CONCLUSION
Il n'en est pas moins vrai que ces remarques diminuent notre confiance dans la mesure de l'attention par les temps de réaction. En effet, quand nous voulons mesurer l'attention, c'est, comme je le disais au début, que nous avons besoin d'apprécier un des phénomènes supérieurs de l'intelligence, dont la puissance de synthèse mentale est un des aspects principaux. Or un mouve-
i. Revue philosophique, 1889, II, 38, et II, 483.
iOG L'ATTENTION ET LE GRAPHIQUE DES TEMPS DE RÉACTION
ment de réaction peut évidemment être en rapport avec ces phénomènes supérieurs, il en est ainsi de tout mouvement même le plus simple. Mais il n'en est pas nécessairement ainsi et le mouvement de réaction pont aussi être en rapport avec des phénomènes psychologiques infiniment plus simples. Aussi la courbe des temps de réaction peut-elle être équivoque car elle peut avoir deux ou plusieurs significations, ce qui n'est guère le caractère d'une bonne mesure.
Au lieu d'accepter simplement la mesure que le graphique nous donne, nous sommes forcés de l'interpréter. Il nous faut supposer, par exemple, d'après l'attitude du sujet et d'après l'irrégularité du tracé que le graphique 5 exprime réellement l'effort d'attention consciente; au contraire, nous soupçonnons que les mouvements ont du être subconscients dans le graphique 9, ce qui expliquerait sa perfection. Mais dans bien des cas il nous est fort difficile de savoir de quelles manières ont été faites les réactions, il est même fort probable que les deux sortes de réactions se sont plus ou moins mélangées au cours d'une expérience. Dans plusieurs de mes graphiques j'observe sur une partie de la courbe des caractères analogues a ceux de la figure 9, tandis que, à côté et même auparavant, on observe les caractères de la fatigue qui accompagne chez ces malades l'attention consciente. Voici comment s'exprime un sujet après une expérience qui a duré 3o minutes: « J'ai bien essayé de faire attention tout le temps comme vous me le demandiez, mais je n'ai pas pu, il me prenait des engourdissements et j'ai rêvé à une foule de choses assez vagues. Mais cela ne fait rien puisque je serrais tout de même; au contraire quand je faisais attention je m'embrouillais, quand je ne faisais pas attention, cela marchait tout seul et je n'étais pas fatigué du tout. » Son graphique serait curieux a analyser à ce point de vue, car mon interprétation, si elle était vraie, aurait un résultat inattendu. C'est de nous faire considérer comme le résultat de l'attention consciente certaines parties de ces graphiques où la courbe est élevée et le temps de réaction irrégulier, et au contraire de nous faire considérer comme le résultat de l'automatisme, de l'absence d'attention certaines réactions qui sont particulièrement brèves. Sans doute je suis loin de penser qu'il faille transformer cette remarque en règle générale. La loi exprimée par Wundt d'après laquelle l'attention abrège le temps de réaction reste vraie. Mais il suffit que d'autres circonstances, et en particulier l'activité automatique,
puissent • • • .1 1 •■ m 1 1 ■ 1 1 1 produira le même P( nh.it poui rendre I .ii l • 1 1 1 .iii « h m- mefure de 1 attention poi le calcul des tempi de réacl ion
I n i .h m. . i étude des temp de i éael ion d de la matiii»i e
que j'ai indiquée nous donne dei raphiques intért qui I
nissenl certaini ren ei nements précieux iui l'étal d'< pril d< Bujett, qu'ili soient maladei <»"i contidéréi comme normaux M
iphiques m- nous donnent pas immédiatement et mécaniquement une mesure <li' le puissance de I attention. IU ont d'être interprétés et discutés en tenant compte de to renseignements que nous fournissent »l autres expérience i. Il faut se défier d'un danger que nous signalons ei dont différents auteurs i|in ont étudié les temps de réaction ne me semblent être
préoccupés suffisamment. C est que les petits mouvements simples en rapport avec une excitation peuvent très facilement devenir des mouvements automatiques, t<»ut à fait subconsciei On semble croire que ce danger n'existe que dans un <;i- <|u;ni<l les excitations sont rythmées; il n'en est rien, ce caractère peut si> présenter pour n'importe quelles excitations. En mesurant les temps il»1 réaction, on a plus souvent qu'on ne lr croit mesuré des phénomènes automatiques.
