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Influence de cette pensée

Je crois que cette pensée persistante de l'hypnotiseur joue un grand rôle dans les phénomènes qui caractérisent la période d'influence somnambulique et en particulier dans la disparition des accidents et dans le développement intellectuel que l'on constate à ce moment; plusieurs remarques peuvent le démontrer.

Certains sujets ne présentent jamais cette affection spéciale pour leur hypnotiseur, ce sont surtout ceux qui sont endormis fréquemment par plusieurs personnes différentes. Les magnétiseurs avaient déjà observé le mauvais effet de ces changements de directeurs1. Je remarque seulement que le sujet devient en quelque sorte banal, obéissant sur le moment à celui qui l'endort et ne s'en préoccupant guère ensuite. Eh bien, de tels sujets, comme Camille, ne présentent point les deux périodes si marquées que nous avons décrites; ils n'ont ni le bien-être de la première période ni le besoin pressant qui caractérise la seconde. Il faut ajouter que le somnambulisme n'a plus guère chez eux aucune influence thérapeutique. Sans doute, on peut quelquefois par une seule suggestion faite pendant un état hypnotique momentané faire disparaître, au moins pour quelque temps, un petit accident hystérique dont la durée n'a pas encore été longue, une chorée ou une contracture récente. Mais pour ma part je n'ai pas vu guérir des accidents hystériques graves et de longue durée sans une éducation du sujet dans laquelle ces phénomènes d'influence occupent une place prépondérante et les sujets qui ne présentaient pas ces phénomènes d'influence ne parvenaient pas à se transformer profondément.

Chez d'autres sujets, ce sentiment spécial ne se développe que d'une manière incomplète. Les malades sont non seulement effrayées, mais humiliées de cette prise de possession de leur esprit. Renée est furieuse de constater qu'elle pense à moi toute la journée, elle trouve cela ridicule, cache cette idée autant que possible et lutte constamment contre cette domination. Il en

i. Deleuze, Instruction pratique sur le magnétisme animal, 1820, p. 109.-

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comme chez les précédents, chez ceux en un mot qui pour une raison ou pour une autre ne conservent pas la préoccupation de l'hypnotiseur, les somnambuhsmes provoqués rester mutile-, n'être suivis d'aucun développement de la sensibilité ni de la mémoire, n'amener aucune satisfaction et ne déterminer aucun besoin. Cette remarque nous montre bien que ce n'est pas uniquement le phénomène physique du sommeil, la perturbation nerveuse de l'hypnotisme qui détermine ces changements et ces phai C'est une certaine pensée à propos d'une personne particuli qui envahit l'esprit du sujet et qui dirige cet esprit.

Même chez les malades les plus dociles, comme on vient de le voir, la période d'influence se termine spontanément an bout de quelques jours ou de quelques semaines; eh bien, je remarque à

ce moment une disparition Ou une modification caractéristique dans le sentiment que le sujet gardait pour son hypnotiseur. En apparence les malades pensent encore beaucoup à lui puisqu'ils le réclament tout le temps et n'ont qu'un désir, c'est celui de se (aire endormir de nouveau par lui : mais cette pensée n'est plus bienfaisante, elle n'arrête plus les attaques, ni les souffrances, ni les idées fixes. C'est que cette pensée a perdu ses caractères distinctifs : elle n'est plus automatique et puissante, comme elle était précédemment.

En premier lieu cette pensée de l'hypnotiseur n'éveille plus les sentiments. Voici une remarque que m'ont bien souvent communiquée les parents des malades : « Pendant les premiers jours, eette personne vous craignait et vous aimait à la lois dune

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manière étonnante, puis elle est devenue indifférente. » Toute cette vénération filiale que j'ai décrite a disparu comme par enchantement. Au contraire les malades seraient plutôt disposés à se plaindre d'être abandonnes, négligés, ils se mettent en colère et accablent de reproches celui qu'ils comparaient an bon Dieu ; et, enfin, quand ils viennent retrouver leur hypnotiseur ils lui témoignent en arrivant une grande mauvaise humeur. Marguerite arrive toujours en disant que je suis cause des maux dont elle souffre depuis quelques jours et en déclarant qu'elle vient pour la dernière lois.

