Description générale et méthode de restauration
des sensibilités.
Il s'agit d'une jeune femme, M..., âgée maintenant de 3o ans, que j'ai déjà signalée dans divers travaux à propos des curieuses modifications de la sensibilité, de la mémoire et des fonctions -viscérales qu'elle présente.
Dès les premiers examens que j'ai eu à faire de cette malade
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une jambe », tout < fui cul correctcmenl bu moini quand elle avait les yeux ouverts, cor M, . présente au plus haut degré le lyndrome de I i ùgue1, mais quand je lui lis un commandemcnl plus précis : Remuei ls main gauche .. levei le bras droil constatai un munèire singulier, \u lu u <!«• m obéir f « » • 1 1 «I. uit< , M .. Ii.nss.i les yeux < i Be mil •< regarder bcs m. un- avec une lorte de préoccupation, puis lit le mouvemenl demandé. Pourquoi, lui dis je, regardez vous ainsi \<>^ mains ? C'est, répondit-elle, parce qu'on se moque de moi quand je me trompe..., je i herchc l.i m. un (jin m une bague pour savoir que c es! la m. un droit faire ce que vous me demandez, o En un mol elle ne semblait pas savoir distinguer son côté droil de son côté gauche; «-n l'interrogeant sur ce poinl j'appris que depuis plusieurs années ••II»' commet à ce propos de singulières bévues qui ont été remarqu par beaucoup de personnes. Il paraît même qu'elle se désolait autrefois ci se mettait à pleurer quand on lui Indiquait un chemin par ces mots : a loin ne/ a droite, ouvrez la porte à gauche », car elle n'en comprenait plus le sens et se perdait complètement. Aujourd'hui elle est \m peu plus adroite et se tire d'affaire au moyen de quelques procédés dont nous avons vu un exemple. Elle suit en cela la pratique habituelle des hystériques qui savent masquer leurs diverses anesthésies et les corriger par d'autres sensations ou d'autres images.
Ce premier point m'a semble intéressant, car dans la plupart des cas d'allochirie ou de confusion des deux cotes du corps on n'a guère signalé qu'une confusion expérimentale qui se produit au moment où Ton touche le sujet sur certaines régions et où on l'interroge sur la localisation de ce contact, mais il est rare que l'allochirie se manifeste spontanément et gène le sujet dans la vie pratique.
Pour étudier avec quelque précision cette singulière confusion des ileux côtés du corps que la remarque précédente nous fait
l. Pour la description du syndrome de Lasègue, voir : Stigmates mentaux des hystériques, 189a» p. 171.
23G UN CAS D'ALLOCHIRIE
soupçonner, il faut connaître d'abord d'une façon sommaire la maladie de cette personne et les méthodes que j'ai essayé d'appliquer pour analyser le trouble de la sensation e1 du mouvement»
Parmi les antécédents héréditaires de M... il faut remarquer ce fait curieux : du côte paternel, la grand'mère, le père, un oncle et deux tantes ont présenté à plusieurs reprises et d'une manière grave des vomissements incoercibles ; il semble que dans certaines familles la prédisposition au vomissement soit héréditaire. M... après une enfance chétive présenta à deux reprises à i3 ans et à i5 ans de la chorée, tantôt générale, tantôt hémi-latérale avec une anesthésie toujours correspondante aux membres affectés. À l'âge de 20 ans elle eut de violentes attaques d'hystérie et l'année suivante, en 1887, fut amenée à l'hôpital de la Pitié dans le service de M. leDr Brouardel, remplacé à ce moment par M. le Dr Brissaud, à la suite d'anorexie hystérique et de vomissements incoercibles qui mettaient réellement sa vie en danger1. Elle a d'abord été étudiée et traitée par mon frère, le Dr Jules Janet, qui a pu la sauver de l'inanition, puis elle a été remise entre mes mains depuis plusieurs années. C'est, en effet, une malade dont l'état hystérique est fort grave et qu'il est intéressant de suivre régulièrement pendant des années-
Depuis l'âge de 20 ans, les accidents sérieux n'ont jamais siégé sur les membres et son hystérie est surtout viscérale. M... présente à tout instant, à propos surtout de la plus légère émotion, des contractures delà bouche, de la langue, du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac, du diaphragme, des viscères abdominaux, du rectum, de la vessie, en même temps que des contractures des muscles, du thorax et de l'abdomen. Ces phénomènes sont accompagnés naturellement par toutes sortes de troubles viscéraux, en particulier, des vomissements incoercibles, delà rétention des matières fécales et de l'urine, et les troubles les plus bizarres de la nutrition. Je rappelle ces faits sans pouvoir y insister ici pour montrer qu'il s'agit d'une hystérie extrêmement grave qui a troublé toutes les fonctions physiologiques.
Ces accidents s'accompagnent d'une anesthésie la plus complète et la plus profonde que l'on puisse rencontrer dans l'hystérie. Cette anesthésie porte sur la peau, les sens et les viscères et, comme je l'ai déjà montré2, c'est elle qui détermine les accidents
1. Jules Janet, Un cas d'hystérie grave. La France médicale, 6 avril 1889. a. Stigmates mentaux des hystériques, 1892, p. 62.
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Nous ,i\nn^ en ettel appliqué .1 cette malade depuis iss;- une méthode d étude el on môme temps de traitement qui consisl provoquer par tous les moyens possibles la restauration de ls sibilité consciente. C'est encore cette méthode qui \.i nous servir pour l'étude de l'allochirie, il faut donc la rappeler en quelques mots.