En taisant cette remarque dan- un précédent travail sur l'attention1 j'ajoutais que l'attention ne doit pas, ;i mon avis, être confondue avec ces phénomènes automatiques dont elle sérail plutôt l'opposé. L'attention ne se borne pas à maintenir une Image présente dans L'esprit, mais elle travaille encore à combiner cette image avec les autres, à constituer des synthèses qui deviendront plus tard le point de départ d'un nouvel automatisme. Cette conception de l'attention que j'avais soutenue dans mon travail sur l'automatisme psychologique, 1889, me semble avoir été confirmée par quelques-unes de mes études sur les abouliques, elle rend difficile la mesure mécanique de l'attention par un proc< unique. Les méthodes élégantes et mathématiques ne sont pas toujours les plus sures en psychologie. C'est ce que M. Santé de Sanctis a bien compris, quand il demande tout un ensemble d'expériences portant sur différents aspects ou différentes parties
1. Pierre Janet, article « Attention » dans le Dictionnaire de physiologie de Cli. llichet, 1S95, t. 1, p. 835. Paris, F. Alcan.
de l'attention1. Celte mesure sera peu à peu décomposée et on étudiera isolément chacune des opérations ou des fonctions qui contribuent à former ce que nous appelons d'une manière beaucoup trop vague l'attention.
En attendant que les règles de cette analyse soient bien formulées, il sera pendant longtemps impossible de se passer de l'observation précise des actes, de la conduite et des paroles du sujet. Car, seule, cette observation peut éclairer les résultats fournis par les méthodes les plus précises.
I. Santc de Sanctis, Lo studio spei imentale deW altenzione. Roma, 1895, p. 6.
( Il M'I I RI III L'AMNl -N I ONTINI i.1
I I itîoOl, — 3. \n il ■
pi. talion i Palhogénio. liôlo de l'idée ii\--. ioQu motion
li ,ni. iiiri,i ,i évolution ne la malai I
la mémoire joue an rôle tout ;> Fait capital dam le fonctionnement ilt* l'esprit et ses moindres altérations mit <lr graves consé< quences pathologiques. Il faut pousser aussi loin que possible I ciudc de ces altérai ions élémentaires des phénomènes psychologiques pour arrivera pénétrer un jour le mécanisme 'les aliénations complexes. Beaucoup de troubles de la mémoire sont déjà bien connus, mais il s'en révèle tous les jours des nouveaux qui nous forcent à élargir les descriptions anciennes. C'est une de maladies particulières encore peu connue de la mémoire que je désire étudier. J'ai eu depuis plusieurs années L'occasion d'en observer de nombreux exemples et récemment dans le service de mon regretté maître Charcot, j'ai pu en examiner un cas remarquable; cette observation tout à lait typique doit à mon avis éclaircir les autres et nous instruire sur plusieurs lois de la mémoire.
Ordinairement, on entend par amnésie (à, [AVfjortç] l'oubli, la perte d'un souvenir qui a réellement existé, que l'on possédait auparavant. Une hystérique, par exemple, possède, si on l'interroge, le souvenir de ce quelle vient de faire, ceux de la veille et des jours précédents. Survient une attaque, après laquelle la malade a complètement oublié les trois mois précédents. C'est là une amnésie proprement dite, car elle supprime des souvenirs qui existaient
i. Celle étude a fait l'objet d'une communication au Congrès de psychologie expérimentale, réuni à Londres, le Ier août 1893, et a été publiée dans la Revue générale des sciences, du 3o mars iSg3, p. 167-179. Je n'ajoute ici que quelques détails relatifs à l'évolution de la maladie dans le cas le plus intéressant, celui de M°» D.