Il faut noter une modification intéressante des sentiments que nous retrouverons tout à l'heure chez d'autres malades. Les sujets qui précédemment étaient sans cesse accompagnés, surveillés par leur directeur se sentent isolés, sans appui, sans compagnon. « Oh ! c'est mal de m'avoir abandonné comme cela, de me laisser aeulj dit Vel., je suis inévitablement perdu, si vous ne me soutenez pas. » « Je me suis sentie comme seule, dit Me., sans savoir à qui penser et alors je me suis désespérée et j'ai de nouveau perdu la tête. » J'insiste sur cette expression « seul » que répètent tous les malades et sur les graves confusions mentales, que cet abandon singulier peut déterminer.

Si la pensée de l'hypnotiseur ne détermine plus de sentiments, elle n'a pas non plus d'influence sur les actes, le sujet n'est plus arrêté par la pensée qu'il désobéit, il n'a plus ni mouvements, ni paroles involontaires en rapport avec cette pensée. C'est à ce signe que quelques sujets, comme Marguerite, reconnaissent que je suis parti, qu'ils sont de nouveau tout seuls et abandonnés. Enfin, nous n'observons plus les rêves, ni les hallucinations auditives ou visuelles de la période précédente et l'expérience sur ce point est encore d'accord avec l'observation. Si on essaie de nouveau de provoquer chez Marguerite la'« crystal-vision » quand elle revient pour être endormie au bout de six semaines, ou bien l'on n'obtient aucune hallucination, ou bien des hallucinations variées en rapport avec des rêves ou des souvenirs, mais on ne voit plus survenir cette hallucination si régulière de l'hypnotiseur, comme cela avait lieu dans la première période1.

Et bien, a ce moment où la pensée de l'hypnotiseur a ainsi changé

i. J'ai déjà communiqué cette observation sur la « Crystal Vision » au Congrès psychologique de Londres en 1892.

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Il résulte de ces remarques qu une certaine pensée relative a la sonne qui a déterminé l<- somnambulisme, pensée qui fait na des sentiments spéciaux et qui a des caractères particuliers, non seulement accompagne la période d influence, mais dispara elle. Cette période est d autanl plus marquée qur cette pens< plus puissante. 11 semble doue que cette idée <l«' 1 Ii\ pnotiseur joue un rôle considérable, qu'elle dirige la conduite <lu sujet, exerce une action inhibitoire bui ses idées fixes, excite son activité <-t : là môme détermine indirectement l'amélioration de la santé, le développement de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté qui semble caractériser cette période.

Je crois même que ces phénomènes jouent un rôle considérable dans la suggestion elle-même. Quand j'ai étudié les phénomènes de la suggestionne ne me suis guère préoccupé que des conditions générales qui rendent tel individu suggestible; la faiblesse de la svnthèse mentale, le rétrécissement du champ de la conscience jouent sans doute le principal rôle. Mais il est certain que, saut chez quelques sujets très malades qui sont suggestionnés par n'importe qui, la plupart n'obéissent de cette manière qu'à une certaine personne et en particulier à celle qui les a fréquemment hypnotisés. Ajoutons même que, en dehors de certains cas particuliers, cette influence n'est pas éternelle, qu'elle existe surtout après les hypnotismes. Marguerite, Justine, Pk., B..., etc., sont immédiatement transformées par une de mes paroles, elles voient ou entendent tout ce que je leur dis Je voir ou d'entendre, il est bien évident

qu'elles ne pourraient pas vivre dans la société si elles se comportaient de cette manière avec tout le monde. Ce développement rapide de la suggestion n'est chez elles qu'une manifestation de l'influence somnambulique. Les paroles que je prononce vont éveiller immédiatement tous ces sentiments et ces idées latentes que le sujet avait pour son hypnotiseur. Non seulement il n'y a aucune résistance, mais il y a un acquiescement tacite qui facilite singulièrement le développement automatique des images. Ce n'est donc pas uniquement la suggestion qui détermine tous les phénomènes de l'influence somnambulique, ce serait au contraire, dans bien des cas, cette influence, cette domination de l'hypnotiseur qui déterminerait la suggestion elle-même.

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