Idées fixes subconscientes
Faut-il conclure de ces remarques que les idées fixes n'existent, pas chez ces malades et qu'elles ne jouent aucun rôle dans leurs accidents?
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Pour constater leur existence, il faut rechercher chez les mêmes malades les diverses manifestations des phénomènes subconscients (Lins les rêves, les attaques, les somnambulisme* , les « - ritures automatiques, etc. Toutes ces études nous mbntrenl des phénomènes intéressants; uous insisterons surtout sur !•'■> somnambulismes ([u'il est plus facile de vous présenter ici rapidement.
Observation 11 suite , !*> . .dont nous avons déjà constatéles vertiges et les peurs, présente un étal somnambulique très facile i provoquer, c'esl une reproduction de Bes somnambulis'mes naturels autrefois si importants. Dans cet état elle se souvient des
attaques, eles soinnambulisnies précédents, des délires et en particulier de certaines rêveries quelle fait à tout moment de la journée, dans un état de* demi-sommeil, et dont elle semble pendant la veille avoir perdu le souvenir. Dans cet état, elle nous raconte très bien ce qui l'obsède depuis le mois de mais.
A cette époque, elle fit une visite à des parents qui habitaient Neuillv ; ceux-ci lui reprochèrent vivement sa conduite et voulurent la forcer à se réconcilier avec sa mère. En revenant, elle rêvait aux reproches qu'on venait de lui faire, à sa mauvaise conduite, et prenait dans son rêve une résolution qui simplifie toujours beaucoup les choses, celle de se jeter à la Seine. Cette rêverie a d'abord été consciente, bientôt elle s'est répétée et
i. Pierre Janet. t n cas d'hémianopsic hystérique. Archives de neurologie, unai iStp, p. 307, et chapitre vin de cet ouvrage.
développée dans ces états d'engourdissement du cerveau et dela pensée, de demi-sommeils qui surviennent si fréquemment chez les hystériques. B... ne se rendait plus compte de la pensée qui envahissait son esprit et laissait cette pensée suivre son cours comme un rêve pendant le sommeil. Le rêve arrivait en effet à sa conclusion, la malade croyait enjamber le parapet de la rivière et sauter dans L'eau. Mais cette chute imaginaire déterminait un soubresaut qui la réveillait. Elle se sentait alors tomber en avant sans savoir pourquoi, et éprouvait cette impression de vertige dont elle est venue se plaindre. Depuis, ce rêve s'est répété plusieurs fois par jour, avec la régularité d'une obsession déterminant chaque fois le vertige consécutif.
Dites, si vous voulez, que ce n'est pas là une idée fixe tout à fait semblable aux obsessions conscientes décrites par les aliénistes. Sans aucun doute, la lutte contre l'idée fixe, le sentiment de l'irrésistibilité, l'angoisse, tout ce qui dépend de la conscience même de cette idée a disparu. Mais ne retrouvez-vous pas ici un système d'images qui se développe complètement sans la volonté du malade, système qui est persistant depuis plusieurs mois, dont le développement recommence régulièrement plusieurs fois par jour, c'est-à-dire ne retrouvez-vous pas les caractères essentiels fondamentaux de l'idée fixe. Il me semble que c'est là une obsession d'un genre particulier, qui ne diffère des autres que par les circonstances, le demi-sommeil pendant lequel elle se développe et l'amnésie consécutive. Quant à ce vertige, cette chute en avant, qui n'existaient aucunement avant l'apparition de cette pensée obsédante, qui ne sont manifestés que quelques jours après, au moment du développement complet de l'idée, qui surviennent si régulièrement à la fin de ce développement, n'est-il pas juste de les considérer comme les conséquences de cette idée fixe subconsciente.
Dans le même état somnambulique, le malade nous raconte aussi que ses peurs ne sont pas sans motifs : « A ce moment, dit-elle, elle voit des serpents autour d'elle. )> C'est là le souvenir d'un incident de son enfance ; elle avait été effrayée par une couleuvre et, comme cela arrive fréquemment, elle voyait de nouveau sa couleuvre pendant les attaques d'hystérie. Les attaques ont disparu, mais l'hallucination du serpent se reproduit encore de temps en temps ; seulement elle se reproduit dune façon subconsciente, l'émotion seule, la peur étant clairement perçue par le sujet.