auparavant. De telles amnésies peuvent porter, comme on sait, sur diverses catégories de souvenirs1 ; elles peuvent être systématisées, quand elles enlèvent, non pas tous les souvenirs d'une période, mais un système de souvenirs, tous les souvenirs qui se rattachent à une personne, ou tous les souvenirs de la langue anglaise, par exemple; elles peuvent être localisées quand elles suppriment tous les souvenirs d'une certaine époque de la vie, ou môme générales, quand le sujet reste sans aucun souvenir de sa vie antérieure et qu'il doit recommencer toute son éducation. Mais, dans ces diverses catégories, le caractère est toujours le même, le trouble porte sur des phénomènes qui se sont déjà manifestés en tant que souvenirs, c'est la perte de souvenirs que l'on a possédés autrefois. La mémoire actuelle, c'est-à-dire la faculté d'acquérir de nouveaux souvenirs, n'était pas troublée autrefois puisqu'elle a pu acquérir ces souvenirs qui ont été exprimés souvent avant le moment où ils ont été perdus et même elle n'est pas troublée actuellement puisqu'elle travaille à la rééducation du sujet.
Nous croyons qu'il existe une autre maladie de la mémoire, tout à fait différente, et beaucoup plus grave. Au lieu de perdre quelques-uns des souvenirs anciens, les malades deviennent, à partir d'un certain moment, incapables d'acquérir de nouveaux souvenirs. Ils semblent avoir perdu, non pas les résultats de la mémoire, mais la faculté même de la mémoire. Bien entendu, il ne s'agit pas d'une absence ou d'une faiblesse congénitale de la mémoire chez les individus peu intelligents. Il s'agit d'une perte rapide et momentanée de cette faculté chez des personnes qui la possédaient à un haut degré pendant le reste de leur vie. Ces suppressions de fonctions sont, à notre avis, de véritables expériences naturelles de psychologie. De même que les insensibilités et les aboulies nous ont beaucoup instruits sur les mécanismes de la sensation et de la volonté, de même l'étude de ces destructions de la faculté de mémoire nous apprendront quelque chose sur la mémoire elle-même.
Il est nécessaire, pour nous entendre, de désigner cette altération de la mémoire par un nom spécial. Peut-être serait il sage d'éviter les confusions et de ne pas employer le mot amnésie qui a
I. Pierre Janet, Les amnésies hystériques. Conférence faite à la Salpclrière. Archives de neurologie .juillet 1892, 29. L'état mental des hystériques, 1893, 79, et article « Amnésie » dans le Dictionnaire de physiologie de Charles Richet.
Il , DllSI 1 1 \ \ I I"' m
un .mi i • i( ii . on pourrait foi .•• i un mol comme amnémosyni<
I. mol crait jutti mai il a le gi ind Loi » d \ ,.iM ( >n pou! 6 <«Mii entoi «I njoutei une épith< amnésie antèrograde^ di nient I narcot el M Souq ,1 h ii< malade dont ili onl exposé I bi itoire « liniqui iimplement| jusau a ce nu un mol ioiI admis, amm parce ci n*«*l lo rsi continuelle pendanl la vie du malade. N allons donc résumer quelques oai d ami ontinue en insi lanl
sur le plus uetj i » > 1 1 > nous chercheroDi leur interprétation.
i. — Les observations.
Des disparitions <!<■ la mémoire, consid< imme faculté d'ac-
quisition des souvenirs, ont été d <*j ii quelquefois, quoique rarement, signalées à la suite de traumatismes cérébraux*. Elles onl été décrites d'une manière pins complète dans certaines intox
lions, par exemple dans l'alcoolismi
Récemment encore mon excellent maître, M. le I" Raymond,
consacrait une de ses cliniques à un e;is d( nie et montrait
comment i die/, les malades atteints de polynévrite alcoolique u développait insidieusement une amnésie spéciale portant particulièrement sur les souvenirs de tous les événements récents t;mdis que la mémoire d'un passé plus reculé restait indemne4. Mais dans ce travail je n'étudierai cette amnésie que dans les névroses, car elle présente an cours de ces maladies des caractères particulièrement nets et susceptibles d'une étude précise.
