent. Se trouve bien de l'emploi de purgations. Dilatation d'estomac. Cœur sain. Congestion du foie.
Que conclure de ces observations ? Qu'il y a toute une classe de névrosés sans caractéristique absolue, dont le propre est d’être des gens à décharge facile ; décharge impliquant fatalement un manque de volonté ou de jugement. Ils se déchargent parce que le frein cortical n’est pas suffisant. Quand l’on n'est plus maître de ses réactions nerveuses, on est inférieur du côté du sens critique ou de la volonté. On peut être supérieur par l'intensité du sentiment ou de la sensation, on n’en reste pas moins un instinctif ou un impulsit.
Dans certains cas, dans l’art surtout, cette facilité et cette puissance d'émotion peuvent devenir une vraie richesse. Nous croyons que ce qui sépare ces malades des artistes, c'est que les artistes gardent le plus souvent la direction de leur émotivité et savent l’employer. Mais il est possible d’apercevoir déjà la parenté de l’artet de la névrose. Qu'il y ait fléchissement dans la direction, le chemin est vite franchi de la supériorité à la maladie.
Si nous comparons maintenant les caractères étudiés avec nos derniers faits à ceux des précédents chapitres, le rapprochement s'impose. Dans tous ces états Le fonds reste le même. Ce qui est pathologique, c’est le degré. Il en est des névroses comme de la
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fièvre, on n’en a pas à 37°5, mais on en a à 38°. Que la distinction soit artificielle, nous ne le croyons pas. Quand la tendance à la décharge et l'insuffisance de contrôle cérébral prennent une intensité donnée, la névrose est créée. Nous avons essayé d'en tailler quelques limites.
L'idée, du reste, n’est pas neuve et, à propos de l'hystérie, il y a quelque soixante ans que Briquet disait dans son traité
« La moitié au moins des femmes est hystérique ou très impressionnable, et le cinquième est pris d'attaques... Toute femme éprouve, sous l'influence des émotions, à un degré quelconque de la compression à l’épigastre, de l’oppression, du resserrement à la gorge et des troubles dans les membres. Les femmes peu sensibles ontces effets peu prononcés ; celles qui sont très impressionnables les ont à un degré élevé et celles qui sont hystériques les ont au maximum ).