On sait que les anesthésies hystériques sont extrêmement mobiles sous toutes sortes d'influences, les unes physiques comme (es sommeils, les intoxications, les autres plus morales, les émotions, les associations d'idées, les suggestions, les ehjarts d'attention, etc. Mais le fait qui m'avait surtout frappé dès mes premii études sur les hystériques; c'esl que Ton peut en combinanl divers procédés physiques, en se servant de l'électricité, de l'aimant, îles plaques métalliques d<> M. Burqqui avait déjà signalé le phénomène, ou tout simplement en dirigeant l'attention sur un organe, puis sur un autre, déterminer îles états où toutes les sensibilités sont restaurées. Ces états, quand ils ont été déterminés d'une manière complète, se caractérisent par des phénomèmes extrêmement curieux.
Les amnésies si nombreuses et si variées de ces malades disparaissent pendant ces états où la sensibilité est rétablie, c'est là le premier fait sur lequel j'aie insisté1. Les paralysies el les contractures qui dépendent en grande partie de ces amnésies sont momentanément guéries. Le DrDespine d'Aix) avait déjà très bien décrit le fait en 18.40", M. Burq l'a très bien constaté en étudiant
1. Pierre Janet, Revue philosophique, 1887, i. p. '16S, 18S8, I. p. 271, Auto m. psyché p. 90, ii'i, î2i, 296, 333, etc.
2. Despine (d'Aix), Le magnétisme appliqué au traitement des maladies netreuses, 1S40.
238 UN CAS D'ALLOCHIRIE
rinflucncc des armatures métalliques sur les anesthésies et les divers accidents hystériques1. J'ai décrit moi-même à plusieurs reprises comment les paralysies et les contractures disparaissaient dans ces états où le rétablissement de la sensibilité' était parfait-. En même temps, les phénomènes psychologiques de suggestion, de subconscience, de dédoublement de la personnalité disparaissent dans ces états où la restauration de la sensibilité semble accompagner une restauration de la pensée tout entière. « Il y a, disais-je à ce propos, des états que l'on peut plus ou moins facilement reproduire, dans lesquels le sujet récupère peu à peu toutes les sensibilités et tous les souvenirs qu'il paraissait avoir perdus. Dans le plus complet de ces états, le sujet, si malade qu'il fût dans sa vie habituelle, devient au point de vue des sens, de la mémoire, du mouvement, absolument identique a l'individu le mieux portant et le plus normal 3. »
Mon frère, le Dr Jules Janet, à qui j'avais montré ces phénomènes, a cherché avec beaucoup de raison, à appliquer les mêmes procédés aux troubles viscéraux et c'est sur cette malade M... qu'il fit d'abord ses recherches en 1887. Il montra que les spasmes de la bouche, de la langue, du pharynx disparaissaient, que la malade pouvait déglutir, quand on rendait la sensibilité à ces organes, que l'on pouvait faire cesser les vomissements hystériques, les spasmes de l'abdomen, la constipation, la rétention d'urine, etc., en dirigeant sur les divers organes l'attention de la malade et en réveillant par ce moyen les sensibilités. Il fit également des études sur l'ordre des réapparitions de ces sensibilités, sur les phénomènes qui caractérisaient ces réapparitions, et même sur une sensibilité, qui est loin d'être démontrée, et que M. Jules Janet décrivait en disant que M... perdait et retrouvait la sensibilité de son cerveau. Ces études furent communiquées à maintes reprises à la Société clinique de Paris et à la Société de psychologique physiologique ; on trouve le résumé, malheureusement beaucoup trop bref, de ces longues communications, dans le Bulletin médical, 1888-89, dans la France médicale, 6 avril 1889, dans la Reçue scientifique, 1888, I. 616. « On se croirait, dit-il, à propos d'une malade mise dans un état de ce genre, en présence d'un
1. V. Burq, Des origines de la mêtallothérapie, 1882, p. !\2, 67.
2. En particulier: Accidents mentaux des hystériques, 1898, p. 123.
o, Voir Automatisme psychologique, 1889, p. 87, io5, 178, 344 et passim.
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serait plus passible d aucun accident
M. Jules Janet appelle cet étal un somnambulisme, el je l'ai Bouvent décrit sous le nom àe somnambulisme complet, parce que chei les sujets très malades, il ne peut pas d'ordinaire, sans pratiques spéciales, rester permanent. Cet étal se termine plus ou moins rapidement par un retour i» l'état habituel <lu sujel el il semble ne laisser dans l'esprit aucun souvenir : il se présente donc réellement sous 1<^ apparences d'un somnambulisme. Mais j'ai beaucoup insiste pour montrer que cet état n'était anormal ([n'en apparence et qu'il ne prenait l'aspect d'un somnambulisme que par rapport à l'état habituel de ees sujets, a leur anesthésie et aux amnésies qui en dépendent. a Si nos sujets après le réveil, disais-je autrefois, ne conservenl pas le souvenir de leur somnambulisme, c'est qu'ils ne reviennent pas à la santé parfaite et qu'ils gardent toujours des anesthésies et des distractions plus ou moins visibles ; s'ils guérissaient radicalement, s'ils élargissaient leur champ de conscience jusqu'à embrasser définitivement dans leur perception personnelle toutes les images, ils devraient retrouver tous les souvenirs qui en dépendent et se rappeler complètement même leur période de crise ou de somnambulisme..., le retour complet des souvenirs (portant sur les somnambulismes et les actes subconscients fournirait un signe curieux de la guérison,
1. Jules Janet, L'hystérie et L'hypnotisme. Revue scientifique, iSSS, T. 6l8.