Observation I. — Je rappellerai d'abord une observation que j'ai déjà publiée en 189 1 et qui forme le premier chapitre de cet ouvrage. Marcelle présentait surtout des troubles de la volonté, de l'aboulie, mais on pouvait remarquer aussi une modification
1. Charcot, Sur un cas d'amnésie rétro-antérograde. Revue de médecine, février 1892, p. 81. — Souques, Essai sur l'amnésie rétro-antérograde dans l'hystérie, Les
traumatiques cérébraux et l'alcoolisme chronique. Revue de médecine, mai ix p. o07.
2. Ribot, Maladies de la mémoire, i883. Paris, F. Alcan, p. 96, et Souques, op. cit., p. 869.
3. Korsakoff, Une maladie de la mémoire. Revue philosophique, 1889, H. 009.
4. P* Raymond, Clinique des maladies du système nerveux, 2e série, 1897, p. 1G2.
très curieuse de L'intelligence et <!<* la mémoire. « Elle semble présenter les résultats d'une intelligence passée et non dune intelligence actuelle. Cette forme d'intelligence va s'expliquer par les analyses suivantes. La mémoire présente un caractère du même genre : quand elle raconte les incidents de sa vie passée, on remarque que son récit est «et, exact, riche en détails, tant qu'il s'agit des années antérieures à quinze ans, époque du début de la maladie. A partir de ce moment, les souvenirs deviennent peu nombreux et vagues ; mais, si on dépasse l'âge de dix-neuf ans, les souvenirs font complètemeut défaut et se bornent à quelques événements saillants. Enfin, si on l'interroge sur les derniers mois, les dernières semaines, on constate avec étonnement un oubli absolu. Les souvenirs acquis anciennement sont conservés, mais elle est devenue de plus en plus incapable d'apprendre rien de nouveau. Cet oubli des événements récents est très curieux par sa rapidité et sa profondeur : elle est absolument incapable de nous dire ce qui s'est passé la veille ; souvent, a midi, elle ne sait plus rien de la matinée. Un mot qu'elle prononçait résume cette situation: « Estil possible qu'il y ait déjà un an depuis mon entrée à l'hôpital ? Singulière année pendant laquelle il ne s'est rien passé. » C'est, chez une jeune fille de vingt-deux ans, une mémoire de vieillard qui peut réciter YEnèide et ne se souvient pas de ce qu'il a fait le matin. » En dehors de cette amnésie Marcelle présentait comme on l'a vu une aboulie considérable, des idées fixes, des attaques délirantes mais en général aucune anesthésie bien nette.
Rappelons aussi une observation de MM. Séglas et Sollier, plus complexe et intéressante à divers points de vue, dans laquelle le même caractère est signalé : « Aujourd'hui, elle ne sait pas depuis combien de temps elle est entrée, ni le jour, ni le mois, ni l'année et ne juge même de la saison que par l'aspect des cours. » Aucun fait ne l'a frappée depuis son entrée... Elle disait autrefois le soir : K Comme c'est drôle deux nuits de suite ; nous venons de passer une nuit et voilà une autre nuit qui recommence. »
Observation II. — Nous avons, depuis, retrouvé le même fait dans plusieurs observations nouvelles, dont quelques-unes sont intéressantes. Par exemple, une femme de quarante ans, Justine, étudiée également dans le service de M. J. Falret, a des idées fixes
i. J. Séglas et P. Sollier, Folie puerpérale, amnésie, astasie et abasie. Archives de neurologie, n° Go.
ii « - 1 ii. [ r i «
qui l'obtèdenl continuellement e( qui provoquent, h d< ccrts moments, des impulsioni ternbli el de i in l< stl ique délii an tel el oom ulsù et. Vou • n'ai on pa s décrin ci ropton mail, .1 de oertaiDi moment •. paj ex< mple dam l< quelqui qui précèdent soi pè ■•!«• ■-. ol même, d une m. un. re atténua i
l 'inl.-i \ .1 1 1 «• , elle présente d autres | >«• i I m bal ions intellectuel
Noua n'insisterons que sur ôelles de la mémoire, l Ile tort pour sllei
i,m i r scs provisions aa marché, avec I intention <l achetei un i obiel ; quand elle rentre, ion mari remarqui étonnemenl
quelle b acheté quatre Pois le même objel « quatre marchands différents, et, malgré c< quatre achats, elle ne peut le rappeb qu'elle a été chercher, elle n b aucun souvenir de I avoir ach< Son mail lui fait cadeau d un meuble nouveau, <l un piano : elle eo parait enchantée, mais tous les jours, elle s'arrête devant ce piano avec stupéfaction, sans le reconnaître. Les meubles anciens lonl bien a moi, dit-elle, mais ce piano d'où vient il .' Qui l'a mis là Je n'ose y toucher, car il nr doit pas être ;■ moi. n Enfin, je loi demande, pour exercer un peu son attention, d'apprendre un morceau de vers par cœur pour me le réciter. Elle a passe une semaine entière à étudier cesquelquea vers, à chercher à les apprendre, «'t. quand elle vient me voir, elle est absolument incapable de m'en réciter un seul mot. Elle n acquiert, comme l'on voit, que très peu de souvenirs nouveaux, elle en reste aux souvenirs anciens comme aux meubles anciens.
