‹ Névroses et idées fixesChapitre 34 sur 116 · I. Accidents mentaux des hystériques, p · texte numérisé non relu

I. Accidents mentaux des hystériques, p

mettre dans une brouette et les transporter dans un autre cimetière. Le jour, elle ne peut voir un corbillard sans «. percer les planches », c'est-à-dire voir au travers les corps en putréfaction. Certains ailleurs on1 déclaré que les malades obsédés par des idées fixes n'avaienl pas d'hallucinations; nous ne pouvons nous expliquer cette affirmation. Ces malades ont d'abord presque toujours des hallucinations verbales kinesthésiques qui forment la partie principale de leur maladie et ils ont très souvent, à notre avis, des hallucinations des autres sens, quand la désagrégation de l'esprit est assez complète, ou quand leur idée fixe prend la forme que nous avons appelée hystérique. Pour revenir à notre malade, elle a une peur épouvantable des hôpitaux et fait de grands détours pour éviter de passer devant la porte de l'hôpital Saint-Antoine. Enfin, quand elle a perdu l'idée du choléra, elle la remplace par l'idée fixe d'une autre maladie et a passé ainsi en revne toute la pathologie. Elle prétend avoir des congestions cérébrales et. suivant son habitude, elle joue la scène dans une attaque. Quand on la trouve par terre, les membres flasques, la respiration stertoreuse, cela ne laisse pas d'être inquiétant, au moins la première fois. Puis, ce sera une maladie de cœur, une pleurésie, une variole, un cancer du sein qu'elle veut absolument faire opérer, etc. Nous pouvons considérer ces idées comme formant un premier groupe, les idées secondaires qui dépendent encore de la première idée fixe, celle du choléra.

Nous constatons, chez ces malades, un second groupe d'idées fixes secondaires que nous avons déjà désignées sous le nom d'idées fixes stratifiées, à cause de la façon singulière dont elles se présentent à l'observateur. Quand on a enlevé une idée fixe, on est tout étonné d'en voir surgir une autre qui n'a aucun rapport ni avec la première idée, ni avec les circonstances environnantes. C'est une idée ancienne, antérieure à celle que l'on vient de traiter et qui réapparaît. Celle-ci enlevée à son tour, on se trouve en présence d'une troisième obsession qui avait existé antérieurement et on est obligé de repasser, en ordre inverse, les principales idées fixes qui ont tourmenté la vie du malade. Cette réapparition des idées anciennes était très caractéristique et très grave chez la malade qui a fait l'objet de notre première étude, Marcelle, elle m'a paru fort nette aussi chez d'autres malades. Mais chez Justine, les idées secondaires de cette catégorie n'ont pas eu une grande

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II faut, à notre avis, établir une troisième catégorie d'idées fixes secondaires, plus importante chez notre .naïade et bien plus intéressante pour la psychologie pathologique, ce sont les idées fixes accidentelles, par suggestibilité. Justine, débarrassée de ses id< fixes anciennes par les procédés précédemment décrits, ne retrouvait le calme que pendant très peu de temps. Bientôt elle était la proie dune nouvelle obsession. Ce n'était pas une idée ancienne, ce n était pas une conséquence éloignée de l'idée primitive du choiera. Non, c'était une idée nouvelle et absolument quelconque, provoquée par n importe quel petit événement de la vie. Une inquiétude, une émotion, un rêve, une parole entendue par hasard provoquait une pensée qui, après quelques jours d'incubation, grandissait et envahissait de nouveau tout l'esprit.

Il est impossible d'énumérer toutes ces idées accidentelles qui pendant un an ont exercé notre patience; en voici quelques-unes prises au hasard. Justine eut l'idée de se jeter à l'eau, parce que

l'eau l'attirait, de se précipiter par la fenêtre, parce que la maison penchait d'un coté, L'idée d'étrangler son chien et de pendre ses oiseaux, l'idée de jeter sa nourriture par terre ou à la tête des gens qui entraient. Elle refuse obstinément de mettre un chapeau pour sortir, refuse de changer de chemise (elle met du linge propre devant son mari qui l'y contraint et, dès qu'il a le dos tourné, se déshabille et remet le linge sale), elle ne veut allumer aucune lumière de peur de mettre le feu à sa robe et à sa maison, refuse de rien acheter au marche de peur de voler, refuse de faire le ménage et de toucher à rien dans sa chambre. Elle est obsédée par l'idée que son piano est mauvais et ne vaut pas le prix minime dont il a été pavé (scènes effroyables pendant plusieurs semaines); elle est tourmentée par le souvenir d'avoir refusé, il y a dix ans, une tasse de tisane à son mari, par le regret d'un petit flacon qu'elle a cassé et qu'elle pleure jour et nuit. Puis ce sera la crainte de mentir et la conviction qu'elle ment continuellement, la haine d'un petit apprenti, un amour désordonné pour le petit chien du voisin, ce qui lui fait commettre mille extravagances, etc., etc. Au lieu d'une seule et unique idée fixe qui avait régné pendant vingt ans, nous nous trouvons en présence d'un essaim de petites idées fixes se transformant et se renouvelant sans cesse.