Ici encore vous constatez une hallucination, un tableau, um
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Remarquez .i ce propos que les terreurs, sei émotions n pas aussi puresf aussi dénuées de substratum intellectuel que l'on voulait bien le dire. Il \ aurait plus souvent qu'on ne !<• pei remarques de ce genre ;i (aire but les délires émotifs.
Observation il! suite . — On peut, en hypnotisant Co., i produire artificiellement ses sommeils spontanés, et pour comprendre la nature et la production de ces sommeils, il sullit de lui faire une suggestion bien simple, celle de rêver tout haut. J'ai eu quelque peine a l'habituer ;i rêver tout haut; maintenant, elle exprime assez bien son rêve, au moins en partie. Ma pair amie, dit-elle, il faut que je porte des fleurs sur sa tombe... fleurs blanches... on en fera des bouquets pour moi... il faut pour moi une petite boite de l>ois blanc toute petite, on la mettra sur deux chaises, la voici, on l'apporte..., etc. » Vous voyiez la nature lugubre de ce rêve, qui se reproduit, comme je l'ai vérifié depuis deux mois, à peu près toujours le même pendant toutes les attaques de sommeil. Que la première perte de connaissance ait été déterminée par l'émotion, c'est vraisemblable ; mais cette première émotion n'est pas survenue subitement sans raison, elle dépendait évidemment, et l'observation le montre, de certaines perceptions. de certaines pensées. Si, maintenant, ces attaques se reproduisent régulièrement c'est que l'émotion se reproduit. Ces nouvelles émotions elles-mêmes n'existent pas sans raison ; il faut pour le> faire renaître que l'état primitif psycho-physiologique se reproduise. Dire que l'émotion recommence précisément la même, c'est dire qu'un ensemble de pensées, d'états psvchologiques se reproduisent et se développent régulièrement, c'est d'ailleurs ce qui se manifeste très bien dans ces rêveries qu'elle exprime tout
ij:s idées fixes de forme hystérique
haut. Supposez que cette malade garde le souvenir de ces paroles et vous n'hésiterez pas à dire que c'est une obsédée qui s'absorbe dans son idée fixe. Ici encore il ne manque à l'idée fixe qu'un caractère, c'est la conscience personnelle.
Observation V (suite). — Vous vous souvenez que nous n'avons pu retrouver chez Maria le souvenir de ses impulsions dipsomaniaques, ni les rêves qui remplissaient ses extases. Pour comprendre ces crises singulières, il faut d'abord remonter à leur début. Maria, fille et petite-fille d'alcooliques, était dès son enfance très nerveuse ; à quinze ans, à la suite d'une colère violente de son père, elle eut sa première attaque convulsive. C'était une attaque d'hystérie indiscutable, qui se reproduisit ensuite très fréquemment. Pendant quatre ans au moins, ces attaques conservèrent leur caractère purement hystérique : aura, sensation de boule, convulsions, cris, arc de cercle et sommeil assez prolongé après l'attaque, tout était fort simple et régulier. Quand la malade eut l'âge de dix-neuf ans, on s'aperçut d'un détail singulier de ses attaques; elle interrompait ses convulsions pour jouer avec un verre qu'elle cachait sous son lit; au réveil, elle n'avait aucun souvenir de ce petit fait et restait bien surprise quand on lui montrait le verre. Cependant, dans l'attaque suivante, elle recommençait et entrait en fureur quand on voulait lui retirer son verre. Un peu plus tard, à la même période de l'attaque, on la vit jouer avec une bouteille de cassis qu'elle avait prise et se mettre à boire. Puis, cette période de l'attaque pendant laquelle la malade buvait se développa au détriment des périodes convulsives, et à l'âge de vingt-quatre ans, l'attaque dipsomaniaque se présentait de la manière suivante : Maria, fatiguée et angoissée, avait encore nettement la sensation de la boule, puis survenaient quelques secousses dans les membres et quelquefois même (je les ai vues une fois) quelques convulsions. Mais la malade se relevait aussitôt, la figure sombre, les yeux fixes, et cherchait a sortir; si elle le pouvait, elle allait dans tous les cabarets et buvait tout ce qu'elle trouvait, surtout de l'éther, pendant plusieurs jours. Enfin, elle tombait endormie d'un sommeil que j'avais pris au début pour le sommeil de l'ivresse, et qui était un sommeil hystérique analogue à celui qui suivait ses premières crises. Ce sommeil s'est prolongé une fois pendant huit jours. Enfin, elle se réveillait avec l'oubli absolu de tout ce qui avait suivi l'aura. Voilà bien une dipsomanie kyste-
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même que, tl.ni-> Bes premières crises, elle pensait constamm< sou père, le marchand de vins ivrogne, et qu elle cherchait ■< l'imiter. Voici l idée Gxe qui b exprime et qui s explique complètement tandis qu'elle restait précédemment tout ;■ fait subcon Bciente. N oubliez pas que dans ce cas il s agit <!<• dipsontanie% c'est-à-dire d'un phénomène connu et rangé par tous les auteurs dans le groupe des impulsions, Elle se développe ici dans un état second, un sommeil ou mieux un somnambulisme qui ne laisse au sujet aucune conscience de l'impulsion et qui supprime la résistance et l'angoisse.