On verra dans un autre chapitre tous les troubles cpii s'ajoutent à cette amnésie, on peut dire que cette malade a présenté la plupart des phénomènes hystériques, attaques, délires, obsessionextrêmement graves et toutes sortes d'anesthésies très profondes.
Observation III. — Une autre malade, Maria, observée a l'hôpital Saint-Antoine, dans le service de mon regretté maître, M. Hanot, nous montre le même phénomène avec plus de précision et un peu plus de régularité. C'est une jeune femme de trente ans, présentant des symptômes d'hystérie et des idées fixes impulsives, principalement de la dipsomanie. Les agents de police lavaient amenée un mercredi matin, après lavoir ramassée dans un état d'ivresse et de délire complet. Elle resta vingt-quatre heures dans un état de sommeil profond, sans que l'on pût en obtenir aucune réponse intelligente. Le lendemain, au sortir de son état d'ivresse, elle put répondre aux questions et donnait même les explications avec beaucoup de netteté et d'intelligence.
Ii4 L'AMNÉSIE CONTINUE
Elle nous raconte toute sa vie avec assez de détails, surtout sur
les périodes de sa jeunesse; elle avait évidemment des souvenirs plus vagues sur les dernières années, mais, quand nous sommes arrivés au récit de son dernier accès de dipsomanie, il nous est impossible d'obtenir aucun renseignement. Maria avait complètement oublié tout ce qui s'était passé depuis le lundi matin, début de l'accès, jusqu'au jeudi matin, date de son réveil à l'hôpital. Elle était elle-même très inquiète de cet oubli, ne pouvant se rendre compte de ce quelle avait fait de son argent, de ses vêtements, ne sachant comment elle avait été amenée à l'hôpital. C'est là une amnésie localisée, portant sur une période anormale de l'existence ; c'est un phénomène bien connu sur la description duquel il n'y a pas lieu d'insister.
Mais, en outre, et pendant tout son séjour à l'hôpital, qui fut de plusieurs mois, elle présenta un autre trouble de la mémoire plus intéressant. Quoiqu'elle parût intelligente et qu'elle pût causer avec justesse de son existence passée, elle avait fréquemment l'air étonné et ahuri, elle reconnaissait peu les personnes de la salle et leur parlait comme à des inconnus. Un jour, elle avait pris un livre pour le lire, mais, comme ses voisines me le firent observer, elle passa toute la journée à relire la première page. Quand elle était arrivée au bas de la page, elle s'arrêtait un moment, puis régulièrement se remettait à lire le commencement. D'ailleurs, quand je lui demandai ce qu'elle avait lu, elle ne fut pas capable de me dire même le titre de son roman. Naturellement, j'ai essayé, comme avec la malade précédente, de lui faire apprendre quelques vers par cœur; elle y mit beaucoup de bonne volonté, elle lut et relut indéfiniment une petite chanson, mais il ne lui fut pas possible, le lendemain, d'en dire un mot. Le plus souvent, cette amnésie n'était pas extrêmement rapide, elle n'oubliait complètement les choses qu'après quelques heures. Mais, à de certains moments, l'oubli était immédiat : elle ne pouvait répondre qu'à des questions rapides, sinon, elle restait étonnée et disait : « Que demandez-vous?)> Elle oubliait ses propres phrases et disait : « De quoi est-ce que je vous parlais ? » Elle cherchait à se rendre utile et voulait faire quelques commissions, mais elle revenait presque toujours au bout d'un instant, les mains vides, en demandant : « De quoi m'aviez-vous chargée? » Cette amnésie des événements présents, sans être absolument complète et surtout sans avoir constamment la même rapidité et la même profondeur, était donc
malade pr< « édent<
I i, dehoi d le dipsoman
ou notr chez «II- . 'I' .il i .i<|ii' ■• extat [quel, qu< lq
, ,,n\ 1 1 1 ' rinliic • « I |h:ii |ti uImii
lurtoul i rèi \ ai iabli
Obsbryatiom I \ . Une femme de Iq ans Sch pn enl puis quatre ans une foule «le troubles nerveux cl intellei détei minéi pi r une \ iolenl •• émoi 1 * • 1 > .