Pour montrer la gravité de ces idées secondaires accidentelles, j'insisterai sur quelques-unes d'entre elles qui revêtaient des formes intéressantes. Justine est préoccupée d'un morceau de musique qu'elle étudie et depuis ce moment elle s'aperçoit qu'elle ne voit plus clair, car il y a devant ses yeux une poussière noire. En examinant avec plus de soin cette poussière, elle constate avec étonnement que ce sont les notes de musique de son morceau qui sont constamment devant elle et l'empêchent de voir assez pour se conduire dans la rue : voilà de nouveau une hallucination visuelle. Elle a lu quelques pages d'un roman d'Eugène Sue dans lequel un des personnages est fort orgueilleux. Elle se met si bien dans la peau de ce personnage qu'elle entend des gens qui lui reprochent sa conduite et son orgueil : c'est une hallucination auditive. Elle a peur de mentir, cette idée du mensonge fréquente chez ces malades dépend sans doute du trouble de leur attention ; mais chez Justine cette idée s'exprime par une voix intérieure qui lui reproche sa malhonnêteté. C'est la même voix, la malade l'a remarqué ellemême, qui autrefois disait « choléra, choléra » ; on reconnaît les anciennes hallucinations kinesthésiques verbales.

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intéressantes, elles sonl nettemenl systématiques. Tous les mus» ne sont pas tendus au même point; ils le sont à des degrés différents île manière a maintenir le membre dans une position rigide mais expressive [.es l>r;is sont en avanl du thorax a demi fléchis

Fig. a3. — Contractures systématiques des mains chez Justine après le rêve dans lequel

elle apprend à faire l'octave.

comme s'ils portaient un objet lourd (fig. 22^, Tune des jambes est étendue sur la cuisse avec le pied fléchi sur la jambe, l'autre jambe est à demi fléchie: c'est la position que prennent les membres inférieurs quand on monte un escalier. Elle eut ainsi assez fré-

quemment des contractures systématiques de ce genre à la suite de rêves qui se sont produits pendant la nuit ou même pendant le jour. Elle rêve qu'elle marche la tête en bas et contracture ses bras dans l'extension au-dessus de sa tête, elle rêve qu'elle grimpe aux arbres et les mains restent en griffes, elle rêve surtout à son

)iano et fait des efforts pour atteindre l'octave et voici les deux mains qui restent immobiles, les doigts raides et écartés au maximum comme pour faire l'octave (fig.

Ces contractures systématiques sont fort intéressantes et nous aideront certainement à comprendre non seulement les contractures et les idées fixes, mais encore le mécanisme de la volonté. Dans mon travail sur l'automatisme psychologique j'ai fait remarquer que ce fait se constate facilement au cours des expériences sur la susfoestion : « Je lui avais suggéré de prendre à son réveil une fleur dans un bouquet; elle le fit inconsciemment, mais au bout r , m-. i 111 vu „„ . d'un instant jeta les veux sur

Fig. 2). — Allilu le quo la malade \ lv. conserve J ./

depuis deux ans dans la sta'.ion verticale et clans la ses mailîS et poussa un cri. marche. i , , • . . , ,

La main était toute contracturée dans une position élégante mais gênante, le pouce et l'index rapprochés et serrant une rose, les autres doigts légèrement courbés mais également rigides1. » On peut les provoquer plus fréquemment encore en suggérant au sujet que sa main s'immobilise et se raidit dans la position qu'elle a prise.

A plusieurs reprises j'ai eu l'occasion de signaler des conlrac-

î. Automatisme psychologique, 1889, p. 358 cl 3Gi.

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lei muscles, m, us .1 dea contractions inégales el systématiques de ces muscles. C'esl une attitude permanente qui exprime une i

Fig. 3D.— Gontraclure systématique des jambes chezN K.. attitude permanente de la crucifixion.

permanente et dans ce cas cette idée n'est rien moins que celle de la crucifixion. Cette malade est une extatique qui rêve continuellement au supplice de Jésus-Christ, qui dans ses attaques d'extase joue la scène de la crucifixion et qui a même présenté sur la face dorsale des pieds des bulbes de pemphigus représentant les stigmates du Christ vfig.26). En présence de ces eus il est juste d'insister sur la relation qui existe entre les contractures

i. Les actes inconscients cl la mémoire pendant le somnambulisme. Revue philosophique, iSSS, I, a43. Accidents mentaux des hystériques, 1898, p. ioq.

2. P1' Raymond, Clinique des maladies du système nerveux, 2e série, 1S97 P- 7a9-

et les catalepsies et surtout sur celle qui existe entre les contractures et les idées fixes.

Ces contractures systématisées ne s'observent pas très fréquemment. Pour que les idées fixes prennent cette forme, il faut qu'elles se développent d'une façon subconsciente chez des hystériques. Il est vrai également que les contractures d'ordinaire ne (-aident pas longtemps cette forme1. Peu a peu tous les muscles

se contractent davantage et le membre prend la position classique de la contracture générale.

Les phénomènes subconscients sont, comme nous l'avons montré, très envahissants ; ils ne restent pas limités, et ne tardent pas a grandir et à supprimer ou à modifier d'autres faits psychologiques en apparence étrangers.

C'est ainsi que les anesthésies s'étendent, que l'amnésie du somnambulisme gagne et que les instants qui précèdent l'état second sont oubliés comme le somnambulisme lui-même. Pour voir des phénomènes subconscients très nets et en particulier des contractures systématisées, il faut pouvoir les observer dès le début.

Fie. aC. — Exeoi -iaiion épîderiuiquo xoasécu- Ces idées accidentelles de notre

iive à une bulle de peniphigus, développée 1 . . .

spontanément sur le pied contracture de malade produisent aUSSl des atta-

VK. après une attaque d'extase avec altl- f„ies et Jes délires et nOUS ne

tude de crucifixion. , ,

rapporterons a ce propos qu un incident qui nous a causé assez d'inquiétude. Justine, qui semblait assez bien portante, avait été le matin prendre une douche à l'hôpital, elle revint avec cet air sombre qui annonçait. quelque orage, mais ne put expliquer ce qui la tourmentait. Vers trois heures de l'après-midi, elle entra dans une colère furieuse et armée d'un couteau courut après son mari pour le frapper. Dans un instant de conscience elle cria: « Sauve-toi, je vais te tuer »,

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