Pendant que Maria est endormie, interrogeons-la aussi, cai cela est curieux, sur les pensées qu'elle avait pendant les l
tase que je vous ai décrites. Elle s'interrogeait elle-même', nous dit-elle avec précision, sur l'objet qu'elle avait fixé et surtout sur sa fabrication. «Qu'est-ce donc qu'un ressort à boudin? Commenl est-ee fait? Ils sont bien malins les ouvriers qui font ces ssorts, etc. » Ou bien elle s'interrogeait sur un objet naturel. « Commenl donc les arbres font-ils pour pousser? Comment font-ils pour être si verts? » 'N ous reconnaissez bien ces formules, elles sont classiques. C'est bien là le délire du doute, ou mieux le délire de l'interrogation, le Griibelsucht. Mais il se présente ici d'une manière toute particulière, il est subconscient : la malade éveillée n'en a aucunement le souvenir et elle ne le retrouve qu'en somnambulisme. 11 est facile de vérifier en assistant au phénomène, que l'interrogation commence pendant la veille, au moment ou la malade fixe un objet qui la frappe et qu'au début elle est consciente. Ce n'est que peu à peu que la malade s'absorbe dans une
sorte d'extase déterminée à la (ois par la fatigue et par le rétrécissement de la conscience sur un seul point et qu'elle perd tout à fait la conscience et la mémoire personnelles de son obsession. Sans insister davantage dans cette revue rapide, voici donc une malade qui présente de la dipsomanie et du délire du doute d'une façon subconsciente et sous une forme nettement hystérique.
Observation IV (suite). — Je n'ajoute que peu de mots à l'observation de l'incontinence nocturne, et je vous la présente seulement pour vous montrer de quelle façon curieuse se manifeste chez elle le souvenir des rêves. Je vous ai dit que par aucun procédé je n'avais pu retrouver la mémoire des rêves qui déterminent l'incontinence. En somnambulisme même, au moins au début de mes recherches, cette malade ne s'en souvenait que dune manière incomplète. Mais j'ai remarqué que la malade pouvait présenter de l'écriture automatique a la façon des médiums spirites. Cette écriture, dont elle ne se rend pas compte, nous a fourni le récit des rêves et de la miction nocturne. Fait singulier, elle ne rêve pas à , uriner, elle ne rentre pas tout à fait dans la catégorie des malades décrites par Jules Janet ; elle a simplement des cauchemars, des rêves émotionnels. Elle rêve, par exemple, que son petit chien se fait écraser par un train qui passe, que des cheminées lui tombent sur la tète, et au moment de la plus forte émotion, elle urine. Ce n'est donc pas tout à fait une malade ayant subconscient ment une seule et unique idée fixe bien nette. • Cet exemple nous montre seulement comment un accident physique comme l'incontinence peut être le résultat de rêves absolument oubliés au réveil, de phénomènes uniquement subconscients.
Tous ces accidents que je vous avais présentés étaient donc bien déterminés pardes idées, malgré l'assurance des malades à nier toute idée obsédante. Seulement ces pensées, qui dans certains cas avaient été conscientes au début, avaientpeu à peu cessé d'être connues par le sujet. Elles ne se manifestaient plus que dans des rêves ou dans des états somnambuliques et restaient au-dessous du seuil de la conscience, comme sont les sensations dans l'anesthésie hystérique.