Saoa doute, «die était pr< aux troubles de
mère avait eu des crises d'hystérie, elle-même avait eu des convulsions dans l'enfance, elle avait été réglée tard ï 17 ans, « I lut atteinte d'une fièvre i\ phoïde grave fl I âge d nuis elle
ne conservait aucun trouble sérieux et « • 1 * • v . • 1 1 fort bien s<-^ cinq enl. mis. En i8qi, étanl âgée de 35 ans, elle «lut subir nne terrible épreuve; le lendemain <1 une catastrophe de chemin '!<• fer, elle dut reconnaître son frère et sa se ur au milieu de ida-
vres. L'émotion lut violente et détermina un évanouissement qui dura deux heures. Depuis elle est restée bouleversée; douleurs violentes dans la tête, troubles de la digestion, frissons, secoua dans les membres, crampes, cauchemars, peurs, etc., ce sont des symptômes qui, à dos degrés divers, persistent depuis cinq ans. Comme j'aurai l'occasion derevenirsur l'étude de ces émoti persistantes, je n'insiste pour le moment que sur la perturbation île la mémoire. Sch. nous dit elle-même qu'elle a complètement perdu la mémoire. Ce n'est pas tout à fait exact puisqu'elle Nient de nous raconter sa vie passe,' el la catastrophe même qui a tant modifié son intelligence. Mais ce qui est vrai, c'est qu'elle n'a plus depuis cinq ans la faculté de confier à sa mémoire de nouveaux souvenirs. Elle ne sait plus comment elle a vécu depuis cette époque « et (railleurs, dit-elle, cela m'est bien indifférent, car je ne m'occupe plus de rien», elle essaye cependant de travailler, mais tout va de travers, car elle oublie tout ce qu'elle doit faire. Elle ne peut faire aucune course, aucune commission, car elle perd aussitôt dans la rue et le souvenir des adresses et le souvenir même de ce qu'elle doit faire. Ou bien au contraire, elle fait les choses plusieurs fois, tout étonnée par exemple de trouver son lit déjà fait ou surprise de constater que sa soupe n'est pas mangeable car elle l'a salée dix fois. Ce n'est qu'en raisonnant sur ses occupations habituelles qu'elle peut supposer assez vague-
mont ce qu'elle a fait hier ou ce matin. Cet oubli n'est pas continuellement aussi profond et aussi rapide, il augmente aux anniversaires de la catastrophe, il diminue dans l'intervalle.
Mais tous ces caractères, même ce dernier détail, vont se trouver singulièrement précisés dans la dernière observation. Notons seulement que cette femme ne présente aucune anesthésie cliniquement appréciable et que sauf un certain degré d'aboulie, et une grande émotivité, elle ne présente guère de troubles gravesen dehors de son amnésie.
Observation V. — Mme D..., pour lui conserver le nom sous lequel elle a été désignée dans les travaux de Charcot et de Souques que je viens de signaler, est une femme de 34 ans, habitant en province la petite ville de M..., mariée à un honnête ouvrier et menant la vie la plus tranquille. Il y a dans sa famille quelques antécédents héréditaires et sa mère très irritable et très nerveuse a eu quelques attaques de nerfs et est morte subitement à la nouvelle d'une querelle de famille. Mmo D... était elle-même très émotive, elle était superstitieuse et peureuse, la vue d'une araignée, un bruit subit, la bouleversaient et même la faisaient tomber par terre. Elle s'excitait facilement et après une émotion dormait mal ou parlait tout haut pendant son sommeil. Mais malgré cette exagération facile de l'émotion, elle se portait bien et se montrait fort raisonnable. On ne peut relever dans son passé ni crise d'hystérie ni excès d'aucune sorte.
Il v a quelques années, le 28 août 1891, au milieu de la santéla plus parfaite, elle fut la victime d'une lugubre plaisanterie qui renversa tout l'équilibre de sa pensée et produisit la plus étonnante maladie psychologique. Elle était assise seule dans sa chambre et travaillait à la machine a coudre quand elle vit la porte s'ouvrir tout d'un coup. Un individu, qu'elle ne reconnut pas, s'approcha d'elle et lui dit brusquement cette phrase : « Madame D..., préparez un lit, on va vous rapporter votre mari qui est mort. » Et comme Mme D... ne bougeait pas et sanglotait, la tète appuyée sur sa machine, il lui frappa l'épaule en ajoutant : « Ne pleurez pas tant étaliez en haut préparer un lit... » Puis il sortit et la laissa à son désespoir.
Aux cris de la pauvre femme les voisins sont accourus, ont essayé de la calmer et, pour la rassurer, ils ont envoyé à la recherche du mari. Au bout de quelques instants, ils ramenaient avec eux le mari qui n'avait absolument rien et de loin criaient -à*
M D Rassurai vou . le \"i- M \ i i .,11,1,1 ii
ii.ii, , mi que l on amena 1 1 i ••< ll'-Mi, ni h i tomba •• la rem ei ic en pi oie fa m n'entrerons pi 0011 1 étude de cette attaque dont on > description dan 1 le travail de M Souque Nou rappelon 1 lemenl que l'attaque nettemen! L\ -t.^ i<jim- lui d'une longueui mu peu insolite, ''M'' dura quarante-huit heures, et que l< convul sK.iis furent entreeôupéea de périodes de léthan iodonl I une dura douze heures el <!<• grandes périodes de délire donl l'une dui 1 quatorze heures. Le caractère de ce délire e 1 •• retenir : il roui uniquement but I événement qui avait provoqué l'attaque ; la ma l.i Je revoyait distinctement !«• même homme, entendait pronoi l-s mêmes paroles h |n'iiss;ui les mêmes exclamation Ohl
mou mari*., un si bon père, pauvres enfants, pleurez votre |" 1 1 Cette pauvre Jeanne qui n'a pas de vêtements de deuil... Lais lf-moi encore; je veux l<- garder. » Puis les convulsions et les mêmes hallucinations recommençaient. Notons aussi que la malade avail pendant l'attaque des impulsions .m suicide, et que de temps en temps elle essayail de se lever et de se précipiter par la Inêtre. Celle attaque prit lin cependant et au bout de deux jours toul était rentré dans le calme.
Mais, au réveil de cette grande attaque, la malade présentait une perturbation intellectuelle doni on s'aperçut dès ses premii paroles; i° on constata qu'elle avail complètement oublié ce qui venait de se passer, et la crise d hystérie et l'émotion qui l'avait précédée; bien plus, elle ne se souvenait plus des mois pré dents, elle semblait avoir complètement effacé de sa mémoire tout ce qu'elle y avait inscrit pendant les derniers mois précédant la crise. M. Charcot et M. Souques ont dit, et je lai cru aussi longtemps, que cette amnésie rétrograde remontait depuis le 28 août, date de l'événement, jusqu'au i4 juillet précédent. Je suis disposé à croire maintenant, d'après des renseignements plus précis que la malade en voie de guérison a pu me donner, que l'amnésie rétrograde a remonté au premier moment beaucoup plus loin, au moins jusqu'au mois de mai, et qu'elle n'avait pas tout d'abord des limites aussi précises. Ce n'est que peu à peu, en quinze jours, dit la malade, que l'amnésie rétrograde diminua: M"e D... retrouva peu h peu et spontanément par ses propres recherches